Tome
R1TIME. ti
Ici, c'est le second maître, Toche, du Phare. ui arbore le premier le pavillon français dans l'île e Mogador.
Là, c'est le fusilier Cruzel de la première compagnie d'infanterie de marine qui, employé comme servant de pièce dans la batterie haute du vaisseau le Jemmapes, reçoit un éclat d'obus, a la cuisse fracassée, tombe sur le pont. En tombant, il se découvre et crie : Vive le roi !
Le grenadier Morel, son digne émule, atteint, dans un canot, d'une balle à la joue, n'en a pas moins débarqué et a continué à se battre jusqu'à la nuit. Morel, ancien marin de Navarin, ancien soldat d'Afrique, attendit que tout fût fini pour demander la permission d'aller se faire panser.
Les journaux ont retenti de la glorieuse conduite du caporal Roux, qui, descendu sur l'île, se fait remarquer par la justesse de son tir et l'impétuosité deses mouvements. Toujoursen première ligne, On le voit ensuite, de concert avec le capitaine d'armes de l'Argus, pénétrant dans un fort de la mosquée, où ils se trouvent aux prises avec une douzaine de Marocains ; le capitaine d'armes, plus fortement engagé, fil merveilles pour se débarrasser de sept à huit ennemis qui l'assaillaient. Le jeune Roux tua d'un coup de baïonnette son adver* saire prêt à le poignarder. Son compagnon ayant perdu son fusil, ils se retirèrent sur la porte pour que pas un ne sortît vivant. C'est dans cette position que M. le prince de Joinville les trouva, au moment où le capitaine d'armes venait de recevoir un coup de feu qui lui emporta deu* doigts de la main droite.
Le prince ayant ensuite ordonné d'enfoncer la porte de la mosquée, Roux, sur l'ordre d'aller en avant à la baïonnette, s'élance au pas de course, arrive sur la porte intérieure de la mosquée, et se trouve en présence de 140 Arabes armés. Son sangfroid ne l'abandonne pas, il tire son coup de fusil sur le groupe qui se présentait le mieux , et se remet tranquillement a recharger son arme, tout en faisant signe de la main droite à ses camarades d'arriver. C'est dans ce moment qu'il reçut deux coups de feu presque à pourtant, l'un passa sur sa tête et atteignit au front le lieutenant Pottier, l'autre lui brisa le bras droit, ce qui l'obligea de se replier vers sa compagnie ; aussitôt le brave Ambiel, et deux de ses camarades se dévouent et trans-
Sortent le blessé évanoui, à travers une grêle da ailes, au bord de la mer, d'où ou le dirigea sur le Gassendi. Dire la force d'âme que Roux a déployée lorsqu'on l'a amputé, serait chose difficile, il lit l'admiration de ceux qui en furent les témoins.
Faut-il montrer tous les braves matelots de l'Ar* gus et du Pluton qui s'acharnent dans un passage étroit, obscur» et où pleut une grêle de balles? Le prince est obligé d'intervenir lui-même pour vaincre leur belliqueuse opiniâtreté.
Faut-il parler du vaisseau le Jemmapes à Mogador, ou de l Argus à Tanger, ouduSuffren partout? — Non, il est impassible de faire avec une équité, absolue la part de tant de braves.
Encore auelques traits cependant; ne serait-ce que pour donner une idée de la valeur déployée par tous nos compatriotes.
Le caporal Dutnont, du 2* régiment d'infanterie de marine, meurt en s'élançant le premier sur la porte de la mosquée. Rendons honneur à sa mémoire ! Le sous-lieutenant Despallières est blessé à côté de lui en stimulant les soldats par son exemple.
Ailleurs, M. Charrière, capitaine adjudant-major, avec 15 grenadiers qu'il réunit aux braves marins du Gassendi, commandés par M. le lieutenant de vaisseau Huguet, et secondé par H. Bouxin, enseigne de vaisseau, chargé de la manœuvre d'un obusier de campagne. Cette faible troupe s'attaque à une batterie défendue par une troupe de Marocains et par le caïd Elmati, second chef de l'île. La défense est vigoureuse ; mais enfin les Français s'emparent de la batterie, le caïd tombe sous les coups du sergent de grenadiers Georgy, les Marocains sont faits prisonniers.
