‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 31 sur 123 · ALGÉRIE · texte numérisé non relu

ALGÉRIE

La chute du pouvoir algérien sous les armes française? avait été préparée par des causes anciennes. La Hégence d'Alger avait expédié à la France, de 4793 à 1798, des quantités considérables de grains, tant pour l'approvisionnement des départemens du Midi que pour le ravitaillement des expéditions d'Italie et d Egypte. Le paiement de ces fournitures avait été suspendu par l'épuisement du Trésor public, et aussi parce qu'il y avait des contestations au snjet d'une forte partie de grains avariés qui avaient été refusés. De là, de vives et incessantes réclamations de la part du Dey d'Alger, Mustapha. Napoléon, pour éviter une guerre à laquelle il n'était pas préparé, fit solder plusieurs à-compte successifs.

Louis XVIII, à son avènement, ordonna de terminer cette affaire, pour rétablir entre la France et l'Algérie la bonne intelligence que réclamaient les intérêts commerciaux des départements du Midi. Une transaction acceptée dans les premiers jours d'avril 1820, réduisit de moitié la somme de quatorze millions que réclamait le dernier Dey. 11 faut observer que le monopole des grains, formant un des principaux revenus de la régence d'Alger, Hussein-Pacna, qui en était alors Dey, se trouvait créancier des Juifs. Busnach et Baori, pour une somme de soixante-dix mille piastres, sur la valeur des grains que ces deux négocians avaient tirés des magasins de la régence pour être exportés en France. Busnach et Bacri étant eux-mêmes débiteurs de plusieurs citoyens français, le Gouvernement du Roi, d'accord avec le Dey. avait stipulé que leurs dettes seraient payées sur le montant des sept millions revenant à la Régence d'Alger. Cette somme entière fut absorbée par les créanciers, et Hussein-Pacha fut conduit à croire que, par suite des intrigues de Busnach et Bacri, et au moyen de créances supposées, il avait été frustré de ses droits personnels. Il écrivit plusieurs fois aux ministres du Roi de France, tant pour obtenir justice que pour se faire livrer ses deux sujets, Busnach et Bacri. On lui répondit que, la transaction ayant été accomplie dans ses clauses formelles, il n'avait aucune plainte à élever, et que, quant à ses deux sujets, Bacri s'était fait naturaliser français, et Busnach habitait Livourne en Italie. Hussein-Pacha tenta encore de nouvelles démarches, dans lesquelles intervint le consul de Sardaigne, et auxquelles on opposa un dédaigneux silence; il contint son ressentiment jusqu'au 50 avril 1827.

11 était d'usage que chaque année, à cette époque, après les fêtes du Beïram, les consuls étrangers se rendissent à la Casbah pour saluer le chef

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de l'Etat; ils prenaient rang dans cette cérémonie, derrière le dernier des Turcs ; mais l'Agent français avait obtenu pour l'honneur national, qu'il serait admis la veille en audience particulière. Dans cette entrevue, il débuta par prendre sous sa protection un navire romain qui venait d'entrer dans le port— Comment, s'écria le Dey avec impatience, viens-tu me fatiguer pour des objets qui ne regardent point la France, lorsque ton Gouvernement ne daigne pas même répondre aux lettres que je lui adresse au sujet de mes intérêts ? Soit ignorance de la valeur précise des termes de la langue turque, soit oubli des convenances les plus vulgaires, le consul français répondit à Hussein-Pacha en plein divan : Le Roi, mon maitre, ne descend pas jusqu'à répondre à un homme tel que toi. Le Dey ne put maîtriser sa colère, et au lieu de demander au Gouvernement français une honorable réparation qui ne lui eut pas été refusée, il frappa au visage le Représentant de la France avec un éventail en plumes de paon qu'il tenait à la main.

Le Gouvernement français maintint le consul à son poste, et mit en état de blocus les côtes de l'Algérie. Le 2 août 1829, le contre-amiral de la Bretonnière, commandant une escadre française, vint à Alger tenter une négociation sans succès. Au moment où il se retirait sous pavillon de parlementaire, une décharge de l'artillerie des forts fut tirée sur son vaisseau. Cette violation du droit des Gens fut désavouée par Hussein-Pacha, qui en fit punir les auteurs; mais comme il refusait obstinément d'offrir à la France une satisfaction officielle, l'expédition d'Alger fut décidée.

