‹ Alsace 18711872 E. AboutChapitre 4 sur 38 · HUIT JOURS D’ÉTUDE · texte numérisé non relu

HUIT JOURS D’ÉTUDE

Je ne garantis point ces menus laits, je sais seulement qu’ils se racontent, et que leur colportage n’ajoute rien à la considération du vainqueur. Un nouvel employé court-il à la recherche d’un gite, le bruit se répand qu’il demande un appartement de douze pièces, et qu’il en offre 200 francs. Si là femme d’un juge entre chez l’épicier avec sa bonne, toute la ville apprend qu’elle a fait ses grandes provisions de ménage, en achetant une demi-livre de savon. Les Prussiens, selon la légende, envoient leur saladier chez le mar , chand avec un sou dans le fond, pour qu’on leur donne du sel, du poivre, de l’huile et du vinaigre en échange du petit sou. On affirme que ces messieurs marchandent dans un style à part, et que, au lieu de dire : « C’est cher I » ils s’écrient : «Vingt centimes? mais je vais vous faire arrêter! » Je ne sais si le lecteur excusera ces observations microscopiques, mais je suis l’indigne élève de mon ami Charles Robin, et j’estime que la vie des sociétés, comme celle des individus, ne confesse ses secrets qu’au microscope.

La transplantation d’une colonie de salariés en Alsace a produit des effets que la politique de Berlin n’avait aburément pas prévus. Nos Alsaciens se sont affermis dans l’idée que, malgré leurs malheurs, ils sont plus civilisés que les .Allemands. « Nous avons plus de besoins, disent-

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ils, de goûts plus relevés et plus délicats . L’homme qui ne sait pas se passer d’un mouchoir, peut bien être vaincu à la guerre par celui qui se mouche dans ses doigts; c’est pourtant lui qui est le plus civilise des deux, c’est-à-dire le plus diflérent de la brute. »

Le nouveau régime douanier, qui les astreint à consommer exclusivement des marchandises allemandes, a corroboré celle opinion. Malgré la modicité relative des prix, ils dédaignent les produits et les importations du Zollverein, ses tissus de mauvaise qualité et de goût pire; ses cafés avariés, ses sucres mous et terreux, ses chocolats frelatés, ses tabacs nauséabonds. « Tout cela, disent-ils, est assez bon pour les Allemands ; mais la France nous avait accoutumés à mieux. »

Quel que soit le mépris des Alsaciens pour, la race victorieuse en général, on ne leur ôtera pas de l’esprit que leurs nouveaux fonctionnaires, ces hommes chiches, besoigneux et pileux, sont le rebut de la nation germanique, « Un homme qui se respecte un peu n’émigre pas pour le plaisir d’aller chercher des rebuffades et des camouflets. Ceux qui viennent vivre à nos dépens ne peuvent plus SC faire illusion sur l’accueil qui les attend ; ils ont vu lesBismark-Bohlen, les Luxbourg et tous ceux qui avaient un peu de dignité demander leur

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