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criptions nationales, ni de l'opposition aboyante, ni des pamphlets de Paul-Louis Courier, ni des jésuites, ni de la sainte alliance, sujets fort à la mode dans ce temps là. Mais, en revanche, il s'était récréé de beaucoup de choses plus intéressantes pour lui seul. Ason réveil . afin de disposer son esprit à l'étude en l'appliquant d'abord à des matières agréablement et purement 'littéraires, il avait lu plusieurs chapitres d'un beau livre Alonzo ou L'Espagne, qui, par la vérité des peintures locales et par les beautés chateaubrianiques du style, balançait alors le succès des premiers romans de Wal ter -Scott traduits en français. Ensuite, il avait passé à une lecture moins attrayante et plus instructive; puis, il acheva l'explication d'une monnaie inédile des rois de la Baclryane ; puis, il travailla au classement de son herbier; puis, il prépara ta palette et ses couleurs pour peindre ; puis, il analysa diverses substances à l'alambic: puis, il étudia le dessin d'un vase étrusque qu'il voulait décrire: puis, il fît de la musique instrumentale ; puis, il rangea
des livres, des médailles, des papillons. Depuis cinq heures consécutives, il n'avait pas cessé une minute de s'occuper de littérature, ou de science, ou d'art: il était vraiment heureux.
Il écrivit sur son album où chaque jour il déposait une observation, un fait, une pensée ; « J'entre aujourd'hui dans ma cinquantième année, et il me semble que je n'ai pas vieilli ; puisque mes goûts sont aussi variés, mes sensations aussi vives, mes perceptions aussi rapides, mon temps aussi bien employé. A qui me demanderait : Qu'est-ce que le bonheur? je répondrais : C'est mon genre de vie. Mais , pour tout dire, un pareil genre de vie exige plusieurs conditions que tout le monde n'a pas et ne peut avoir. Ainsi, la base de l'édifice, c'est la santé corporelle sur laquelle on fonde ce bonheur, que construit après la santé intellectuelle, (si celte expression rend bien mon idée), c'est-à-dire la trinilé de îàme, du cœur et de l'esprit: enfin la fortune fournit les matériaux nécessaires. Je
m'estime donc favorablement partagé du côté n. 6
de ces conditions qui ne dépendent de personne. Je ne suis et n'ai jamais élé malade; l'hygiène que j'observe m'cmpOehcra. sans doute, de le devenir: j'ai la force et l'activité, comme un jeune homme. En outre, je ne (*ois pas être plus mécontent de ce oui tient à l'intelligence et de C3 qui distingue la bête humaine: chez moi l'âme, qui produit les senlimens élevés, et qui observe la religion sociale contenue dans cette antique maxime des religions et des sociétés : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit à toi-même ; cette âme-là n'est pas plus développée que je ne la désire pour la renfermer dans les bornes de la véritable philosophie ; le cœur, qui inspire et anime les sentimens tendres et délicats, susceptibles de se résoudre en larmes et en dévouement, n'a pas plus d'empire qu'il ne faut dans mes affections qui se défendent de tout appareil faux et exagéré : parmi ces affections, la meilleure pour un homme de mon âge et de mon caractère, est certainement l'amitié, parce quelle a été choisie et long-temps éprou-
vée, au lieu d'être imposée par les devoirs du monde et delà nature; enfin, mon esprit reçoit chaque jour un nouvel accroissement, ainsi qu'un terrain vague dont la possession appartient à l'agriculteur qui le défriche et qui le cultive : mon esprit est sans cesse alimenté des connaissances qu'il affectionne, et sans cesse son avidité augmente avec les jouissances que je trouve à le contenter. Quant à ma fortune, elle serait beaucoup pi us considérable, sijen'en avais sacrifié les deux tiers à ma femme et à mes enfans ; néanmoins, il m'en reste assez pour vivre dans l'aisance, pour compléter successivement mes collections et pour faire un peu de bien. Ne possédé-je pas le nécessaire du bonheur? Je n'ai qu'à souhaiter de conserver la seule chose qui puisse changer, la santé du corps sans laquelle tous les bienfaits de Tinielligence et de la richesse sont inutiles et illusoires. Dans trente ans, je serai heureux comme aujourd'hui, pourvu que je ne sois ni souffrant, ni infirme. Ainsi soit-il ! » En effet. M. Bauron ne paraissait pas avoir
Si MÈRE.
