‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 100 sur 123 · ARTILLERIE DE MER · texte numérisé non relu

ARTILLERIE DE MER

A BRACUE FIXE.

IA càronade à brague fixe est maintenant l'arme principale de tous les petits bâtimens de guerre depuis là goélette jusqu'à la corvette in-v cîusivement, et les batteries de gaillards des vais* seaux et frégates ne sont également composées presque entièrement que de caronades d'un calibré énorme par rapport à leur longueur. Fixcé invariablement à bord, sans possibilité de recul, la caronade offre le triple avantage de ne nécessiter que trois Itommes et un mousse pour son service, de se charger deux fois aussi vite qu'un canon, et de cracher à l'ennemi, s'il est h petite distance, beaucoup plus dé fer, comme mitrailles, grappes dé raisin, etc.

, Dans les désastres de nos dernières guerres, cette armé, connue des Anglais avant nous, fut un grand' auxiliaire de destruction, qui couvrait nos ponts de blessés, et fixa, ainsi plus d'une fois la victoire incertaine du côté de nos ennemis. Tels sont lès avantagés dè la caronade à brague fixe. Aux yeux de beaucoup d'officiers de marine cependant, ils ne balancent pas, dans certains cas, ses inconvéniéns.

En effet,pour fixer sûrement la caronade à bord, en lui donnant un calibre considérable, il fallait que la brague ou cordage qui la retient contre la muraille fût d'une solidité presque incalculable pour pouvoir résister aux chocs viôlens qu'imprime l'embrasement de la gargousse. Aussi a-t-on vu dans mainte action, et principaleraept à Navarin, les caronades casser leurs btagues au bout de sept ou huit coups, et devenir des masses de fer presque inutiles sur un pont. On peut juger alors de l'embarras d'un petit bâtiment dont toute la batterie ne se compose que de cette espèce de bouche à feu ; aussi s'occupet-on maintenant, tout en laissant à la caronade son fort calibre et sa petite longueur, des moyens de la fixer â la muraille, de manière à ce qu'elle cède par le recul à la violence des coups.

La caronade se pointe de haut en bas par le moyen de la vis que l'on voit fixée au bouton de . culasse, et qui permet d'élever ou d'abaisser cette dernière, â volonté; elle se dirige a droite ou à gauche en introduisant dans les deux petits trôus carrés que l'on voit sur la face, à l'arrière de l'affût, le levier de pointage en fer, accroché dans cé moment à la face latérale de ce même affût..

Pour mettre le feu à la caronade ainsi qu'aux canons, on se servit long-temps de boute-feu ou mèche constamment enflammée, au moyen de laquellé on embrasait la poudre qui rem- } plissait la lumière. On adapta ensuite prés de cette lumière une batterie à pièrrfe d'abora, {>ttfe

à percussion, laquelle était d'un mécanisme trèscompliqué, et ensuite laissait encore beaucoup à désirer.

Enfin, M. Jure remplaça cette batterie par un simple marteau ou percuteur, dont les résultats sont fort satisfaisans. Ce marteau, que I on a représenté rabattu sur la lumière, retombe, en pivotant sur son support, dans une position tout opposée, de sorte qu en tirant sur le cordon que Ton voit sortir d'un trou du support, 1 etoupille fulminante introduite dans la lumière reçoit un choc violent qui embrase la gargousse. Sur vingt coups il en part presque toujours dix-neuf; il n'en partait pas quinze avec les anciennes batteries. Aussi simple qu'ingénieuse, l'idée de M. Jure a été imitée aussitôt par les Anglais; l'amiral Malcolm.se trouvant sur la rade des Dunes, avec un de nos bûtimens de guerre munis de ces machines, fut tellement frappé des résultats que donnaient les percuteurs, qu'il en demanda deux à l'amiral français, pour servir de modèle à l'armement de la batterie d'un vaisseau de la marine britannique.

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