PHALSBOURG. 3<W
de septembre, où la fête patronale de Saverne at- . tirait invinciblement tous les pays d'alentour. Mais on ne danse plus à Saverne, et la foire ellemême est bien délaissée. Où sont les belles charretées de villageois endimanchés qui s'embrassaient à bouche que veux-tu et faisaient rire les vieux échos sérieux de la montagne? J'ai rencontré en tout, dans une promenade de dix kilomètres, un vieillard sur un chariot vide, et deux officiers allemands au galop. Les champs sont animés çà et là par le travail d'un faucheur isolé ou d'une vieille qui arrache ses pommes de terre. On n'aperçoit que des femmes, des enfants ou des hommes d'âge ; l'émigration a raflé tout le reste.
Un peu plus loin que le village desQuatre-Vents, dans un chemin creux, entre deux rideaux de peupliers, les tambours et les trompettes de Brunswick prennent une leçon de tapage. Le tambour allemand, s'il est plus portatif que le nôtre, est beaucoup moins sonore, il ne rend qu'un bruit sec, qui rappelle le coup du marteau sur les planches. Je veux croire que nos vainqueurs sont des musiciens sans rivaux, puisqu'ils le disent, mais tous les bruits qu'ils font chez nous, depuis leurs symphonies rpililaires jusqu'au sifflet de leurs locomotives , exaspèrent mon syslème nerveux. Leurs voix sont aigres et cassantes : le commandement des officiers porte en soi quelque chose d'insolent
et de brutal. Lorsqu'un capitaine français crie à ses soldats : Porlez arme I le ton est à la fois paternel, martial, et, comment dirai -je encore? assaisonné d'une pointe d'orgueil. C'est comme s'il di sait : Allons, enfants de la patrie, montrez à ces pékins, qui vous admirent, avec qu'elle vivacité et quel ensemble vous maniez ce bon chassepot! Quand c'est un hauptmann qui commande de sa .voix sifflante, il a l'air décrier: Tas d'esclaves! animaux inférieurs! faudra-t-il vous casser les reins pour vous apprendre à porter arme ?
La ville n'est pas loin, voici le cimetière. Un vieillard arrache les souches des peupliers qu'on a coupés avant le siège; un enfant assis sur le petit mur à hauteur d'appui, le regarde en sifflant la Marseillaise.
Enfin voici Phalsbourg ; je le vois, je le touche, j'y suis, et je ne le reconnais pas. Tous les revêtements d'escarpe et de contre-escarpe sont arrachés et jetés dans les fossés, et les terrassements mis à nu ressemblent à de grossiers poudingues. La ville ainsi démantelée a la physionomie d'un pâté dont on aurait ôté la croûte. On me pardonnera cette comparaison vulgaire; c'est la seule qui rende exactement mon impression.
J'entre en ville par la porte d'Allemagne, qui naturellement a conservé son nom, et je pousse jusqu'à la porte de France, dont ils ont effacé le