Le 25 mai 1830, une flotte composée de soixante-dix-sept vaisseaux de guerre et de trois centquarante-sept navires de transport, sortit du port de Toulon sous le3 ordres de l'amiral Duperré. Les troupes de terre, fortes de trente-ciriq mille hommes, étaient commandées par le général de Bourmont, Ministre de la Guerre. Après une traversée contrariée par plusieurs incidens, le débarquement eut lieu, dans la nuit du 13 au 14 juin, sur la plage de Sidi-Ferruch, à l'ouest d'Alger. On s'attendait à rencontrer une énergique résistance ; mais les Turcs, au lieu de défendre le cap de Sidi- Ferruch, où leur artillerie aurait pu nous arrêter longtemps, occupaient, en arrière de la presqu'île une position couverte par trois batteries, et qu'il fallait aborder en traversant une plaine encombrée de buissons. Le feu s'engage, et les boulets pleuvent sur nos colonnes où ils creusent de larges vides ; mais bientôt les Français tournent la position, prennent les batteries à revers, les enlèvent avec vigueur et s'y établissent L'ennemi fit retraite en tiraillant jusqu'à la nuit, et gagne la plaine de Staouêli.

L'Agha des janissaires, Ibrahim, gendre duDey, commandait l'armée algérienne; c'était un homme d'un brillant courage, mais sans capacités mili* taires. La milice turque et les contingens arabes des provinces d'Alger et d'Oran, sous les ordres deMustapha-Bou-Mesrag, BeydeTittery, formaient à StaouêU un camp de vingt mille hommes. Quatre à cinq cents cavaliers du Bey de Constantine s'é-

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taient arrêtés au sud-est d'Alger, sur les bords de l'Haratch, pour y attendre les événements.

L'engagement de Sidi-Ferruch et la retraite précipitée de l'ennemi avaient donné à l'armée française une confiance de bon augure ; l'affaire générale de Staouêli devait lui assurer la victoire. Pendant la nuit du 19 au 20 juin, les Arabes auxiliaires avaient profité des ténèbres pour s'approcher sans bruit, pas à pas, de brousailles en broussailles, jusqu'à la portée de nos avant-postes. Au point du jour, un coup de canon, tiré du camp d'Ibrahim, donna le signal. D'innombrables tirait leurs se levèrent, comme des fantômes blancs, de tous les points du sol, et firent une première dé* charge. Aussitôt la milice turque descendit du plateau, et se couvrant d'une ligne de feu, protégée en outre par un épais brouillard qui masquait son mouvement, se précipita avec furie sur la gauche de nos bivouacs. L'Agna dirigeait en personne cette attaque, dont le succès, d'après ses plans, devait refouler les Français vers la mer. Le premier choc fût mortel pour bien des braves; mais les troupes françaises ne perdirent pas un pouce de terrain ; un nouveau combattant prenait la place de chaque hommo tombé; et les Janissaires surpris, mais non découragés, venaient expirer glorieusement sur les baïonnettes françaises. Après d'incroyables efforts, les Arabes firent retraite selon leur tactique, dans laquelle la fuite même est encore un combat Mais l'artillerie turque faisant éprouver aux Français des pertes continuelles, le Général en chef se décida à porter l'armée en avant. Le plateau de Staouêli fut enlevé à la course; les Français, traversant le camp d'Ibrahim, poursuivirent les Arabes à plus d'une lieue. Trois mille Arabes restèrent sur le champ de bataille; les munitions, l'artillerie, les bagages et le trésor de l'Aglia tombèrent au pouvoir des Français, dont les pertes se réduisaient à six cents hommes tués ou blessés.

