JULIEN LE PAULMIER
Julien Le Paulmier, dit Palmarius, naquit dans le Cotentin en i520, d'une noble et ancienne famille, ainsi que l'attestent les archives de l'église de Coutances, et les chartes de l'abbaye de Sainte-Marie de Montebourg (i) pour Tannée i25i. On lit, en effet, dans les premières : Joannes Palmerius tenet unum feodiim apud Bardrevillam (2) iinde débet cxercitum, de equitatu, et, dans les secondes; VI idus novembris, Andres le Paulmier, miles, et ej'us tixor, centum octo bussellos frumenti dédit in pitanciis. (3) Julien quitta de bonne heure la maison paternelle, et, après avoir obtenu le grade de docteur en médecine en l'Université de Caen, vint à Paris où il se fit recevoir maître ès-arts, en 1548, et s'inscrivit à la Faculté de médecine.
Bachelier le 12 mars i554, il fut, le 10 février i556, admis à passer l'examen pour la licence qu'il subit avec éloges le 27 du même mois. Le 10 novembre suivant, il reçut le bonnet de docteur sous la présidence de M^ Vincent Mustel (4) remplaçant Marin Simon, absent. Six jours après, il soutint sa thèse pas-
(i) Ch.-l. de cant, arr. de Valognes (Manche), avait une abbaye de Bénédictins, fondée en 1080 par Guillaume le Conquérant.
(2) Baudreville ? Baldcrici villa, canton de la Haye du Puits, arr. de Coutances (Manche).
(3) Etienne Morin. — Jacobi Palmerii Grentemesiiillœi vita, dans Grœcias antiqux descriptio.
(4) Docteur régent, recteur de l'Université le 5 décembre i535, doyen de la Faculté de médecine en 1544-1546, mort le 72 août 1579.
tillaire et, le 3 décembre, présida, hors rang, sa première thèse quodlibétaire.
Pendant quatre années, Le Pauhnier fat chargé d'un service de malades à THôtel-Dieu de Paris, fonctions qu'il remplit encore durant un an, en i56o, lors d'une épidémie de peste dans laquelle il contracta cette maladie dont il se guérit en sept jours par des remèdes sudorifiques. (i)
Elève particulier de Fernel, il suivit ses leçons pendant dix ans, et signa en qualité de témoin, le 20 avril i558, le testament de ce célèbre médecin (2) qui lui légua ses livres et ses manuscrits. (3)
Peu après, il épousa Gabrielle Passart, (4) et se livra dès lors à l'étude et à la clientèle. Obligé de fuir à cause de sa religion, — il était protestant, — il fut rappelé à la suite de l'édit royal, dit de Pacification, rétabh, le 4 février 1564, dans son ancien état, et admis à la présidence et aux grands émoluments. (5)
Le 3 mai de la même année, par devant M«* Brigrand et Goguier, notaires du roi à Paris, Julien Le Paulmier et Gabrielle Passart, sa femme, firent donation à Antoine Carrelier, hérault d'armes de France du titre de Bourgogne, d'une maison, cour et dépendances assis à Paris rue Saint-Martin, où était sur le portail l'image Saint-Martin, audit sieur Le Paulmier appartenant par suite de l'adjudication à lui faite sur maître Hubert Le Fèvre et autres, à charge de pa3^er le cens et autres rentes fon-
(1) Le Paulmier, Bref discours de la peste. Epitre dcdicatoire, - ■ ci De [être pcstilenti, cap. XXII dans De morbis contagiosis.
(2) Goulin, Mém. litt. critiq. pliUolog. etc.
(3) Gui Patin. Lettre à Ch. Spon, du 28 mars 1643.
(4) Sa sœur, Françoise Passart, avait épousé Mathias Maretz, maître orfèvre, bourgeois de Paris; le 4 décembre 1679, elle lit donation à son lils, Jean Maretz, de tous ses droits en la succession de feue demoiselle Gabrielle Passart, femme en son vivant de M" Julien Le Paulmier, pour que ce fils put mieux continuer ses études.
