Voir le chapitre boulevard du Temple
dait en semestre, ayant entendu les cris de la victime, courut à elle, mit les voleurs en fuite, détacha la jeune fille et la reconduisit respectueusement à ses parents. Cette belle action insérée dans toutes les Gazettes retentit jusqu'à la cour. La reine voulut voir son dragon ; on le lui présenta, il reçut de Marie-Antoinette un accueil très touchant et une somme d'argent, avec laquelle il acheta son congé et se maria avec la charmante jeune fille qu'il avait sauvée par son courage.
Tout Paris alla verser des larmes au Maréchal des logis, je crois même que le héros assista en uniforme à plusieurs représentations. Ces pantomimes étaient montées avec le plus grand soin.
Vers 1792 on en donna une appelée Dorothée dans laquelle il y avait une procession magnifique, les prêtres en aubes, les chantres portant chapes, les enfants de chœur, les châsses, les reliques, les évêques, les cardinaux, les pénitents blancs et noirs, les croix, les bannières, enfin tous les signes de la religion défilant sur le théâtre, au milieu des cris et des applaudissements d'une multitude qui commençait déjà à ressentir les atteintes d'un mal qui devait plus tard enfanter tant d'excès.
Les saturnales au théâtre ne faisaient aue précéder celles que nous devions voir dans les rues.
Hélas! un an après, 93 avait sonné!...
Et nous avons vu des processions d'un autre genre!... Les églises pillées, dévastées, les vases sacrés livrés à d'horribles profanations, des comédiens bourgeois habillés en prêtres, se livrant aux plus infâmes sacrilèges... J'ai vu, moi, étant enfant, un malheureux revêtu de l'habit sacerdotal, et dans un état complet d'ivresse courir dans le faubourg Saint-Martin, avec de fausses hosties dans un saint-ciboire, donnant la communion aux passants, se jouant de ce que l'homme a de plus saint, de plus sacré sur la terre; de Dieu et des croyances! Eh!
qu'on ne vienne pas dire que l'influence des théâtres n'a pas de pouvoir sur les masses?... Gomment vouliez-vous que ce peuple qui avait vu tourner en dérision les objets qu'il était accoutumé à respecter ne se livrât pas à des excès représentés devant lui sur le théâtre?
Du moment qu'il en avait ri, il n'était pas loin de s'y abandonner lui-même...
C'est ce qu'il a fait en 1793, c'est ce qu'il a fait en 1831, c'est ce qu'il ferait encore, c'est ce qu'il fera toujours, lorsqu'au lieu de le retenir dans les limites de la raison, de ne lui donner que des émotions douces, des idées généreuses, religieuses même, dont nous avons tous besoin et dont il ne faut pas nous déshériter, vous lui direz qu'il peut rire de tout, se moquer de tout, in-
sulter à tout. Ah ! ce n'est pas toujours le peuple qui est le plus coupable ! ce sont ceux qui le poussent en avant, qui l'excitent, l'exaltent, le démoralisent et qui après son triomphe le laissent, ce pauvre peuple, avec une misère de plus, misère la plus affreuse de toutes... celle de ne croire à rien!...
En 1790 Audinot avait pris pour associé Arnould, qui devint aussi son auteur privilégié, son faiseur de pantomimes ; la troupe était assez remarquable ; MM. Picardeaux, Saint-Aubin Thomassin, Lebel, Cardinal, Dufresnoy, Lafîtte et les demoiselles Langlade, Rigoleau, Simonet, Rochetin ; quant au pauvre Bordier, qui jouait admirablement les petits-maîtres et les abbés et qu'on avait surnommé le Mole des boulevards, il avait été pendu à Rouen en 1789, pour avoir pris part, disait- on, à une émeute de grains, suscitée à cette époque pour préluder a la révolution. On assure que ce comédien mourut gaîment. Dans une pièce de Pompigny, intitulée le Ramoneur Prince, au moment de monter dans la cheminée, il disait :
Y monterai-je ? ou n'y monterai-je pas?...
Quand il fut au bas de la fatale échelle, on prétend que Bordier dit en riant au bourreau :
Disdonc...,ymonterai-jeoun'ymonterai-jepas?
et il monta d'un pas ferme en saluant la populace qui le huait. C'était ce Bordier qui chantait avec tant de charmes cette romance que toute la France a sue et répétée.