Les résultats de cette brillante affaire jetèrent d'abord une profonde démoralisation parmi les Arabes. Quelques jours s'écoulèrent sans qu'on les vît reparaître ; on apprit par des transfuges que l'Aglia Ibrahim s'était caché dans une maison de campagne du Sahel, n'osant ni se montrer aux regards du Dey, ni tenter une revanche impossible avec des troupes découragées. Le Générafen chef profita de ces moments de trêve pour achever la construction d'un camp retranché sur la plage de Sidi-Ferruch, et pour armer, avec les pièces enlevées aux Turcs, la ligne de communication qui reliait ce camp au plateau de Staouêli. Le 24 juin, les Musulmans revinrent à la charge, mais ils furent énergiquement repoussés Jusqu'à une lieue d'Alger. Les Français, toujours victorieux dans une foule d'escarmouches et de combats partiels, enlevèrent, le 29 juin, les positions du mont Bou- Zariah qui dominent la ville, et investirent le fort de l'Empereur, dernier boulevard de l'ennemi.

Ce fort, bâti par Hassan, Gouverneur d'Alger, sur la colline de Koudiat-el-Saboun, où Charles- Quint avait établi son quartier général en 1543,

[sortait, parmi les Turcs, le nom de Sultan-Kalassi ; es Arabes le nommaient Bordj-Muley- Hassan (le château de maître Hassan). C'est un carré long

flanqué d'une enceinte en ïnaçonnerie; au centre s'élevait une tour qui dominait au loin les abords. Le 4 juillet, tous les travaux du siège étant terminés, les batteries commencèrent le feu. Le Général en chef s'était porté sur la terrasse du consulat d'Espagne pour diriger le feu et en assurer les résultats. Le Dey d'Alger, avec tous ses Ministres, était debout sur les créneaux de la Kasbab. Les Turcs, enfermés dans la ville, et les Arabes, disséminés dans la plaine, attendaient avec anxiété l'issue de ce duel qui devait décider de tout un avenir. L'armée française, impatiente de cueillir son

S lus beau laurier, couvrait les hauteurs qui regarent Alger. Une brume sombre pesait sur le fort l'Empereur, et les premières décharges déchiraient au hasard le plis de ce linceul ; mais à six heures du matin, le jour éclaira ce champ clos, le tir des pièces de l'artillerie française fut rectifié, et de part etd'autre grondait un effroyable tonnerre. Les artilleurs turcs, soutenus par le canon de la Kasbah et par le canon des Tagarius, opposèrent une défense héroïque ; mais bientôt une pluie de bombes, de boulets et d'obus, s'abattit sur les remparts de Muley-Hassan; des murs entiers s'écroulaient, les affûts de l'ennemi volaient en éclats; et plus les ruines augmentaient, plus le feu des Français gagnait d'intensité. Deux mille Musulmans périrent à leur poste, dans cette enceinte où chaque coup portait la mort ; le désordre et la révolte se mirent parmi le reste des combattants et les débris de cette brave garnison, réduits à l'impuissance, voulurent aller mourir sous les portes de la ville qu'ils ne pouvaient plus protéger ; mais ils furent mitraillés par les batteries de la Kasbah que le Dey fit braquer sur eux. Deux drapeaux rouges flottaient encore aux angles du fort l'Empereur ; un nègre se montra par deux fois sur les brèches, et les enleva l'un après l'autre. Il était dix heures. Un moment de silence solennel plana sur les ruines qui pantelaient de toutes parts, et les généraux lrançais indécis se consultaient sur les moyens de pénétrer sans exposer trop de monde, dans cette citadelle béante, dont les flancs pouvaient recéler encore des périls ignorés, quand une explosion foudroyante fit trembler le sol. Le château s'entr 'ouvrit comme un volcan ; une immense trombe de poudreetde fumée, mêlée de membres humains, de cendres, d'éclats de pierres et de bois, enveloppa l'atmosphère qui resta longtemps obscurcie par des flocons de laine, provenant des ballots dont les Turcs avaient matelassé les brèches ; des canons de gros calibre furent lancés à d'énormesdistances, et des lambeaux sanglants se retrouvèrent jusque sur les terrasses et dans les rues d'Alger.

