DES POPULATIONS MARITIMES
Il est difficile à celui qui n'a point parcouru notre littoral de s'imaginer le caractère qu'offre à l'observateur la vue seule de ses populations.
Là, tout, hommes et choses, se trouve aussi complètement en dehors de nos habitudes sociales que l'aspect de ces lieux : mer, dunes, grèves, falaises, rochers, diffèrent de la nature de nos localités méditerranéennes.
Un regard superficiel est loin pourtant de révéler tous les contrastes qui existent entre les riverains et les habitants de l'intérieur ; l'œil ne peut saisir que les dissemblances les plus frappantes. H faut avoir long-temps et attentivement étudié les coutumes, les goûts, les préjugés et les passions de ces hommes, pour apprécier toute la distance qui les séparé de notre civilisation.
Cette différence se produit si brusquement, que, lors même qu'un air vif, pur et presque parfumé d'esprits marins, ne vous avertirait point que vous avez changé de constitution atmosphérique, comme la vue d'une contrée découverte vous avertit d'un changement de nature, l'aspect des populations vous révélerait souvent, à lui seul, le voisinage de la mer.
En effet, tout est individuel en elles, comme tout y est primitif. Le personnel des contrées voisines s'est modifié, lentement peut-être, mais a pourtant subi à la longue une partie des transformations par lesquelles la marche de la civili sation a renouvelé toutes les faces de la société ; parmi les populations dont l'exploitation de la mer est la profession, rien presque n'a changé.
Le costume y est, à de légères modifications près, partout celui que portaient les ancêtres ; les superstitions y existent universellement avec la vieille dévotion dont elles sont la poésie. La tradition y a consacré une histoire merveilleuse, morale, dramatique, pittoresque, qui n'a d'autre monument que la mémoire des anciens, d'autres
textes que les récits des bossoirs ou les contes du foyer; mais les souvenirs les plus reculés revivent dans ces monuments, ailleurs si variables, avec une fidélité qui surprend souvent ceux-là mêmes qu'une longue habitation dans ce pays devrait «avoir familiarisés avec elle.
Je n'en veux qu'un exemple.
Un de ces pèlerinages, que Ton fait toujours avec une sorte de curiosité pieuse, m'avait conduit dans le bocage de Haute vil le, pour y visiter les ruines du manoir autrefois habité par les Tancrèdes. J'avais parcouru les lieux que m'indiquaient mes renseignements, sans avoir rencontré aucun vestige qui m'annonçât l'emplacement, sinon les restes de l'objet de mes recherches; je devais pourtant me trouver dans le voisinage : l'église, dont la tour carrée s'élançait du milieu du feuillage, était devant moi, sur ma gauche; à droite, je reconnaissais les accidens de terfain que m'avait précisés la description que l'on m'avait donnée ; mais du château que j'étais venu visiter, rien!
Un homme d'un âge avancé s'étant présenté alors, je me hasardai à lui demander des informations. J'avouerai pourtant que je ne le fis qu'avec défiance. Aussi mon étonnement fut-il extrême lorsque cé vieillard, qui voulut bien me servir de cicérone, me fit l'histoire merveilleuse des antécédens par lesquels cette famille préluda aux prodiges de sagesse et de valeur qui devaient la signaler en Italie et en Palestine.
Après m'avoir raconté plusieurs. faits qui me causèrent moins de surprise alors que depuis lorsque je les ai retrouvés consacrés dans des chroniques italiennes et grecques, il me rapporta des particularités, à l'appui desquelles je m pourrais citer aucun historien, bien que plusieurs événemens contemporains les entourent de quelque vraisemblance,
Il venait de me vanter la piété de ces chevaliers et la munificence avec laquelle ils avaient consacré des sommes immenses à l'édification de la cathédrale de Goutances. Il ajouta :
c Mais, veyez-vous, moussieu, i n'avaient pas toujous été si dévots, et et argent-là aurait bé pu n pas leur prospérer ; i n' l'avaient pas gagné trop charitablement. C'était en pillant do (avec) leurs navires les pauvres marins qu'ils avaient amassé c té fortune ; car, avant d'être de bons chrétiens, is avaient été d' fameux pirates.»
Je ne pus m'empécher de faire alors une ré» flexion que des circonstances à peu près semblables inspirèrent depuis à H. Gauthier d'Arc : lorsque, parcourant les ruines dont est couvert le territoire de Rome, vous interrogez les descendans du peuple roi sur quelques-uns de ces débris, larges feuillets d'une histoire devenue universellement vulgaire, vous n'obtenez de ces Romains dégénérés qu'un regard étonné et le silence de l'idiotisme ; tandis que, sur nos côtes, c'est l
FRANCE MARITIME. IS
mémoire d'an vieux cultivateur, ou d'un vieux marin, qui supplée par la tradition au silence de l'histoire écrite.
Pour les mœurs, elles y ont gardé cette antique simplicité et cette loyale bonhomie disparues partout ailleurs devant les progrès sociaux, qui ne sont pas toujours accomplis sans nous faire payer leurs améliorations par la perte de quelques-unes des bonnes vertus de nos aïeux.
Comme sur ces côtes, et principalement dans leurs villes, la classe riche, en tendant sans cesse à rapprocher ses mœurs de celles de l'aristoiratie des autres localités, a fini par se fondre à peu près dans le type général, nous ne parlerons que des classes laborieuses; et bien que nos remarques puissent presque toujours s'étendre à leur universalité, nous les restreindrons pourtant aux populations qui vivent des industries diverses auxquelles la mer donne naissance.