(5) Comincntaria Facultatis Mcdiciiix Parisieiisis, t. VI.
cières, plus une rente de 100 livres tournois à M" Jacques Arroger, avocat en la cour de Parlement, (i)
Le Paulmier avait une nièce, nommée Guillemette. Le 12 avril 1567, par devant M*^^ Brigrand et Goguier, notaires, honorable femme, Gabrielle Passart, épouse de M*^ Julien Le Paulmier, docteur-régent en la Faculté de médecine en l'Université de Paris, donna, en faveur du mariage de noble homme Nicolas Pajot, trésorier et payeur de la compagnie de M. de Chaulnes, avec Guillemette Le Paulmier, nièce dudit Julien, la somme de 6000 livres tournois pour être payée par les héritiers de ladite Passart après son décès. (2) Le même jour, Julien Le Paulmier fit, de son côté, donation à sa nièce de la somme de deux mille écus d'or, de la moitié de tous ses acquêts, et de tous les deniers comptants trouvés au jour de son décès, à des conditions semblables. (3)
En 1569, il pubUa à Paris, chez Guillaume de Nyverd, imprimeur ordinaire du Roi et libraire en la cour du Palais, le Traie té de la nature et curation des playes de Pistolle, Harquebouse et autres bastons à feu, ensemble les remèdes des combustions et bruslures externes et superficielles, in-8" de 67 flf. plus 2 pages de titre, 6 d'épitre et 5 de table ; et, la même année, à Caen, chez Pierre Philippe, parut une autre édition in-40 de 79 p. et 3 fF. pour le titre et la dédicace. On sait que ce livre, dédié à Jacques de Matignon, fut l'occasion d'une grande querelle avec Ambroise Paré que nous avons rapportée ailleurs. (4)
Après la Saint-Barthélémy, Charles IX épuisé par des veilles excessives, se trouva réduit à un état dont ses médecins ne pouvaient le tirer ; Le Paulmier parvint à le guérir. Au mois de
(i) Voir plus loin pièce I.
(:) Voir plus loin pièce II.
(3) Voir plus loin pièce III.
(1) Voir plus haut, page 7S.
mai i574, ce dernier accompagna le maréchal de Matignon aux sièges de Saint- Lô et de Domfront.
Devenu veuf, et n'ayant point d'enfants, Julien Le Paulmier épousa, le 6 juillet 1574, noble damoiselle Marguerite de Ctiaumont (1) née en i554, femme de grand mérite, et appartenant comme lui à la religion réformée. Montaigne, si avare d'éloges, la vante beaucoup dans une lettre qui nous a été conservée. (2) Le Paulmier suivit ensuite en qualité de médecin le duc d'Anjou, frère de Charles IX, dans son expédition des Pays-Bas, et le soigna pendant une grave maladie dont il fut atteint à Dunkerque (3). Au mois d'avril 1578, il fut inscrit au nombre des médecins du duc d'Alençon, position qu'il conserva jusqu'à la' mort de ce prince. (4)
Ces voyages multipliés ne l'empêchaient point de poursuivre
(i) Jacobi Palmcrii Grenicmcsnillœi -vila.
(2) Cette lettre a été publiée pour la première fols en 172^, dans l'édition des Essais donnés par Pierre Coste, qui a ajouté les annotations suivantes: « L'original écrit de la propre main de Montaigne est à présent dans la bibliothèque d'un savant magistrat, ancien président des échevins d'Amsterdam, M. Gérard Van Papenbrock, qui a plus de mille lettres des plus savants hommes de l'Europe depuis deux siècles. JM. Pierre Moriu, fils d'Etienne Morin, mort ministre et professeur en hébreu à Amsterdam m'a procuré une copie très exacte de cette lettre au bas de laquelle il a trouvé ces mots écrits par M. Papenbrock : Est nuiius Michaelis de Moniaignc, scripsit i588. »
Cette lettre est ainsi conçue : « Madamoiselle, mes amis sçavent que dez l'heure que ic vous eus veue, ie vous destinay un de mes livres : car ie sentis que vous leur aviez faict beaucoup d'honneur. Mais la courtoisie de Monsieur Paulmier m'oste le moyen de vous le donner, m'ayant obligé depuis à beaucoup plus que ne vault mon livre. Vous l'accepterez, s'il V ous plaist, comme estant vostre avant que ie le deusse : et me ferez cette grâce de l'aymer ou pour l'amour de luy ou pour l'amour de moy ; et ie garderay entière la debte qui iay envers Monsieur Paulmier pour m'en revencher si ie puis d'ailleurs par quelque service. »
(3) Voir plus loin pièce VI.
