‹ Altérations et Conservation Des Médicaments Chimiques et GaléniquesChapitre 10 sur 37 · PR ET · texte numérisé non relu

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tache pas la production de la coloration bleuâtre observée à la présence de la gomme.

Le phénomène est mieux analysé par Bouzray (1), dans ses « Notes additionnelles » à l’article renfermant le passage qui vient d’être cité :

« Une potion composée d'un sirop simple, d'eaux distillées, « de gomme arabique, et de teinture alcoholique de gaïac, « présente l'aspect effrayant du vert-de-gris abondamment « suspendu dans un fluide. Une potion de cette espèce, exé- « cutée chez moi, il y a plus de six ans, était d’un bleu telle- « ment analogue à l’oxyde de cuivre, et d’une couleur si dif- « férente du gris-verdâtre, que présente ordinairement la « teinture de gaïac précipitée par l’eau, que je n'osai la déli- « vrer, sans l'avoir préparée moi-même une seconde fois. Je « m'assurai, par quelques essais, que cette couleur était due « à l'influence de la gomme arabique, et à son action sur la « gomme résine de gaïac; J'essayai même de recueillir ce «dépôt; mais le contact de l'air altéra bientôt sa belle « couleur. » , -

La relation de cause à effet est observée ici d’une facon exacte. :

En 1820, Praxcue (2) a fait cette observation intéressante que le mucilage de gomme arabique ne produit aucun changement lorsque, pour le préparer, on traite la gomme par l’eau bouillante, et il fait remarquer en outre « que la gomme « arabique en poudre, chauffée sans addition d’eau, continue « de colorer en bleu, si on la dissout dans l’eau froide ». D’après cela, «il n’est pas indifférent dans les mélanges extem- « poranés, où entre la résine de gaïac, de faire la solution de « gomme à froid ou à chaud ; en effet, dans l’un des deux « cas, on à un liquide jaune, et dans l’autre un liquide bleu ».

Ges faits s'expliquent facilement, maintenant qu'on sait qu'il existe dans la gomme arabique un ferment oxydant dont l’action sur l'acide gaïaconique de la résine de gayac a pour résultat de transformer ce dernier en un produit d'oxydation de couleur bleue.

(1) Bulletin de Pharmacie, 1, 224, 1809.

(2) Sur les substances qui développent la couleur bleue dans la résine de gaïac ; Journ. de Pharm., [2], VI, 23, 1820.

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BourñquEeLoT à insisté sur le grand nombre de substances médicamenteuses susceptibles d’être oxydées par la gomme arabique et il a envisagé séparément à ce point de vue les médicaments chimiques et les médicaments galéniques.

Les substances chimiques sur lesquelles il a constaté les propriétés oxydantes de la gomme sont toutes des composés organiques appartenant à la série aromatique. Pour beaucoup de ces substances, la nature chimique des produits d’oxydation qu'elles fournissent n'est pas exactement connue; on sait seulement que la gomme agit sur ces substances en les oxydant, l'oxydation pouvant être décelée de différentes façons, notamment par une coloration ou par la formation d'un précipité. On a pu constater ainsi l'action oxydante de la gomme sur le phénol, les crésols, les xylénols, le carvavrol, les naphtols x et 8, la pyrocatéchine, V'acétylgaïacol, le vératrol,lecréosol, l'acétyleugénol, l'aniline,la méthylaniline, l’éthylaniline, la paratoluidine, V'aniline pour rouge, les æylidines, la naphtylamine à, la vératrylamine, le pyramidon et le camphorate de pyramidon, le chlorhydrate d'apomorphine, V'éserine, V'adrénaline, Visobarbaloine, l'acide cafétannique, l'acide gallique, le tannin.

Pour certains composés, nous connaissons d’une façon assez précise les produits qu'ils fournissent sous l'influence des oxydases, en présence de l'air, et, si les expériences relalives à ces oxydations n’ont pas toujours été réalisées avec la gomme arabique comme source de ferment, il est cependant tout à fait vraisemblable d'admettre que les processus d'oxydation déterminés par la gomme ne doivent pas être considérés comme différents de ceux qui ont été observés.

On sait depuis longtemps que le pyrogallol donne ainsi de Je purpurogalline (1).

J. Boucaur (2) a montré que la morphine se transforme, par oxydation biochimique, en oxymorphine ou déhydrodimorphine. Par un processus analogue, R. Lerar (3) à

(4) H. STRUvE. — Ueber die Einwirkung des activen Sauerstoffs auf Pyrogallussäure; Ann. d. Chem. und Pharm., CLXII, 165, 4872.

(2) Oxydation de la morphine par le suc de Russula delica, Fr. ; Journ. de Pharm. et de Chim., [6], XVI, 49, 1902.

