LS DES
L'’adrénaline, récemment entrée dans la thérapeutique, est très oxydable à l'air qui la brunit rapidement. Elle est soluble dans les alcalis; mais les solutions ainsi préparées sont inutilisables, car elles sont immédiatement altérées. Les solutions acides elles-mêmes se colorent peu à peu en rose.
Composés organiques divers ne rentrant pas dans les groupes précédents.
L'acide cyanhydrique anhydre ne se conserve inaltéré que lorsqu'il est pur ou chargé seulement d’une trace d'acide minéral. Lorsqu'il est impur, et surtout lorsqu'il contient de l’'ammoniaque, il se transforme en produits complexes, bruns, solides et insolubles, dont la nature chimique n’est d’ailleurs pas encore complètement élucidée.
En milieu aqueux, comme c’est le cas pour le soluté officinal, l’acide cyanhydrique s’hydrate lentement et se transforme en formiate d'ammonium. :
Le cyanure de potassium, exposé à l'air, exhale une odeur prononcée d'acide cyanhydrique. Cette décomposition est due à l'action de l'anhydride carbonique qui, en présence de la vapeur d’eau contenue dans l'air, déplace l’acide cyanhydrique, et donne ainsi du carbonate de potassium. Le mécanisme de cette réaction, soupçonné depuis longtemps, a été démontré expérimentalement par Naunix et Moxrnocox, en 1876 (1). D’après ces auteurs, le cyanure de potassium se décompose aussi dans l'hydrogène pur et dans l'air privé d'acide carbonique, mais alors la décomposition est limitée par l'alcalinité due à la potasse formée. Avec l'acide carbonique, au contraire, la réaction se poursuit jusqu’au bout, car l’alcali est saturé au fur et à mesure de sa production.
Cette décomposition du cyanure de potassium, sous l’influence de l'air atmosphérique, est très intéressante, car elle peut s'accompagner de la disparition complète de la toxicité du médicament. C’est ainsi qu'on à vu échouer heureusement des tentatives de suicide chez des sujets ayant ingéré des doses de soi-disant cyanure de potassium s’élevant parfois à
(1) Sur la décomposition du eyanure de potassium, du cyanure de zine
et du formiate de potasse dans l'acide carbonique, l'air et l'hydrogène pur; C. R. Ac. des Sciences, LXXXIIT, 345, 1876.
BST. L'E
plusieurs grammes : le composé, conservé dans un flacon mal bouché, était entièrement transformé en carbonate de potassium.
Le cyanure de zinc, quoique à un bien moindre degré, est aussi légèrement altérable dans l'air humide.
Quant au cyanure de mercure, il est inaltérable à l'air et à la Jumière.
Comme les sels minéraux, les ses organiques peuvent être stables à l'air, ou efflorescents ou déliquescents. Ainsi le tartrate acide de potassium est inaltérable à l'air; l'émétique, le tartrate de sodium et de potassium, le sulfate de quinine officinal sont efflorescents, l’acétate de potassium et le glycérophosphate de sodium sont déliquescents.
En dehors des sels, certains principes organiques fixent facilement l'humidité; tels sont l'acide acétique, l'alcoot, la glycérine.
Les glucosides, comme la digitaline, la strophanthine, sont stables, à l’état cristallisé et pur.
C'est le cas d’ailleurs de beaucoup de médicaments organiques, qui ne donnent lieu à aucune observation spéciale, comme l'acétanilide, l'antipyrine, l'arrhénal, l'aspirine, le benzonaphtol, le bétol, la codéine, l'exalgine, le gaïacol, le menthol, le naphtol-&, la phénacétine, l'acide picrique, le pyramidon, la saccharine, la strychnine, le sulfonal, la terpine, le trional, l'uréthane, le véronal, ete. Il n’y a qu’à conserver ces médicaments dans des flacons bouchés.
En général, la stabilité des divers composés organiques est beaucoup moins grande à l’état dissous qu’à l’état solide. II ne faut pas oublier que des dissolvants neutres, paraissant indifférents, peuvent cependant déterminer parfois des modifications chimiques profondes sur les composés qu’ils dissolvent. Ainsi le diéthylbromoacétamide ou neuronal se décompose lentement dans l’eau pure. à froid, en donnant de l'acide bromhydrique; à chaud, la décomposition est très rapide. Les solutions doivent donc être employées presque immédiatement après leur préparation. En présence d’eau renfermant un alcali, comme la potasse ou la soude, le neuronal peut donner, entre autres produits de dédoublement, un cyanure alcalin; on voit avec quelles précautions ce médicament
doit être manipulé, et sous quelles faibles influences il peut s’altérer. C’est une notion qu'il ne faut pas perdre de vue dans l'emploi de nombreux médicaments synthétiques nouveaux vis-à-vis desquels, à défaut d'indications précises, le pharmacien doit toujours se montrer très circonspect.
