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montre le terrible Montbars monté sur un superbe cheval : c Ne voyez-vous pas, leur dit-il, que Dieu vous envoie un libérateur qui combat pour vous délivrer de la tyrannie des Espagnols? » Les Indiens, frappés de ces paroles, qu ils regardent comme un ordre céleste, tournent leurs armes contre leurs alliés, et la victoire des Boucaniers est complète.
Montbars rejoignit son oncl* qui attendait dans les parages de Saint-Domingue l'arrivée de quelques tatimens espagnols. Enchanté de la belle conduite de son neveu, le capitaine arma le dernier navire capturé, forma un équipage d'hommes de son bord et d'Indiens qui consentirent à le suivre, et auxquels il donna des armes; le commandement en fut confié au jeune Montbars : celui-ci brûlait de justifier le choix de son oncle, et d'ajouter de nouveaux titres à l'admira tion et à l'attachement de ses compagnons; i'occa sion s'en présenta bientôt.
La petite escadre française fut surprise quel ques jours après par quatre forts vaisseaux de guerre espagnols, qui s'en partagèrent l'attaque. L'oncle de Montbars se défendit long-temps avec un bonheur et un courage inouïs, et fit reculer plusieurs fois ses deux assaillans, qui ne cherchaient qu'à l'aborder. Enfin, accablé par le nombre, il allait succomber : une résolution terrible termina ce combat; c'était le conseil du désespoir; les Français 1 écoutèrent, car il arrachait la victoire à leurs ennemis. Le capitaine Montbars, sentant son navire couler bas, laisse approcher les Espagnols; il dirige alors si adroitement ses boulets que les deux vaisseaux ennemis s'abîment les premiers, et entraînent le navire français qu'ils avaient accroché.
La vue du malheur de son oncle, le désir de venger un homme qui leur était cher à tant de titres, doublèrent le courage et les forces du jeune capitaine et de son équipage, et lui firent remporter une victoire presque incroyable. Ils manœuvrent avec tant d'habileté qu'en peu de temps ils coulent à fond un des vaisseaux ennemis et s'emparent de l'autre.
Devenu maître des plus beaux et des plus fins voiliers qu'il y eût alors au monde, Montbars pouvait tenter les plus grandes entreprises. Il fit une descente sur la côte voisine habitée par les Espagnols, exerça les plus grands ravages dans l'intérieur du pays, et se rembarqua, après avoir vengé la mort de son oncle et les pertes des Boucaniers et des Indiens, ses braves et fidèles alliés.
Le reste de la vie de ce terrible capitaine fut digne de cette première campagne. H devint depuis un des principaux chefs et le héros des Flibustiers, qui marchaient avec enthousiasme sous ses ordres. Jamais exploits plus extraordinaires que les siens n'avaient été offerts à l'admiration de l'Amérique, déjà témoin de tant de faits inouïs. La gloire sanglante, les succès prodi Tome II.
gieux de Montbars lui méritèrent un surnom qu'aucun homme ne porta avant lui : surnom donné, sans doute, et par ses ennemis vaincus qui reconnaissaient en lui une puissance surnaturelle, et par les peuplades d'Indiens et d'aventuriers qu'il avait affranchies de la tyrannie castillane. Ces peuplades avaient été jusqu'alors tellement terrifiées et opprimées par les Espagnols qu'elles ne croyaient pas qu'une puissance humaine pût résister à leurs oppresseurs. Espagnols, Français et Indiens savaient que ce Montbars, invincible et sans pitié pour ses ennemis armés, n'avait jamais tiré son glaive contre un adversaire inoffensif : modéralion inconnue des autres Flibustiers. Ce caractère nouveau et si extraordinaire devait naturellement frapper l'imagination des Espagnols vaincus et de leurs victimes vengées. La terreur et la reconnaissance inspirèrent les uns et les autres : la religion, peut-être, leur dicta l'expression de leur sentiment; Montbars reçut d'eux le surnom d'E& ierminateur.