Bornons ici la liste des exploits de nos généreux soldats, en regrettant d'avoir omis, faute de les connaître avec assez d'exactitude, une foule de traits de courage également glorieux.
L'on a déjà parlé des pertes éprouvées sur l'île de Mogador, l'escadre en éprouva de non moins sensibles.
Le Jemmapes a 2 hommes tués, 6 blessés mortellement, 12 blessés gravement et un grand nombre de contusionnés.
Le Triton a 1 homme tué et 8 blessés.
Le Suffren et la Belle- Poule, qui ont été placés de manière à faire beaucoup de mal sans être trop directement enfilés i ar les batteries ennemies, n'ont uue des contusionnés.
Le Volage a 2 hommes tués et 1 blessé.
Le Pluton a 3 blessés et l'Argus 2.
Le prince de Joinville finit en ces termes son premier rapport daté du 17 août
< L'île prise, il ne nous restait plus qu'à détruire » les batteries de la ville qui regardent la rade. No- » tre canon les avait déjà bien endommagées ; il » fallait les mettre complètement hors de service.
» Hier donc, sous les feux croisés de trois ba- » teaux à vapeur et de deux bricks, 500 hommes » ont débarqué ; ils n'ont point rencontré de résis- » tance. Nous avons encloué et jeté à la mer les ca- » nons, nous en avons emporté quelques-uns ; les » magasins à poudre ont été noyés ; enfin, nous » avons emmené ou défoncé toutes les barques qui » se trouvaient dans le port.
» Je crois que nous aurions pu, à ce moment, » pénétrer sans danger dans l'intérieur de la ville ; » mais ce n'aurait été qu'une promenade sans but » et sans autre résultat qu'un inutile pillage. Je m'en » suis donc abstenu et f ai ramené les troupes sur » l'île et les équipages à bord de leurs navires.
» Je m'occupe d'installer sur l'île une garnison » de 500 hommes.
» L'occupation de l'île, sans le blocus du port, » serait une mesure incomplète.
» Je me conforme donc à vos ordres en fermant » le port de Mogador,
» La ville est, au moment où je vous écris, en » feu, pillée et dévastée par les Kabyles de Tinté* » rieur, qui, après avoir chassé la garnison impé- » riale, en ont pris possession.
» Nous venons de recueillir le eonstol anglais* sa
• famille et quelques Européens.
» Je ne veux pas terminer sans vous dire corn*
» bien j'ai à me louer de ceux que j'ai eus sous mes » ordres dans la campagne que nous venons de » faire.
» Tout le monde a servi avec un zèle qui ne se » puise que dans l'amour ardent du pays, de son » honneur et de ses intérêts, et dans un dévoue* » ment absolu au service du roi. »
Les mêmes faits sont relatés avec quelque développement dans le deuxième rapport qui se termine ainsi :
» L'île prise et le feu de la ville complètement » éteint, je donnai l'ordre à VAsmodée de venir re- » tirer les vaisseaux de la côte, ce qui se fit pen* » dant la nuit.
9 Le temps était beau ; je gardai la Belle-Poule » dans la passe. Elle continua pendant toute la 9 nuit à tirer du canon sur toutes les batteries de
• la marine, pour les empêcher d'être réoccupées. » Le 16, les bateaux à vapeur VAsmodée, le
9 Pluton, le Gassendi et les bricks le Cassard et le
• Pandour, vinrent s'embosser de chaque côté de
> la langue de sable 6ur laquelle s'élèvent les forts 9 de la marine, dont je voulais me rendre maître ; 9 leur feu croisé coupait les communications de la 9 ville avec ces forts.