Je ne vous dirai pas que j'aime, Votre rang me le défend ; Mais le Dieu qui veut qu'on aime, Ne consulte pas le rang.
Quand Adonis a dit j'aime, Vénus oublia sa cour :
On est égaux quand on aime, Tous les cœurs sont à l'amour.
Une demoiselle Masson ' a fait courir la capitale à la Belle au bois dormant Audinot s'étant retiré, son théâtre passa entre les mains d'une foule de directeurs, mais qui n'eurent aucun la chance de leur devancier.
Les principaux ont été : Picardeaux, Coffin- Rosny, Hector-Chaussier, Camaille, Saint- Aubin, Beraud, etc. Cuvelier, pendant longtemps, y fixa la foule par ses pantomimes fdeines d'imagination et de spectacle ; c'est e Diable ou la Bohémienne, l'Enfant du malheur, l'Héroïne américaine, joués par Vicherat, Bitmer, Julie Liancourt et Flore, qui- ont fait les beaux jours de l'Ambigu.
Vers 1798, ce théâtre allait de mal en pis; aucune administration ne pouvait tenir, Corse se présenta, Corse venait de quitter le
i. Voir le chapitre boulevard du Temple.
théâtre Montansier, où il ne gagnait que de modiques appointements; ce comédien, voyant l'état d'atonie où était tombé le pauvre Ambigu depuis longues années, ne désespéra pas de le relever. Un nommé de Puisaye, riche capitaliste comptant sur son intelligence, lui offrit des fonds, la salie fut rebadigeonnée et réouverte par la nouvelle administration, comme on faisait alors. Le succès ne sembla pas d'abord répondre à l'intelligence du nouveau directeur, et M. de Puisaye allait abandonner la spéculation, quand le fameux Aude, le père des Cadet Roussel, donna Madame Angot au sérail de Constantinople. Jamais, je crois, les annales d'un théâtre n'ont enregistré une vogue semblable : deux cents représentations consécutives n'avaient point lassé la curiosité des Parisiens : il est vrai que Corse y était d'une bouffonnerie achevée. C'est à partir de cette pièce que va commencer la fortune de Corse; à dater de Madame Angot, la foule reprend le chemin de l'Ambigu ; une série de mélodrames pleins d'intérêt vont y ramener les anciens beaux jours. Caignez, que l'on a surnommé le Racine du mélodrame, Guilbert Péxéricourt, qui en est devenu le Corneille, y feront jouer le Jugement de Salomon, la Forêt d'Hermanstadt, la Femme à deux maris, et tant d'autres ouvrages qui ont battu monnaie au boulevard du Temple. Ces mélodrames rapportèrent à
Corse plus de 1,100,000 francs de bénéfices en moins de quinze ans. C'est presque incroyable, et pourtant cela est vrai.
Eh bien ! que pensez-vous que les hommes qui firent tant de bonnes recettes touchèrent de droits d'auteurs? Je vais vous le dire : on achetait alors une comédie en un acte deux cents francs, une fois payés ; on donnait neuf francs pour une pièce en trois actes par représentation.
Ainsi le Jugement de Salomon, Tékeli, çmi ont mis dans la caisse de l'administration 50,000 écus chacun, dans l'espace de quatre mois ont rapporté à leurs auteurs neuf cents francs! Heureusement que l'on a un peu changé tout cela depuis quinze ans.
Après la mort de Corse \ arrivée en 1816, madame de Puisaye resta seule quelque temps à la tête de l'administration; mais ne pouvant fournir à toutes les nécessités que ce genre d'exploitation réclamait, M. Audinot, fils de l'ancien fondateur, rentra dans le privilège de son père seulement en \ 823 ;
i. Corse était né en janvier 1760; il se livra d'abord à la peinture et fut élève de Vien; il la quitta pour le théâtre et débuta chez Audiuot : il joua successivement à Bordeaux, aux Variétés, & la Gaîté, puis enfin à l'Ambigu-Comique dont il prit la direction le 24 avril 1800. Corse a composé seul Philomèle et Terrée, mélodrame ; Hariadan Barberousse avec Victor Ducange, il avait aussi corrigé VHéroïne américaine, pantomime de feu Aruould.
il prit pour associés MM. Franconi et Sennepart.
