Tome II
consentit, et Wansley se joignit à lui, ainsi que plusieurs de ceux qui l'entouraient ; il s'adressa ensuite aux spectateurs ; il reconnut également la justice de sa condamnation; déclara que, pendant long-temps, il avait vécu dans une pieuse et respectable famille; qu'il suivait en tout point les préceptes de la religion, mais qu'il n'avait pu résister au penchant qui l'entraînait au mal; il avertit tous les assistans de se défier d'eux-mêmes, ajoutant que, quoiqu'ils ne fussent ni des voleurs ni des assassins, ils n'en devaient pas moins faire pénitence; enfin il pria pour son camarade Gibbs, et termina son allocution en demandant les prières de tous ceux qui assistaient au juste châtiment qu'il allait recevoir.
Dès qu'il eut cessé de parler, Gibbs appela un médecin qui était de service, et lui demanda, à voix basse, quelle était la manière la plus douce de mourir, si c'était de retenir son haleine ou de respirer; le médecin fut d'avis qu'il ne devait faire ducun effort, mais laisser un libre cours à sa respiration. Quelques secondes après cette dernière consultation, Gibbs donna le signal et annonça qu'il était prêt, en laissant tomber un mouchoir qu'il avait à la main, et sur-le-champ les valets du bourreau coupèrent, d'un coup de hache, le nœud par lequel les deux cordes qui soutenaient les poids étaient attachées; les poids tombèrent, et les prisonniers furent enlevés aussi haut que le permit la longueur des cordes auxquelles les poids étaient attachés. Wansley cessa de vivre au bout d'une minute ; on croit que le poids de son corps servit à abréger son agonie ; il parut ne ressentir qu'une légère douleur, et lorsque la corde fut presque coupée, il joignit fortement les mains, dans l'attitude d'un suppliant, et elles se tinrent dans cette position jusqu'à ce que cette corde fût entièrement coupée. Gibbs resta parfaitement calme l'espace d'une minute après avoir été suspendu ; mais alors il commença à se débattre violemment; il élevait les mains, quoiqu'il eût les bras liés derrière le dos ; il s'efforçait d'aider à sa respiration : sans doute il voulait suivre jusqu'à la tin les avis du médecin ; il continua à se débattre pendant cinq ou six minutes,— puis il expira (1).
Le capitaine Le comte.
(1) Quelque active que soit la surveillance exercée par les marines de guerre des grandes nations, les pirates infestent continuellement certains parages de l'Océan, et les terribles exemples qu'offre la punition de ceux que l'on atteint n'en diminuent pas le nombre 11 y a peu d'années qu'un aventurier, du nom de Benoit Soto, fut condamné par la cour martiale de Gibraltar , après s'être, pendant dix ans, livré à des actes d'une cruauté inouie. Quand ce misérable eut entendu sa sentence de mort, il demanda tranquillement du feu pour allumer son cigare, et se lato* reconduire à la prison avec une insouciance qui fait déplorer que de tels hommes n'appliauent pas à de belles actions le sang-froid dont les a doues la nature
BIOGRAPHIE
Né à Auch, en 1746* d'une ancienne famille de Gascogne* le comte Louis-Thomas Villaret- Joyeuse fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique; mais son caractère ne se plia paà âux vues de sa famille : ta nature ne se conforme pas toujours aux intentions des parehs.
Le jeune Villaret entra dans les gendarmes de la maison du roi. Une affaire d'honneur, dans laquelle il tua son adversaire, le força bientôt de quitter son corps et de prendre parti pour la marine. Il se rendit à l'Ile-de-France, dont M. de Temay, son parent, était gouvernetir, et se fit bientôt tellement remarquer, qu'il obtint un commandement, et fut chargé de missions trèsimportantes pour Halder-Àly et divers autres chefs indiens, il s'en acquitta avec un très-grand succès, et y déploya tant de talens, que le bailli de Suffren lui confia divers commandemens.
