‹ AlphonsineChapitre 9 sur 18 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Don Alvar , courant la poste nuit et jour, fut bientôt arrivé dans le royaume de Grenade. Il avoit su par Pérès, huit jours avant d'en par-?

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lîr , quVine jolie petile inaîsSon, située dans un bois, à quatre lieues du château de Diana, etoit à vendre; et quoiqu' alors il n'eût dans la tête qu'un projet très- vague, il lavoit acheté secrètement, sous un nom supposé , charmé d'acquérir une petite possession si voisine du séjour habile par Alphonsine. Ce fut là qu'il arriva, sous le nom de Blimann, Son jockey n'étoit pas connu dans celte province. Comme il servoit don Alvar depuis plus d'un an, il savoit déjà passablement bien l'espagnol. Envoyé à la découverte , il revint dire à son maître que don Juan éloit arrivé dans sa terre depuis deux jours, La jalousie ne permit pas à don Alvar de se tenir tranquille dani> sa

retraite. Il se déguisa de son mîeux^ nîit un habit déguenillé de paysan , une vieille perruque grise, s'appliqua un emplâtre sur l'œil gauche , et fut dans cet équipage rôder autour du château de Diana. Il éioît six heures du soir. Quelle fut sa fureur, quand il aperçut à Tune des portes des cours un palefrenier h la livrée de don Juan , tenant deux chevaux , et qu'il Tentendit dire à un autre domestique : « Je vais attendre mon maître au bout de l'allée d'ormes; c'est là seulement qull remontera à cheval. » Ainsi donc^ l'heureux don Juan étoit dans ce château ; Diana le recevoît ; il voyoît Alphonsine ; le mariage étoIt donc arrêté ; il allolt épouser Alphon- «►ine !•••.. Ces idées bouleversèrent

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don Alvar. « 11 faut auparavant qu'il m'arrache la vîe, » s ecrîa-t-il... ; et îl se cacha derrière la porte , décidé a attendre là son rival. Il y avoît très-peu de domestiques dans le château ; 11 en passa un qui ne remarqua pas don Alvar tapi contre le mur, et gardant un profond silence. Au bout de trois quarts d'heure, don Alvar vît enfin sortir don Juan à pK-d, et seul. Aussitôt îl s^élance vers lui , en disant : c< Arrêtez. » Don Juan, jetant les yeux sur cette étrange figure, le prit d'abord pour un pauvre qui demandoit Taumône ; il chercha dans sa poche pour lui donner un pièce de monnoie ; mais don Alvar reprenant la parole ; << Suivez- moi , lui dit-il , d'un ton menaçant, j'ai un mot

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à VOUS dire. » Don Juan, Iressurpris, le reconnut. « Je vous entends, dit-il; maïs prétendez-vous vous baltre avec une béquille ? — Je vous demande de vous rendre à huit lieures dans le bols d'oliviers. — Je vous le refuse, je méprise les duellistes, et je n'accepte point de rendez -vous de ce genre ; mais je sais me défendre quand on m'attaque ; je suis facile à trouver ; je me promène seul tous les jours. » Après cette réponse, don Juan continua tranquillement son chemin; don Alvar se retira, la rage dans le cœur. Le lendemain matin, dès Faurore, il étoit , sans nul travestissement , aux portes du château de don Juan ; il se promena plus d'une heure et demie

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autour de la maison et dans les prés Toibîns. Tout à coup 11 aperçut don Juan, Taltei^^nît, et sans lui dire un mot ^ le suivit jusqu'à un champ de bruyère éloigné de toute liabitallon , et environné de bols. Là , il mit l'épée à la main, en criant :

« Don Juan, défendez-vous. » A ces mots, don Juan lira son épée , et se mit en défense. Don Alvar fondit sur lui avec impétuosité. Le combat ne fut pas long; la fureur aveugloit don Alvar; son rival, qui conservoit tout son sang froid, ne voulolt que se défendre ; mais don Alvar , s' enferrant lui-même , reçut un coup dV'pée qui lui fit une profonde blessure. Son sang sortit à gros bouillons ; il tomba sur Therbe , et perdit aussitôt connolssance.

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Don Juan s^empressa d^applîquer eï (rattacher son mouchoir sur sa plaie ; ensuite il courut appeler du secours.

Deux paysans survinrent , et , par ordre de don J uan, portèrent don Alvar dans le château de son adversaire.

Don Alvar reprit connoîssance , et voyant don Juan au pîed de son lit :

u Je ne veux point de vos secours , s écrîa-l-il... — Calmez-vous , interrompit don Juan ; je suis, il est vrai, voire rival; mais Alphonsine a formellement rejeté mes vœux , malgré l'approbation que j'avoîs obtenue de sa mère. Ella a déclaré, en ma présence, qu'elle ne m'épouseroît qu'avec peine , je me suis retiré , et je renonce sans retour à mes prétentions. Voilà tout le fruit de ma visite d'hier, et ce que je ne

cïcvoîs pas VOUS dire quand vous m atlaqnîez avec arrogance. Maintenant, vousêles grièvement blessé ; une vive inquiétude pourroît , avec votre caractère, rendre votre état mortel , et Thumanilé m\)bî!ge à vous déclarer la vérité. »

Ce discours fut en effet pour don Alvar le baume le plus salutaire»

Fiendu à la vie , et vivement touché de la générosité de son rival , il voulut exprimer sa reconnoîssance. Don Juan lui coupant la parole : « Tranquillisez-vous, lui dit-il, ne songez maintenant qu'à rétablir votre santé.

J'ai envoyé chercher un chirurgien; quand je \m aurai vu poser et lever le premier appareil sur votre blessure, je partirai pour Lisbonne, où j'ai encore quelques affaires^ et je

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TOUS laisserai dans ce château ; bien soigné par mes gens, vous y serez maître absolu jusqu'à votre parfaite convalescence. ?>

Le chirurgien, qu'on avoit été chercher dans une petite ville voisine, vint , et déclara que la blessure étolt grave , sans être dangereuse. Don Juan, comme 11 Tavoit annoncé, partit le surlendemain. Don Avar, ranimé par Tamour et l'espérance, ne resta que neuf jours au lit ; on lui permit ensuite de se lever, et deux jours après , quoiqu'il fût encore faible et très-change , un nouvel événement le décida à quitter son

asile un peu plutôt que le chirurgien ne Favolt prescrit»

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