‹ AmantsChapitre 70 sur 77 · PHILIPPE, ANDRE · texte numérisé non relu

PHILIPPE, ANDRE

ANDRÉ. — Ce que je vovilais pour rompre, c'était une preuve indéniable, une certitude. Vous savez bien comment sont les femmes, elles jurent toujours qu'elles vous sont fidèks, quelles n'ont pas d'autre amant... et ou les croit., ou plutôt, non, on ne les croit pas, mais on fait semblant. Et puis, je ne sais pas si vous êtes comme moi, je ne peux pas mettre le petit nez de ma maîtresse dans ses mensonges... je n'ose pas ; je suis plus troublé qu'elle, ma parole d'honneur, c'est moi qui rougis.

PHILIPPE. — Oui, oui, je connais ça...

on a de la pudeur pour elles.

ANDRÉ. — Il y a en outre ce sentiment qui fait qu'on donne quatre sous à un homme qui empoisonne l'alcool et qui vous demande de quoi acheter du pain ; on sait qu'on a affaire à un farceur et on se dit : Si c'était vrai, pourtant!... Et on marche. Eh bien ! c'est la m?me chose : quand elles vous disent qu'elles voue sont fidèles, quand elles le jurent sur une tombe sacrée et qu'elles pleureu*" en invoquant le ciel même, on sait qu'elles mentcait effrontément et on se dit : Si c'était vrai pourtant! A moins qu'on ne se trouve devant un fait matériel, précis, alors, il n'y a plus à hésiter.

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La Douloureuse

PHILIPPE. — Alors, c'est fini, vovn avez rompii?

ANDRÉ. — Tout à fait, et si vous saviez comme je suis content : j'ai vingt ans et demi. Quelle joie! quelle béatitude ! Quelle gredine!

PHILIPPE. — ■ Si vous êtes si heureux que ça, il faut recommencer.

ANDRÉ. — Ail! non, j'en ai assez... je suis bien décidé à ne plus souffrir, à ne plus me faire de bile... j'ai le foie nickelé. Oui, je suis heureux... Oh! j'ai bien encore quelques petits moments un peu... mais j'attribue ça à ce sale temps qu'il fait aujourd'hui.

PHILIPPE. — Certainement.

ANDRÉ. — Vous savez ce temps de novembre, brumeux et glauque, avec des rues visqueuses et une humidité!... Oui, c'est un mauvais temps pour les ruptures.

PHILIPPE. - — Il vaut mieux du sec.

ANDRÉ. — Ah! oui, un joli froid bien sec, avec un petit vent qui vous coupe les oreilles. Enfin, on ne peut pas tout avoir ! C'est égal, j'ai peur que la vie ne me parais&9 bien vide, maintenant que je n'ai plus d'ennuis.

PHILIPPE. — Cherchez-en d'autres.

ANDRÉ. — Vous avez raison... Voulezvous dîner avec moi, ce soir?

PHILIPPE. — Vous êtes trop aimable.

ANDRÉ. — Vous me rendrez service...

entre nous, j'aime mieux ne pas passer ma soirée tout seul. Ah! mon pauvre ami, ce que j'en ai soupe des femmes du monde !

PHILIPPE. — Ne généralisez donc pas.

ANDRÉ. — C'est vrai... je vous demande pardon... mais vous, vous allez épouser une femme exquise, intelligente, bonne et qui vous adore... c'est l'exception... Ah! si je nouvais rscommencer ma vie, je sais bien ce que je ferait

PHILIPPE. — Qu'est-ce que vous feriez ?

ANDRÉ. — Eh bien ! pour les sens, j'aurais des belles filles. Crovez-moi, mon cher, il n'y a encore que ça... une belle grue... Tenez, on sonne... une belle grue, bien bêbe, l'Oseille... voilà pour les sens ; pour le cexvcau, la méthode de feu

Cousin me paraît admirable : c est a,iuA que je m'éprendrais volontiers de M"* de Lespinasse ou de cette merveilleuse du-, chesse Sansevernia de la Chartreuse de Parme ; et pour le cœur, je tâcherais à. soulager quelques misères huviaines ; il y a de quoi faire.

PHILIPPE. — Voilà un joli programme... faites ça.

ANDRÉ. — Je suis trop vieux.

Une vieille domestique introduit Gctte.

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