son âge: les voyages, qui ordinairement valent des années et amènent une décrépitude précoce chez le voyageur, n'avaient fait que brunir le teint de M. Dauron et semer ses tempes de cheveux blancs ; mais il se tenait aussi droit, il avait les yeux aussi brillans et la peau presque aussi unie qu'au moment de son mariage. Celte bonne apparence physique était servie fort à propos par les soins qu'il prenait de sa personne, soins de propreté minutieuse et de coquetterie décente ; il ne croyait pas indispensable de mettre en relief, par de la négligence dans ses habits, V outrage des ans , et il regardait le corps comme un mannequin qu'on arrange le mieux possible pour la récréation du public : « On n'a pas le droit de faire horreur aux gens, lorsqu'on peut l'éviter, disait -il, car l'extérieur de notreindividu n'appartient pas plus à nous seuls que le dehors de nos maisons, sur lequel chacun est libre d'exercer droit de contrôle et qui se trouve soumis à des ordonnances de voirie. » En conséquence de ce raisonnement. M. Dauron se ra-
jeunissait par sa mise qui était toujours élégante et de bon goût, sans prétention toutefois.
— Bonjour, mon ami ! dit-il à M. Jodelet qui entrait, l'air pensif et soucieux, dans le cabinet et qui lui tendit la main en silence. Qu'avez-vous donc et d'où vous vient ce visage chagrin?
— D'une lettre que j'ai reçue, répondit ^lbert Jodelet en la tirant de sa poche et en s'apprêtantà la lire, avant que M* Dâuron lui demandât cette lecture,.
— Vous annonce-t-on quelque fâcheuse nouvelle ? s'écria M. Dauron qui lui prit les mains avec intérêt. Si je peux vous être utile, mon cher Albert, disposez de moi ?
— Sans doute, vous pouvez m'être fort utile; d'ailleurs la chose vous regarde autant et plus que moi-même; car|c'est votre fille qui m'écrit.
— Ma fille? Nanine? Ah! Elle se porte bien? Il y a long-temps que je ne l'ai vue: depuis votre
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départ pour l'Angleterre, elle ne m'a pas même écrit!
— Vous savez, Athanase, que sa correspondance subit une censure plus rigoureuse que celle de la presse ? vous verrez bien que celte lettre a été écrite et envoyée en cachette.
— Eh ! pourquoi cela? c'est sa mère probablement, qui n'imite pas madame dcSévigné, en contrariant le talent épistolaire de sa fille. Pauvre Cécile, elle sera folie jusqu'à 1 âge caduc !
— II y a plus que de la folie. Au reste, jugezen. Pour vous mettre au fait, sachez seulement que j'ai rapporté à Nanine quelques chiffons achetés en Angleterre, et qu'hier en arrivant, je les lui ai fait tenir par mon domestique: incle irœ. Voici la réponse que Nanine m'a transmise ce matin : « Mon bon ami, plût à Dieu que vous « fussiez venu en personne m'apprendre votre « heureux retour que j'attends avec impatience « depuis un mois, puisque vous êtes parti depuis « un mois! j'aurais eu encore plus de joie à « m'assurer par mes yeux que îe voyage vous
« avait bien réussi, et peut-être m'auriez- vous « sauvé les ennuis que j'ai eus à la place du « plaisir que vous pensiez me faire parle présent « de ces belles étoffes, de ce beau linge et de ces « belles dentelles qui m'ont causé tant de peine. « Ce n'est pas l'effet que vous vous en promet- « tiez ? Imaginez-vous que maman a prétendu « que ce présent ne pouvait être destiné qu'à « elle, et lorsque je lui montrai votre lettre « d'envoi, pour lui prouver que toutes cesmer- « veilles m'étaient destinées, elle se mit dans « une si grande colère, qu'elle me maltraita.... « Oui, mon bon ami, "elle m'a frappé! ce souve- « nir me sera long- temps douloureux, et je « consentirais volontiers aux plus mauvais trai- « ternent delà part de quelque étranger, pour- « vu que je pusse oublier le soufflet que ma « mère m'a donné en présence de mon frère, « qui l'irritait davantage et qui me menaçait « aussi! Mes larmescoulent d'elles-mêmes, sans « que je me rappelle les circonstances de cette « scène qui vous eût affligé, si vous en eussiez
