SCÈNE II
ALVAREZ, ZAMORE, américains.
ALVAREZ
Soyez libres, vivez.
ZAMORE
Ciel! que viens-je d'entendre?
Quelle est cette vertu que je ne puis comprendre? Quel vieillard, ou quel dieu vient ici m'élnnncr? Tu parais Espagnol, et tu sais pardonner' ! Es-tu roi? Cette ville est-elle en ta puissance?
ALVAREZ
Non: mais je puis au moins protéger l'innocence.
ZAMOKK.
Quel est donc ton destin, vieillard trop généreux?
ALVARF.Z.
Celui de secourir les mortels mallicurcux,
ZAMORE
Eh? qui peut t'inspirer cette auguste clémence'?
1 Cette période poùiique est bien conduite et pioduit toujours de l'effet lursqu'oti la dt'flamo avec feu.
2 1,'cpigranime est d'auiaiii plus sanglante qu'elle jaillii d'un rapproclicnienl qui n'est point chcrclic.
3 Pourquoi faut-il que ces veis, dont le tour est vif , soient alourdis par tant d'cpitlièles ?
ALVAREZ
Dieu, ma religion, et la reconnaissance.
ZAMORE
Dieu? ta religion? Quoi! ces tyrans cruels,
Monstres désaltdrés dans le sang des mortels,
Qui dépcuplnnt la terre, et dont la barbarie
En vasœ solitude a change ma patrie,
Dont rinfànie avarice est la suprême loi.
Mon père, ils n'ont donc pas le même Dieu que toi?
ALVAREZ
Ils ont le même Dieu, mon fils; mais ils l'outragent ' : Nés sous la loi des saints, dans le crime ils s'engagent. Ils ont tous abusé de leur nouveau pouvoir: Tu connais leurs forfaits, mais connais mon devoir. Le soleil par deux fois a, d'un tropique à l'autre, Éclairé dans sa niarche et ce monde et le nôtre-. Depuis c|uo l'un des tiens, par un noble secours. Maître de mon destin, daigna sauver mes jours^ Mon cœur, dès ce moment, partagea vos misères; Tous vos concitoyens sont devenus mes frères; Et je mourrais lieurcux si je pouvais trouver Ce héros inconnu qui m'a pu conserver.
ZAMORE
A ses traits, à son âge, à sa vertu suprême-
C'est lui, n'en douions point, c'est Alvarez lui-même.
Pourrais-tu parmi nous reconnaître le bras
A qui le ciel permit d'empêcher ton trépas?
ALVAREZ
Que me dit-il? .\pproche. 0 ciel ! ô Providence! C'est lui, voilà l'objet de ma reconnaissance. Mes yeux, mes tristes yeux, affaiblis par les ans, Hélas! avez-vous pu le chercher si longtemps'?
{Il l'embrasse.) Mon bienfaiteur! mon fils ! parle, que dois-je faire?
1 Ce vers, vraiment beau, estaffaibli par les développements q le suivent.
2 Alvarez ne veut pas être en reste de périphrases asironom ques avec Zamore.
." Quel circuit: que de circonlocutions pour dire une chose s siniple:
4 A la rigueur on comprend que le vieil Alvarez, dont les yeu: sont affaiblis, ne reconnaisse pas tout d'abord son libérateur, mais Zamore, qui a bonne vue, tarde bien à reconnaître Alvarez.