Nous n'avons pas parlé de la conservation de certains principes très utilisés en pharmacie, comme le saccharose, le glucose, le lactose; c'est que nous aurons l’occasion de le faire plus à propos dans la troisième partie de ce travail.”
Je n'ai pas cru nécessaire de donner à l'étude des altérations et de la conservation des médicaments chimiques un développement plus considérable, cette étude ayant déjà été quelquefois traitée, en particulier par F. Gay (1), en 1884.
Je me suis surtout efforcé de mettre en lumière les faits nouveaux et les faits essentiels, dont la connaissance, par sa généralité même, englobe d'ailleurs tous les cas non envisagés spécialement.
Je crois devoir indiquer, quelque peu modifiée et adaptée à ce qui précède, la classification suivant laquelle F. Gay à groupé les diverses modifications qui s'effectuent dans les médicaments chimiques, au cours de leur conservation. On trouvera facilement, dans les faits exposés plus haut, des exemples relatifs aux altérations ss étudiées par cet auteur.
Les corps chimiques peuvent éprouver :
1° Des changements d'état physique : évaporation, efflorescence, déliquescence ;
2° Des changements moléculaires : changements de couleur (ex. : érythrocentaurine), changements allotropiques (ex. : transformation du phosphore blanc en phosphore rouge);
3° Des dédoublements : dissociation spontanée de combinaisons renfermant des corps volatils à la température ordinaire (ex. : sels ammoniacaux, bicarbonates); dédoublements de combinaisons halogénées sous l'influence de la lumière (ex. : chlorure d'argent, iodures de mercure); dédoublements de composés oxygénés sous l'influence de la lumière
(4) F. GAY. — Altérations dites spontanées des médicaments chimiques. Causes et phénomènes, Moyens de conservation; Thèse agrég., Paris, 1884.
em 1)
(ex. : oxydes mercuriques); dédoublements produits par l'acide carbonique (ex. : cyanure de potassium);
4° Des modifications résultant de la fixation d'oxygène (oxydation diverses) et d'acide carbonique (carbonatation) ;
5° Des altérations résultant de réactions réciproques entre les composants d’un même médicament (eau de Rabel) et même entre les diverses parties constituantes d’une même molécule (tartrate ferrico-potassique);
6° Des fermentations sous l’influence de microbes et de moisissures.
La grande majorité des altérations des médicaments chimiques prend bien place dans le cadre tracé par Gay. Il faut remarquer cependant qu’on ne saurait faire rentrer dans cette classification les altérations si importantes qui se manifestent dans les eaux minérales par perte de la radioactivité. I y a là un paragraphe nouveau, certainement important, à introduire dans le chapitre déjà si vaste des altérations des médicaments. D'ailleurs, l'avenir nous dévoilera bien, sans doute, d’autres altérations encore actuellement inconnues.
Certaines des altérations signalées par Gay ont donné lieu à des interprétations ou des explications nouvelles. Ce sont ces connaissances récemment acquises que, fidèle à mon programme, je me suis efforcé de mettre en lumière, me contentant de signaler très rapidement les faits depuis longtemps connus et définitivement établis.
Au point de vue de leur conservation, les médicaments chimiques doivent être soustraits le plus possible à l’action de l'air, de la lumière (à moins d'indications spéciales très limitées), de la chaleur et de l'humidité. Les solutions susceptibles de se prêter au développement des microorganismes doivent être traitées par les procédés ordinaires de la technique bactériologique (stérilisation par filtration, tyndallisation, chauffage au bain-marie ou à l’autoclave), dans la mesure où ces procédés n’altèrent pas eux-mêmes le médicament.
La conservation à l'obscurité est assez difficile à réaliser dans la pratique courante des pharmacies ; aussi l'emploi des flacons en verre coloré peut-il être d’une grande utilité dans certains cas. Cet emploi doit d’ailleurs être raisonné, et l'on