« été lémoin. Ce n'est pas tout, votre lettre fut « si mal interprêtée, qu'on va me conduire chez « lessœurs de la Charité, dès demain, et que je « serai condamnée à me faire religieuse, quoi- « que je n'aie pas d'autre vocation que de contiez nuer mes études sous vos leçons. Auriez-vous « prévu que cette lettre, toute semblable à celles « que vous m'écrivez ordinairement, servît de « prétexte à mon malheur? car, je vous l'ai dit « souvent, mon bon ami, j'estime, je vénère « les pauvres Sœurs qui se consacrent au soula- « gement des malades, mais je ne me sens pas « la force de les imiter, et le courage m'aban- « donne rien qu'à y songer. Mon Dieu ! que « vais-je devenir, si vous el mon père ne venez « à mon secours ? demain , je serai enfermée dans « un couvent : demain, je porterai une robe de « bure noire ou blanche, au lieu des étoffes de « soie et des dentelles que vous me réserviez: je « commencerai à mourir de chagrin!... D'un « autre côté, après avoir été traitée par maman « et par mon frère, comme je vous l'ai dit. je n6
« dois- pas désirer de rester exposée aux mêmes « traitemens, et, à bien considérer îe meilleur « parti à suivre, j'oplerais encore pour le couvent « que je redoute pourtant à l'égal d'une prison. « Que faire? je ne sais, et je crains que vous ne « le sachiez pas mieux que moi. mais, si vous « voulez en parler à mon père, qui m'aime, j'en a suis sûre, et qui me le témoigne avec tant de « bonîé, quand j'ai le bonheur de îe voir, je me « flatte que vous aviserez ensemble à quelque « expédient pour me délivrer à la fois des souf- « fiels et du couvent. Ce qu'il me faudrait pour « que je fusse heureuse comme une reine, ce se- « rait une petite cellule garnie de livres et un « cabinet de chimie, avec vos conseils et voire « amitié, mon bon ami, avec les encouragemcns « et les caresses de mon père. Maman ne m'a « jamais aimée, j'ignore pourquoi ; mais mon « père m'aimera davantage puisqu'il m'aime « déjà.
« Nanine. »
00 >:lul.
— Chère enfant! murmura M. Dauron en essuyant avec la manche de sa robe de chambre deux larmes qui tremblaient au bord de ses paupières. Comment ncl'aimcrais-je pas !
— Vous l'aimez , Alhanase , je n'en doute pas , reprit Albert Jodelet qui mit dans ce plaidoyer une énergie et une éloquence peu coutumières ; mais il ne suffit pas de Taimer comme vous faites , en le disant et en ne le montrant guère. Moi, aussi, je l'aime, cette chère Nanine, et je ne manque pas de motifs pour l'aimer autant que si elle était ma fille! depuis son enfance , c'est moi seul qui la défends contre les injustes préférences de sa mère et contre les jalouses méchancetés de son frère ; c'est moi qui la console et l'encourage dans 1 abandon où on la laisse et dans les querelles qu'on lui suscite ; c'est moi qui l'ai sauvée de l'abjecte position qu'on voulait lui faire , en la privant de toute instruction... Nanine est mon élève, et je puis m'applaudir de mon ouvrage ; car peu de maîtres ont trouvé une pareille émulation pour ap-
prendre, etNanine m'a secondé par son intelligence vraiment extraordinaire, dans la tâche que je m'étais tracée : elle a le génie des sciences exactes, et ce serait un meurtre que de l'empêcher d'y faire de nouveaux progrès. Celle aimable enfant fait ; en se jouant , des équations qui embarrasseraient un élève de l'École polytechnique... Et vouloir l'enterrer dans un couvent d'abord , et ensuite dans un hôpital !
— Ce sont là des projets de madame Dauron qui en crée mille par jour et qui n'en exécute aucun ! dit tranquillement M. Dauron. Je vais vous montrer, Albert, l'explication de la médaille...
— Vous choisissez bien votre temps , mon ami! interrompit M. Jodelet dont la vivacité étonnait le numismate habitué à lui reprocher son flegme et sa lenteur.