Les habitans du littoral sont généralement d'une taille moyenne et d'une constitution large et énergique; leur charpente osseuse, trèsdé veloppée, est revêtue de masses musculaires abondantes ; le tronc et les membres sont d'une force qu'ils doivent à l'habitude de continuels et durs travaux. Le dos voûté, le balancement de la démarche, révèlent dans la plupart une vie passée au roulis des navires et sous le ciel peu élevé des entreponts; leur poitrine pourtant, quoique comprimée par cette rondeur où se déjettent les épaules, décèle par sa largeur une grande puissance de pectoraux.
La physionomie des hommes est généralement sévère, malgré l'air de bonhomie qu'y répand la douceur du regard. L'activité et le courage, traits distinctifs de leur caractère, se cachent presque toujours sous une inertie apparente, comme la fougue de leurs passions sous de l'impassibilité extérieure.
La mer, dont les produits sont la richesse de ces côtes, devient en quelque sorte l'élément principal de leurs habitans. C'est sur elle que les femmes elles-mêmes conquièrent souvent leur nourriture de chaque jour, coquillages et poissons, que leur apporte et leur laisse la marée ; tandis que les hommes vont, à travers les dangers et les fatigues, chercher des bénéfices plus considérables dans des expéditions lointaines.
La vie de ces derniers, s'écoulant presque continuellement sur les vagues, finit par en faire pour eux une patrie .Ils ne viennent à terre que lorsque la nécessité les y pousse. Quand l'intervalle de deux campagnes les oblige d'y passer quelques mois, les premiers jours se sont à peine écoulés au sein des affections de famille, que l'ennui les gagne, et on les voit, pour tromper cette espèce de dégoût, se jeter dans les barques qui font la pèche territoriale, en attendant qu'ils puissent partir pour leur grand cabotage et leur voyage de long cours.
Leur tempérament, formé dès l'enfance aux fatigues de leur âpre profession, supporte, sans perturbation aucune, les travaux excessifs et les intempéries de saisons auxquelles ils se trouvent exposés sans cesse. Les maladies sont très-rares parmi eux. Lorsqu'ils échappent aux combats et aux tempêtes, dont leur vie est semée, ils atteignent généralement une extrême vieillesse.
La vie des femmes, sans être aussi pénible, est généralement très-laborieuse. Presque toutes exercent une profession. Qu'elles s'occupent des soins d'un petit commerce, qu'elles préparent et marinent le poisson expédié pour l'intérieur, ou bien enfin qu'elles consacrent leur temps à la pêche dans les rochers ou les basses eaux, il est rare qu'on les surprenne un seul instant inactives. Aussi l'indigence y est-elle excessivement rare, et la mendicité incounue.
Leur conformation, comme celle des hommes, est très-puissante. Leur vigueur leur permet de porter des fardeaux et d'affronter le danger avec une facilité et un courage dont sont surpris tous les étrangers.
Elles sont généralement bien faites ; leur sang est riche et leurs traits empreints de beauté ; bien que leur carnation soit délicate et brillante» l'air vif des grèves et la réverbération du soleil sur le sable les brunissent souvent d'un hâle léger.
Les seuls défauts communs chez elles sont le peu de développement des muscles mammaires et la détérioration des dents gâtées par l'action saline de l'atmosphère.
Elles sont généralement douées des qualités qui font l'épouse vertueuse et la bonne mère de famille. Pleines de dévoûment pour leurs maris comme pour leurs enfans, c'est à cette double affection qu'elles consacrent leur vie.
Bien que les nécessités de leur profession tiennent les hommes souvent éloignés plusieurs mois de leurs épouses, les infidélités conjugales sont si rares, qu'il est beaucoup d'endroits où Ton ne pourrait citer un seul exemple d'un tel scandale.
La femme jouit presque toujours dans sa mai» son d'une puissance qui semble un reflet des vieilles mœurs gauloises : c'est elle qui a l'administration de la fortune ; elle reçoit les profits, elle en règle et réalise l'emploi ; et, il faut l'a» vouer, son intelligence,autantqueson économie, justifie l'étendue de ses attributions.
Une apparence d'aisance et de richesse régns dans toutes les maisons, dont la fortune consiste en beau linge destiné à la dot des filles, et eu vêtemens cossus réservés pour les jours de fêtes.
Ces vêtemens sont généralement remarquables par leur élégance. Leur variété, aussi grande qu'est le nombre des localités, les fait échapper aux généralités d'une description unique. Nous nous efforcerons cependant de faire connaître les costumes les plus remarquables de notre littoral
par des citations empruntées à quelques-uns de n:>$ écrivains :
■Rien de gracieux et de pittoresque, dit M. Lucas, dans son Itinéraire dans le Morbihan, comme les vétemens des riverains bas-bretons. C'est quelque chose du costume des pêcheurs italiens et des montagnards grecs : la jupe de toile de ceux-ci, et le bonnet écarlate si coquettement posé sur le front du Napolitain; c'est tour à tour, et souvent réunis, l'habit aux couleurs vives de ce dernier, le pantalon bouffant et les longs cheveux des Hellènes. »
Nous empruntons le passage suivant au savant ouvrage de Maximilien-Raoul, sur le Mont-Saint- Michel:
c Le costume et les mœurs de ces coquetiers (pécheurs de coques) sont vraiment une des curiosités artistiques du mont. Leurs jupes ou leurs pantalons, lestement relevés, laissent voir une jambe vigoureuse* Ils ont, en guise de ceinture, une chaîne de deux ou trois petites eabreltee, sacs de filet, pour mettre leurs coques, et portent tous, hommes et femmes, une devantière attachée sur leur tôte et tombant sur leur dos.*. Quel luxe de forme et de couleur!