A partir Je cette époque jusqu'à celle de sa mort, arrivée en 1826, M. Audinot administra son théâtre avec bonheur et intelligence; ses manières polies lui méritèrent toujours l'affection de ses pensionnaires et l'estime des auteurs. Sans conserver la vogue dont il avait joui sous la direction de Corse, l'Ambigu-Comique n'en était pas moins très suivi; des succès honorables, une troupe toute dévouée, une économie sage sans être parcimonieuse, tout promettait à M. Audinot une ère de prospérité, lorsque la mort vint le frapper inopinément. M. Audinot avait placé de confiance 300,000 francs chez un agent de change ; cet homme fit faillite en lui emportant plus de la moitié de sa fortune. Il apprit cette triste nouvelle la veille de la fête de sa femme; ce coup lui fut plus sensible pour elle que pour lui, et peu de jours après, il mourut d'une inflammation à la gorge. Madame Audinot supporta cette perte avec résignation, elle tint tête à l'orage et continua de diriger l'entreprise avec MM. Sennepart et Schmoll J .
Parmi les comédiens qui ont brillé sur la scène de l'Ambigu, pendant l'espace de
1. Almanach des spectacles, année 1827, chez Barba, Palais-Royal.
trente ans, c'est-à-dire de 1800 à 1830, citons : Tautin, Fr-enoy, Raffile, Dumont, Stokley père et fils, Christmann, Joigny et ce Révalard, le tyran -modèle, le type des brigands passés, présents et futurs. Ce fut ce* Révalard qui exploita plus tard une troupe de comédiens de province. On raconte sur lui des anecdotes assez plaisantes.
Un soir qu'il avait donné un mélodrame dans lequel on faisait le bombardement d'une ville, la bourre d'un soleil alla frapper une personne placée à l'orchestre.
Lelendemain, comme Révalard craignait que l'accident de la veille ne nuisît à la recette du jour, il fit mettre sur l'affiche en gros caractères : « Les personnes qui, ce soir, nous honoreront de leur présence, sont prévenues que le bombardement de la ville n'aura plus lieu qu'à l'arme blanche. » On a fait un petit conte de cette naïveté ; le voici :
Dans un mélodrame nouveau, Comme on bombardait une ville, Une bourre très incivile Alla donuer dans le chapeau De madame Sottencile, Qui sur-le-champ se trouva mal.
Hors de sa loge emmenée, Et dans le foyer promenée Revint bientôt de ce coup fatal.
Craignant qu'une semblable scène Ne compromit ses intérêts, Le directeur vient sur la scène Et par ces mots ramène enfin la paix :
« Messieurs, à dater de dimanche,
» Pour parer à tout événement,
» Vous êtes prévenus que le bombardement
» Ne se fera qu'à l'arme blanche *. »
Cette ingénuité rappelle celle de Facteur Tautin, qui, voyant à la bibliothèque du roi l'armure de François I er , demanda sous quel règne ce conquérant faisait ses exploits; remployé répondit en souriant :
« Mais il faisait sous lui. »
On dit encore que Révalard, après avoir donné, dans une petite ville de province, plusieurs représentations qui n'avaient attiré personne, afficha la veille de son départ : « La troupe de M. Révalard, touchée de l'accueil empressé que les habitants ne cessent de lui faire, a 1 honneur de les prévenir qu'au lieu de partir samedi ainsi qu'il l'avait annoncé, lui et ses camarades quitteront la ville demain matin à six heures. » «
La seconde période du mélodrame a été aussi très brillante à l'Ambigu, la Bataille de Pultawa, Thérèse, Clara, le Fils banni, le Songe, le Belvéder, Calas,. Lisbeth, Y Auberge des Adrets, et beaucoup d'autres ouvrages marquèrent le passage de MM. Mélesville, Néael, Overnay, Antien, Hubert, Frédéric Boirée, Victor Ducange, etc. M Varez, que l'administration s'était attaché depuis longtemps en qualité de régisseur général, a
] . Ce petit conte rimé est de Brazier.
été la providence du mélodrame et des auteurs. M. Varez entendait merveilleusement la mise en scène, et l'on sait que ce n'est pas la partie la moins importante de ce genre de spectacle ; ses conseils, son goût, son extrême obligeance l'avaient rendu précieux aux gens de lettres, qui n'eurent jamais qu'à se louer de son zèle. M. Varez fut aussi l'auteur de quelques pièces agréables, représentées au boulevard : L'Appartement à louer, le Retour à la Chaussée d' Antin, le Tartufe de village, etc.; toutes ont obtenu du succès. M. Varez en quittant l'Ambigu entra en 1827, au théâtre de la Gaîté, où il remplit les mêmes fonctions qu'à l' Ambigu-Comique.