(4) Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 7,85-|, Officiers de la maison de François, duc d'Alençon.
ses travaux. En 1578, il publia chez Du Val à Paris, son traité De morbis contagiosis, ouvrage qui eut trois éditions.
Pendant cinq années, il resta attaché au maréchal de Matignon, lequel, partant pour La Fère, au mois de juillet i58o, renvoya au château de Torigny (i) pour donner des soins à la duchesse et à ses enfants pendant son absence. (2)
Cette même année i58o, parut à Caen chez P. Le Chandelier, le Tiref discours de la préservation et curation de la peste, petit in-8° de 4 feuillets et 29 pages. Cet opuscule, souvent présenté comme une traduction faite par Jacques de Cahaignes des deux livres publiés dans le traité De morbis contagiosis, n'est qu'un résumé écrit pour quelques amis désireux de se prémunir contre cette maladie. Une seconde édition fut imprimée à Angers, chez Anthoinc Hernault, 1684, petit in-8'^ de 3i feuillets. Quelques recettes ont été ajoutées à la fin pour compléter le volume,
A son retour à Paris, le maréchal de Matignon le présenta à Henri III qui le nomma son médecin ordinaire avec le titre de conseiller. Le Roi l'envoya ensuite à Château-Thierry pour voir son frère gravement malade. Voici en quels termes un auteur du temps rapporte ce fait : « Si tost que Quasimodo fut passé en la dite année 1684, je m'en allay droict à Paris où je séjournay quelques jours pour apprendre au vray Testât de la maladie dudit sieur duc d'Alençon que je fus adverty par gens qui le sçavoient des médecins Lefebvre et Paumier, envoyez par la reine sa mère à Château-Thierri pour juger de l'issue de son mal qui avoient fait rapport qu'il n"en réchapperoit poinct. » (3)
(i) Ch.-l. de canton, sur la Vire, arr. de Saint-Lô (Manche). Son château,rasé en 1845 par Edouard III, fut réédifié, et repris en 1418 par les Anglais auxquels le connétable de Richemond l'enleva en 144g. Vers la fin du xvi" siècle, le maréchal de Matignon eu fit construire un autre beaucoup plus beau dont une partie sert aujourd'hui d'Hôtcl-de-ville.
(2) Bref discours de la peste. Epitre dédicatoirc.
(3) Michel de la Iluguerie, Mémoires, t. II. p. 272.
Le 26 septembre i585, Julien Le Paiilmier, docteur régent en la Faculté de médecine, demeurant rue de la Verrerie, paroisse Saint-Merry, acheta, de dame Philippe de Naillac, veuve de M. de Beauveau, et témmc de messire Claude Barjot, chevalier, seigneur de Moussy-Barjot, du grand et petit Rencée, châtelain de Launay-Brevezey, conseiller du Roi en son conseil privé, et président en son grand conseil, demeurant à Saint-Germain-des- Prés-lez-Paris, paroisse Saint-Sulpice, la baronnie, terres et seigneuries de Vendeuvre (i) et Grentemesnil, (2) assises en la paroisse de Vendeuvre, bailliage de Caen, vicomte de Falaise, consistant en plein fief de haubert, avec toute justice, maisons seigneuriales et pourpris, droits de présentation à l'église et a la chapelle de Vendeuvre, rentes de toutes sortes, bois, taillis, terres, prés, plants, herbages, moulins à blé, four à ban, etc. tant en ladite paroisse que dans celles de Grizy, Pons et environs ; cette terre relevait de M. de Crèvecoeur, sieur du Hallot, et le fief de Grentemesnil, du Roi. Le prix de cette acquisition était de huit mille trois cent trente-trois écus soleil un tiers, plus deux cents écus soleil pour les épingles de la venderesse,dont moitié fut payée comptant le 25 octobre i585, par les mains de damoiselle Marguerite de Chaumont, épouse de Le Paulmier. (3)
Au mois de décembre suivant, le Roi, en considération des services qu'il avait rendus tant à l'armée, aux sièges de Saint-Lô et de Domfront et ailleurs, qu'à son frère le duc d'Alençon et d'Anjou, lors de la grande maladie qu'il essuya à Dunkerque, accorda la noblesse avec le titre d'écuyer à son
(i) Commune du canton de Coulibœuf, arr. de Falaise, (Calvados), sur la Dive.