» À cinquante pas d'eux vous croiriez être sur la côte d'Afrique, devant une troupe de Kabiles* Ces gens-là tiennent aussi beaucoup des laxxar ont et pour les mœurs, et pour la tenue, et pour le caractère de physionomie.
» Pendant l'hiver, leur costume est complété par une sorte de bonnet à la Louis XI, auquel il ne manque que deux ou trois médailles et coquilles en plomb pour rappeler le monarque luimême dans le négligé qu'il promenait quelquefois hors les fossés de Plessis-les-Tours< Là devantière du montois actuel le dessine absolu* ment comme le manteau du roi d'alors, et lë reste du costume est presque à l'avenant* »
Nous termineront ces citations par un emprunt fait à YHiitoire de Boulogne de M* Bertrand :
c Qu'on s'imagine une femme brillante de fraîcheur, les cheveux obàtains artistement rélevés et maintenus par un petit bonnet garni de dentelle, dessinant exactement toute la forme de la tète ; qu'on ajoute à cela un long corset d'étamine ou de perse, couleur brune, à fleuragefe rampans, avec des manches d'étoffe dorée, retroussées jusqu'au milieu des bras; une jupede drap écarlate, bordée d'un large ruban rose ou ponceau, formant la queue sur une autre jupe de drap grosbleu; un fin bas de coton bien tiré, des souliers de drap, un fichu de mousseline brochée, un large crochet d'argent au côté, d'énormes bagues, de grosses boucles d'oreilles, une large croix, un cœur volumineux, le tout de l'or le plus fin et travaillé en pointes mates et polies, et Ton aura trait pour trait l'ensemble du costume d'une matelote boulonaise. »
Auprès de la description de cette parure de
fête, nous donnerons celle de l'accoutrement de* pêcheurs.
Dans les autres localités, la population se transforme par le départ et le retour de beaucoup de ses membres, que les nécessitésde leur commerce ou de leur profession appellent et font séjourner dans les villes voisines, et qui rapportent plus tard, dans leur pays natal, de nouvelles idées et de nouveaux besoins.
Dans les contrées maritimes, c'est la navigation qui absorbe l'activité de tout ce qui dans leurs habitans n'est passédentaire ; orlesdéplacemens u'elle nécessite, loin, comme les autres voyages, e polir les hommes au frottement des autres hommes, est la cause qui immobilise la civilisation dans tous les pays qui s'adonnent à la marine.
Etudiez l'existence du marin, et cette assertion vous paraîtra évidente»
c Plusieurs gilets et une cravate de grosse étoffe, des caleçons de froc, trois ou quatre paires de bas, de grandes bottes, une casquette de toile goudronnée, dont la visière sert de gouttière sur le dos, ou un bonnet de laine rouge, un large bougearon9 un tablier et des manchettes de cuir, une capote appelée hulot, imperméable par son épaisseur, des gants sans doigts liés autour du poignet avec une corde, tel est le costume des pêcheurs. »
Quelques-uns de ces costumes ont pourtant modifié leur originalité si pittoresque, mais ces cbangemens ne leur ont enlevé dans presque aucun endroit un ensemble qui» malgré ces cbangemens* leur donne une physionomie particulière et toute looale.
Telles sont les mœurs qui* dans la plus grande partie de nos quartiers maritimes, semblent je* ter encore un reflet de l'ancienne société dont* partout ailleurs, ont disparu les traces.
L'immobilité morale où ces rivages sont restés stationnaires s'explique parla profession de leurs habitans.
Est-il en mer? que peut étrô sa tie dans le cerole si borné des relations que lui ôffre le pont d'un navirë au milieu des immenses solitudes de l'Océan* si ce n'est une longue apathie rompue seulement par la présence du danger?
Est-il dans un port national ou étranger? il n'y reste qu'un temps, toujours absorbé par le travail d'un déchargement» l'arrimage d'un fret ou la réparation de quelques avaries* et durant lequel il trouve à peine quelques heures à consacrer au plaisir.
Il revient donc toujours, tel qu'il était parti* au milieu d'une population dont tous les rapporte avec les marins en relâche ne diffèrent nullement de ceux qu'il a eus lui-même dans les ports qu'il a fréquentés.
Telles ôont, en résumé, ces mœurs si variées et si étrangères à nos idées, qu'elles échappent à la précision de nos analyses. Le mode le plus
*é» àê les Adre connaître dani leur pittoresque variété, est de les dramatiser par Ip récit, comme le précédent volume l'a fait pour lef pécheur* bas-Bommandp dans l'histoire de la œaréieuse Barthe. Foloimo* Guwed.
Oea mots expriment les deui meuvemens que la mer imprime habituellement aux navires.