(3) Oxydation de la vanilline par le ferment oxydant des Champignons et de la gomme arabique; Journ. de Pharm. et de Chim., (6), XIX, 10, 1904.

obtenu de la déhydrodivanilline en partant de la vanilline. Le produit d’oxydation obtenu par action de la gomme sur le gaiacol est vraisemblablement identique à celui obtenu par G. Berrraxp (1) en faisant agir sur le même corps la laccase et considéré par l’auteur comme une tétr'agayacoquinone.

H. Cousin et H. Hérissey (2), qui ont étudié l'oxydation biochimique du #kymol, de l’eugénot et de l’isoeugénol sont arrivés à des résultats tout à fait comparables à ceux trouvés antérieurement pour la morphine et la vanilline ; ils ont, en effet, préparé ainsi à l’état de pureté le dithymol, le déhydrodieugénol et le déhydrodiisoeugénol, corps qui résultent de la condensation de deux molécules du composé primitif, avec départ de deux atomes d'hydrogène, comme cela se passe dans la formation de l'oxymorphine et de la déhydrodivanilline. k

Les médicaments galéniques qui renferment un ou plusieurs des composés oxydables dont il vient d'être question. sont, de ce fait même, altérés sous l'influence oxydante de la gomme arabique. BourQueLor a montré qu’il existe encore un grand nombre de préparations galéniques sur lesquelles la gomme agit d'une manière évidente et pour lesquels on ne connaît pas le ou les principes immédiats qui sont oxydés. Il en est ainsi pour les extraits de quinquina, de bistorte, de cachou, de ratanhia, de rhubarbe, de Viburnum prunifolium, de cola, pour les infusions de mauve, de violette, de nerprun, de coquelicot, etc., etc.

D'après tous les faits qui viennent d’être rapportés, on voit que la gomme doit cesser d’être considérée comme un excipient indifférent, dont on peut user sans précaution.

Pour se mettre à l'abri de toute cause d’altération et de modification des médicaments par la gomme, BourqueLor à

(4) Sur l'oxydation du gayacol par la laccase; C. R. Ac. des Sciences, CXXX VII, 1269, 1908.

(2) Oxydation du thymol par le ferment oxydant des Champignons; .Journ. de Pharm. et de Chim., [6], XXVI, 487, 1907. — Oxydation de l’eugénol par le ferment oxydant des Champignons et par le perchlorure de fer; obtention du déhydrodieugénol; Journ. de Pharm. et de Chim., [6], XXVIIL, 49, 4908. — Oxydation de l’isoeugénol. Sur le déhydrodiisoeugénol; Journ. de Pharm. et de Chim., [6], XXVIIL, 193, 4908.

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proposé d'employer des solutions de gomme maintenues quelque temps à 100°, dans lesquelles, par conséquent, l’oxydase à été détruite. La dernière édition de la Pharmacopée suisse (1) a consacré officiellement cette recommandation.

Il faut bien se rappeler les altérations qui sont ainsi susceptibles de se produire dans certains médicaments, comme les potions, les mucilages, les pilules, par suite de la présence de gomme arabique dont le ferment n'a pas été détruit. On conçoit d'autant mieux, par la suite, les variétés innombrables d’altérations qui peuvent se produire dans les médicaments, sous l'influence de causes d’un ordre tout à fait comparable.

Les ferments oxydants, par exemple, n'existent pas seulement dans-la gomme; ils sont très répandus dans un grand nombre de substances médicamenteuses (2), et l'on pourrait répéter, à l’occasion de celles-ci, ce qui vient d'être dit pour la gomme arabique. Si l’on veut bien se rappeler que les ferments oxydants peuvent agir même dans l'alcool de titre assez élevé, on conçoit combien ces agents sont importants au point de vue de la pratique pharmaceutique.

A côté des ferments oxydants proprement dits, ou oxydases vraies, ou aéroxydases, il existe chez les êtres vivants un certain nombre de substances oxydantes de nature différente de ceux-ci, mais dont la présence détermine le plus souvent des processus comparables à ceux qui se passent avec les aéroxydases. Nous ne pouvons aborder ici la description des substances oxydantes qu’on rencontre chez les êtres vivants, substances pour lesquelles BourquEeLor (3), l’un des premiers, a tenté une classification ; c'est là une question très complexe dont la mise au point sort du cadre de ce travail et dont nous ne saurions même utilement indiquer la bibliographie qui devrait être trop vaste pour être complète.

(4} Pharmacopoeu helvetica, Editio quarta, Édition française, p. xIX et p. 283, 1907.

(2) Em. BouRQUELOT. — Ferments solubles oxydants et médicaments ; Journ. de Pharm. et de Chim., [6], IV, 48, 1896. — Sur la présence de ferments oxydants dans quelques substances médicamenteuses; C. R.Soc. Biol., [10], IV, 25, 1897.

(3) Remarques sur les matières oxydantes que l’on peut rencontrer chez les êtres vivants; C. R. Soc. Biol., [10], IV, 402, 1897.

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