Lorsque cet affreux désastre cessa, le fort de l'Empereur apparut comme un vaste tombeau, et les Algériens pressentirent que la fatalité se déclarait contre eux. Us se souvinrent alors des vieilles prédictions de quelques marabouts, annonçant qu'Alger la Guerrière serait un jour la proie des soldais francs vêtus de rouge : l'oracle fatal allait s'accomplir. Le trouble régnait dans la ville, et les chefs de la milice, soulevés contre le Dey, demandaient la paix à grands cris. Hussein, exalté par son malneur, voulait s'ensevelir sous les

ruines de la Kasbah ; deux fois il s'élança, le pistolet à la main, pour mettre le feu aux magasins de poudre que contenait cette citadelle, et ses officiers eurent grande peine à fléchir sa résolution désespérée. Accueillant alors la pensée qu'il pourrait sauver sa puissance au prix d'une humiliation passagère, il envoya son secrétaire Mustapha proposer à M. de Bourmont des excuses pour le gouvernement français et le payement des frais de la guerre. Le général en chef reçut le parlementaire sur les débris du fort de l'Empereur, et répondit qu'il n'accorderait de capitulation qu'à la condition de la reddition immédiate de la ville. Après vingt-quatreheuresde pourparlers, Hussein-Pacha, menacé d'une révolte à l'intérieur, et prévoyant les malheurs irréparables qu'attirerait sur Alger son obstination à continuer une résistance inutile, accepta les conditions de la France, et la ville ouvrit ses portes, le 5 juillet, à dix heures du matin.

Le pouvoir turc était à jamais détruit par la victoire des Français. Le dey d'Alger quitta la ville le 10 juillet, et deux mille janissaires s'embarquèrent le même jour pour se retirer en Asie. Les autres, accusés plus tard d'avoir ourdi une conspiration contre l'autorité française, furent expulsés du pays, tandis qu'une double expédition se présentait aux deux extrémités de l'Algérie, pour sommer les villes de Bone et d'Oran d'acéepter la domination des Français; mais, le 10 août, un navire arrivant de Marseille apporta à Alger la nouvelle qu'une révolution venait d'éclater en France et que le duc d'Orléans avait été proclamé lieutenant-général du royaume; le 18 août, d'autres dépêches annoncèrent l'avènement de Louis-Philippe roi des Français.

Les Arabes s'imaginèrent alors que ces graves événements seraient suivis de la retraite de l'armée française. Un personnage puissant, Mustapha-Bon- Mezray, qui était venu à Alger, trois jours aprè* la prise de la ville, pour offrir sa soumission, leva l'étendard de la révolte, et fit courir le bruit qu'il allait bloquer les Français avec deux cent mille hommes. M. de Bourmont attendait pour agir les ordres du nouveau gouvernement de France. Le 2 septembre, le vaisseau YAlgésiras parut en vue d'Aller ; le général Clauzel arrivait, investi de la mission de commandant en chef de l'armée d'Afrique ; M. de Bourmont s'exila.

Le général Clauzel vint prendre le commandement en chef, en remplacement du maréchal Bourmont. Il tourna d'abord ses forces militaires contre Mustapha-Bou-Mezray, bey de Tittery, qui, derrière les montagnes de l'Atlas, prêchait la guerre sainte et la délivrance d'Alger, et qui, ayant sous ses ordres vingt-un outbans ou districts populeux, pouvait disposer de grandes ressources. Le général Clauzel avec une colonne expéditionnaire, traversa la plaine de la Métidja sans résistance sérieuse ; il occupa la ville de Blidah, dont les habitans s'étaient réfugiés derrière les montagnes; puis il se dirigea sur Medéah, en franchissant ie Mouzaiah par le col Téniah, position ardue vivement défendue par les Arabes, mais que les Français enlevèrent avec un grand élan. La ville de Medéah, alarmée, fit sa soumission sans coup

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férir, et la colonne expéditionnaire revint ensuite à Alger pour intimider l'empereur du Maroc qui cherchait à soulever les populations arabes de l'Algérie; le général Clauzel envoya le général Damrémont en vue d'Oran pour s'emparer du fort de Mers-el-Kébir.

Au commencement de 1831, le général Clauzel entama, de son initiative personnelle, des négociations avec le bey de Tunis, pour lui remettre l'administration des provinces d'Oran et de Constantine, moyennant un tribut annuel de 1,600,000 fr. Le gouvernement français, désapprouvant ces négociations, confia au général de Berthézéne le commandement de l'Algérie, en remplacement du général Clauzel.

