‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 10 sur 123 · ARCHIPEL DE NOUKA-HIVA · texte numérisé non relu

ARCHIPEL DE NOUKA-HIVA

(Notut historique.)

Si l'en jette les yeux sur la carte de l'Océasie, région immense, dont la superficie égale près de six cent mille lieues carrées (I), et dont la population n'est pas moindre de vingt-cinq paillions d'habitants, on voit que le Portugal, l'Es* pagne et la Hollande, possèdent des territoires

(t) Lieues terrestres, de *5 an degré

plas on moins vastes dans la Malaisie, que l'Angleterre, fortement assise dans l'Australie, règne déjà sur de nombreux territoires; et qu'enfin, la plupart des groupes de la Polynésie sont dominés par l'influence politique et religieuse de l'Europe. Il serait en dehors de notre sujet de' nous étendre sur les effets de ces occupations coloniales et de celte influence toujours croissante, de faire sentir l'importance du commerce qui en résulte, de citer les ports florissans de la cinquième partie du monde, les villes opulentes qui s'élèvent et se peuplent comme par enchantement ; mais il nous appartient de dire que la France ne pouvait, sans manquer à sa gloire, à ses intérêts même, et surtout à sa grande mission civilisatrice, rester plus longtemps étrangère à la révolution qui s'opère en Océanie.

La France, d'ailleurs, avait des droits historiques à faire valoir, elle ne devait point laisser prescrire ses nobles antécédents ; son pavillon avait trop bien mérité du Monde Maritime pour qu'elle n'eût point à cœur de l'y planter d'une manière stable, digne d'elle et de ses habiles navigateurs. Dès 1713 et 1714, Frézier et Legentil de la Barbinais se font remarquer parmi les explorateurs de l'océan Pacifique ; plus tard, apparaissent Bougainville, l'émule et le rival de l'illustre capitaine Cook ; puis l'infortuné Lapérouse, dont la science et la marine conservent la mémoire avec une égale vénération ; puis enfin d'Entrecasteaux.

A ce nom, qui nous reporte aux années 1791, 02 et 95, on se rappelle nécessairement les grandes pensées maritimes qui seront à jamais la gloire de Louis XVI. D'Entrecasteaux commandait l'expédition envoyée par le roi à la recherche de Lapérouse, il montait la Recherche qu'accompagnait l'Astrolabe, dont le major de vaisseau Huon de Kermadec était capitaine. Leur campagne, qui fait époque dans les annales de la science géographique, mérite d'être mentionnée plus particulièrement encore, parce qu'il entrait dans les instructions du commandant en chef de chercher un lieu favorable à l'établissement d'une future colonie. D'Entrecasteaux signala les bords de la rivière des Cygnes, au sud de la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande; mais la révolution française fit cruellement avorter les intentions du roi et les efforts de nos navigateurs. Aussi, tandis que l'Europe était en feu, que les guerres civiles et étrangères déchiraient la France, que notre marine était accablée de revers, nos anciennes colonies conquises par nos ennemis ou vendues, notre commerce extérieur ruiné, notre puissance doutre-mer anéantie, l'Angleterre se créa un empire sur le continent australien. Pendant nos vingt années de batailles et de conquêtes dont il ne nous est rien resté, alors que nous perdions successivement Saint-Domingue, la Louisiane, l'île de France

et la plupart de nos autres possessions coloniales, notre rivale réparait la perte de ses beaux domaines du Nord- Amérique, en envahissant les terres vierges du grand Océan.

La France, devancée de plus d'un demi-siècle , pour l'exécution de ses projets sur l'Océanie, vient enfin de rentrer dans la carrière : la tentative d'Akaroa à la Nouvelle-Zélande, la prise de possession des lies Marquises, le protectorat accordé à l'archipel tailien en sont les preuves. Tout homme qui a le sens de nos intérêts maritimes s'applaudira des efforts récens du gouvernement, malgré l'aveugle opposition qu'ils ont rencontrée. 11 serait facile de faire ressortir la portée religieuse, commerciale et maritime des actes que nous signalons, mais nous devons nous restreindre à l'exposé des faits relatifs aux Iles Marquises.

