EL BR
ou éprouvent une augmentation considérable de leur toxicité primitive. La découverte constante de nouveaux médicaments organiques synthétiques, dont quelques-uns sont peu stables au point de vue chimique, constitue encore une raison sérieuse pour que le pharmacien se préoccupe avec soin de la conservation des principes organiques destinés à des usages thérapeutiques.
J'ajouterai que beaucoup de médicaments organiques sont très volatils ; il y a là un point de vue économique qui ne doit pas être perdu de vue par le praticien.
Nous n'étudierons pas tous les médicaments organiques; nous attirerons seulement l'attention du lecteur sur les altérations que subissent les plus importants et les plus usités d’entre eux.
I sera inutile d'insister, pour chacun d’eux, sur le meilleur mode de conservation à adopter, dont il est, d’ailleurs, presque toujours fait mention dans la Pharmacopée officielle, lorsque les circonstances l'exigent. Faute d'indications précises des auteurs, on peut adopter un mode de conservation tout à fait uniforme : enfermer les médicaments organiques dans des flacons bouches à l'émert et les placer à l'obscurité dans un endroit frais; pour les besoins courants, on peut utiliser des flacons de verre colorés en jaune, suivant les indications de CnasraixG. Les médicaments sont ainsi soustraits à l’action de l'air, de l'humidité, de la lumière et de la chaleur.
Toutefois, même dans ces conditions favorables, un grand nombre de médicaments organiques subissent des altérations qui les rendent impropres à l'usage thérapeutique.
Nous allons envisager très rapidement quelques médicaments organiques.
Hydrocarbures et dérivés.
Le carbure de calcium doit être conservé au sec; en effet, il est rapidement détruit par l'air humide avee formation d'acétylène el d'hydrate de chaux.
Le chloroforme, à cause de son importance en thérapeutique, est un médicament dont la conservation a été l’objet de nombreuses recherches. Les opinions les plus contradictoires
HE ont été émises sur les causes et les conditions d’altération du chloroforme (1).
Tandis que, pour un grand nombre d'auteurs, le chloroforme pur s’altère rapidement à la lumière, Personne (1876) soutenait au contraire que si le chloroforme se détruit, c'est qu'il est impur et retient du chloral; débarrascé de cette impureté, il pourrait être conservé à l'air sans addition d'aucun autre composé et être exposé impunément à la lumière.
En réalité, J. Reaxauzp a montré d'une facon décisive que le chloroforme pur s'altère sous l'influence de l'air et des radiations lumineuses; il a constaté que ces dernières jouent un rôle important dans la destruction du chloroforme pur exposé au contact de l'air; d'autre part, en l'absence d'oxygène, la lumière, à ‘elle seule, serait incapable de provoquer la décomposition du chloroforme pur. Parmi les produits d'altération de ce dernier, ReGNauL»D a constaté la présence du chlore, de l'acide chlorhydrique et de l'oxychlorure de carbone.
Dans un travail publié il y a seulement quelques années, N. Scnoorz et L.-M. vax Dex Bere (2) ont repris l’étude attentive de la décomposition du chloroforme sous l'influence de l'air et de la lumière, et ils sont arrivés à des conclusions qui expliquent d’une façon assez satisfaisante la formation des composés qu'on peut rencontrer dans le chloroforme altéré.
En présence d’un excès d'oxygène, la décomposition du chloroforme à la lumière se passerait suivant l'équation :
2CHCB + 50 — 2C0? + H?0 + 60.
Dans lecas d’un excès du chloroforme, on aurait : CHCB + O = COCR + HCI,
Sous l'influence de la lumière, l'oxychlorure de carbone peut être oxydé :
COCB + O — CO? + 20CI.
L'acide chlorhydrique lui-même peut donner, dans des conditions spéciales, du chlore et de l’eau :
2HCI 0 — H20 + 201.
(4) Voir J. Recnauzn. — Etudes expérimentales sur la conservation du chloroforme; Journ. de Pharm. et de Chim., [5], X, #35, 1884.
(2) Die Zersetzung einiger pharmazeutischen Präparate unter dem Einflusse von Licht und Luft; Ber, d. d. pharm. Ges., XV, 387, 1905.
ie
Les auteurs se sont efforcés de démontrer par l'analyse la réalité de ces diverses réactions, qui rendent bien compte de la formation des produits qu’on trouve couramment dans le chloroforme altéré sous l'influence de l’air et de la lumière.
Comme Recnaur», ils ont trouvé qu'en l'absence d'oxygène le chloroforme n’est pas décomposé par la lumière.
Recnauip, dont le travail avait surtout un but pratique et qui n'avait fait «aucune hypothèse touchant la marche probable « de l’action exercée par l'oxygène sur le chloroforme », à démontré d'une facon tout à fait évidente « que si le chloro- «forme, corps sialtérable, se conserve le plus souvent dans les « pharmacies, c’est précisément parce qu'il n’est pas pur ». IL à établi définitivement, après Ruwp, l'influence favorisante de l'alcool éthylique sur la conservation du chloroforme : des échantillons de chloroforme pur additionnés d'alcool éthylique pur, dans des proportions variant de 1 pour 100 à 1 pour 1.000 en poids, sont restés complètement inaltérés à l'air et à la lumière pendant quinze mois, bien que, pendant ce temps, les flacons aient été débouchés environ une quarantaine de fois, de facon à permettre les prélèvements nécessaires aux essais. ù
L'alcool allylique à paru exercer une influence favorable, comparable à celle de l'alcool éthylique; l'alcool! méthylique et l’alcool amylique se sont montrés moins efficaces. La benzine s’est montrée sans action; le toluène ajouté au chloroforme dans la proportion de 1 pour 500, à { pour 1.000, a permis au contraire une conservation parfaite de ce dernier.
H. Marry (1) a reconnu lui aussi les heureux effets de la présence d'alcool éthylique dans le chloroforme. Il conclut de ses recherches :
.… € Le moyen le plus efficace de préserver le chloroforme « pur de toute altération, ou tout au moins d'assurer sa con- «-servation pendant le temps le plus long possible, consiste :
«(a À renfermer le chloroforme pur dans des flacons en « verre Jaune, bouchés à l’'émeri, bien nettoyés, et parfaite- « ment séchés, d’une contenance de 500 centimètres cubes «ou d'un litre au maximum :
(1) De l'altération du chloroforme, de ses causes, des moyens de la prévenir et d'y remédier. Union pharm., XIX, 481, 1888.