Le théâtre de l'Ambigu bâti en 1769, après avoir existé plus d'un demi-siècle, devait finir comme finissent presque toutes »les salles de spectacle, par le feu. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1827, le théâtre de TAmbigu-Comique fut consumé, le jour anniversaire de la mort de M. Audinot.
On venait de répéter après le spectacle, afin de juger de l'effet d'un feu d'artifice qui devait figurer dans un mélodrame nouveau intitulé la Tabatière. Peu d'instants après, l'incendie éclata et se communiqua si rapidement, qu'en moins d'une heure le théâtre et la salle furent entièrement détruits ; les bâtiments du côté de la rue de Bondy furent seuls préservés. Le concierge
nommé Couroy, et un pompier, périrent dans les flammes.
Le i9, le ministre de l'intérieur accorda un nouveau privilège, jusqu'en 1840, à madame veuve Audinot et à M. Sennepart, son associé, et donna à ce dernier le titre de directeur-gérant.
On s'occupa bientôt de felever un théâtre à l'existence duquel était attachée celle de tant d'artistes; mais l'autorité ayant exigé qu'il fût isolé des deux côtés, l'ancien terrain fut jugé trop petit. Alors on acheta un hôtel qui appartenait à M. de Murinais, situé rue de Bondy, au coin du boulevard. Des actions furent créées, les ouvriers mirent la main à l'œuvre, et vingttrois mois après avoir été incendié , le 7 juin 4829, le théâtre de l'Ambigu s'inaugura de la manière la plus brillante.
La salle , construite par les soins de MM. Hitorff et Lecointe, est une des plus jolies de la capitale ; des artistes distingués concoururent aux embellissements, les peintures ont été exécutées par MM. Jouanès et Desfontaines, les figures au foyer et celles du plafond de la salle sont de M. Gosse.
Un prologue en vaudeville, appelé la Muse du Boulevard, de MM. Léopold, Jules Dulong et Saint-Amand, parut au lever du rideau. Madame la duchesse de Berri, que Ton était toujours sûr de rencontrer là où il y avait une bonne action à faire, honora
de sa présence cette inauguration. On ne se rappelle pas qu'elle ait jamais refusé d'assister à un bénéfice d'auteur ou d'actrice ; on l'a toujours vue se montrer avec le même empressement aux théâtres des boulevards comme aux théâtres royaux.
Elle savait que sa présence attirait la foule, aussi allait-elle* volontiers à toutes les représentations ; il suffisait de la prévenir la veille, comme elle disait avec son extrême bonté. Pauvre femme! puissent ceux que tu as secourus si noblement te rendre au ciel tout ce que tu as semé en bienfaits...
Ici les destinées de l'Ambigu-Comique vont cesser d'être brillantes ; des dépenses considérables en constructions, une troupe un peu. vieille, des pièces pas assez jeunes, un public inquiet, difficile , que d'entraves!...
Madame Audinot et M. Sennepart se retirèrent. M. Tournemine, homme de lettres, se mit en leur lieu et place, comme directeur. Frédérick-Lemaître, qui s'était déjà acquis de la réputation comme comédien à l'ancienne salle, Sans Cardillac, et V Auberge des Adrets, fut choisi comme directeur de la scène ; mais leurs efforts réunis n'eurent pas le succès qu'ils pouvaient espérer. Ils appelèrent à leur secours madame Dorval, la femme-drame, dont la réputation grandissait : l'air lui manquant,
elle retourna à la Porte -Saint-Martin. Car il fallait un grand cadre à ce grand talent.
Au milieu de toutes ces révolutions dramatiques, vint 4830... Le théâtre de l'Ambigu, comme plusieurs spectacles de Paris, exploita la circonstance.
Alors nous revîmes en scène les couvents, les moines, les religieuses, les prêtres, les évêques, les croix, les bannières»; le Christ même figura dans quelques pièces; peu s'en fallut que l'on ne célébrât la messe entre deux vaudevilles. Notre peuple est quelquefois bizarre, il rit volontiers des prêtres et malgré lui il est forcé de reconnaître leur pouvoir et leur autorité.