Ce groupe intéressant, situé entre le 140e et le 143e degré de longitude occidentale (méridien de Paris), s'étend en latitude du 8e au 11° degré sud (sa latitude moyenne est 9° 40' S.). Huit Iles principales, dont six seulement sont habitées, et quelques Ilots ou rochers inhabitables, composent l'Archipel, dont les lies peuplées portent dans la langue des naturels les noms suivans : Nouka-Hiva ou Nouhiva, Hiva-Oa, Houa- Poou, Fatou-Hiva, Taouala et Houa-Houana; les deux lies désertes, mais susceptibles d'être habitées» sont Hiaou et Motané.

D'après le travail statistique publié par MM. Vincendon-Dumoulin et Desgraz, membres de l'expédition de Dumont-d'Urville, dans leur remarquable ouvrage sur l'archipel Nouka-Hiva, la superficie des terres habitables égalerait cent vingt-sept mille cent soixante-dix hectares, et le nombre total des indigènes serait de vingt mille; ce dernier chiffre, toutefois, est susceptible d'être contesté comme trop considérable.

Tour à tour appelé Marquises de Mendoça, par l'Espagnol Mendana, lies de la Résolution, par l'Anglais Cook, de la Révolution, par le Français Marchand, et de Washington, par les Américains Ingraham et Joseph Roberts, le groupe dont nous nous occupons mérite d'être étudié sous le rapport historique.

Quelques traditions des insulaires font connaître, avec assez de vraisemblance , la manière dont les lies auraient été primitivement peuplées. Les indigènes se croient les descendans d'un seul homme et d'une seule femme, Oataia et Oranova, venus d'une île appelée Vavao,' quelque part au-dessous de Nouka-Hiva. Or, la plus grande des îles Tonga, porte le nom de Vavao ; et elle est plus rapprochée que les Marquises de l'ancien continent, l'antique berceau du monde. Il est donc vraisemblable de penser que la légende est conforme à la vérité. Elle paraît d'autant plus digne de foi, qu'avant l'arrivée des Européens, l'art de la navigation était

loin d'être dans l'enfance chez les peuples de l'Océanie, quoi qu'en ait écrit, un peu légèrement selon nous, un de nos écrivains les plus distingués, M. Louis Reybaud, dans son livre sur la Polynésie et les lies Marquises.

L'étonnante aptitude des Polynésiens à traverser de vastes étendues de mer, a, au contraire, unanimement frappé les premiers explorateurs, surpris de trouver tant de progrès à cet endroit, parmi des peuplades en général si arriérées. Il est constant qu'avant la découverte de l'océan Pacifique, les insulaires de Tonga entreprenaient des voyages de plus de cent lieues au large des côtes; les naturels affirment même avoir eu des communications avec la Nouvelle-Zélande, qui est distante de près de trois cents lieues marines; et c'est à peine si quelques lies sur la route pouvaient offrir des points de [relâche. Les Polynésiens n'avaient, il est vrai, que de frêles pirogues pour accomplir de pareilles entreprises; mais, constructeurs inhabiles, ils n'en étaient pas moins des navigateurs fort experts. La tranquillité de la mer pendant une grande saison de l'année, en permettant à leurs barques d'arriver à bon port, facilitait des expéditions incomparablement supérieures, on en conviendra, à celles des Phéniciens, des Carthaginois et des autres peuples maritimes de l'antiquité, qui, resserrés dans la Méditerranée, osaient à peine perdre la terre de vue. D'après cela, il est plus que probable que les Marquises, ainsi que les groupes de Tonga, de Taïti, d'Hawaï (Sandwich) et de la Nouvelle-Zélande, furent peuplées par des indigènes navigateurs venus de l'Occident, et conséquemment originaires d'Asie. Toujours est-il que, sur ces cinq archipels, et sur tous ceux compris dans la zône polynésienne, c'est-à-dire, dans un espace dont le plus grand parcours est au moins de mille lieues, on a retrouvé des races identiques, des idiomes analogues, des mœurs et des préjugés semblables, et, entre autres, l'impérieuse loi du Tabou, qui frappe d'interdit, soit temporairement, soit pour toujours, les hommes, les choses ou les lieux.