9 Sous cette protection, le commandant Hernoux 9 et le capitaine Ed. Blouêt, conduisirent une co- 9 lonne de 600 hommes de débarquement. Mais 9 tout avait été déserté à notre approche, et la des- 9 cente s'opéra sans résistance. Il ne restait plus 9 qu'à achever l'œuvre de destruction que le canon » avait commencée la veille.
9 Toutes les pièces enclouées, jetées -à bas des
• remparts, les embrasures démolies, les maga- 9 sins à poudre noyés, enfin 3 drapeaux et 9 ou 10 » canons de bronze enlevés comme trophées; tel a 9 été le résultat de la journée.
9 J'ai laissé intacts les vastes magasins do (a 9 douane* pleins de marchandises de toutes espé- » ces ; il aurait fallu les brûler, et je craignais que 9 le feu ne gagnât trop vite d'immeuses approvi- 9 sionnements de poudre et de bombes, répartis 9 dans les casemates des forts.
9 Après cette opération, j'ai renvoyé les troupes » et les équipages. Nous étions maîtres de l'île, du 9 port; les batteries de la ville n'étaient plus à
• craindre, j'ai considéré mon opération comme
• terminée.
9 Après notre départ, la ville, restée sans défen- » se, a été prise par les Kabyles de l'intérieur, qui » y ont mis le feu. Depuis quatre jours, le sac de » cette malheureuse ville est complet; les habi-
> tants ont fui dans toutes les directions. 9 Dans quelques jours, il ne restera plus de la
» belle Souerah que Muley-Abd-er-Rhaman appe- 9 lait sa ville chérie, que des murailles criblées de 9 boulets et noircies par le feu.
» La leçon est dure.
FRANCS MARITIME
p Je ne tous citerai personne, monsieur le mi« i nistre; pour tons indiquer ceux qui ont fait leur » devoir avec courage, intelligence et dévouement, a il me faudrait nommer tout le monde. J'appel-
• lerai seulement votre attention sur les familles a des hommes qui sont morts, sur le sort futur des » blessés, et aussi sur le bien-être à donner à tous
* ceux qui, au seul nom de la France, ont accepté » avec abnégation le rude devoir de faire garnison » sur l'ilot de Mogador. »
Le prince de Joinville s'est montré partout avec une égale intrépidité ; à terre, à bord de son vaisseau, à bord du vapeur le Pluton, il a constamment déployé l'énergie et le talent d'un habile officier de mer.
Le 16 au malin, au moment où le prince faisait enclouer et démanteler les batteries de l'île uu'il se disposait à évacuer, le capitaine de corvette Edouard Bouét, gouverneur du Sénégal, arriva sur le vapeur le Véloce, commandé par M. Duparc; il arrivait de Cadix et devançait la division de canonnières au il menait en renfort à l'escadre. 11 portait Tordre d'occuper momentanément File de Mogador, en attendant les réparations exigées de l'empereur. Jamais arrivée ne fut plus opportune.
Par suite de ce nouvel ordre, le prince se décida i démanteler plus complètement les batteries de la ville, en y effectuant, comme on vient de le voir, une descente dans la journée même.
11 est difficile de peindre l'enthousiasme dont toute l'escadre était transportée ; et pour en donner une idée, nous ne trouvons rien de mieux que de prendre la nature sur le fait en reproduisant quelques fragments de lettres écritessous cette im* pression par des membres de l'expédition.
«Réjouissez-vous, dit l'un deux, du succès brillant et complet qui vient de couronner les efforts de notre Jeune et brave amiral.
» Le pavillon de France flotte sur l'île de Mogador ; il a flotté sur les batteries principales qui défendaient Souerah du côté de la mer. Ces batteries sont culbutées, les canons encloués, renversés de leurs affûts, ou répandus sur la plage,
» La Providence nous a protégés contre des dangers plus graves que ceux du combat. Ces dangers sont ceux de la mer. qui s'élève en grosses lames et déferle avec furie sur cette côte inhospitalière. Les fatigues et les soucis ne nous ont pas manqué pendant les journées des 11, 13, 15 et 14.