Au retour d'une longue croisière, qui ne permettait pas à la frégate qu'il montait de reprendre la mer, on lut confia le soin de prévenir M. de Peinier, qui avait été envoyé avec une division pour riettoyer là rade de Madras, que l'escadre anglais^ beaucoup plus forte que la sienne, avait paru sous Ceytan. Le brave Suffren* en lui donnant cette commission avec la corvette la Nayade, de 18 canons, lui dit :
» Je vous ai choisi, parce que j'ai besoin d'un » homme de lête ; faites tout ce que vous pourrez » pour remplir votre mission; je vous donne » carte blanche. Vous serez chassé en allant ou » en revenant; sans doute vous serez pris, mais » vous vous battrez bien : c'est ce que je veux. »
Villaret-Joyeuse, assefc heureux pour prévenir M. de Peinier, fut effectivement chassé en revenant, par le Spectre, vaisseau anglais de 64 canons ; il dit à son équipage, qui n'était que de cent vingt hommes : i Ce n'est qu'un bâtiment » armé par la compagnie des Indes ( il savait le * contraire ) : des braves comme vous ne se > laisseront pas prendre par des marchands.»
Aussitôt tout se dispose pour le combat ; bientôt il est engagé malgré l'énorme disproportion des forces ; Villaret ne se rendit qu'avec huit pieds d'eau dans la cale et coulant bas.
Le capitaine du vaisseau anglais vint recevoir Villaret à son arrivée à bord, et en lui rendant son épée, que celui-ci lui avait remise, il lui dit : t Monsieur, vous nous donnez une belle corvette, » mais vous nous l'avez vendue bien cher. > Il est mutile d'ajouter que le capitaine Villaret fut
traité âVéc tous les égardà dus à ba bravoure et au courage malheureux.
L'amiral anglais, devant lequel il parut à Madras, voulant témoigner son admiration, ne le reçut pas comme prisonnier.
Cette affaire compléta la réputation de Villaret-Joyeuse, que l'on regarda dès-lors comme un des meilleurs officiers de la marine royale. Le bailli de Suffren demanda pour lui la croix dé Saint-Louis, le grade de lieutenant de vaissfeau, et lui donna le commandement de la frégate h Coventry, avec laquelle il termina la campagne. H ne revint en France qu'en janvier 1T83.
Au départ du bailli de feuffrien, qui eut lieu à fa fin de 1783, Villaret eut l'ordre d'aller à Batavia pour traiter avéfc la Compagnie hollandaise d'intérêts importions. A son arrivée dans le pays, il salua la ville selon l'Usage ; mais comme les Ilotlandais mirent de la lenteur à lui rendre le salut, Villaret s'embossa pendant la nuit, et fit signifier que si Ite lendemain on ne lui rendait pas coup pour coup, il ÎFoudroierait la placé. La menacé fit son effet : le lendemain, aux premiers rayons du soléil, ils rendirent le salut, et Villaret négocia àvec tant de dignité tet dé fermeté, qu'il obtint du gouvernement tont ce qu'il demandait.
En 1791, \\ cbtnmandait à Loriént la frégate Ta Pruâentè, avec taqnellè H gagna Saint-Domingue , où il sè troUVà lorS des premiers troubles de cette colonie. Il ne rentra en France Qu'après te changement de jpaVilton.
Sa réfutation le porta biéntôt à lu tète des artriées navales de l'Océan , quoique ses principes, plutôt contraire^ que favbfobtes à lâ révolution, fussent bien connus; èt il montra tant dfe courage dans un pôste si difficile, qu'il le conserva plusieurs années.
On sait combien là jbUrtiéé du 13 prairial an 2 (1) aurait été brillante pour la marine, sans la faute de quelques capitaines inexpérimentés qui laissèrent couper là ligne. Jeah-Bôti Saint- André avait coutume dé dire de lui : * Je sais que Villaret est un àristocratè; mais c'est un brave qui servira bien. V L'amiral s'opposa autant qu'il put à la sortie d'hiver qui feut lieii en l'an 3, mais il ne fut pas écouté, èt le mauvais temps fit périr beaucoup de vaisseaux et une très-grande qnantité de marins.
En l'an 4, Villarét déploya le plus grand courage dans uti combat qui éut Ken sous Vile de Groix, contre des forces plus que doubles de celles qu'il commandait; son vaisseau môme fut entouré par l'ennemi, et il fut sur le point d'être pris.
En l'an 5, Villaret, dont les vues étentfcies saisissaient avec sagacité lout ce qu'il pouvait y avoir de favorable ou de nuisible dans un projet quel-
(1) Voyez, au sujet de ce combat, ToUvrage intitulé : Vietoi r es et Conquêtes des Pranptis, etc., t. 4, 5, 7 et 8.
<b> ferv.i*. t*fi&i*J avec dé # & «y***