Les Iles Nouka-Hiva furent découvertes, le 21 juillet 1595, par l'adelantado Alvaro Mendana de Neira. Ce navigateur, parti du port de Callao, leur donna le nom de Marquises de Mendoça, en l'honneur du vice-roi du Pérou, qui avait favorisé l'expédition. Mendana prit possession des terres au nom de S. M. Catholique, avec le cérémonial d'usage ; mais quoiqu'il eût à bord des colons destinés à l'archipel de Salomon, il ne tenta point de les occuper, et se borna à une vaine formalité dont les indigènes ne comprirent certainement pas la signification.

Après cet événement, les îles Marquises demeurèrent encore pendant près de deux siècles étrangères au reste du monde. Cook, en 1772,

y fit une relâche de courte durée. Vingt ans plus tard, le capitaine Ingraham de Boston, et le capitaine français Marchand, y abordèrent à peu de jours de distance. Le dernier déclara les Iles propriété française, et leur donna le nom d'archipel de la Révolution. Cette déclaration, sans effet, n'a pas plus d'importance, il faut le dire, que celle des Espagnols de Mendana ; mais elle doit être enregistrée dans les annales de notre nouvelle colonie, comme un fait, honorable pour la France. Le capitaine Marchand a, du reste, donné d'intéressans détails sur l'archipel de Nouka-Hiva, et il serait injuste de lui refuser sa part de gloire dans une exploration scientifique, dont la base était une simple spéculation commerciale, puisque le Solide, commandé par Marchand, n'avait été équipé dans le port de Marseille, que pour faire un voyage d'échanges à la côte nord-ouest de l'Amérique septentrionale.

L'année suivante , en 1792, le lieutenant anglais Hergest fit l'hydrographie des lies Marquises. Bientôt les navigateurs connurent parfaitement leur position , et s'y montrèrent à intervalles assez rapprochés.

A la même époque, remonte la propagande religieuse de l'Angleterre en Polynésie. En 1792 la Mathilda, en 1793 le Dedalus, en \ 794 la Jcnny et la Britannia, et enfin le Duff en 1797, furent expédiés d'Europe pour placer des missionnaires dans les principaux archipels. Ce fut le Duff qui débarqua les premiers teachers (prêcheurs) aux lies Marquises; mais, après un an à dix-huit mois d'essais infructueux, force fut aux convertisseurs d'abandonner leur entreprise.

En 1804, le célèbre navigateur russe Krusenstern aborda aux Marquises, que fréquentaient déjà les Américains. Deux aventuriers, l'un anglais et l'autre français, se disputaient alors la prépondérance dans l'Ile de Nouka:Hiva. 11$ étaient, a dit un savant voyageur, ennemis invétérés l'un de l'autre, et semblaient, à l'extrémité du globe, représenter la haine profonde qui divisait alors leurs patries (1).

La période; la plus mémorable de l'histoire de Nouka-Hiva est, sans contredit, celle du séjour qu'y fit en 1813 le capitaine américain Porter. La guerre était allumée entre les Etats-Unis et l'Angleterre; après avoir quitté les Iles Gallapagos, qu'il avait d'abord choisies pour lieu de dépôt de ses prises, le capitaine Porter, commandant la frégate l'Essex, se rendit aux Marquises. Le 23 octobre, il mouilla dans la baie d'Anna-Maria ou Taiohaé, avec l'intention d'y former un nouvel établissement temporaire. L'attitude hostile d'une partie des insulaires, entre lesquels régnait la discorde, amena Porter à

(I) Domeny de Riens! .

tt FRANCE

construire nu fort et un village, qui prit le nom de Madiêonville. Les Américains firent cause Commune avec la tribu des Tais, qui les avaient fiospitalièrement accueillis, contre la farouche peuplade des Happas. Porter combattit ensuite avec moins de succès les braves Taïpis, peuple fier et intelligent, qui occupait la partie orientale de nie, et finit cependant par les réduire. Le départ de VEssex, qui retourna en croisière et fût capturé par les Anglais, et la révolte des prisonniers de guerre laissés à terre avec quelques marins pour les garder, mirent fin à l'occupation des Marquises par les Anglo- Américains.

