SCENE IV
CLAUDINE, Henriette JA]\JÏXE.
CLAUDINE. — Eh bien ! comment allezvous, ma chère amie? Il y a si longtemps que j'ai eu le plaisir de vous voir... je ne savais même pas si vous étiez à Paris : je vous ai écrit à tout hasard.
M""^ JAMiNE. — Vous êtes mille fois aimable ; mais, en effet, je n'étais pas à Paris cet hiver ; nous sommes allés à Beaulieu ; les médecins avaient ordonné le Midi pour Yvonne... Nous ne sommes rentrés qu'au mois d'avril.
CLAUDINE. — Est-ce que votre amie, M"" de Barency, était à Beaulieu cet hiver?... Elle a une villa, je crois?
M'°* JAMINE. — Oui, oui, elle y était.
CLAUDINE. — Toujours gaie, toujours illiante?...
M™® JAMIXE. — Oh! ne m'en parlez
pas... la pauvre femme a eu un grand chagrin... M. Ledouillard la quittée pour se marier.
CLAUDINE. — Ce n'est pas possible ! il y avait si longtemps qu'ils étaient ensemble.
M"'^ JAMINE. — Dame, il y avait huit ans. V
CLAUDINE. — Huit ans! c'est un bail!
M'"" JAMINE. — 0<ui, de sorte que ma pauvre amie est bien triste ; d'abord parce au'elle avait beaucoup d'affection pour Ledouillard... et puis, enfin, elle perd sa situation, n'est-ce pas. Oh! il s'est en allé très honorablement... il a assuré l'avenir de l'enfant.
CLAUDINE. — Ah! il y a un enfant!
c'est une fille, un garçon ?
m""^ JAMINE. — Un garçon.
CLAUDINE — Tant mieux, c est toujours plus facile à caser ; d'ailleurs Ledouillard a dû bien faire les choses... il est très généreux !
M'"'^ JAMINE. — Certainement., mais admettons qu'il ait laissé cinq cent millt francs, ce n'est pas la fortune : on ne va pas loin avec ça par le tempe qui court.
CLAUDINE. — Ah ! non, on ne va pas loin!...
M'-'"^ JAMINE. — Et comment va ^l. de Ruyseux ?
CLAUDINE. — Mais très bien, je vous remercie.
M'"* JAMINE. — Je pensais le voir auioui-d'hui.
CLAUDINE. — Non, il avait "affaire à son comité.
M™* JAMINE. — Il s'occupe toujour?
beaucoup de politique?
CLAUDINE. — Toujoui-s. Et VOUS, ma petite Henriette, êtes-vous contente ?
M'"* JAMINE. — Vous ne savez donc pas ce qui m'est arrivé?
CLAUDINE. — Non. . quoi donc?
M""" JAMINE. — Mais j'ai perdu mon ami...
CLAUDINE. — Philippe?
M'"" JAMIN2. Oui.
CLAUDINE. — Con\ment, perdu? II vous a quittée? Il s est marié?
M"^ JAMINE. — Non, perdu... perdu...
enfin il est mort.
CLAUDiXE. — Oh! ma pauvre petite!
JAIIINE.
Comment ! vous ne le
saviez pas ?
CLAUDINE. — Mais non... je ne sais rien, je vis très retirée, je vois si peu de monde. Tout à l'heure, quand je vous ai vue arriver en deuil, je n'ai pas osé vous demander. . .
M""^ .JAMIXE. — Vous n'avez donc pas reçu de lettre?...
CLAUDINE. — Pas la moindre... sans cela, vous j^ensez bien...
m"" jamine. — Oh ! ma chère amie, c'est un oubli... j'étais si meurtrie, si atterrée. Vraiment vous m'excusez, vous ne m'en voulez pas ?
CLAUDINE. — Oh! ma chère petite, vous êtes folle!... Je ne vous en veux pas le moins du monde. Evidemment, vous m'eussiez envoyé une lettre, ça m'aurait fait plaisir («S'e rejjrenant.) ...du moins j'aurais été sensible... c'est-à-dire que j'aurais pris la plus grande part...
M'"*" JAMINE. — Du reste, le pauvre garçon est mort dans des circonstances si pénibles, que l'on a invité très peu de monde.
CLAUDINE. — Vraiment ■?
M™^ JAMINE. — Mais oui suicidé.
CLAUDINE. — Pas possible !...
LE DOMESTIQUE, annoîiçant. — M. Georges Vétheuil.
m""® JAMINE. — Bonjour, monsieur, je^ vais bien.
CLAUDINE. — Vous VOUS counaissez 1....
Inutile de faire les présentations.
VÉTHEUIL. — J'avais ]îeur d'être en retard, mais je vois avec plaisir que ça n'est pas commencé...
CLAUDINE. — Si c'est du guignol que vous parlez, c'est même fini.
VÉTHEUIL. — Allons donc !
M""* JAMINE, riant. — Ah! ah! ah? mon pauvre Georges, ça ne m'étonne pa& de vous.