SCENE V
CLAUDINE, Henriette
JAMINE,
Georges VETHEUIL.
CLAUDINE, se levant. — Bonjour, monsieur, c'est aimable à vous d'être venu.
VÉTHEUIL. — Mais pas du tout, madame. (A Jamine.) Bonjour, madame, vous allez bien ?
il s'est
LE DOMESTiaUE. — M. Georges Véthecil.
VÉTHEUIL. — Mais, en ce cas, je suis très indiscret... je vais me retirer.
CLAUDINE, faisant signe à Vétlieuil de s'asseoir. — Mais non, je vous en prie, restez !
vÉTHEUiL. — Vous étiez en train de causer... deux femmes ont toujours des choses très importantes à se dire...
M'"*^ JAMINE. — Rien de mystérieux :
j'étais en train de raconter à M""' Rozay comment Philippe
VÉTHEUIL. — Ah oui, le pauvre gar- -çon !
M™^ JAMINE. — Alors, pour vous finir... c'est en rentrant à Paris que ce malheur est arrivé... Comme je vous l'ai dit, nous avions passé l'hiver à Beaulieu. Philippe était toujours à Monte-Carlo, je ne pou-
H"' JAMINE.
Il faut que j'élève ma fille.
vais pas l'en empêcher. Il a joué, il a perdu naturellement, d'une façon effrayante. De retour ici, il a espéré se rattraper sur les mines d'or avec le peu qui lui restait... Malheureusement, il a été mal conseillé et il s'est trouvé un matin complètement ruiné!... Alors, il s'est tiré deux coujis de revolver.
CLAUDINE. — En effet, c'est effrayant!
je vous plains de tout mon cœur.
JM°* Janiine tire son mouchoir et s'essuie discrètement les yeux.
-M'"*^ JAMINE. — Vous pensez si j'étais
bouleversée... d'aatant plus que, vers la fin, il avait joué avec mon argent... C'est même pour ça qu'il s'est tué... de sorte que je me suis trouvée, moi, sans un sou.
CLAUDINE. — C'était le père de votre petite fille?
M'"'= JAMINE. — Non, j'ai eu Yvonne avec...
CLAUDINE. — Oui, oui, je ne me rappelais pas... je vous demande pardon... Et alors, comment avez-vous fait?
m'"'' JAMINE. — Oh! j'ai été très triste, très abattue. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, je l'adorais ce garçon... Pendant deux mois je n'ai voulu voir personne... Enfin, j'ai repris le dessus, heureusement... je suis maintenant avec Prunier.
CLAUDINE. — Prunier, le fabricant de ciments?
M""® JAMINE. ■ — C'est cela même.
vÉTHEL'iL. — ]\[ais il y a deux Prunier : Ernest et Jules.
M"'*^ jAmine. — Le mien, c'est Ernest...
CLAUDINE. — Celui qui vient de perdre sa femme.
m'"^ JAMINE. — Justement.
CLAUDINE. — Mais je .croyais qu'il avait eu un immense chagrin ?
m'"® JAMINE. — Oh! oui... il faisait peine à voir... C'est au cimetière que je l'ai connu.
CLAUDINE. — Au cimetière!
VÉTHEUIL. — Racontez-nous ça.
m'"" JAMINE. — C'est bien simple...
j'allais tous les huit jours porter des fleurs sur la tombe de Philippe et, une fois, j'ai rencontré Prunier qui venait aussi porter des fleurs à sa femme... Il faut vous dire que le caveau de la famille Prunier est dans la même allée, à deux tombes du caveau de la famille de Philippe. Alors je suis revenue le lendemain...
VÉTHEUIL. — Vous disicz tout à l'heure que vous alliez au cimetière toutes les semaines...
m'"" JAMINE, inco7iS('iente. — Oui, mais le gardien de notre allée m'avait dit que Prunier venait tous les jours... Alors, je suis revenue le lendemain et puis, peu à
peu, on a causé, n'est-ce pas?... Je ressemblais beaucoup à sa femme : ça été le point de départ. Et puis enfin il a vu que je le comprenais... je lui disais des choses pour le consoler... Voilà comment ça s'eet fait...
Claudine se détourne pour ne pas rire.
vÉTHEUiL. — Est-elîe gentille!...
M™® JAMiNE. — Pourquoi riez-vous?...
C'est drôle ce que je dis?
vÉTHECiL. — Oui... c'est drôle]
M™^ JAMINE. — Dame, vous comprenez, moi, j'ai charge d'âmes. Il faut que j élève ma fille, que je lui amasse une dot, parce que je veux qu'elle puisse choisir, qvi'elle jîuisse épouser un brave garçon.
CLAUDINE. — Pour ça, elle a raison.
vÉTHEUiL. — Vous avez le temps d'y songer.
m"'° JAMINE. — Pas tant que ça, et puis on ne sait ni qui vit ni qui meurt. Ah ! non, je ne veux pas quelle épouse n'importe qui, un homme qui la rendrait malheureuse! D'ailleurs, je veillerai : si mon gendre trompe ma fille, je lui colle une balle dans la tête!... j^jj^ ^^ j^^.ç
VÉTHEUIL, se Icaant. — Comme vous y allez! Et si c'est elle qui le trompe?
M""^ JAMINE. — Alors c'est différent...
je l'aiderai... Allons, je me sauve. Au revoir, monsieur le moqueur !
VÉTHEUIL. — Oh ! je ne me moque pas.
M""* JAMINE. — Et ma fille?
CLAUDINE, Ventrahiant à droite. — Tenez, sortons par là... elle doit être en train de jouer avec Denise, vous la prendrez en passant.
Elles sortent. Vétheuil resté seul va examiner un î^rand portrait de Claudine, posé sur un chevalet.