Depuis lors, le groupe nouka-hivien ne cessa d'être fréquenté par des baleiniers et des navires de diverses nations, qui y allaient charger du bois de sandal. En 4825, une nouvelle mission anglaise, dirigée par M. Crook, un des deux ministres qui avaient séjourné dans l'Archipel en 1798, s'établit sur l'île de Fatou-Hiva. Cette tentative fut encore inutile; mais la ténacité anglaise n'était pas à bout : en 1827, d'autres teaehers débarquèrent à Taouata, et fixèrent leur Tésîdcnce auprès du roi Yotété, le même qui, plus tard, a accueilli les missionnaires catholiques, et sollicité le premier la souveraineté de la France. Les teaehers ne furent pas longtemps en sûreté dans l'Ile, et ils la quittèrent au moment où les habitans allaient les sacrifier aux idoles. En 1829, deux missionnaires anglais de Taîti essayèrent encore, sans succès, la conversion des insulaires de Nouka-Hiva, et y renoncèrent peu de temps après.

Dans le cours de la même année, la corvette des Etats-Unis, le Vincennes, mouilla k Taiohaé en face du camp de Porter ; les indigènes reconnurent le pavillon et crurent que les Américains revenaient prendre possession de Nouhiva. Il n'en fut rien. Seulement on apprit que bien des fois les baleiniers avaient exercé la presse sur les côtes des Marquises ; les naturels se plaignaient amèrement de la barbarie de leurs visiteurs. Ils songèrent dès lors h réclamer l'intervention de quelque puissance européenne, afin d'être efficacement protégés contre les incursions, les dépravations et les enlèvemens dont ils étaient victimes» La France vient d'accepter cette tâche digne d'elle.

Nous ne saurions passer entièrement sous silence l'apparition momentanée aux Iles Marquises du fameux baron Thierry, qui s'y fit proclamer roi en 1835. L'inoffensif monarque, qui se donnait déjà le titre de chef des chefs de la Nouvelle-Zélande, ne resta, du reste, que peu de jours à Taiohaé, où il leva débonnatrement l'impôt de quelques rafrakhissemens à l'aide d'objets d'échange.

Mais après cette mention, pour mémoire, d'un fait insignifiant, qui dote l'archipel Nouka-Hivien d'un prétendant peu sérieux, rétrogradons d'une

année, et nous verrons que la propagande an* glaise ne manque ni d'adresse ni d'opiniâtreté* En 1834, la Société des missions de Londres envoya encore deux missionnaires à Nouka-Hiva ; ceux-ci n'eurent guère plus de succès que leurs devanciers, Cependant ils se maintinrent dans le groupe, et l'un d'eux, M. Stallvorthy, s'y trouvait encore en 1838, lorsque la frégate française fa Vénus, commandée par M. Dupetit-TbouarSf et les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, sous les ordres de Dumont~d'Urville, y relâchèrent, La France, touchée du succès des missions catholique* dans les lies Gambier, se décidait enfin à opposer propagande à propagande. Deux missionnaires français furent laissés par la frégate la Vénu$ auprès du roi Yotété, A dater de ce moment, l'attention du gouvernement se fixa plus spécialement sur le groupe des Marquises,

En 1840, le brig h Pylade arrive h Taouatft. Dès l'abord, l'officier qui le commande, M. Bernard, capitaine de corvette, s'aperçoit que le chef insulaire n'a plus pour les prêtres catholiques la bienveillance qu'il avait témoignée, lors du passage de la Vénus. Il importait de protéger par un acte solennel nos zélés compatriotes. Le 2 mai, l'équipage du Pylade descendit à terre pour célébrer la Saint-Philippe,

MM. Vinceodon-Dumoulin et Desgraz disent à ce sujet ; « La première pierre de l'établisse- » ment des missions fut posée : il reçut le nom

• de la reine Amélie de France, Un Te Deum fut » chanté. L'autel, placé dans les bois, donnait » à cette cérémonie un cachet particulier; le

• bruissement des feuilles, le bruit sourd d'une t cascade, le fracas des lames déferlant au ri- » vage, les détonations de l'artillerie du Pylade, » se joignirent aux chants religieux. Yotété, qui » n'avait jamais encore assisté à pareille fête, » était tout éperdu. 11 s'écria que lui et son

• peuple mouraient d'admiration. *

La mission catholique rayonnait sur tout l'archipel. Le Pylade trouva dans l'île Houapoou des prêtres français qui avaient été noo^eulemem bien accueillis, mais encore nourris et logés par le chef nommé Héato.

