‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 122 sur 123 · SOUS LA REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SOUS LA REPUBLIQUE

Course et évasion du capitaine MbrdeUk, capturé par dm frégate espagnole. — Glorieuse affaire de la Gtapwtiia* Française.

Le brig le Citoyen, joli navire du commerce marseillais, dont les événemens politiques avaient changé le pacifique entrepont en une batterie de vingt pièces de huit livres de balles, croisait, sous le commandement du capitaine Hippolyte Hordeille, dans les parages resserrés entre la côte de Sardaigne et la plage barbaresque : louvoyant depuis plusieurs jours entre ces deux rives, il enlevait au passage les bâtimens anglais, que les dangers de la guerre n'avaient pu faire renoncer au commerce du Levant.

Dans la matinée du 1er avril, vers la fin du dernier quart, une voile fut signalée sur son bossoir de tribord.

Le commandant, ayant examiné avec sa longuevue ce que pouvait être ce navire, ne douta point, à l'installation de ses vergues et à l'ensemble de sa mâture, que ce ne fût un bâtiment de guerre espagnol.

En effet, dès qu'il se fut assez approché pour que l'on pût distinguer son pavillon, l'on reconnut la sphère orgueilleuse que l'or dessinait sur son fond blanc. Nos couleurs nationales furent aussitôt hissées à la corne d'artimon du corsafre français et assurées par un canon des gaillards.

La marche de la frégate espagnole n'avait excité à bord du Citoyen aucun autre sentiment qu'un léger intérêt de curiosité, jusqu'au moment où le capitaine Mordeille, frappé du mouvement qui régnait sur le pont et sur les hunes, crut y distinguer les préparatifs du combat. Un moment après, le hélement parti de la frégate changeait en certitude les appréhensions que ses remarques lui avaient fait concevoir : c'était l'ordre d'amener son pavillon que lui transmettait le porte-voix du commandant.

Sorti depuis six semaines du port de Marseille, le capitaine Hippolyte Mordeille ignorait que les hostilités eussent éclaté entre la France et la cour de Madrid. Surpris sous la volée d'une frégate de quarante-deux pièces de gros calibre, il n'eût pu, par un acte de résistance, que faire anéantir son bâtiment et sacrifier inutilement des hommes. Il fut donc obligé de se rendre.

Quelques jours après cette rencontre malheureuse, il fut débarqué à Alicante avec son équi-

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page, où ils reçurent la citadelle de cette ville pour prison.

Désespéré d'une capture qui avait clos d'une manière si triste une croisière commencée sous les plus favorables auspices, le capitaine marseillais conçut le projet de s'en venger, en s'emparant du navire même qui avait si malencontreusement interrompu ses succès.

De la fenêtre grillée de sa chambre, il pouvait distinguer la frégate, que la surface légèrement houleuse de la rade berçait nonchalamment sur ses ancres. Excité par cette vue, il ne crut pas que les obstacles qui séparaient la prison de la grève fussent infranchissables : il étudia la hauteur des murs, le mouvement des falaises, et son plan fut aussitôt arrêté.

Tandis que, grâce à la sécurité que donnaient à ses geôliers la hauteur des rochers sur lesquels la prison était construite, et l'élévation de ses murailles, Mordeille sciait les barreaux de sa fenêtre sans inquiéter leur surveillance, et deux de ses amis, qu'il avaitadmisdans sonsécret, préparaient les moyens d'évasion, en tressant en cordes plusieurs paires de draps. Ces préparatifs achevés, ils attendirent le tomber de la nuit pour faire part à leurs compagnons de ce projet de fuite.

Cette proposition d'aller à la nage, et sans autres armes que des couteaux, s'emparer d'une frégate dont l'équipage et l'armement étaient au complet, parut trop aventureuse à la plupart ; ils refusèrent de s'y associer : vingt hommes sur cent trente se mirent seuls à la disposition de leur ancien capitaine.

Ce fut avec cette poignée de braves qu'il résolut d'exécuter un dessein que ne lui fit que modifier la faiblesse des autres matelots. Trop peu nombreux pour qu'il pût songer à s'emparer d'un bâtiment de quarante-deux canons, il reporta sa tentative sur une jolie goélette commerciale, qui était venue mouiller à l'entrée du port.

Favorisés par une nuit dont l'ombre n'était affaiblie que par la clarté des étoiles, les vingt prisonniers s'affalèrent prudemment le long des murs, et gagnèrent en silence l'esplanade du quai. Mordeille s'étant assuré que tous s'y trouvaient réunis, donna l'ordre de se mettre à la mer.

La première partie du trajet fut prompte et aisée ; mais plusieurs, ayant trop présumé de leurs forces, se trouvèrent tellement affaiblis lorsqu'ils eurent franchi la moitié de l'espace qui séparait le môle de leur prise future, qu'ils eurent besoin, pour l'atteindre, des secours trèsactifs de leurs compagnons. On gagna pourtant les eaux de la goélette, on la toucha même sans avoir éveillé l'attention d'un seul des hommes qui la montaient.

Elle fut emportée sans résistance. Huit marins furent faits prisonniers ; deux hommes de quart échappèrent seuls, en se jetant à la nage par le

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