(2) Grand-ménil, canton de Saint-Pierre-sur-Dives, arrondissement de Lisieux (Calvados), autrefois, Grentemesnil, Grentemaisnilium, dans Orderic Vital. — C'est un quart de haubert assis à Vendeuvre, qui s'étend à Saint-Brix-de-Grizy et environs. — (Arch. Nat. P. 864, n« ii5.)
(3) Voir plus loin pièce V.
amé et féal maître Julien Le Paulmier, sieur de Vendeuvre et de Grentemesnil en la vicomte de Falaise, Fun de ses conseillers et médecins ordinaires, pour lui et ses descendants, avec les armoiries timbrées désignées dans ses lettres-patentes (i). Malgré les représentations de ses cousins Guillaume Le Paulmier (2), conseiller et chambellan de Henri III, et Nicolas Le Paulmier, seigneur de {Veuillœ}), et aumônier du Roi, qui craignaient que cette récente élévation ne nuisit à Fancienneté de leur noblesse, Julien accepta, voulant, comme Caton, ne devoir qu'à lui-même sa propre illustration (3).
Sa mauvaise santé l'engagea à venir se fixer à Caen avec sa femme, son iils Jean et ses deux filles. Il y visita quelques malades chez lesquels l'accompagnait son élève Jacques de Cahaignes (4). Bientôt, sa femme lui donna un second fils. Sentant approcher le terme de sa grossesse, elle se rendit à une maison de campagne de son père située près de Sainte- Barbe-en-Auge (5), à dix milles de Caen, et, le 5 décembre iSS/,
(i) Voir plus loin pièce VI. — Ces armoiries sont d'azur, à 3 palmes d'argent, posées 2 et i.
(2) Guillaume eut un Iils, Jean-Baptiste Le Paulmier, président de la chambre des comptes de Marseille. Celui-ci avait épousé Marguerite Andria, de la famille des ducs d'Andria, province de Bari, au royaume de Naples, et en eut une fille qui se maria avec Louis Forbin d'Oppède, d'une maison noble de Provence.
(3) Jac. Palm. Grentem. vila.
(4) Professeur de médecine et recteur de l'Université de Caen, naquit dans cette ville en 1548, et y mourut en 161 2. Outre son Elogiorum civhim Cadomensium Centiiria prima, dont M. de Blangy vient de donner une traduction, deux brochures sur l'eau d'Hébecrevon, et quelques discours, il a publié plusieurs ouvrages de médecine, entre autres Brevis facilisque metliodus curaiidartcin febrium, Caen 1616, in-S". Dans un manuscrit autographe appartenant à la bibliothèque de Caen, Cahaignes dit qu'il a traduit en français pour ceux qui n'entendent pas le latin, le traité de Le Paulmier, De lue vencreâ, et que Roussel a fait des vers pour cette traduction que nous n'avons pu rencontrer.
(5) Prieuré de chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, l'onde sur la Divcs des io55 par Odon Stigand et approuvé en 1060 par Guillaume le Conquérant, En 1120, R. de Tancarville ratilia les donations de son beau-
elle y mit au monde Jacques, qui prit le nom de Grentemesnil .
Complètement guéri par son séjour en Normandie, Le Paulmier fit un voyage à Paris où Marguerite de Chaumont, sa femme, fut marraine le 19 avril i588, en l'église Sainte-Madeleine de la Cité (i). Attribuant à l'usage du cidre le rétablissement de sa santé, il publia chez Guillaume Auvray, rue Saint- Jean-de-Beauvais, De vino et pomacco libri duo, in-8'^ de vi et 76 ff. dont Jacques de Cahaignes fit paraître l'année suivante une traduction ampfifiée, chez Pierre Le Chandelier, à Caen, intitulée : Traité du vin et du sidre, in-8" de iv et 87 ff., à la fin de laquelle on trouve une correspondance du traducteur avec Jean Riolan et Guillaume Lusson, médecins de Paris. Quelques exemplaires contiennent en outre une ode de Pierre Gondouin adressée à Julien Le Paulmier, et placée en tète du volume. Outre les ouvrages ci-dessus, il avait publié un choix de consultations de son maître Fernel, insérées dans l'édition de ses œuvres complètes de 1587.