Dans le premier cas» e'est l'oseillation du bâtiment dans le sens de sa largeur, pseillatiop qu'il décrit lorsque les lames» en le prenant en fane, le font pencher à tribord et à bâbord leur à tour. Ce mouvement a lieu quand op est vent arrière ou grand largue ; mais au plus près ou avec les vents de travers, l'effort du vent sur les voiles décide le roulis d'un seul côté, eu du moins celui du yent se trouve d'autant plus faible que cet effort est plus grand. Dans lé second tas» le balancement s'opère sur la longueur, le renflement et l'abaissement de la houle ou tes vagues élevant alternativement son avant et squ arrière» qu'elles abandonnent après à Faction de leur propre pesanteur, qu'augmente et accélère la réaction de la partie opposée.
Dans ees deux mouyemens, le centre de grayité est toujours le point d'appui.
Dans le tangage, le navire peut être considéré comme se mouvant sur un axe horizontal que l'on suppose passer par ce point perpendiculairement à son diamètre. Dans le roulis, l'axe horizontal sur lequel il se balance est supposé traverser ce même centre perpendiculairement à la longueur.
Les embarcations aux fonds fins et aux façonq élancées sont celles que la mer tourmente le plus violemment. On en a vu qui, surprises par uq calme subit dans une mer dure et creuse, finissaient, à la suite de son agitation» par éprouver un démâtement. Ces momens oh la chute d'une tempête laisse la mer houleuse sont ceux où, pour tout navire» le roulis et le tangage sont le plus fatigans et le plus dangereux.
La force du vent» celle des lames et la construction du bâtiment ne sont pas les seules causes qui influent sur la manière dont le navire se conw porte k la mer. L'influence de l'arrimage doit être d'autant plus soigneusement étudiée» que ses dis-? positions peuvent non-seulement, dans un navire sain, harmoniser ces deuxmouvemens de manière & rendre leur action le moins nuisible possible à la solidité de la carène, mais que, par les sages calculs de ses aménagemens, on peut même remédier aux défauts natifs d'une embarcation ma) lonstruite.
11 faut, pour cela, combiner les effets que produisent les dispositions de la charge.
Le navire souffre et roule durement lorsque le poids porte trop sur le centre ; il fatigue et
tangue gyee yiolepçfl lorsque c'est ^r e*trémités que s'appe^u^t la surcharge.
Le rpulift qi)i *e foit pvec ijne vfteçs? dangereuse fait, wyaijlar iça liaison d'uu YWteaii, bâiller *e# eppturef et même les ouvrir epti^remept* ïl peu» faire démâter, ^rraçlier les <#uops des sabords, en un mot produire de ffRYPft dente* Qp doit dpuc çfeerfikerà le$ pr^ye^r ep éloignant la pesanteur de la cârlipgue. Lé tyflgage r*t?*rde la marche si l'pp e§j êqus yoile, et, à l'ppcre, ppprseplemept il fatigue leg câbles, mais il peut les foire rpippre.
C'est dQPQ à l'haMeté des rçenj}» à prévoir, par le caractère du i^^vire, leç eijdroitsoù doivent être placés les pbjet§ lefi p|u,s lourds, de neutraliser autapt que ppssible, en jes comtnpap}, ces deux mouvemeps, dfl»* le* $pcou$ses, fatigantes et nuisibles pour Véquip^ge, sppt désastreuses pour le navire, dpnt elie$ ^branlent la coque» délient h ebappeuft, et çftfflprometfeqt la mâture.
HïfilÉp 1VAVAIB.
Il s'agit de peupler ce navire flua nous avais dépeipt comme un monde isolé dans le monde universel. Là, comme dans ces grandes sociétés qu'on appelle nationf, il existe, en eflfet, une constitution individuelle, des mœurs, un Iapgage, des distinctions hiérarchiques et même une législation à part, qui font des navigateurs de profession en quelque sorte une variété de l'espèce humaine. Pour faire un bon marin, a dit je ne sais quel publicité, il faut être deux fois ljomme ; c'est qu'effectivement l'homme de mer, comme le3 animaux amphibies, comporte upe double nature ; c'est asseï dire que tout individu n'est pas propre au métier s il faut pour cela ce qu'on appelle une vocation, c'est-à-dire unecomplexion physique et morale appropriée aux exigences de la profession.
Et d'abord, il est évident que l'insulaire et l'habitant des côtes maritimes, naturalisés en quelque sorte avec l'élément qui les environne et qu'ils ont appris, dès l'enfance, à connaître, à braver, à chérir ; habitués à disputer chaque jour à la mer l'existence que leur refuse un sel ingrat et stérile, existence achetée au prix des travaux les plus pénibles et des privations les plus rigoureuses ; il est évident, disons-nous, que ces hommes robustes, industrieux, pleins d'audace, en passant de la barque de pécheur sur le navire de l'État ou du commerce, ne font que continuer, même avec plus de douceur, la vie qui leur est habituelle, et constituent, pour ainsi dire, des marins tout faits. Bien entendu qu'il n'est question ici que du marin modèle, et que nous faisons abstraction de cette espèce dété*
riorée qui traîne languissamment une existence éphémère sur certains rivages marécageux, et qui trop souvent n'est qu'un amas de victimes sacrifiées à l'exigence de nos lois absolues.
