‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 103 sur 123 · MONTBARS · texte numérisé non relu

MONTBARS

Parmi les vengeurs que la sooiété des Flibustiers vint offrir aux naturels de l'Amérique et aux premiers colons français, victimes de la férocité espagnole, aucun ne répondit plus dignement à leur attente, et ne remplit mieux cette terrible mission de représailles et de vengeance que le fameux Montbars, sumommé l'Exterminateur. Ce chef flibustier était Français, d'une bonne famille du Languedoc. Dans sa jeunesse il avait lu les Relations de la conquête de l'Amérique par les Espagnols, et des cruautés que ces féroces usurpateurs avaient fait'éprouver aux peuples de ces nouvelles contrées. Cette lecture l'enflamma d'une haine violente contre les auteurs de tant de massacres inutiles ; et ce premier sentiment, poussé jusqu'à la frénésie, l'entraîna depuis dans la carrière où il pouvait le satisfaire. Sa vocation fut bientôt marquée : la mer lui présentait un vaste champ de bataille, et il vola vers des amis pour ainsi dire prédestinés, les Flibustiers.

Une circonstance fortuite, qui mit en évidence le caractère du jeune Montbars, fut un pronostic de sa destinée future. Dans une pièce jouée par ses camarades de collège, il remplissait le rôle d'un Français, et se trouvait en scène avec un Espagnol qui débitait une longue tirade d'injures contre la France. La fureur transporta Montbars plus loin que la situation dramatique ne l'exigeait: il ne vit plus diitis son camarade qu'un de ces Espagnols homicides, tels que son imagination les lui présentait sans cesse. 11 se précipita sur lui avec rage, et si on ne le lui eût arraché des mains, son camarade périssait sous ses coups. Montbars, sorti du collège, toujours possédé de

sa haine romanesque, se déroba aux intention» de son père qui lui avait ménagé un riche établissement, et alla trouver au Havre un de ses oncles qui armait un navire destiné contre les Espagnols, alors en guerre contre la France. Avec le consentement de son père qui n'avait pu résister à une vocation aussi prononcée, Montbars partit pour la côte de Saint-Domingue, objet de la croisière de son oncle. Là on rencontra enfin, au gré de l'impatient jeune homme, un bâtiment espagnol qui fut sur-le-champ attaqué. On fut obligé de maîtriser la fougue imprudente de l'impétueux Montbars, et son oncle le fit enfermer jusqu'au moment de l'abordage. Notre héros,remis en liberté, s'élança sur le navire ennemi, et à la téte de quelques-uns des siens, le parcourut deux fois d'un bout à l'autre, massacrant impitoyablement tout ce qui s'opposait à son passage. La victoire ne fut pas un instant douteuse ; et les Français purent bientôt compter les immenses richesses qui leur tombaient entre les mains. Ils étaient tous occupés de ce soin, excepté le jeune Montbars, pour qui l'or et les diamans n'étaient que de vaines futilités. Attachés sur le pont du navire, ' ses yeux se repaissent d'un autre spectacle : ils contemplent avec une volupté féroce les cadavres palpitons des Espagnols, victimes immolées par son glaive à la justice céleste ; l'aspect de ce sanglant sacrifice est la plus douce, la seule récompense de cette âme ardente que dévore l'enthousiasme de l'humanité, poussé jusqu'à la fureur.

Cette victoire procura au capitaine Montbars la visite des Boucaniers de la côte de Saint-Domingue et de la Tortue, qui vinrent féliciter les vainqueurs, et leur offrir, selon l'usage, des vivres et de la viande fraîche ; ils s'excusèrent de la modicité de leurs offres, et alléguèrent la destruction récente de leurs plantations par l'ennemi commun, les Espagnols, c Comment souffrezvous leur tyrannie? dit vivement Montbars. — Nous ue la souffrons pas non plus, répliquèrent-ils : les Espagnols l'ont déjà éprouvé. Cette fois, ils ont pris le temps que nous étions à la chasse ; mais nous allons nous réunir à quelquesuns de nos camarades, plus maltraités encore que nous ; et les Espagnols fussent-ils cent fois plus nombreux qu'à l'ordinaire, nous les attaquerons, et nous en viendrons à bout. — Si vous voulez, dit Montbars, je me mettrai à votre tête, non pour vous commander, mais pour m'exposer le premier. » Les cris unanimes des Boucaniers le proclament chef de leur expédition. Elle réussit complètement, malgré la réunion des Indiens, ou naturels de la côte, avec les Espagnols. Dans un des combats que se livrèrent les deux partis, les naturels, fort adroits à lancer leurs flèches empoisonnées, avaient jeté le désordre parmi les Boucaniers. Alors un de ceux-ci, par la plus heureuse inspiration, s'adresse aux Indiens, leur

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