Le 5 décembre i583, Le Paulmier mourut d'apoplexie à Caen, et fut inhumé dans l'église de Vendeuvre, dont il était seigneur. Gui Patin nous apprend qu'il avait amassé cinquante mille écus (2). Sa veuve, fixée dans cette commune, lui survécut jusqu'en iSgg.
frère Stigand, et le prieure fut alors institué. En 1186, à Bur-le-Roi, Henri II confirma toutes les donations faites à Sainte Barbe. Sous l'administration de Robert de la Ménardière, chantre de la Sainte-Chapelle et abbé de Barbery, ce prieuré fut réuni aux Jésuites de Caen, en vertu d'une bulle du 20 décembre 1607, confirmée par lettres-patentes du 6 avril 1610. On voit encore des vestiges des bâtiments dans une ferme située à Mézidon, arrondissement de Lisieux.
(i) Ancienne synagogue située rue de la Juiverie, changée eu église en ii83, après l'expulsion des Juifs, et démolie au commencement de la Révolution.
(2) Lettre à Ch. Spon, édition Réveillé-Parise, tome I., lettre 1646. Comme à tant d'autres, ce médecin satirique lui prodigue les injures les plus violentes à cause de sa parenté avec Pierre Le Paulmier, partisan de l'antimoine et des remèdes chimiques ; mais, dans le procès intenté à ce dernier, l'avocat-général Servin déclare que la Faculté tenait la mémoire de Julien pour très honorable.
De ses deux fils, l'aîné, Jean, baron de Vendeuvre, passa sa jeunesse à la Cour, et fut chambellan de Henri de Bourbon, prince de Condé. Il épousa, le 14 juillet 1602, Marie de Dernières, fille de Jean de Bernières de Fontenai, seigneur de Vaux, et d'Anne du Chesne. La plus grande partie de sa vie s'écoula à Vendeuvre où il mourut en 1648, laissant sept enfants dont trois fils. L'aîné épousa, le 5 mars i633, demoiselle Anne Cordouen, iille du chevaUer de Membray, et d© demoiselle de Beaumanoir. Guillaume, le second, devint maréchal de camp. Jacc^ues, le plus jeune, né à Vendeuvre en décembre 1624, fut brigadier des armées du Roi, chevalier de Saint- Louis, et sieur de Vendeuvre. Ce dernier a produit une infinité de petits vers et de billets galants, et a raconté quelquesuns des quarante-huit sièges ou batailles auxquels il a assisté. On lui attribue la Relation de la guerre de Flandres en l" année 1667, Paris, Claude Barbin, 1668, in- 12. Avec Conrart, il revit la version surannée des psaumes de Clément Marot et de Théodore de Bèze, puis, en i685, il abjura le protestantisme entre les mains de Daniel Huet. Il mourut le i3 avril 1702, à l'âge de 77 ans. Son oncle Jacques, sieur de Grentemesnil, lui avait légué ses biens; les héritiers de la femme de ce dernier réclamèrent deux rentes, l'une de cinq cents, l'autre de trois cents livres : le bailU de Caen, par sentence du 8 juillet 1670, leur donna gain de cause. Jacques de Vendeuvre en appela. Marie Moysant, veuve de Nicolas de Baucquemare et Esther Le Seigneur, créancières de Jean et de Thomas Samborn, deux des héritiers de Marguerite Samborn, anticipèrent Jacques sur ledit appel en la Chambre des enquêtes du Parlement de Rouen, et Jeanne et Marie Samborn, autres héritières, l'anticipèrent en la grande Chambre du même Parlement, d'où conflit de juridicùon. Sur la requête de Jacques de Vendeuvre, le Roi renvoya les parties au parquet des gens du Roi du Parlement de Rouen, le 12 juin 1671 (i).
(i) Archiv, Nat. V. 58o.