Ce n'est pas que l'habitant de l'intérieur des terres ne puisse, avec le temps, acquérir les qualités d'un oon marin; mais c'est une pénible éducation a faire, et le conscrit supporte avec impatience et dégoût une situation transitoire que le marin des cloues endure au moins avec résignation comme l'affaire de toute sa vie. Néanmoins il faut distinguer entre les individus que la conscription appelle à bord des vaisseaux. L'habitant des montagnes, pourvu d'énergie, d'adresse et d'intrépidité comme l'insulaire, n'a guère besoin que de se familiariser avec ses nouveaux devoirs, pour bientôt marcher de pair avec le matelot d'origine. Le simple laboureur, avec l'habitude du travail et de la sobriété, est naturellement moins alerte et surtout moins courageux que le montagnard, et l'on a vu fréquemment ces hommes paisibles et méticuleux succomber au regret de la vie des champs et à la terreur inspirée par le formidable appareil d'un vaisseau de guerre. Ces premières impressions vaincues, le paysan peut devenir bon matelot. Quant à l'habitant des villes, sa constitution délicate se ploie difficilement au rude métier de la mer; il apporte au sein des équipages ses habitudes de débauche et d'insubordination; souvent il devient nostalgique ; mais les Parisiens d'aujourd'hui sont moins naïfs et maladroits que ne le pensent les vieux marins, et l'on en voit quelques-uns honorer la profession, tant l'éducation et l'habitude ont d'empire sur la nature humaine.
L'opinion générale est que pour devenir bon matelot il faut naviguer de bonne heure. Cet axiome, vrai dans son application aux marins des classes, est moins exact à l'égard des conscrits ; car si l'habitude n'est contractée dès la plus tendre enfance, il faut que la constitution soit déjà faite pour résister aux fatigues de la navigation, et c'est une disposition très-sage que de ne permettre l'enrôlement volontaire pour la marine qu'à 17 ans, excepté pour lesenfans des marins.
La constitution physique des navigateurs doit être radicalement forte. Les hommes de stature moyenne et largement développés présentent les conditions les plus favorables. Certaines attributions réclament cependant une taille avantageuse; telle est celle de gabier à bord des grands navires. La loi fixe à cinq pieds la taille requise pour les marins. Il serait superflu de dire que le marin doit jouir d'une santé robuste, si ce n'était qu'il est essentiel de faire ressortir les graves inconvéniens qui résultent de la présence de valétudinaires, source d'embarras et même de dangers pour le reste de l'équipage. Un axiome fondamental en marine, c'est que tout ce qui est inutile à bord
devient, par cela même, essentiellement nuisible,
Il ne suffit pas que le navigateur soit originairement pourvu d'énergie ; il faut de plus qu'il manifeste un goût décidé pour la profession ; il faut que son cœur soit étranger ou du moins supérieur à ces sentimens instinctifs qui nous attachent au foyer domestique, à la famille, aux douceurs d'une existence uniforme et paisible ; que son âme soit tourmentée du besoin de cesimpressions fortes, de ces péripéties violentes dont est semée la carrière du navigateur, dominée par des motifs de curiosité, de gloire ou de fortune plus puissansque les liens qui l'attachent à la patrie.
La réunion de tant de qualités est rare, sans doute ; aussi faut-il convenir que sur la totalité d'un équipage, à peine peut-on, en général, compter un dixième de vrais marins. (Willaumex.)
L'origine mérite d'être prise en considération, eu égard à la destination du navire : les hommes du Midi doivent être préférés pour les navigations intertropicales, ceux du Nord pour les navigations polaires ; mais le marin consommé est réellement cosmopolite. A ce sujet nous dirons un mot d'une question controversée, celle de savoir s'il est avantageux ou non de composer un équipage avec des hommes du même pays? Nous osons nous prononcer pour l'affirmative, car de cette homogénéité résulteront d'abord plus d'ensemble dans l'action, puis plus d'harmonie dans les rapports individuels. Sous ce point de vue, le régime des classes l'emporte encore sur celui de la conscription, lequel rassemble de tous lesdépartemens des hommes différant de mœurs et de langage, qui ne peuvent se convenir ni même se comprendre. L'inconvénient de voir les enfants du même sol fomenter mutuellement les regrets de la patrie ne peut entrer en compensation avec le plaisir, si salutaire à l'homme qui souffre, de pouvoir s'épancher dans le sein d'un frère.
Les réglemens ont fixé le nombre d'hommes destinés à l'armement des navires de différentes forces. Règle générale, et par les raisons déjà déduites, ce nombre doit être basé sur les besoins rigoureux du service. Le personnel ainsi constitué, procédons à la distribution des rôles.
Le personnel comprend deux catégories bien tranchées : l'état-major et l'équipage proprement dit. L'officier et le matelot sont deux hommes très- différens dont nous nous proposons d'esquisser la physionomie spéciale ; ici nous les envisageons sous le rapport des attributions particulières et des traits caractéristiques qui naissent de leurs diverses fonctions à bord. Ces fonctions sont assez régulièrement départies selon les degrés d'aptitude individuelle : les habitans d'un navire se voient de si près et dans des circonstances si variées, qu'ils ont bientôt la mesure exacte de leur valeur comparative, de sorte que chaque individu, comme chacun des objets d'armement» se trouve promptement rangé à la place
qui lai convient. Procédons par ordre ascendant.