En 1845, le cardinal Fesch était à Lyon, pendant que Napoléon marchait vers Paris.
Le peuple rassemblé devant l'hôtel de la préfecture et sachant que le cardinal devait y être, le demandait à tout moment et dès que Son Eminence paraissait, le peuple criait : A bas la calotte, et vive le cardinal Fesch!
Du reste l'histoire des théâtres est la même dans les temps de révolution. Le moyen d'être calme avec la fièvre.
M. d'Aubigny, l'un des auteurs de la Pie voleuse, fut un moment directeur de l'Ambigu, mais il ne fit que passer. Enfin, à M. Lemétoyer succéda, ^ers 1832, M. le baron de. Cés-Caupenne.
Depuis cette époque, l' Ambigu-Comique
demeura dans une bonne position. De nouveaux auteurs pleins d'avenir travaillèrent pour cette scène. MM. Anjcet Bourgeois, Francis Cornu, Maillan, Dumanoir, Paul Foucher, de la Boulaye, Desnoyers, * Fontan, Alboise, Herbin, Malefille, Montigny, y firent représenter successivement :
le Festin, de Balthazar, les Quatre Sergents de la Rochelle, Caravage, le Royaume des femmes, le Juif -Errant, le Curé Merino, Glenarvon, le Facteur, Jeanne là folle, le Pensionnat de Monter eau, etc..
L'Ambigu enregistra un nouveau succès avec Nabuchodonosor, titre qui remplissait bien l'affiche.
Avant que MM. Anicet Bourgeois et Francis, songeassent à mélodramatiser ce roi de Babylone, Béranger avait chansonné ce pauvre roi, qui rêva sept ans qu'il était bœuf, toutefois après avoir fait fondre sa statue en or, et ordonné à tous ses sujets de l'adorer.
Plusieurs de nos rois d'aujourd'hui sont plus modestes, ils ne font pas faire leur statue en or, mais il en est telle ou telle qui n'étant qu'en terre cuite ou en plâtre, n'a pas moins coûté aux contribuables que celle de Nabuchodonosor *.
1. Après la retraite jde Bernard-Léon, M. le baron de Cés-Caupenne obtint le privilège du théâtre de la Galle en cumul avec celui de
Après 1830, M. de Cés-Caupenne prit la direction de l' Ambigu-Comique. Sous son administration furent joués : le Festin de Balthazar; Caravage et YOfficier bleu par Paul Foucher; le Facteur de MM. Charles Desnoyers, Boulé et Charles Potier (9 décembre 1834). Nabuchodonosor, où Guyon se grimait avec tant d'art; Glenarvon de Félicien Mallefîlle; Ango, de Félix Pyat, (1835); Héloise et Abeilard, d'Anicet Bourgeois et François Cornu (26 mai 1830); JJn jour de grandeur, pièce en trois actes mêlés de couplets, par Eugène Deligny. Ce fut avec cet auteur que Joseph Bouchardy composa ses deux premières pièces : Le Fils du bravo, amusant vaudeville en un acte, et Hermann l'ivrogne, drame en deux actes. Tl soumit ensuite son Gaspardo à l'appréciation de M. de Cés-Caupenne, qui le monta sur la recommandation de Guyon.
Les acteurs répétèrent ce drame, qui fut joué le 14 janvier 1837, sans pressentir qu'il aurait plusieurs centaines de représentations fructueuses. La troupe de l'Ambigu comptait alors dans ses rangs Saint-Ernest, qui est décédé en 1860; Guyon, mort prématurément et dont la veuve fut une actrice distinguée; Saint-Firmin, grand co-
l' Ambigu ; mais il quitta l'entreprise de ce dernier et en abandonna la gestion à MM. Courniol et Cormoû , hommes de lettres.
médien créateur du rôle de don César dans Ruy-Blas ; Montigny qui renonça à Ja ^cène pour devenir directeur du Gymnase; madame Théodorine Mélingue et Gauthier.
De 1838 au mois d'avril 1840, sous les directions de MM. Cormon, A. Crussols, — Cormon et Dennery-Cormon, Dutertre et Chabot de Bouin, on ne représenta que deux pièces importantes : Le Naufrage de la Méause, avec une mise en action émouvante du tableau de Géricault et Lazare le Pâtre r de Joseph Bouchardy.