35o AMBROISE PARÉ
Les trois filles aînées de Jean étaient mariées ; Hélène, la dernière, épousa Etienne Morin, savant critique et orientaliste, né à Caen, paroisse Saint-Jean, le le»" janvier 1625. Après avoir été quinze ans ministre protestant à Saint-Pierre-sur-Di\'es et à Saint-Sylvain, celui-ci remplit les mêmes fonctions à Caen pendant vingt ans. Réfugié à Amsterdam après la révocation de redit de Nantes, il y fut ministre de Téglise Wallonne, et y professa les langues orientales jusqu'à sa mort arrivée le 5 mai 1700. Outre la vie de Samuel Bochart qu'il assista dans ses derniers moments, et celle de Jacques Le Paulmier, qui nous a beaucoup servi pour la rédaction de cette notice, il a publié des dissertations latines sur des sujets de l'antiquité sacrée et profane.
Le second tils de Julien, Jacques Le Paulmier, chevalier, seigneur de Grentemesnil, dit Palmerius, s'instruisit dans les lettres et les sciences. Il étudia à Rouen, à Paris, à Sedan, à Orléans, servit en 1620 dans les rangs des Hollandais contre l'Espagne, puis entra en i635 en Lorraine, à la tète d'une compagnie de cavalerie sous les ordres du duc de Longueville. En 1648, Jacques perdit son frère avec la veuve duquel il demeura à Vendeuvre jusqu'à la mort de celle-ci ; il se retira alors à Caen où il épousa Marguerite Samborn, riche Anglaise d'une bonne famille, qui mourut en i663. Au commencement de l'année 1659, il se fit tailler à Paris par le célèbre Colot qui lui enleva neuf gros calculs ; il dut encore subir la même opération l'année suivante. Au mois d'août 1669, sa santé s'altéra tout à fait, et après un an d'horribles souffrances, il mourut à Caen, d'une néphrite calculeuse, le i-^"' octobre 1670, âgé de près de 83 ans.
Jacques Le Paulmier fut, avec Moisant de Brieux, l'un des fondateurs de l'Académie de Caen. Ses ouvrages sont nombreux ; voici les principaux : Exercitationcs in optimos fere autores grœcos, Leyde, in-4" 1668, réédité à Utrecht en 1694. — Grœciœ antiquœ descripîio, Leyde, 1678, in-4°, ouvrage ina-
chevé, et publié par Et. Morin. — Philopatris, manuscrit, février 1640, à la bibliothèque nationale de Paris. — Dialogue des Dauphins sur la naissance du Dauphin, en grec, Caen, Maurice Yvon, 1662. — Apologie pour Lucain contre Virgile, en latin, Leyde, 1704, in-8" — Eloge de Cl. Sarrau. — Des poésies grecques, latines, françaises, italiennes, espagnoles, parmi lesquelles un poème grec sur la Chasse de la bécasse, dédié à Samuel Bochart. — Des notes géographiques publiées dans un recueil d'anciens géographes, Leyde, 1700, in -4". — etc. Julien Le Paulmier avait un neveu nommé Pierre, médecin d'un esprit distingué auquel son goût prononcé pour la chimie attira des querelles fréquentes avec la Faculté. Né à Coutances, en i568, il vint étudier la médecine à Paris et, le 7 avril 1690, après avoir justifié de son temps d'études et produit ses lettres de grade, il fut reçu bachelier. Le 18 janvier i5g5, il passa, sous la présidence d'Antoine Quiquebeuf, la thèse quodlibétaire : Est-ne hydrargyrus luis venereœ alexipharniacum ? Negat. Le 3o mai suivant, il soutint, devant Henri de Monantheuil, la thèse suivante dédiée à Jean de la Rivière, premier médecin du roi de France et de Navarre : Purgant-ne medicamenta substantiœ similitudine? Affirm. Quelques mois après, il fut nommé médecin de l'Hôtel-Dieu; on lit, en effet, dans le ix'^ registre des délibérations de cet hôpital, à la date du 6 mars i5g6 : « M*^ Pierre Paulmyer, licencié en la Faculté de médecine, reçu médecin de l'Hôtel-Dieu, moyennant 200 livres de gages par an et 100 livres de pension (1). » Bien qu'on lui en donne ici le titre, il n'était cependant pas encore licencié; admis le 8 avril à l'examen dit « particulier, » il obtint la licence le 21 du même mois.
Le 28 août iSgô, il passa sa vespérie sous Jean Hautin, Il subit deux fois l'épreuve du doctorat, soutint sa thèse pastillaire le 3 décembre, et le 5, présida la thèse extra ordineni
(i) Brièle. Collection de documents pour servir â Vliisloirc des hôpitaux de Paris, 1882, t. I, p. 27.
suivante présentée par Pierre Guénault, du Mans : Sunt-ne duo generationis primordia, semen et sanguis maternus? Affirm. Le 4 novembre 1600, la Faculté le nomma lecteur en pharmacie.
