SCENE II
Eh bien ! veut-on toujours ravir à ma présence Les habitants des lieux si chers à mon enfance'? Ne puis-je voir enfin ces captifs malheureux, Et goûter la douceur de pleurer avec eux?
ÉMlRE.
Ah! plutôt de Gusman redouiez la furie;
Craignez pour ces captifs, tremblez ])our la patrie.
On nous menace, on dit qu'à notre nation
Ce jour sera le jour de la destruction.
On déploie aujourd'hui l'étendard de la guerre;
On allume ces feux enfermés sous la terre;
On assemblait déjà le sanglant tribunal-;
Montôze est appelé dans ce conseil fatal;
C'est tout ce que j'ai su.
Ciel, qui m'avez trompée, De quel étonnement je demeure frappée!
Quoi! presque entre mes bras, et du pied de l'autel, Gusman contre les miens lève son bras cruel !
1 Et depuis qaand, seigneur, craigner-vous la présence De ces paisibles Ueux si chers à votre enfance ?
Racine, Vtiedre, aet. I, se. I.
2 Le sanglant tribunal désigne sans doute l'inquisiiion, et hs feux enfermés $ous la terre, ses réchauds allumés pour donner la quosiiou. t. a Harpe ne comprenait pas, puisqu'il demande; «Le tribunal de qui ? » et qu'il ajoute : « le doit gouverner quelque chose quand il n'y a pas d'épiihète spécifique. » Voltaire croyait avoir spécifié le tribunal par l'adjectif tanglant.