— Une médaille des rois de la Bactryane , que la Bibliothèque du Roi ne possède pas et que M. Sylvestre de Sacy avait déclarée incom-
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préhensible! c'est une vraiesatisfaction pour moi.
— Vous me ferez parler avec irrévérence et des médailles et de voire triomphe, mon ami, interrompit plus vivement encore Albert Jodelet : vous ne pensez donc pas que votre fille se désole , qu'elle attend votre proleclion , qu'elle est peut-être déjà entre les mains des sœurs de la Charité , qu'on va couper ses beaux cheveux ? quoi ! cela ne vous indigne point ?
— Au contraire, et je vous jure bien, Albert, que cela ne sera pas et que ma pauvre Nanine sortira des limbes, pour se marier, puisqu'on se marie encore. Mais, en attendant...
— En attendant ? Je ne vous reconnais plus, Athanase ! vous, qui faisiez la guerre à ma froideur, vous êtes de glace lorsqu'il serait sage de vous échauffer, de vous irriter ? L'injustice, la cruauté , ne sont pas, ce me semble, tolérables chez une femme, chez une mère , et vous devriez être transporté delà colère qui me transporte. Souftletter Nanine !
— A quoi bon de la colère, apprenti philo*
sophe? dit M. Dauron en souriant: le soufflet n'est-il pas donné? Nanine est-elle sœur de la Charité à l'heure où nous parlons?
— Non, mon ami, mais elle répandra quelques larmes de plus, si nous attendons, comme vous dites , en nous arrêtant avec vos rois de la Bactryane; et une larme de Nanine....
— Il ne faudra qu'un mot pour les sécher, et ce mot, je suis déterminé à le dire : cette détermination m^est venue en écoutant sa lettre. Mais, vous, mon cher Albert, vous êtes tout de feu pour Nanine, comme un amant pour sa belle, comme vous étiez jadis pour les mathématiques....
— Et pour Juliette! ajouta M. Jodeletavec une expression de voix et de figure , dans laquelle un espoir se mêlait au regret. Hé"! quel est ce mot qui consolera Nanine ?
— Je lui dirai .-Viens avec moi, ma fille! ta perds une mère, maLs un père te reste ! ...
— Et. un bon ami ! ajouta M. Jodelet en pressant les mains de M. Dauron qui s'attendrissait
avec lui et qui l'interrogeait du regard. Ce mot que vous direz ù Nanine, me paraît admirable , et je suis d^avis que nous allions ensemble le lui porter, en laissant ici vos rois de la Bactryane, qui ne perdront pas pour attendre.
— Votre volonté soit faite en toutes choses , cher Albert , et je vous remercie du fond du cœur pour l'intérêt que vous prenez à notre petite mathématicienne. Je m'habille à l'instant : vous m'assisterez dans l'expédition que j'ai résolue et que rien ne m^empêchera d'exécuter? Nous ramènerons Nanine en triomphe!
— Oui, nous la ramènerons, et elle ne nous quittera plus ! s'écria M. Jodelet avec une joyeuse émotion. J'ai conçu aussi un projet, moi... Mais il n^est pas temps de le dire!
M.DauronelM. Jodelet, tous deux également préoccupés du succès de leur démarche, et le dernier moins confiant que l'autre, mais plus impartent de réussir, s'acheminèrent ensemble vers la maison habitée par Cécile: M. Dauron n'y
avait jamais mis les pieds. Lorsqu'ils arrivèrent , Albert Dauron se préparait à partir pour la chasse avec quelques viveurs de sa connaissance qu^il devait rejoindre au café, afin dé se précautionner d^un solide et copieux déjeuner contre les fatigues de la journée. Il venait de s'équiper en chasseur et de charger son fusii, après Tavoir nettoyé. En voyantentrer M. Jodeîet, il fronça le sourcil et rougit, embarrassé de l'explication qui aurait lieu certainement à propos des étoffes et des dentelles qu'il salait attribuées aux dépens de sa sœur ; il ne reconnut pas la personne qui accompagnait M. Jodelet , et il s'étonna que cette personne se permit de lui sourire d'un air familier ; comme il allait prévenir sa mère dans l 'intention d'échapper aux réclamations de M. Jodelet , celui-ci l'arrêta.
