CHAPITRE II
Changements d’état physique.
Nous étudions en premier lieu un groupe d’altérations qui modifient, non pas la constitution môme des corps, mais leur aspect physique seul. Ces altérations sont sous la dépendance étroite de la température et des changements que ses variations amènent dans la force élastique des vapeurs. Elles consistent, tantôt dans la vaporisation d’un liquide médicamenteux, tantôt dans la perte de l’état cristallin par efflorescence ou par déliquescence.
g I. Évaporation.
L’évaporation modifie l’état physique des corps et entraîne une perte de substance. Nous avons vu, dans le chapitre précédent, quelle influence prépondérante la température exerce sur ce phénomène ; d’autres conditions encore le favorisent : l’espace dans lequel se répand la vapeur est d’autant moins vite saturé qu’il est plus grand, que son atmosphère est plus souvent renouvelée ; la quantité de vapeur émise est en rapport avec l’étendue delà surface d’évaporation.
Les corps le plus sujets à se vaporiser sont :
1° Les dissolutions de gaz : Y ammoniaque liquide, les eaux gazeuses, perdent peu à pou le gaz qu’elles renferment ; Y acide chlorhydrique perd aussi une partie du gaz qu’il tient en dissolution, mais cette perte s’arrête lorsque le liquide arrive à posséder une densité de 1,10; ce qui reste ne présente plus un^,
simple solution, mais un véritable hydrate bouillant et distillant à 110° sans se décomposer (Bineau) ;
2° Beaucoup de corps liquides : sulfura de carbone, mercure ; beaucoup d 'alcools, d'éthers, d'acides, d 'hydrocarbures, etc. ; on peut dire d’une manière générale que les corps carbonés d’une même série sont d’autant plus volatils qu’ils sont moins riches en carbone ;
3° Quelques corps solides : camphre, cantharidine, iode (phénomènes de sublimation).
g II. Efflorescence.
Le phénomène d’efflorescence mérite d’être pris en considération par le pharmacien, surtout lorsqu’il s’agit de corps jouissant de propriétés énergiques ; sous un même poids, en effet, ceux ci contiennent une proportion de matière active d’autant plus grande qu’ils ont perdu plus d’eau de cristallisation. Les corps entièrement effleuris sont réduits en poussière ; mais il peut arriver que l’efflorescence n’atteigne que la surface des cristaux, qui se recouvrent d’une poussière blanche et perdent leur transparence.
Les corps efflorescents qu’il importe le plus de signaler sont les suivants :
Carbonate de soude CO 3 Na4-10HO : il perd peu à peu 9HO et donne un sel pulvérulent renfermant CO s Na-j- HO.
Sulfate de soude S0 4 Na-f- 10 HO.
Sulfite de soude S0 3 Na-f-6H0.
Hyposulfxte de soude S 2 0 3 Na ■+■ 5HO.
Borax prismatique Bo 2 0’Na + IOHO.
Phosphate de soude PhO“Na 2 H + 24HO.
Iodure de sodium, cristallisé en tables, INa-f- 2HO.
Citrate de soude C 12 H 5 Na 3 O u 4- 22HO.
Benzoate de soude C^^NaO* -+• HO.
Tartrate de potasse et de soude G*H 4 KNa0 1 * 4- 8H0.
Alun de potasse S0 4 K,(S0 3 )*Al 2 0 s + 24HO.
Sulfate de magnésie S0 4 Mg 4- 7H0 : pur, il s’offleurit ; le sel du commerce ne s’effleurit pas généralement, parce qu’il contient un peu de chlorure de magnésium, qui est déliquescent.
Acétate neutre de plomb G 4 H 3 Pb O 4 + 3HO.
Sel alembrotli Hg Cl, AzH 4 Cl + HO.
Sulfate de cuivre S0 4 Cu -+- 5HO : efflorescent à la surface seulement, il se iecouvre d’une poudre blanche ; dans une atmosphère desséchée, il s’effleurit complètement,
Sulfate ferreux S0 4 Fe 4- 7H0.
Émétique C 8 H 4 (Sb0 2 ) KO 12 + HO.