Partisan déclaré des remèdes chimiques, Pierre Le Paulmier fît aux apothicaires, Tannée suivante, des leçons que la Faculté jugea contraires à sa dignité et à la doctrine d'Hippocrate et de Gahen. Défenses lui furent faites de continuer, sous peine d'être rayé de la hste des docteurs. Le Paulmier fit une réponse publiée sous le nom d'Honoré Garnier, compagnon, demeurant en chambre. Cité devant le Parlement le 5 décembre 1597, la Cour lui défendit de poursuivre son enseignement (i). Le 3o de ce mois, il fut président d'une thèse défendue par Martin Akakia : An à capitis traumate oppositœ partis convulsio lethalis ? Affirm.
Cependant, il continuait ses rapports avec les chimistes et, le i3 août i6o3 il reconnut, devant l'École, avoir fréquemment consulté avec Quercetan (2) pour lequel il avait une grande estime, et soutint l'utilité de la médecine spagirique. La Faculté répondit qu'aucun docteur ne pouvait faire de médecine avec Quercetan, la spagirique étant pleine d'inepties et de mensonges. Elle décida que, le 27 août. Le Paulmier viendrait rendre compte de sa conduite devant l'assemblée des médecins.
Le jour dit, ce dernier avoua ses relations avec Quercetan qui, d'ailleurs, était médecin du Roi, et déclara qu'il ne voulait rien entreprendre contre la Faculté. Celle-ci lui remit sa faute et
(i) Commentaires de la Faculté de médecine, t. X, fol. 36, v" et 87.
(2) Joseph Du Chesne, dit Quercetanus, né dans l'Armagnac, sieur de la Violette, seigneur de Morencé et de Lysérable, conseiller et médecin de Henri IV, fut reçu docteur à Bâle vers i573. Partisan de l'antimoine et des préparations chimiques, il eut à soutenir des luttes avec la Faculté, et a été fort décrié par Gui Patin. Il mourut à Paris en 1609, et a laissé de nombreux ouvrages.
l'engagea à s'abstenir désormais. Le 18 octobre, Le Paulmier, ainsi que tous les docteurs, prêta serment de n'avoir plus aucun rapport avec les spagiristes (i).
Il présida, le 1 1 mars 1604, la thèse cardinale de Simon de Cubes : A?i omnia sublunaria homini medicamentum? Affirm. Le i5 septembre i6o5, Georges Arbaud le choisit pour présider sa thèse quodUbétaire : An arthritis ab omni hiimore? Affirm.
Entraîné -par ses convictions, il publia un livre intitulé : Lapis philosophicus dogmaticorum, quo paracelsisfa Libcivius restituitur, Scholœ medicœ Parisiensis judiciiim de Chymicis declaratur, Censura in adulteria et fraudes parachymicorum deffenditur, asserto verœ Alchemise honore. Paris, chez David Doulceur, 1608, in-8°. Le privilège est du 17 décembre 1608. Dans cet ouvrage, dédié au cardinal du Perron, il attaquait et défendait Libavius (2), soutenait que la chimie est une partie de la pharmacie, vantait l'antimoine que la Faculté avait condamné par décret du 3 août i566, et préconisait une préparation d'or potable avec laquelle il avait guéri une femme atteinte de la lèpre, dont il rapporte l'observation à la fin du volume.
Le 24 janvier i6og, Nicolas EUain signala à l'Ecole ce livre récent comme étant rempli d'erreurs et d'impostures. Trois docteurs, Barthélémy Perdulcis, François du Port, et Jean Riolan, furent désignés pour l'examiner et en rendre compte. Cité devant la Faculté quatre jours après, Le Paulmier présenta sa défense. La censure avec inscription sur les registres fut prononcée contre cet ouvrage indigne de voir le jour, et
(i) Commentaires, t. IX.