Les missionnaires résidant à flfpu*Hiava, dans la baie de Taiohaé, étaient moins beureux ; l'enceinte de leur demeure était constamment violés, et leurs effets mis au pillage. Le Pylade exigea et obtint la réparation de ces griefs, ainsi que la restitution des objets volés* Grâce k la fermeté déployée dans cette circonstance, et aux négociations entamées par le commandant JBeroard, une paix générale fut cimentée entre toutes les tribus. Tandis que les Américains et les An* glais mettent e» pratique le vieil adage : Diviser pour régner, qu'ils entretiennent et fomentent la discorde parai les naturels, et les poussent à s'entre-détruire, il est à remarquer que les Français ne craignent pas de voir les indices <Je-

FRANCE i

venir plus forts par une alliance commune. Au risque d'être payés d'ingratitude, ils agissent avec une généreuse humanité, c Des exercices à 9 feu, et des fusées qui excitèrent, à bord et à 9 terre, des cris d'admiration, célébrèrent en » quelque sorte cette journée solennelle. Le » grand prélre des Taïpis ne put s'empêcher de 9 dire, dans l'état de profond étonnemenl où il se

* trouvait, que les étrangers étaient des hommes, 9 tandis que les Nouka-Hiviens n'étaient que des

* rats et des souris auprès d'eux. »

Tout le monde a lu le rapport du contre-amiral Dupetit-Thouars sur la prise de possession des îles Marquises. Ce document sera la base de l'histoire à venir de l'archipel nouka-hivien. Il montre quelle heureuse influence exerçaient déjà les prêtres français dans ce groupe, où tant de fois les ministres protestans ont vainement tenté de s'établir.

Le contre-amiral Dupetit-Thouars, alors capitaine de vaisseau, montait la frégate la Heine- Blanche, quand il aborda à Tahouata, vers la fin d'avril 4842. îl retrouva la mission catholique dans un état de prospérité dû surtout aux efforts du Pylade, revit le roi Yotété, avec lequel il avait eu de fréquens rapports autrefois, et obtint facilement les concessions en vertu desquelles le pavillon français fut arboré sur l'Ile de Tahouata. La cérémonie d'investiture eut lieu le 1er mai. Le 11 du même mois, le roi Temo-Ana, dans l'Ile principale, consentit également à reconnaître la suzeraineté de la France, Un emplacement fut choisi à l'amiable pour l'érection d'un fort , appelé Fort- Collet, en mémoire de l'amiral de ce nom, dont la marine française garde le noble souvenir ; et son fils, le capitaine de corvette Collet, présida à la fondation de ce premier établissement. Aujourd'hui nos couleurs flottent sur Nouka-Hiva ; k baie de Taiohaé est une rade française; désormais l'occupation des lies Marquises ed un fait accompli. Si deux officiers distingués, MM. Halley et Lafont-Ladebat ont misérablement péri dans mm guet-apens à Me Taouata, sur le territoire du roi Yotété, on doit considérer ce déplorable événement, non comme le symptôme d'une résistance organisée par les populations indigènes, mais comme un crime isolé. L'on doit espérer enfin, et tout porte à le croire, qu'un bel avenir est réservé à la France dans les lointains parages où elle vient d'accomplir sa pacifique conquête.

Le protectorat accordé aux Iles de la Société donne, du reste, une importance beaucoup plus grande à l'occupation des lies Marquises. Talli, la riante Talti, la perle des mers, l'Eldorado des vieux navigateurs, a reconnu à son tour la suzeraineté de la patrie de Bougainville.

Dans ce court article, spécialement consacré à l'archipel Nouka-Hiva, nous ne devons pas aborder l'historique des douloureux événements qui

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ont ensanglanté, malgré nos vœu* et notre des. sein» le soldes lies de la Société. Mais au moins, pouvons-nous payer le juste tribut de nos éloges à la conduite ferme et modérée de nos marins, dans les circonstances les plus difficiles. Les actes de MM. DupetittThouars et Bruat ont attiré les regards de la France» et la France y a sincèrement applaudi. Les luttes glorieuses de nos braves marins n'ont eu qu'un trop cruel retentissement. Mais enfin, nous apprenons que la reine Pomaré a cessé de s'obstiner dans une hostilité ridicule. La pacification générale peut donc être regardée comme accomplie. Plaise & Dieu que M. le commandant Lavaud, qui remplace aujourd'hui le contre-amiral Bruat dans le gouvernement de nos possessions de l'Océanie, puisse consolider et maintenir constamment la paix entre nous et des peuplades qui ont nos sympathies et non notre haine !