Sulfate basique de quinine officinal (C 4 °H 24 Az 2 0 4 ) 2 , S 2 0 8 H 2 + 7H 3 0\
Ferrocyanate de quinine G 4o H 24 Az 2 0 4 , (CyH) 4 (CyFe) 2 4- 4IIO.
Acide oxalique C 4 H 2 0 8 4- 4HO.
Ces divers corps s’effleurissent dans les conditions ordinaires de sécheresse de l’atmosphère ; mais il en est quelques-uns chez lesquels, la tension de la vapeur d'eau de cristallisation étant très faible, le phénomène d’efflorescence ne se manifeste que dans une atmosphère desséchée, et qui, au contraire, s’hydratent pour peu que l’air soit humide ; on peut citer parmi eux :
Sulfovinate de soude G 4 H 4 (S 2 0 8 . HO. NaO) 4“ 2HO.
Arséniate de soude As0 8 Na 2 H4- 14HO : il perd ÎOHO, c’està-dire 28,8 0/0 d’eau, et donne une poudre blanche contenant 4HO ou 16,2 0/0 d’eau.
Acétate de soude C 4 II 3 Na0 4 4- 3H 2 0 2 : il perd 3HO.
g III. DÉLIQUESCENCE.
La déliquescence, phénomène inverse de l’efflorescence,, se manifeste, non seulement chez un certain nombre de corps cristallisés, mais encore chez certains' liquides. Nous distinguerons
d’ailleurs le cas où l’absorption d’eau n’entraîne qu’une modification de l’état physique des corps en opérant leur dissolution, des cas où l’eau atmosphérique entre en combinaison de manière à donner naissance ù des produits nouveaux ; ce dernier phénomène sera étudié plus loin.
La déliquescence est une cause d’inconvénients assez graves : les sels perdent l’état physique sous lequel on les dose habituellement et renferment d’ailleurs, pour un même poids, moins de matière active. Les acides concentrés et les corps tels que la glycérine, la nicotine, se diluent peu à peu en perdant de leur énergie.
Les sels déliquescents sont assez nombreux ; nous citerons : Carbonate de potasse,
Sulfite dépotasse,
Hyposulfite de potasse,
Hypophosphite de potasse,
Iodure de potassium,
Acétate de potasse,
Nitrate de soude,
Borax octaédrique,
Iodure de sodium en petits cristaux,
Sulfure de sodium cristallisé,
Acétate de soude fondu : il absorbe 7HO et forme un liquide mobile,
Iodure d'ammonium,
Chlorure de calcium,
Chlorure de zinc,
Chlorure d'antimoine,
Per chlorure de fer anhydre,
Chlorure d'or ,
Sulfate d'alumine,
Sulfate basique de quinine anhydre,
Chlorhydrate de triméthylamine.
L'azotate de potasse est inaltérable à l’air libre, mais dans une atmosphère confinée humide il absorbe beaucoup d’eau (Mulder). Il paraît en être de même pour la plupart des sels solubles dans l’eau : suivant la remarque de Le Ganu, ils s’humectent dès qu’on les place au dessus d’un vase plein d’eau recouvert d’une cloche. Nous devons toutefois faire remarquer que ce ne sont pas là les conditions ordinaires dans lesquelles on les conserve.
Quelques corps liquides ont une grande affinité pour l’eau et se diluent peu à peu lorsqu’on les expose à l’air :
Acide sulfurique,
Acide acétique cristallisable,
Acide lactique sirupeux,
Glycérine,
Nicotine: elle absorbe jusqu'à 177 °/ 0 d’eau.
Quelques substances deviennent déliquescentes lorsqu’elles sont souillées de certaines impuretés :
Acide tartrique souillé d’acide sulfurique par suite de son mode de préparation ;
Phénol : pur, il n’absorbe pas l’humidité et se conserve sans altération ; mais il devient déliquescent s’il contient un peu d’eau (Moss) ou s’il est souillé par une petite quantité de crésol (Lowe).
Enfin, nous avons vu que le sulfovinate de soude et Varsêniate de soude, efïïorescents dans une atmosphère sèche, sont plus ou moins déliquescents dans l’air humide ; de même Yacétate de soude cristallisé, privé de ses 3HO de cristallisation dans un air sec, les reprend dans l’air humide.