La direction d'Antony Béraud qui dura de 1841 à 1848, monta Paris la nuit, de Cormon; Paul et Virginie; les Jumeaux béarnais, par Paul Foucher; les Bohémiens de Paris de Dennery et Grange où Ton chantait une ronde devenue populaire ; Y Abbaye de Castro (21 juillet 1841). Le 18 septembre de la même année fut jouée la Lescombat par Antony Béraud et Alphonse Brot.
Alexandre Mauzin qui remplissait le rôle ' de l'amant, y avait des mouvements magnifiques. 11 était plein de noblesse lorsque, poussé par sa maîtresse à assassiner l'époux endormi, il s'arrêtait tout à coup sur le seuil de la porte en s'écriant :
« Debout, monsieur de Lescombat, et Fé-
?ée à la main ! » Frédéric Soulié donna à Ambigu ses meilleures pièces : l'Ouvrier, la Clôserie des Genêts (16 octobre 1846),
Alexandre Dumas y fît jouer les Mousquetaires le 27 octobre 1849.
Après la retraite d'Antony Béraud, qui a fini tristement ses jours à la fin de 1859 dans la maison municipale du docteur Dubois, il se forma une association composée de Saint-Ernest, Chilly, Verner, Arnault, mesdames Guyon et Naptal- Arnault. Malgré des circonstances défavorables, non-seulement la société fit honneur à ses affaires, mais encore elle réalisa des bénéfices.
Elle donna Mes pièces historiques comme Louis XIV et Marie -Antoinette, Napoléon et Joséphine, le Roi de Rome, et des pièces à grand spectacle comme le Juif-Errant, de Dennery et Dénaux ; les Quatre Fils Aymon, d'Anicet Bourgeois et Michel Masson; Notre- Dame de Pans, imitée de Victor Hugo par Paul Foucher.
« Charles Desnoyers fut nommé directeur au mois de juin 1852, et son' administration ne fut pas heureuse, malgré le succès de la Case de V Oncle Tom, dont Dumanoir et Dennery avaient emprunté le sujet à madame Beecher Stowe et de la Prière des Naufragés de Dennery et Ferdinand Dugué. Charles Desnoyers mourut subitement.
De Chilly acquit, en 1856, de madame Desnoyers le privilège de TAmbigu-Comique, et débuta par les Fugitifs, dont l'effet fut très grand. Pendant sa gestion, qui
dura sept années, Chilly éleva l'Ambigu au rang d'un théâtre littéraire. MM. Jutes Barbier , Paul Meurice , Edouard Plouvier , Victor Séjour lui procurèrent ses plus grandes réussites ; George Sand elle-même ne crut pas déroger en lui apportant le drame des Beaux Messieurs de Bois-Doré, qui vit le dernier triomphe de Bocage; Frédérick-Lemaître y voulut jouer le Maître d'école, le Marchand de coco et le Comte de Saulles; bref les plus grands noms de la littérature et du théâtre concoururent à la fortune de Chilly, qui fut brillante et prompte.
M. Faille, lui succéda avec des chances moindres. On ne peut guère signaler, parmi les drames nombreux qu'il représenta, que la Voleuse d'enfants, où Marie Laurent était saisissante, le Mangeur de fer, et le Crime de Faverne, qui fournit à Frédérick- Lemaître l'occasion d'une création splendide. L'Ambigu, peu suivi, ferma le i eT septembre 4869. Il rouvrit, deux semaines plus tard, sous la direction de MM. Billion et Dumaine. Alors commença un défilé interminable de drames attristants, montés avec une économie exagérée, et joués par des acteurs sans éclat. M. Dumaine abandonna sagement la partie, et M. Billion s'attacha à réduire de plus en plus les frais cra'il ne parvenait pas à couvrir. Quelques jours après la déclaration de guerre, le
9 août 1870, l'Ambigu suspendit ses représentations; cependant M. Billion eut l'ingénieuse idée de rouvrir son théâtre au mois de novembre. Les Paysans lorrains et le Forgeron de Châteaudun, qu'il donna, produisirent un effet excellent. Les années qui suivirent, malgré l'association passagère de M. Moreau Sainti, achevèrent de ruiner l'Ambigu. Mis un instant en interdit par la Société des auteurs dramatiques, M. Billion reçut de quelques inconnus des ouvrages dont les représentations ne furent que de longs éclats de rire. Le Portier du numéro 15, pourtant, fît exception, et obtint, grâce à Frédérick-Lemaître, un incontestable succès. Baillé par la presse, abandonné du public, M. Billion essaya vainement de vendre son théâtre aux enchères ; il dut se résigner à déposer son bilan.