» L'attaque de l'Ile nous a coûté beaucoup de braves gens. On voyait le prince, marchant sans armes, à la téta des colonnes d'attaque, et les tués et blessés tombant à ses côtés. Cette bravoure brillante, ce dévouement généreux, inspire un juste sentiment d'orgueil à tous ses compagnons d'armes, etc., etc. »
« Vive Dieu ( s'écrie un autre, le 15 août est une fois de plus un beau jour pour la France ! C'est le 15 août que Louis XIII plaça la France sous la protection de la Vierge! C'est le 15 août que Napoléon signa le concordat; c'est le même jour que le vieux royaume très-chrétien s'est trouvé aux prises avec le plus ardent défenseur de l'islamisme. » < Qu'eût dit l'auteur de cette lettre s'il avait pu
savoir que le 14» la veille du bombardement de la
ville et de la prise de l'île de Mogador, l'armée française remportait une victoire signalée aux bords de l'Isly sur le fils de l'empereur du Maroc, — et que la nuit précédente, par une admirable coïncidence, un enfant était née au prince amiral t
Parmi les 150 prisonniers fails à la prise de la mosquée, se trouvaient 55 blessés. Les transporter à bord de nos vaisseaux ou les garder dans l'île, alors commandée par M. Chauchard, lieutenantcolonel du génie, eut également été chose tort embarrassante. Le prince résolut de les rendre spontanément, alliant ainsi le bien du service à la générosité de notre caractère national.
11 donna à M. Warnier, interprète de la division, l'ordre d'aller faire embarquer les prisonniers et de les ramener à terre.
La joie qui éclata parmi ces malheureux* lorsque M. Warnier leur eut annoncé la décision de 1 amiral, ne saurait se dépeindre. Ils se pressaient autour de ce messager de paix, baisant ses mains etses genoux.
« Nous ne sommes pas les ennemis des Français, disaient-ils. Nous les aimions avant la guerre, nous les aimons encore parce qu'ils sont généreux. Nous payons pour des insensés, pour des orgueilleux fanatiques et ignorants ! Dieu l'a voulu ; que sa volonté soit faite ! Qu'il vous porte bonheur ! Prenez notre ville, gardez-la I vous saurez l'administrer au profit de tous, tandis que l'empereur nous ruine pour s'enrichir. Ah I MuIey-Aba-er-hhaman ! tu auras à en rendre compte devant Dieu ! »
Cette dernière phrase était dans toutes les bouches.
Sur la côte de Mogador, rembarquement et le débarquement, de blessés surtout, ne sont pas choses faciles, et cependant, grâce aux soins délicats de nos marins, cette opération se fit sans accidents.
Lorsque les blessés furent déposés sur la plage de la marine, le prince leur fit dire, par l'organe de M. Warnier, que notre générosité ne devait pas tourner à notre détriment ; que, par conséquent, ils devaient s'engager à n'entrer en ville que lorsque les embarcations qui les avaient amenés sur la côte en seraient éloignées. — « Je ne crains pas la guerre, fit ajouter le prince, et je vous en ai donné la preuve, mais c'est assez de sang versé. Si vos compatriotes se présentent, empêchez-les de tirer sur nous, sans quoi nous serions encore obligés de les mitrailler. >
Ces malheureux promirent en remerciant l'amiral. Nos chaloupes et nos canots s'éloignèrent Bans recevoir un coup de fusil, et ce ne fut que lorsque nos compatriotes furent rendus à bord que les prisonniers rentrèrent en ville.
C'est en éehange de ces trente-cinq prisonniers que le consul anglais fut rendu à la division française comme on Ta dit précédemment. 11 fut recueilli ainsi que plusieurs autres Anglais, par les embarcations du Cassard. Le prince, après leur avoir fait prodiguer les soins les plus empressés, donna l'ordre au Rubis de les conduire à bord du Warspite, qui accueillit notre vapeur au son des airs nationaux de France. Le capitaine de la frégate
anglaise transmit ensmte à l'amiral tous ses remereîments.
