NÉCROLOGIE
M. le contre-amiral Meynard de Lafarge a, en 1848, terminé, à l'âge de soixante-treize ans, une carrière commencée sous de favorables auspices dès le règne de Louis XVI, et continuée avec honneur jusqu'à la fin de la restauration.
Né le 21 avril 1775 à Tulle, déparlement de la Corrèze, Marie-Jean-François de Meynard débuta dans la marine, â l'âge de treize ans, comme élève de troisième classe. 11 possédait déjà des connaissances mathématiques qui se développèrent rapidement, à Brest, sur la corvette d'instruction la Bayonnaise.
11 sut toujours allier à l'amour du métier, comme disent les marins, cette heureuse aptitude pour les sciences exactes dont l'application s'étend à toutes les branches de l'art nautique.
A peine promu au grade d'enseigne de vaisseau, en février 1796, il fut embarqué sous les ordres de M. le contre-amiral de Sercey, commandant une division de frégates qui s'armait à Rochefort pour les mers de l'Inde orientale.
Ce fut sur les observations nautiques de M. de Meynard qne la division régla sa route pendant cette brillante et fructueuse croisière qui se prolongea de 1796 jusqu'à la paix d'Amiens.
En 1802, il obtint, avec le grade de lieutenant de vaisseau, le commandement de l'aviso la Fine, et ne cessa plus de commander. Pendant une longue et active station dans ces parages, il participa, sous les ordres des amiraux de Missiessy et de Villeneuve, à la prise de la Dominique et à l'enlèvement du Diamant, rocher à pic fortifié avec art par les Anglais pour dominer, de son sommet élevé, la vaste rade de Fort-Royal à la Martinique.
De retour en France, M. de Meynard dut aux favorables témoignages des amiraux témoins de sa conduite le commandement de la Cyane, qui mit sous voiles pour se rendre, de conserve avec une autre corvette, la Hàiade% dans la mer des Antilles. Une terrible rencontre eut lieu entre ces deux corvettes et la frégate anglaise Princesse-Charlotte, de 40 bouches à feu. Dans cette lutte, devenue très-inégale par des circonstances de mer qu'il serait trop long d'exposer, la Cyane perdit presque tous ses officiers et un tiers de son équipage. Hors d'état de manœuvrer, elle tomba au pouvoir de sa formidable antagoniste, et fut sur le point de disparaître dans les flots.
Par un généreux procédé, l'ennemi rendit à M. de Meynard sa vaillante épée, et le renvoya sans cartel d'échange à la Martinique.
Le grade de capitaine de frégate et le commandement de la Tliémis furent la double récompense du glorieux combat dans lequel M. de Meynard avait su mériter même l'admiration de nos rivaux.
Promu, le 12 juillet 1808, au grade de capitaine de vaisseau, il fut successivement appelé au commandement de plusieurs divisions de frégates,
avec lesquelles il fit de nombreuses croisières* dans l'Océan et la Méditerranée. D'abord chargé de conduire Dubois-Thainville à Alger, il mit autant d'habileté que de fermeté à le faire recevoir comme consul général de France, malgré les mauvaises dispositions du dey, alors dominé par son divan. De 1809 à 1811, il parvint successivement à jeter des troupes et des munitions de guerre dans Gênes en Corse, à Barcelone et à l'île d'Elbe, trompant quand il le fallait ou bravant lorsqu'il était possible les forces anglaises réunies en nombre trèssupérieur sur ces divers points.
A la première restauration, M. de Meynard fut chargé de négocier une cessation d'hostilités avec l'amiral commandant en chef la flotte anglaise dans la Méditerranée, et de faire reconnaître le gouvernement royal par le dey d'Alger et l'empereur de Maroc.
En 1816, nommé au commandement de la frégate l'Eurydice et des forces navales aux Antilles, il reçut l'ordre de se rendre d'abord dans la Baltique, mission dont il profila pour enrichir le dépôt général des cartes et plans de la marine de
Erccieuses notes sur la navigation si périlleuse du attégat, du Skager-rack et du détroit du Sund. Arrivé aux Antilles, M. de Meynard y fut accueilli avec confiance et distinction. Il profita de ces favorables dispositions pour servir tous les intérêts du pavillon dans ces parages, qui se ressentaient encore des terribles effets de la lutte maritime et coloniale, à laquelle il avait lui-même pris une part aussi active qu'honorable.
lterativement proposé pour le grade de contreamiral, depuis la réorganisation du corps de la marine en 1814, il fut enfin promu à ce grade en
Les services rendus par M. de Meynard pendant sa première station aux Antilles motivèrent sans doute son renvoi dans les mêmes parages en 1823, au moment où l'intervention française en Espagne
Souvait amener les plus grandes complications ans nos rapports avec les colonies espagnoles, et avec les nouveaux Etats de l'Amérique du Sud. Son pavillon, successivement arboré sur le vaisseau le Jean- Bar t et sur la frégate la Vestale, ne contribua pas peu à rassurer tous les intérêts alarmés, soit dans l'archipel, soit sur l'immense littoral des deux Amériques, baigné par l'Atlantique.
A son retour en France, il obtint un double témoignage de satisfaction qui atteste le succès avec lequel il avait su concilier les intérêts nationaux avec ceux d'une ancienne et fidèle alliée. Il fut nommé baron par le roi Louis XVIII, en même temps que grand-croix de Tordre d'Isabelle-la-Catholique par Ferdinand VU.
Membre de la Légion d'Honneur, depuis 1811, il avait été élevé au grade de commandeur en 1815 et nommé chevalier de Saint-Louis à la seconde restauration.
Admis à la retraite en 1838, sur sa demande, M. le contre-amiral de Meynard se consacra tout entier aux devoirs de la famille. Une sage administration de sa fortune lui permit de répandre autour de lui de nombreux bienfaits inspirés par la charité chrétienne. 11 est mort sur la terre du
Fey, département de l'Yonne, laissant à la marine une page glorieuse et les souvenirs d'une carrière aussi longue qu'honorable.