‹ Alsace 18711872 E. AboutChapitre 14 sur 38 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

toutes, sauf une, tandis que M. le commissaire, avec sa barbe rousse en éventail, se promène dans l’appartement et semble inventorier nos pendules.

Quand je suis prêt; nous partons à pied pour Saverne, le commissairè à ma gauche, le renégat à ma droite, les gendarmes et leurs revolvers à quelques pas en arriére.

A l’entrée de la ville, le commissaire, d’un ton fort doux, m’invite à prendre une route circulaire qui contourne les trois quarts de la ville. Je ré- |)onds qu’il ne me répugne point de parcourir la Grand’Ruc en sa compagnie; mais il insiste de manière à me faire comprendre que l’éclat de celte arrestation l'embarrasse plus que moi. La route' qu’il a choisie est presque déserte ; à peine si nous rencontrons cinq ou six braves ouvriers qui me saluent cordialement, et par un long détour nous arrivons à quelques pas du tribunal oii le procureur impérial est censé m’attendre.

Mais le tribunal est à gauche et l'on me fait tourner à droite. Je devine que nous ne verrons pas MM. les magistrats du roi Guillaume sans passer par la prison. ,

Je la connais depuis longtemps, la prison cellulaire de Saverne, je la connais pour l’avoir côtoyée, il y a tantôt dix ans, dans un procès do presse qui a fait quelque bruit en Alsace. Depuis celle aven-

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ture, je n’ai jamais passé devant la lourde. porte, où le fer se marie au chêne, sans rire un peu de ces dangers de ma jeunesse. Hu diable si je m’attendais à franchir ce seuil inhospitalier dans la maturité de mon âge et de ma raison I II paraît cependant que nous devions finir par là. C’était écrit.

On m’écroue, et après m’avoir pris ma montre et mon argent, on me conduit au premier étage. Là, pour plus de précaution, et quoique les gendarmes n’eussent perdu aucun détail de ma toilette, un gardien m’invita à dépouiller mes vêtements, sans excepter le pantalon, les visita un à un et les palpa sur toutes les coutures. Il prit ensuite un morceau de craie, et sur l’ardoise qui décorait ma porte il écrivit au-dessous de l’indication Isolirtzelle, le nom du prévenu.

La cellule isolée {Isolirtzelle) où l’on m’avait mis au secret est une vaste chambre de 45 à 50 métrés superficiels, très-proprement peinte à la chaux et éclairée par deux fenêtres haut placées que le soleil levant emplissait alors de sa clarté. Je n’ai rien vu d’aussi grand ni d’aussi sain au dépôt de la pré-

Digii.

Co( le

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