(2) André Libavius, né à Ilallc en Saxe, professa l'histoire et la poésie à léna, et fut nommé en )6o5 directeur du gymnase de Cobourg, où il mourut en 1616. Médecin et chimiste, il a publié de nombreux ouvrages où, a côté d'erreurs ridicules, se trouvent d'utiles découvertes en chimie. Il a conseillé la transfusion du sang.
contre son auteur. On décida que, dans le délai de six mois, celui-ci abjurerait ses erreurs et désavouerait son livre dans une nouvelle publication, faute de quoi, il serait rayé de la liste des docteurs régents ; qu'en attendant, il serait privé de tous les émoluments. Le Paulmier répondit qu'il se conformerait à cette décision qui lui fut signifiée le i6 mars, en la personne de Catherine Baudry, sa servante.
Mais, dix jours après, il fit paraître un nouveau livre intitulé : Laurus palmaria fugans ventaneum fulmen cyclopiim aliqiiot, falso Scholx Parisiensis nomine eviilgatum, m 11bnim Pétri Palmarii docforis medici Parisiensis. Lutetiœ, martis 26, anno Domini 1609, in-8". Dans cet ouvrage, dédié aussi au cardinal du Perron, archevêque de Sens, il répond aux cinquante-trois objections des censeurs. La Faculté prononça encore la censure contre ce libelle, qu'elle déclara plein de fard, de fraudes, d'impostures et de mensonges. Mais déjà. Le Paulmier avait interjeté devant le Parlement un appel comme d'abus bientôt transformé en simple appel. 11 assigna à son tour les docteurs régents et nommément le doyen comme auteur de la censure, et lit citer dix médecins favorables à sa cause (i).
Le 6 juillet 1609, l'affaire vint devant le Parlement. Phihppe Piètre, frère du médecin Simon Piètre, plaida pour la Faculté; Gago pourle doyen; Richelet défendit Le Paulmier; l'avocatgénéral Servin parla au nom du procureur-général; le médecin Claude Charles, gendre de Simon Piètre, fut chargé par le doyen de soutenir la doctrine de l'Ecole et de défendre le décret.
On reprocha à Le Paulmier : 1" d'avoir composé un nouveau médicament à l'aide du feu dit « philosophique; » 2° d'employer des poisons en médecine; 3° d'user de l'or potable avec lequel il prétendait avoir guéri une ladressc ; son Laiirus n'élait point palmaria, sed fancttica, etc. (i) Commentaires, t. X, fol. 25i, V et siiiv.
Enfin, fut rendu l'arrêt suivant : « La Cour a mis et met l'appellation dont est question au néant, sans amende ni dépens, ordonne que ce dont est appelé sortira son effet, et met les parties hors de cour. Fait en Parlement, le (f jour de juillet i6og (i). »
Cela n'était pas fait pour raccommoder Le Paulmier avec l'irascible compagnie; il persista dans ses opinions qu'il regardait avec raison comme vraies et, à partir de ce moment, ne prit plus aucune part aux actes de la Faculté. Il mourut le 17 janvier 1610, âgé de 42 ans, d'une attaque d'apoplexie survenue, suivant Gui Patin, auprès de ses fourneaux, pendant une opération chimique (2). Il ne paraît pas avoir été marié. Pierre Le Paulmier eut une clientèle étendue, et demeurait rue Saint-Antoine. Après sa mort, les livres et les papiers qu'il avait hérités de son oncle furent achetés par Turquet de Mayerne (3) qui les utilisa pour ses pubhcations.
(1) Actions nuisibles cl phi.ioj-crs de Scrviii, Paris, 1640, in-fol. — Plaidoyc... en /.r c.iiixe d'un nouunc incssirc Pierre PaiiUnier, docleiir en médecine, etc.
(2) Synopsis. Cette date est peut-être celle lie son inbumation ; on lit, en effet, dans ïc Journal de VEstoile :
« Le Vendredi i5'' (Janvier 1610) moururent à Paris deux médecins Tung nommé Le JVIoyne. et l'autre Paumier, tous deux estimés très iaabiles et très experts en leur art. que j'honore. »
(.3) Théodore Turquet de Mayerne, baron d'Aubonne, en Suisse, né à Genève le 28 septembre 15:3, docteur de Montpellier, médecin par quartier de Henri IV, en 1602, et de Louis XIII, premier mé.iecin de Jacques I''' et de Charles I" rois d'Angleterre, mourut à Chelsea le i5 mars i655.
i564 — 8 Mai.