Le 17 au soir, les prisonniers de guerre furent expédiés par le Phare au maréchal Bugeaud. Le gouverneur Bouët s'embarqua sur le vapeur pour aller notifier le blocus de Mogador à Cadix et à Gibraltar. Cet officier, qui avait fourni les documents et les plans relatifs à l'attaque, était en outre chargé de rapporter en France les drapeaux enlevés par nos braves marins.
Le récit de la campagne maritime du Maroc touche à sa fin ; cependant une alerte dont on a fait grand bruit en France eut lieu six jours après les derniers événements qu'on vient de raconter. Elle fait l'objet d'un post-scriptum dans le dernier rapport du jeune amiral. Les choses, réduites à leur juste valeur, sont sans importance.
« P. S. Le 23 août, notre établissement sur l'île » était terminé ; j'ai renvoyé à Cadix une partie de » l'escadre.
n Dans la journée, un coup de canon fut tiré » d'une des tours de la ville donnant sur la cam- » pagne, et le boulet étant venu tomber au milieu » de nous dans le port, nous avons fouillé avec des » obus les maisons qui avoisinent cette tour ; puis » j'ai envoyé M. le lieutenant de vaisseau Tou- » chard, mon chef d'état-major, avec 160 hommes, » planter des échelles au pied de la tour.
- On y est monté sans aucune opposition, et on » a encloué les derniers canons qui pouvaient battre » sur nous. Du haut de la tour, ou plongeait dans » la ville, qui semblait déserte et horriblement dé- » vastée.
» Cette opération, qui n'était pas d'une absolue » nécessité, a eu l'avantage de montrer à la garni- » son de l'île qu'avec ses seules forces et les res- » sources de la station locale, on tient la ville coin- » plétemenl à merci. »
Le lendemain, le prince, ne jugeant plus sa présence nécessaire, partit pour Tanger à bord du Pluton,
Ce jour, le 24 août, fut le seul jour néfaste de la campagne; le vapeur le Groenland venait de se perdre sur la côte ennemie à trois lieues de Larrache. Nous ne nous arrêterons pas à décrire ce lugubre épisode. 11 suffira de dire que le prince fut attiré par le bruit des coups de canon de la Védeiie heureusement arrivée sur les lieux, pour porter secours au navire échoué qui se débattait contre des hordes d'ennemis accourus de toutes parts. Le Plulon et le Cuvier sauvèrent tous les naufragés, et dans cette circonstance, le jeune amiral donna de nouvelles preuves du courage qu'il avait si noblement et si récemment déployé devant Tanger et Mogador.
Maintenant traversons les mers, abandonnons le théâtre des belliqueux travaux de notre marine, dont les succès trouvaient en France autant d'admirateurs que de bons citoyens.
Le 2 septembre, une imposante cérémonie eut lieu à l'Hôtel-des-Invalides, où Ton déposa les drapeaux conquis à Mogador par l'escadre aux ordres de monseigneur le prince de Joinville.
M. le colonel Dumas, aide de camp du roi,
accompagné de M. le capitaine de corvette Bouêt, chargé par S. A. R. d'apporter à Paris ces glorieui trophées, les remit, en 1 absence de M. le maréchalgouverneur, entre les mains de M. le lieutenant général baron Petit, commandant l'hôtel, qui les reçut en présence des militaires invalides, rangés sois les armes par divisions.
M. le colonel Dumas, en faisant cette remise, s'exprima ainsi :
* Général, je viens par ordre du roi vous remet- • tre les drapeaux enlevés à Mogador par l'escadre » aux ordres de S. A. R. Mgr le prince de Join- 9 ville.
» Vive le roi ! vive Mgr le prince de Joinville ( » vivent nos braves marins! »
M. le général Petit répondit :
< Je reçois avec reconnaissance, et comme un » dépôt sacré, ce nouveau témoignage de la valeur » de notre brave marine, digne émule de notre » armée de terre, toutes deux héritières de notre 9 vieille gloire !