Le commandement du général de Berthézéne en Afrique est marqué par une expédition sur Médéab, pour reprendre cette ville qui avait été abandonnée par les Français. Cette expédition, qui ne réussit pas faute de troupes suffisantes et de vivres, aboutit a une retraite difficile, qui coûta à la France cinquante-cinq morts et deux cents blessés. Les villes d'Oran et de Bône se soumirent successivement Après un commandement de dix mois, le général de Berthézéne fut remplacé à la fin de 1831, par le duc de Rovigo.

Une insurrection avait éclaté à Bône, et avait coûté la vie à deux officiers français, le commandant Houder et le capitaine Bigot; cette ville était assiégée par les troupes dubey de Constantine. Le duc de Rovigo, ne pouvant tenter une expédition au milieu de l'hiver, envoya le capitaine d'Hermandy pour engager les habitants à soutenir le siège ; mais comme il n'y avait aucun accord entre les habitants, Ben-Aîâsa, qui commandait les troupes de Constantine, pénétra dans la ville qui fut pillée et incendiée ; mais il ne tarda pas à l'évacuer à la suite d'une révolte des habitans, révolte dont profita le capitaine d'Hermandy pour s'introduire dans la ville et y planter le pavillon français, à la tête seulement de cinquante marins provenant de la goélette la Béarnaise qui se trouvait mouillée prés de là.

Le duc de Rovigo fut remplacé dans son commandement en mars 1833. par le général Avizard, auquel succéda peu après le général Voirol.— C'est à cette époque que le général Trézel fut chargé d'une expédition par mer contre la ville de Bougie. Grâce à l'artillerie de l'escadre, qui fit taire en peu de temps les forts de la ville, le débarquement s'opéra heureusement, et la place fut enlevée en quelques heures, malgré une résistance énergique. Le général Trézel fut grièvement blessé dans l'attaque.

En 1834, le général Drouet d'Erlon succéda au

Sénéral Yoirol, avec le titre de gouverneur général es possessions françaises daus le nord de l'Afrique, qui fut substitué à celui de commandant en chef de l'armée d'Afrique. Le gouvernement du général Drouet d'Erlon est signalé par un seul fait important, le désastre de la Macta. Le général Trézel, qui commandait la province d'Oran, ayant voulu protéger les l'ouairs et les Scncélas, deux tribus amies, contre les tentatives et l'invasion de l'émir Abdel- Kader, éprouva sur les bords de la Macta un échec considérable qui coûta à la France

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cent cinquante morts, quatre cents blessés; vingt prisonniers, et tout le matériel d'une expédition.

Au milieu de l'année 1855, le maréchal Clauzel succéda au général Drouetd'Erlon. Acette époque l'émir Abdel-Kader avait étendu dans toute l'Algérie son influence et sa domination. Le maréchal Clauzel tenta une expédition pour reprendre la ville de Maskara dont il se rendit maître et qu'il brûla pour n'avoir pas à la défendre. Abdel-Kader reprit sa revanche peu de temps après; il vint attaquer avec sept mille Arabes un camp des Français, que commandait le général d'Arlanges sur les bords de la Tafna, pour assurer les communications entre Tlemcen et la mer. Un combat fut engagé à deux lieues du camp ; les Français, après de grands efforts, furent réduits à se replier derrière leurs retranchements, laissant plus de trois cents morts sur le champ de bataille.

Le maréchal Clauzel tenta, en novembre 1836, une expédition contre Constantine, qui était restée jusqu'alors sous la domination turque. 11

Earlit de Bône avec une colonne de sept mille ommes, sans être pourvu de moyens complets de transport et de provisions suffisantes de guerre. L'expédition soutint une marche de douze jours par un temps affreux et à travers un pays qui n'offrait aucune ressource, et parvint au plateau de Mansourah, à trois lieues de Constantine. La colonne expéditionnaire fut exposée, pendant toute une nuit, à une pluie battante mêlée de neige et à un froid excessif que l'on a comparé au froid de la retraite de Moscou. Deux jours furent dépensés pour franchir une distance de trois lieues et atteindre les alentours de la ville. Le torrent Bou-Merzoug, dont le cours était gonflé par les pluies extraordinaires, fut traversé après des difficultés infinies. Le 62' régiment de ligne qui escortait l'artillerie et les équipages, et qui fut obligé de rester sur place pendant plusieurs heures, perdit plus de cent vin^t hommes par les pluies et le froid.