Les mousses sont la véritable pépinière des marins. Ce sont desenfans de douze à seize ans, qui n'ont pas d'attributions déterminées, et qui, dans celles que le caprice leur impose, passent par les épreuves du plus rude esclavage. Le type du mousse est un petit être vicieux, indocile et malin, intrépide, effronté, malpropre et gourmand, paresseux et menteur, groupe de qualités qui dérive de son manque absolu d'éducation et surtout de sa position misérable. Décoré de sobriquets bizarres, grain de sel ou cartahuty il est à la merci de tout le monde. Victime perpétuelle de la capricieuse brusquerie des matelots, il apprend bientôt que la sagesse est une égide impuissante contre les mauvais traitemens ; et dès lors il lutte de vices contre les rigueurs. A mesure que sa peau délicate s'endurcit sous les coups, sa jeune Ame se roidit contre la douleur; et, lorsque l'âge, effaçant les défauts de l'enfance, vient le soustraire aux causes qui les fomentaient, lg mousse intraitable fait un excellent matelot.. ,
Les novices, jeunes gens de seize à vingt-cinq ans, sont l'intermédiaire du mousse au matelot. En partie soumis encore à l'état de servitude qui pèse sur le premier, le novice, par son âge et sa force, est affranchi de la plupart des traitemens humilians auxquels le mousse est en butte, et déjà son instruction lui permet de partager les travaux du matelot sur le pont.
Les matelots, divisés en quatre classes, constituent la masse de l'équipage, et sont alfectés à tous les travaux du bord ; nous allons 1 étudier dans ses attributions principales. Les gabiers sont l'élite des matelots, la fleur de l'équipage; affectés à l'entretien du gréement et à l'exercice des manœuvres hautes, leur séjour habituel est dans les hunes : il y a des gabiers de grand mût, d'artimon, de misaine et de beaupré, dont chaque groupe, commandé par un chef de hune, rivalise de soins et de coquetterie pour la tenue de son mût. Sur eux , repose la réputation du navire, pour ce qui est d'un gréement bien peigné ou d'une évolution brillante. Jeune, alerte, intelligent, le gabier vole au commandement, soit qu'il faille s'élancer sur les vergues, grimper à cime de mât, ou, de là, s'affaler en un clin d'oeil par une drisse ou un galhauban. C'est un jeu pour lui de courir, comme un écureuil, du couronnement à la poulaine, en se paumoyant par les cordages, voyage aérien qui s'effectue sans toucher le pont. C'est le gabier qui, dans la tempête, va dégager, au péril de sa vie, une manœuvre embarrassée, ou serrer une voile que le vent agite avec fureur et menace d'emporter avec lui. C'est encore lui qui, dans les combats, fait pleuvoir une grêle de balles sur le pont ennemi, jette le grappin d'abordage dans les haubans, et s'élance après au milieu du carnage. Il a, de plus, des habitudes d'ordre, de propreté, de discipline. Adroit et la-
Toub II.
borieux, sa hune, dans les jours de repos, est un atelier, où s'exécutent les travaux les plus délicats avec le bois ou le chanvre. Aussi le gabier a-t-il le sentiment de sa valeur : il marche la tête haute et le front toujours serein ; le coloris de la santé perce à travers sa peau brunie par les rayons du soleil. Ces heureuses dispositions, il les puise dans l'estime des officiers et de l'équipage, autant peut-être que dans cette existence active, aérienne, qui développe si puissamment les facultés corporelles.
Les caliers9 matelots non moins estimés, forment contraste avec les gabiers, dont ils sont les antipodes, car eux vivent confinés dans les profondeurs du navire, préposés qu'ils sont au pénible service de la cale. Volontairement condamnés à traîner dans un réduit obscur et méphitique leur existence solitaire, les caliers sont, en général, des hommes aux proportions herculéennes, au poil noir et touffu, au teint hâve, à la physionomie morose, habituellement silencieux et bourrus. Malgré cet air malheureux, le calier se complaît dans sa demeure souterraine ; rarement on le voit promener sur le pont son visage sinistre, si ce n'est lorsque la fraîcheur et l'obscurité de la nuit le convient à venir, incognito, respirer l'air des vivans. Comme le hibou, lalumièrele blesse, etpeut-être craint-il d'exposer aux quolibets son front poudreux et ruisselant de sueur, ses vétemens négligés et malpropres; car, voyez-vous, le calier fait un mélier de forçat. Harcelé de tous côtés par celui-ci qui veut de l'eau, par celui-là qui veut du bois, du cordage, etc., le malheureux ne sait auquel entendre ; nu jusqu'à la ceinture, tant la chaleur l'étouffé, il remue avec effort cent objets pour en dégager un, qu'il cherche à tâtons, en rampant à plat ventre, toujours maugréant, et donnant à tous les diables la meule des importuns qui l'exposent à se casser bras et jambes, ce qui n'arrive que trop souvent. Nonobstant, le calier commande le respect, car c'est un vieux loup de mer, un homme de confiance, qui sait son arrimage sur le bout du doigt ; il ne serait pas prudent d'ailleurs de l'irriter, car les bras musculeux qui déplacent de si lourds fardeaux portent des coups terribles.
Les canotiers sont aussi des matelots d'élite. Jeunes, fringans et coquets, les canotiers du capitaine et de l'état-major aiment à faire briller l'agilité de leurs embarcations élégantes et légères ; ils en sont jaloux comme un amant de sa maîtresse. Il fait beau les voir penchés, les bras tendus, le front baigné de sueur, haler sur l'aviron flexible, et lancer en passant la piquante apostrophe au canot rival qui s'épuise à soutenir une lutte inégale. Ils diffèrent en cela de l'impassible chaloupier, dontle lourd aviron bat les flots dans un rhythme invariable : c'est que son rôle, à lui, n'est pas d'aller vite, mais d'aller longtemps. Les chefs de pièce et les chargeurs pour les J 5
18 FRANCE b&ttcHes Mût également chôlsb parmi les meilleurs matelots. Le chef de pièce, dont le coup d'oeil sûr et rapide neutralise les effets du roulis saitft volonté couper un mât du planter Utt boulet à la flottaison du navire ennemi. Le chargeur s'expose bravement tout entier hors du sabord ; on l'a tu même, dans la chaleur d'un combat bord à bord, arracher l'écouvillon des mains du chargeur opposé. L'un et l'autre prennent soin de leur pièce , dont la platine resplendit sur la culasse, comme l'or sur l'ébène.