9 Vive le roi ! vive Mgr le prince de Joinville ! 9 vive la marine royale ! »
Les drapeaux, au nombre de six, furent ensuite portés par des sous-officiers décorés devant les rangs des invalides, qui les accueillirent avec le plus vif enthousiasme, au bruit des tambours battant aux champs.
Le lundi 15 septembre, un mois après la prise de Mogador, vers huit heures du matin, le canon des Invalides grondait à Paris ; on se demandait quelle était la cause de ce signal de réjouissance, ou sut bientôt que S. A. R. Mgr le prince de Joinville venait de faire transmettre par le télégraphe la dépêche suivante :
Tanger, le 10 septembre 1844.
m Le gouvernement marocain a demandé la paix. L'escadre est venue aujourd'hui à Tanger. Le gouverneur de la ville s'est rendu à bord pour renouveler sa demande; nos conditions ont été signifiées et acceptées, et le traité signé. Dans la journée, le consulat général a été réinstallé, et son pavillon salué par la place. L'ordre de cesser toute hostilité et d'évacuer l'île de Mogador partira ce soir. »
Le jour même où le canon des Invalides saluait la paix, les travaux d'évacuation furent commencés à Mogador; tous les bâtiments présents en rade, le Triton, la Belle-Poule, le Cuvier, le Pluton, le Gassendi, le Lavoisier et la Tactique y prirent part. Trois bâtiments de commerce chargés de vivres conservèrent ou reprirent leur chargement
L'embarquement de tout le matériel se fit avec une promptitude remarquable, sous la direction de MM. Joresse, Pothuau et de Missiessy, malgré d'immenses difficultés, qui ne furent pas moins grandes que celles rencontrées pour le débarquement.
Le 14, le 15 et le 16, la brume était si épaisse, qu'on fut obligé d'échelonner, entre l'île et les vaisseaux en grande rade, de petites embarcations,
montées par des tambours et des clairons-, qui, au son de leurs instruments, indiquaient la route, qu'il eût été impossible de trouver sans ce moyen -, on n'y voyait pas à cent mètres.
Chaque bâtiment reçut un chargement d'encombrement, et aussitôt chargé, aussitôt expédié. Les bateaux à vapeur prirent toutes les troupes à bord. Le 15 au matin, le Pluton se mit en route ; le soir du même jour, le Lavoisier et les bricks canonnières levèrent l'ancre. Le 16 au soir, tout était embarqué, matériel et personnel ; départ du Triton remorqué par le Cuvier. Le 17 au matin, départ de la Belle-Poule, remorquée par le Gassendi.
L'île de Mogador a été occupée pendant 34 jours par nos troupes.
Ce qui avait exigé un mois de travail fut détruit en quatre jours. Rien n'a été laissé. Le 16 au soir, un détachement de la Belle-Poule reçut l'ordre d'enclouer les vieilles pièces de fonte qu'où avait trouvées le 16 août, de brûler les affûts, enfin de tout détruire par le fer et la flamme. Cette mission fut rapidement remplie. Tout ce qui ne pouvait être enlevé, tel que le matériel de la marine provenant des magasins deSouerah, fut réuni eu un tas sur le magasin de charbon de terre de l'île. Pendant toute la nuit, l'Ile ressemblait à un volcan en feu, la rade était éclairée comme en plein jour. Sur la plage, les indigènes dansaient éclairés aussi par cette grande illumination.
De l'occupation française à Mogador, il ne restera qu'un cimetière et une croix !
Par une ordonnance en date du 18 septembre, le roi a nommé au grade de vice-amiral l'heureux commandant en chef de la division victorieuse.
La marine et la France entière ont applaudi à celte promotion, juste récompense du mérite, du courage et de la générosité.
En moins de deux mois, l'orgueil des barbares a été forcé de reconnaître la puissance de la grande nation dont la flotte et l'armée viennent de mériter si noblement de la patrie.
Isly, Tanger, Mogador, appartiennent désormais h l'histoire.
Amèdée Gréhapc.
Mwxx* ïtz JïtateloU,
CtAUD, LE BON AMI.