L'expédition était enfin parvenue en vue de Constantine ; cette ville située sur un amphithéâtre, entourée de rochers escarpés et baignée par le Rummel, n'était abordable que par le plateau de Koudiat-Aty qui conduit de plain pied au mur d'enceinte, ou par le pont qui franchit l'abîme du Rummel, du coté de la porte d'El-Kanlara. Une attaque par la porte d'El-Kantara fut tentée à la nuit tombante par le général Trézel, qui fut repoussé par le feu meurtrier des Arabes, avec de grandes pertes, et qui fut lui-même blessé dans le combat. Dans la nuit, le colonel Duvivier dirigea une autre attaque par le plateau de Koudiat-Atv ; mais il fut également maltraité par l'artillerie arabe et obligé de battre en retraite, non sans avoir éprouve des pertes.

Le maréchal Clauzel fut obligé de renoncer à la

ftrise de la ville. L'artillerie n'avait plus que trente ivres de poudre, la colonne expéditionnaire était réduite à un état pitoyable, au milieu des rigueurs de 1 hiver ; la retraite devenue une nécessité, fut organisée; tout le matériel qui pouvait embarrasser la marche, tentes, effets, bagages, fut détruit; la moitié de la cavalerie fut mise à pied ; les blessés et les malades furent chargés sur les four-

gond, sur les bêtes de somme et sur les chevaux rendus disponibles. Le colonel Duvivier, avec une poignée de braves, protégea le mouvement des troupes sur le plateau de Mansourah. Le commandant Changamier avec son bataillon du 2' léger, réduit à trois cents hommes, soutint la retraite à l'arrière-garde, avec un admirable sang-froid. Entouré par une nuée d'Arabes, il adressa à son bataillon cette mémorable parole : « Camarades, ils • sont six mille, vous êtes trois cents, la partie est » égale. » Le choc des Arabes fut soutenu, l'arrière-

Sarde ne fut pas entourée, la colonne fut sauvée ans sa retraite, et parvint à regagner les cantonnements de Rône. Peu de temps après ce désastre, le maréchal Clauzel fut rappelé en France, et remplacé par le général Damrémont.

En septembre 1 837 , le général Damrémont dirigea une seconde expédition contre Constantine ; après avoir construit une batterie de brèche sur le plateau de Koudiat-Aty, il fit proposer à la ville une capitulation, pour éviter les malheurs inséparables d'une ville prise d'assaut; mais les Arabes, exaltés par leur ancienne victoire, refusèrent toute négociation, et déclarèrent qu'ils offraient aux Français du blé et de la pondre, s'ils en manquaient, et qu ils mourraient jusqu'au dernier plutôt au e de se rendre. Ce sont des gens de cœur, s'écria le général Damrémont, il ne reste plus qu'a les vaincre. \vant de commander l'assaut, il voulut observer lui-même de plus prés l'état de la brèche, et se porta en avant de la batterie ; parvenu à un point découvert, il mit pied à terre et fit quelques pas. Un officier général lui fit remarquer le péril auquel il s'exposait; c'est égal, répondit tranquillement le général Damrémont; à l'instant même, il fut étendu raide mort par un boulet, le dernier tiré par les assiégés du haut des murs de la ville. Le général Valée, par droit d'ancienneté de grade,

Frit aussitôt le commandement en chef et ordonna assaut pour le lendemain.

Le signal de Vassaui fut donné le 44 septembre à sept heures du matin. Le colonel de Lamoricière, à la tête des zouaves et des sapeurs du génie, sortit le premier des retranchements et franchit à la course la distance du pied de la brèche ; en un instant, à travers les décombres, malgré les écrou lements, la pente fut escaladée, et le drapeau tricolore fut planté au sommet ; la colonne s'agitait dans l'espace de la brèche, #ans distinguer la direction * prendre pour pénétrer dans l'intérieur de la ville, dont les rues étroites et brisées, encombrées d'ailleurs de ruines, ne présentaient point d'issue; et cependant les Arabes faisaient un feu meurtrier du haut des maisons, â l'abri desballes des Français ; le colonel de Lamoricière fait apporter des échelles, et escaladant les maisons, il organise un combat sur les toits, en même temps que dans les rues. La colonne s'engage alors dans une ruelle étroite à travers les balles qui partaient des deux rangées de maisons ; elle massacre et disperse les Arabes. Les Français continuent à avancer, et se trouvent en face d'une porte pratiquée dans une arche de maçonnerie; on frappe à coups de haches et de crosses de fusils cette porte qui n'était fermée que par des étais mobiles, et on parvient à ouvrir un