Dans les lies Marquises même, aucune révolte des naturels n'a amené jusqu'ici de collisions comparables à celles dont Taiti vient d'être le théâtre. Ajoutons maintenant que les travaux apostoliques de nos missionnaires méritaient 4 juste titre la protection du gouvernement français, — la France est aujourd'hui en mesure de seconder leurs efforts. Un point militaire nous était indispensable pour veiller aux in* téréts de nos bfttimens marchands et de nos baleiniers dans l'océan Pacifique, — nous le possédons. Il nous fallait des ports et des rades hospitalières qui devinssent des centres d'acti* vité d'où l'influence française pût rayonner sur le Monde Maritime ; il nous fallait des sentinelles immobiles et vigilantes, le moins loin possible des côtes occidentales de l'Amérique; il nous fallait des points de relâche nationaux, des escales françaises aux antipodes de la France, — • nous les avons. Et puis, n'en doutons pas, notre commerce est destiné, par suite même des actes du gouvernement, à prendre une extension nouvelle dans ces contrées, où la civilisation européenne marche à pas de géant. Enfin, la France, sur les bords où elle s'est assise, fera régner l'ordre et la paix ; la présence de nos compatriotes mettra fin aux guerres intestines des sauvages, et empêchera l'entier anéantissement de leur race, menacée d'une destruction totale, depuis l'introduction des armes à feil. Ainsi, il appartiendra à la civilisation de réparer les maux qu'elle a faits, en apparaissant dans ces régions lointaines ; et surtout, c'est à la religion protégée par la France, qu'il est réservé de rendre pacifiques les peuples de nos nouvelles possessions, — grandi enfant, comme les appelle un navigateur, qui ont en eux le germe de toutes les qualités bonnes et mauvaises, et dont il faut se hîiter de développer les heureux instincts.

Le *limat des lies Marquises est sain, quoique h température y soit habituellement très-élevée ;

le sol est fertile comme celui des plus belles contrées tropicales; une luxuriante végétation couvre les montagnes pittoresques de l'archipel ; la population, largement dotée sous le rapport physique, est intelligente et susceptible d'une prompte amélioration morale, malgré les funestes effets de son contact trop prolongé avec la lie des aventuriers européens. Dieu fasse que la France sache polir le diamant brut qu'elle vient d'arracher à la barbarie! Et, avant uu demi-siècle, elle n'aura peut- être point de plus beau fleuron à sa couronne d'outre-mer, que ses lies de TOcéanie.

G. DE LA LàNDELLK.

Une trombe est un courant d'air qui s'élève en spirale de bas en haut, et qui n'est visible que parles corps qu'elle enlève ou met en mouvement.

Les trombes ne sont point des météores dont la mer soit seule le théâtre ; elles se présentent également sur les rivières et sur les lacs, dans les. déserts et dans les lieux habités. C'est surtout par les ravages que, dans cette dernière circonstance, laisse après elle leur apparition, que Ton peut juger de la violence de ces phénomènes.

La trombe est habituellement accompagnée d'un vent impétueux, dont le tourbillonnement peut seul, selon nous, creuser l'espèce de siphon qu'elle forme dans l'air.

. L'étendue des trombes qui ont été observées a presque toujours varié avec chacune d'elles. Leur extrémité, qui touche la mer ou la terre, est habituellement très -circonscrite. Il en est beaucoup qui, dans cette partie, ont à peine quelques pieds de diamètre. Ce diamètre s'augmente à mesure que la colonne s'élève, et atteint sa plus grande étendue au point où elle se perd dans les nuages que les objets légers, eau, poussière ou feuilles1, qu'elle enlève, forment à son couronnement.

i Les remarques les plus nombreuses et les plus graves, par l'appui que leur prête le raisonnement, portent à croire que l'intérieur de cés tourbillons est constamment creux. C'est entre ce centre et les parois que le vent exerce sa vio- .lence. Les objets qu'il enlève ne retombent que . d'après leur pesanteur spécifique et la surface i qu'ils présentent à l'action de l'air. ~l Quand les trombes naissent sur les eaux, leur ,base est toujours marquée par une violente agitation ou par une élévation de la mer dans le tube formé par leur colonne creuse. L'eau, tournoyant le long de leurs parois, s'élève vers leur

chapiteau de nuages, d'où elle retombe en larges gouttes de pluie, et quelquefois même en nappe, lorsque le météore vient à se dissoudre.