Les timonietà sont encore des matelot* expérimentés auxquels est conGée la barre du gouver nail ; de leur habileté dépend la rectitude de la marche, et, partant, la juste estime de la route. L'œil fixé sur le compas, et l'oreille attentive au commandement, le timonier sait ménager un beau virement de bord, ranger à l'honneur un danger, élnder le choc désastreux d'un coup de mer, ou décider le succès d'un abordage. Le timonier est le gardien du pavillon national, il fait parler aux pavillons de signaux Un langage que souvent il n'entend pas lui-même. (V. les Pavillons, p. 55.) Aux timoniers, nous adjoindrons les pilotins, jeunes gens, ordinairement de bonne famille, qui viennent faire, à bord des vaisseaux de l'Etat, le temps de service exigé pour acquérir le brevet de capitaine au longcours.Douésd'une éducation libérale, habitués aux douceurs de la maison paternelle, ils supportent avec peine une condition servile, et s'accommodent peu du régime du bord; aussi sont-ils enclins à la nostalgie.
À part quelques autres fonctions moins importantes dont nous parlerons, le reste de l'équipage prend le nom collectif de matelots sur le pont. Plaçons ici quelques considérations sur les caractères particuliers qui dérivent du terroir. En général, le matelot gascon passe pour être gai, spirituel, conteur et bouffon, communicatif, brave
Ear entraînement. Le matelot normand, sous de elles apparences, est lent et dénué d'énergie, • propre, économe et sobre, mais égoïste, chicaneur et maudissant le service. Le matelot provençal, vif et bavard, est avantageux, querelleur et sournois, sobre et libertin, délicat et souvent pusillanime. Le Basque participe des qualités , brillantes du Gascon et de celles plus solides du matelot breton : celui-ci, lent, obtus, insouciant, intempérant, mais franc, généreux, intrépide et discipliné, nous offre le modèle du vrai matelot. On conçoit qu'à ces portraits il existe beaucoup d'exceptions, et qu'un homme, quelle que soit son origine, peut, avec d'heureuses dispositions, devenir uu excellent marin.
Cette active population est dirigée, dans les travaux de détails, par les officiers mariniers, désignés sous les noms de premier maître , second *nattre,quartier-maitrefappelé& par assimilation, dans les équipages de ligne, adjudant, sergent et caporal Sévère et redouté, l'officier mariuier
fait mouvoir d'un eoup de sifflé t, interprète du commandement supérieur, la tourbe docile des matelots. Il est superflu de dire que cette préro» gative est acquise, par de longs et d'éminens services. Le maître est le bras droit de l'officier, auquel ses connaissances pratiques sont parfois d'un grand secours. Dans les équipages de ligne, le maître peut devenir officier ; sous le régime des classes, jamais.
Parmi les ouvriers marins qui ne sont matelots que par assimilation, et qui proviennent des directions des ports, nous distinguons d'abord les cal fats, dont l'occupation est de prévenirles voies d'eau moyennant 1 étoupe et le goudron dont ils remplissent les fentes des borda ges, et de veiller à l'entretien des pompes. En conséquence, le calfat, naturellement naïf, se considère comme très* essentiel à bord ; il est vrai que, pendant le combat, il parcourt les entreponts, muni débouchons d'étoupe, pour obvier momentanément aux ravages des boulets. Son étroitesse d'esprit, dérivant d'une industrie fort circonscrite, jointe à la malt propreté de ses fonctions, ont fait du nom de calfatnne qualification injurieuse Lettharpentierë sont chargés des réparations de la coque, de la mature, des emménagemens ; les voiliers, de la confection et de l'entretien des voiles, tentes, hamacs, etc. Le forgeron, l'(trmttrii?r, ont des attrt* butions que leur titre désigne assez. Le premier de chacune de ces professions prend le titre de mattre.U existe encore un mattre pilote > chargé de sortir et rentrer le navire dans les ports de France ; hors de là, le pilote s'utilise au service de la timonerie, qui a aussi son maître ou chef d$ timonerie. Le mattrê canonnier est ordinairement un sous-officier de l'artillerie de marine, qui enseigne l'exercice, confectionne les gargousses, veille à l'entretien des canons, etc. Le capitaine (T armes est encore un maître chargé de l'exercice et de l'entretien de la mousqueterie { mais son mandat principal est de maintenir l'or* dre, de signaler et de saisir les délinquants: c'est, à vrai dire, le commissaire de police du bord. Le magasinier, ou gardien de la fosse aux lions, préside à la distribution des objets de consommation que renferme le magasin général. Puis, viennent les employés des vivres : le commissaire aux tnvres, chargé de dispenser les alimens à l'équipage ; il a sous sa direction le distributeur de rations, le boulanger, le boucher, le tonnelier, et autres commensaux dé la cambuse. En raison du méphitisme et de l'obscurité de leur séjour, les cambusiers sont, en général, étiolés et bouffis. Fiers de l'appui que leur prête l'administration, dont ils dépendent, ilsaffectent un certain caractère d'indépendance et d'oubli de la discipline, d'où résultent de fréquentes altercations avec les autorités, dont le devoir est d'assurer la satisfaction des besoins et de prévenir les abus. Le coq, ou cuisinier de l'équipage, comporte
rarement les qualité* qui relèvent de ses fpnc* tîonsculinaires.L'hQmmeeliargé de confectionner la pitanee commune est souvent, au contraire, le
tins inepte et le plus dégoAtsnt des matelots, a cuisine du marin n'est, il est vrai, ni délicate ni très-diversifiée: le lard salé, les fayels, les gourganes, soumis à la simple ébullition dans une vaste chaudière, en forment labase à peu près invariable, base sur laquelle le génie de l'artiste est nécessairement à l'étroit. Quoi qu'il en soit de l'exiguïté de ce régime Spartiate et du peu de sensualité des matelots, ceux-ci n'ont que trop souvent des plaintes à porter sur l'incurie et la malpropreté du coq : heureux lorsque 1'iafidélité de rétamage ne les expose pas à de funestes accidents !