— Albert ! lui dit-il en désignant M. Dauron qui examinait son fils avec curiosité et qui n'était pas sali-fait de la physionomie du jeune homme ; lu n'embrasses pas ton père?
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— Mon père! répondit Albert, qui reculait comme s'il eût marché sur un serpent : je n'ai pas de père, M. Jodeîet ; du moins, ma mère ne m'a point appris à le connaître.
— C'est là un oubli que je ne lui pardonnerai pas, Albert, reprit monsieur Dauron allant vers lui avec une bonté pleine de noblesse : votre mère vous a-t-elle dit que je n'existais plus?
— Elle m'a dit, elle m'a prouvé que vous n'existiez plus pour elle ni pour moi, monsieur, repartit Albert dont la retraite força M. Dauron à ne plus avancer.
— Votre mère vous a indisposé contre moi, mon fils? ce procédé n'est pas généreux de sa part, et je me garderai de limiter.
— Vous n'oserez pas dire du mal de ma mère devant moi î interrompit Albert, d'un ton peu filial. Malheur à qui oserait insulter ma mère, fût-il cent fois mon père !
— Cette tendresse pour votre mère vous
honore, Albert, et je n'ai pas le dessein de la mettre à l'épreuve ; mais il me semble qu'elle pourrait ne pas empiéter sur celle que vous devez à votre père ?
— Eah ! je ne dois rien à mon père qui est un étranger pour moi, Monsieur, et qui a passé sa vie loin de ma mère... Au reste, elle vous dira elle-même ce que vous êtes pour nous.
— Albert, Albert! dit M. Jodelet outré de ces principes d'ingraîitude filiale : vous êtes gris ou bien fou, pour parler dç la sorte à votre père !
— Je serai peut-être gris dans une heure, mais à présent je ne le suis pas plus que vous, mon parrain, répliqua le jeune homme avec une grimace goguenarde.
— Certainement, quand votre mère saura la conduite que vous tenez, elle la désaprouvera, elle la blâmera, elle vous ordonnera de demander pardon à votre père.
— Moi, demander pardon à Monsieur! s'écria le mauvais fils, en éclatant de rire. Passe
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encore si Monsieur demandait pardon à ma pauvre mère qu'il a abandonnée !
— Oh! cela est trop fort! reprit M. Jodelet, que cet excès d'impudence mit hors de luimême. Vous'mériteriez, Albert, que votre père vous fit enfermer !
— Enfermer! mon père? vous badinez, parrain ? Je voudrais bien voir que Monsieur ou tout autre se permît de porter la main sur moi, tonnerre de Dieu !
— C'est une bête féroce, que ce petit garçon ! dit M. Dauronà son ami. Mais je ne me donnerai pas l'ennui de le punir, quoique j'en aie les moyens.
— Vous! repartit Albert, avec insolence : vous, me punir ! Tout ceci commence à m'embêter, je vous en avertis, et si vousm'échauffez les oreilles, prenezjgarde à vous!
— Qu'ya-t-il? Avec qui parles-tu si haut, mon Albert? demanda madame Dauron qui accourait de sa chambre, et qui resta stupéfaite à la vue de son mari.
— C'est votre fils, Madame, qui insulte son père, répondit M. Dauron avec dignité. Daignerez vous me faire savoir s'il suit vos leçons pu celles de son caractère ?
— Mon fils, Monsieur, ne vous connaît pas, reprit Cécile cherchant à lire dans les yeux d** Albert ce qui s'était passé. Vous auriez dû vous faire connaître ou plutôt ne pas vous présenter ici, comme je l'espérais, comme vous me l'aviez promis?
— Quant à ma présence dans votre maison, vous en saurez tout-à-1'heure le motif ; mais je regrette de ne pas admettre l'excuse que vous invoquez pour votre fils: je me suis très-bien fait connaître ; malheureusement, vous m'aviez sans doute représenté sous d'autres traits moins favorables, et votre fils m'a menacé de me mettre à la porte.
— Ah ! Monsieur, vous exagérez ! vous vous êtes trompé sur les dispositions de mon fils, qui n'a pas eu sans doute beaucoup de plaisir à vous voir, mais qui n'eût jamais...