L'effroi qu'elles inspiraient autrefois et qu'elles inspirent encore aux matelots, a son origine dans des récits exagérés et mensongers des désastres qu'on leur attribue. L'expérience a cependant prouvé que de légères avaries dans les voiles et dans la mâture sont les plus grands malheurs que puissent causer ces phénomènes.

Quand elles s'élèvent sur la terre, l'intensité des trombes est quelquefois si puissante, qu'elles déracinent de grands arbres et renversent des habitations.

Une des plus terribles dont la dévastation soit connue est celle qui prit naissance, le 23 août 1823, dans le canton d'Anet, et dont la fureur se déploya sur cinq lieues de pays (1).

Ce météore, comme toutes les crises naturelles dont l'origine est inconnue, a été l'objet dessuppositions les plus erronées. C'est ainsi que plusieurs savans ont voulu voir en lui la cause des débordemens de rivières et des inondations qui en sont les conséquences.

Ces suppositions et tant d'autres inspirées par l'ignorance, la crédulité et l'amour du merveilleux, disparaissent devant l'examen le plus superficiel. On concevrait, par exemple, qu'une trombe, surgie de la mer, d'un lac ou d'une rivière, pût, avec l'eau qu'elle y aurait puisée, inonder quelques lieux voisins ; mais comment admettre que, dans un temps aussi court que celui de sa durée, et dans un espace aussi étroit que celui sur leqtfel s'exerce sa puissance, elle puisse enlever une quantité d'eau capable de causer un débordement? comment expliquer, d'ailleurs, cette masse d'eau transportée dans une contrée lointaine ?

Les assertions les plus contradictoires ont été avancées, pour expliquer la naissance de ces phénomènes. La plupart, dénuées de preuves qui pussent leur donner de la gravité, n'ont point supporté l'étude critique des naturalistes ; les autres, bien que s'étayant de quelques autorités spécieuses, ont cependant toujours été regardées comme incomplètes : de ce nombre est la théorie de Brisson, de Franklin, et de quelques autres savans, qui leur donne l'électricité pour cause. Parmi les premières, on peut reléguer le sys-

(1) Il parait que cette trombe se forma dans un petit vallon, entre le hameau de la Ronce et le village de Rouvres... Dans le hameau de Marche froid, où cinquante-trois habitations ont été détruites dans une minute, et peut-élre moins, on a à peine entendu l'orage, et il n'y est tombé qu'un peu de gréJe qui y a précédé la tempête dTun instant.

Une Toiture chargée de grains, et attelée de trois chenaux, fut enlevée de dessus son essieu et ses roues, et portée sur un bâtiment dont elle creva le toit...

Des combles entiers furent enlevés dans le sens et le contre-sens de la direction suivie par la trombe.

(Courrier français de l'époque.)

tème qui les attribue à des nuages condensés par la pression de vents contraires, ou à l'action de feux souterrains, puisque les trombes apparaissent souvent sous des cieux sans nuages, et que leur mobilité, comme leur existence sur des eaux profondes , enlèvent à la dernière supposition toute probabilité et toute vraisemblance.

La nature même de ces météores, le peu d'étendue du théâtre sur lequel ils se montrent, la brièveté de leur durée, la rareté de leurs apparitions, et l'impossibilité d'observations ou ces diverses causes réduisent la science, peuvent tenir encore long-temps mystérieux le secret de leur existence.

En attendant l'époque d'une explication complète, on ne peut que donner pour fondements à une solution provisoire les faits constatés par les savants, et le terrain mobile des analogies que l'étude fait sortir des phénomènes connus.

C'est ce que nous nous sommes efforcé de faire dans ce résumé synoptique. Maintenant nous tâcherons de faire connaître la partie perspective de ce météore, par le récit d'une de ses apparitions les plus curieuses.

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