Ce qui suivit est trop près de nous pour avoir besoin d'être longuement raconté.
MM. Fischer et Beaugé prirent l'Ambigu- Comique. Bemis à neuf, offrant un aspect aussi riant qu'il était lugubre naguère, le théâtre fut rouvert le 11 septembre avec \" Officier de fortune, un succès.
Mais hélas! comme dit le proverbe : « Qui veut trop prouver ne prouve rien. » MM. Fischer et Beaugé voulurent mener de front l'Ambigu et le Châtelet. Ils montèrent en
même temps dans chacun de ces deux théâtres une pièce nouvelle. Au Châtelet ce fut Cromwell dont nous raconterons l'odyssée tout au long, quand nous traiterons spécialement l'histoire de ce théâtre; à l'Ambigu ce fut Cocagne, grand drame à spectacle de MM. Anicet Bourgeois et Ferdinand Dugué.
Or, qu'arriva- t-il? Que ces messieurs délaissèrent complètement l'Ambigu au milieu de ses répétitions et que les artistes livrés à eux-mêmes, M. Deshayes en tête, durent rétablir une tout autre mise en scène que MM. Fischer et Beaugé avaient indiquée tout d'abord. On peut dire que jusqu'à la première de Cocagne, l'Ambigu n'eut d'autres directeurs que ses artistes.
Cocagne n'eut qu'un succès d'estime dont M. Paul Deshayes sut se faire un grand succès d'acteur.
Cromwell parut enfin sur la scène* du Châtelet, et subit l'accueil tumultueux et scandaleux dont tous les journaux entretinrent Paris.
La censure poussée à sévir d'une façon exemplaire, fît interdire le dram e de MM. Victor Séjour et Maurice Drack dès la seconde représentation. Ce n'est que quinze jours "après que Cromwell fortement étrillé et abeilardisé, eut le droit de reparaître sur l'affiche, mais il fut loin d'obtenir le succès de curiosité auquel les directeurs s'attendaient après une interdiction aussi bruyante.
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Cromwell, vécut trente jours à peine. Ce voyant, MM. Fischer et Beaugé se reportèrent mus des plus louables intentions sur ce pauvre Ambigu. Enfants prodigues ils revenaient au bercail, avec tout le repentir le plus motivé.
Rose Michel fut annoncée à grands coups de tam : tam, comme un ouvrage sauveur.
L'engagement de mademoiselle Fargueil fut décidé et signé pour donner au principal rôle du drame de M. Ernest Blum, l'interprète qu'il méritait.
-Rose Michel reçut un accueil enthousiaste de la Presse et du public.
Les cinquante premières représentations furent autant de recettes dont l'Ambigu avait grand .besoin.
Au drame de M. Ernest Blum succéda Y Affaire Coverky, drame réaliste de MM. Crisafulli et Barbusse, bien que l'affiche ne portât que le nom de ce dernier.
Ce drame entame l'ère des accessoires violents au théâtre. Le poignard, le revolver, le poison, la hache, la torture et même la décapitation sont distancés aujourd'hui par le train de chemin de fer qui traverse la scène à toute vapeur en broyant un homme sous les roues de sa locomotive.
Enfin, au mois de mai de cette année, et presque au lendemain de la déclaration de faillite de M. Fischer père au Châtelet,
M. Fischer fils et Beaugé avaient le même sort à l'Ambigu.
La catastrophe était prévue et inévitable.
Les travaux divers exécutés par la direction Fischer et Beaugé pour embellir la salle de l'Ambigu n'ont pas coûté moins de cent vingt-sept mille francs. Si l'on ajoute à ce chiffre respectable le prix d'achat et le montant du loyer payé chaque jour, on trouve que MM. Fischer et Beaugé ont déboursé jusqu'au moment de l'ouverture cent quatre-vingt-quinze mille francs. En présence de dépenses pareilles, il fallait une chance persistante pour défier les déboires multiples d'une entreprise déjà tant de fois désastreuse. Le guignon l'emporta. Combien de directeurs seront encore ses victimes!
Les lignes ci-dessous sont l'impression produite sur la Presse, le soir où elle fut conviée à venir admirer la toilette neuve de ce théâtre vermoulu.