Un personnage auquel nous devons une mention en passant, c'est le barbier, novice ou matelot, qui, de la même main lourde et calleuse qui hftle journellement la corde goudronnée ,émende une ou deux fois par semaine le menton de quiconque réclame son office, moyennant une trèsmodique rétribution. La trousse octroyée du barbier réclame une double surveillance, tant sous le rapport de la netteté que sous celui de la finesse du tranchant, source de douleurs et d'éruptions cntanée3f
Parlerons-nous de Y{nfirmierf espèce de matelot paria que le capitaine envierait au médecin s'il le trouvait capable dç servir sur le pont. Aussi, combien de vigilance et de dévouement ne faut-il pasà l'homme de l'art pour neutraliser les effets de sa maladresse? C'est quelesofficiers, qui n'aiment pas à voir des jnal&des, espèrent sans doute en diminuer le nombre en les privant de soins délicats et de secours éclairés. Nous faisons des vœux pour qu'on remette en vigueur le règlement de l'an yi, qui prescrivait d'embarquer un maître d'hospice instruit dans les hôpitaux. Quoi qu'il en soit, l'infirmier ne tarde pas à prendre confiance dans ses lumières, et le médecin a quelquefois autant de peine à prévenir les conséquences de ses empiétements dogmatiques que celles de son inaptitude à saisir et h appliquer les prescriptions.
Comprenons dansf équipageles domestiques de l'état-major, trojojpe de falnéans affairés qu'on ne trouve jamais lorsqu'on en a besoin, qui com-
I>ortent tousies vices de$ mousses, sans en offrir es qualités, et qui prennent à tâche de mériter les nombreux horions que leurs maîtres leur distribuept avec libéralité.
Franchissons l'intervalle qui sépare le faux pont du carré des officiers, énorme distance, for^ imitée par une simple cloison. Là, mœurs grossières, habitudes crapuleuses, insuffisance de nourriture et àe vêtemens, gêne et privation de liberté, rudes châtimens; ici, éducation libérale, manières civilisées, table succulente, uniformes dorés, logement commode, honneurs, autorité despotique Le navire est vraiment une satire
amère de l'égalité. Lé commandant, vsus sayes
ce qu'il est : le maître après Dieu, sauf h rendre compte devant la loi ; cumulant plus d'aisance à lui seul que tous ses officiers ensemble | comme Jupiter, faisant mouvoir d'un signe cette (nachine immepse. Les autres officiers, subordonnas les uns aux at|tres quand il s'agit de service, sont tous égaux dans Ip carré, à part certains droits de priorité pour le logement. Chargés de la tenue de leur escouade, leur service principal consista à commande» le quart, c'est-à-dire, a diriger lq manœuvre pendant quatre heqres sur vingtquatre, plus ou moias, et à teur de rôle, la nuit et le jour, et quelque temps qu'il fasse.
Dans les grandes occasions, l'appareillage, la mouillage, le combat, dans toute circonstance de> licateet périlleuse, c'ept lecqmmandant qui prend le porte-voix; car c'est lui qui répond du navire, et,s'iljouiidebriIlantesprérogatives,il les achète sauvent par d'horribles soucis. Puis viennent les officiers civils: l'agent comptable ou eomtyissaifê, chargé de la tenue des rôles, du payement de la solde, enfin de la comptabilité universelle 5 le docteur ou chirurgien-major, et Yaumânier quand il y en a : tous trois ont rang d'officié*.
Les élèves ou aspirans au grade d'officier forment en quelque sorte la nuance de transition entre l'équipage et Tétat-major; moitié malheureux comme les matelots, par le fait de leur position subalterne, ils exercent une partie de l'autorité des officiers dont ils vivent isolés. Les chirurgiens en sous-ordre sont assimilés aux aspirants, partagent avec eux le régime du poste, qui sépare le faux pont du carré.
Dans eette esquisse du personnel d'un navire, nous avons pris pour type le bâtiment de guerre : le plus comprend le moins. Et, pour approprier cette revue aux navires du commerce, il suffira d'opérer quelques soustractions ou modifications auxquelles l'intelligence du lecteur suppléera facilement.
Le D* Fonaer.