des battants ; mais les arabes qui guettaient ce moment, massés en arrière, font un feu meurtrier. Près de là se passait une autre scène fatale. Un petit bâtiment en saillie, dont le pied avait été miné par les boulets, et qui resserrait à cet endroit la rue déjà étroite, s'écroula tout à coup ensevelissant sous ses débris des soldats et des officiers du 2« léger. Le chef de bataillon Serigny fut pris sous les décombres jusqu'à la poitrine; il implora à.cris étouffés, dans l'angoisse générale, des secours qu'on n'eut pas le temps de lui porter ; il s'épuisa en efforts douloureux et inutiles, pour s'arracher du milieu des décombres qui le brisaient et où il rendit le dernier soupir, après une agonie cruelle.

En même temps éclatait un autre accident non moins terrible. Près de là, se trouvait un magasin à poudre qui prit feu ; aussitôt les sacs à poudre que les sapeurs du génie portaient sur leurs dos, et les cartouchières des soldats furent en flammes. Un nuage de fumée épaisse et brûlante emplissait l'air ; des pans de murailles s'écroulaient, des cris confus retentissaient de toutesparts,dansle désordre et le désespoir. Les Arabes profitant de ce désastre revinrent dans la rue qu'ils avaient abandonnée, lâchèrent plusieurs bordées de tromblons sur les groupes à demi brûlés et terrassés par l'explosion, et après avoir cherché à briser ce qui pouvait encore essayer de se défendre, ils hachèrent à coups de yatagan jusqu'aux cadavres.

Cependant à mesure que les troupes montant par la brèche disparaissaient dans les flancs de la ville, des troupes nouvelles suivaient leur mouvement, et le combat s'engageait sur un théâtre plus vaste, sans que la résistance parût diminuée. Le colonel Combes avait pris le commandement en place du colonel Lamoricière horriblement brûlé et presque aveugle; mais en s' élançant pour enlever une position fortement barricadée, il reçut en

f pleine poitrine deux balles mortelles; il eut'encore a force de revenir auprès du général en chef pour lui rendre compte de la situation des affaires; et après avoir prononcé quelques paroles simples et calmea, il mourut avec une fermeté d'âme qui excita l'admiration et l'enthousiasme religieux de ceux qui l'approchaient.

Après une lutte acharnée pendant plusieurs heures, le général Rulhière, envoyé pour prendre le commandement en chef des colonnes d attaque et avant pénétré dans la ville à la hauteur des tirailleurs les plus avancés, vit venir à lui un Maure qui agitait un papier. C'était un parlementaire adressé par les principaux habitants de la ville, pour demander que l'on arrêtât les hostilités. Le général Rulhière le fit conduire auprès du général Valée qui ordonna de cesser le feu aussitôt et de prendre possession de la ville et de la Kasbah. En entrant dans la citadelle, on la trouva d'abord déserte, mais en pénétrant au travers des constructions, vers le bord des précipices qui l'entourent à l'extérieur, on aperçut les défenseurs de Constantine, qui, refusant le bénéfice de la capitulation, s'enfuyaient par les ra\ins, tout en se retournant pour adresser leurs derniers coups de fusils aux Français qui se montraient à portée. Quand on fut parvenu tout à fait au-dessus de ces abîmes, on

découvrit un affreux spectacle; un talus extrêmement rapide retombe du terre-plein de la Kasbali sur une muraille de rochers verticaux, dont la base repose sur un massif de pierres aiguës et tranchantes ; au pied de celte muraille gisaient, brisés et sanglants, des corps d'hommes, de femmes et d'enfants, entassés les uns sur les autres. On distinguait des bras et des jambes qui s'agitaient, des agonisants qui frémissaient dans leurs dernières angoisses. Des cordes rompues, attachées aux pitons supérieurs des rochers, où on les voyait encore pendantes, expliquèrent cet affreux désastre. La population de Constantine, qui était restée dans une sécurité complète jusqu'au dernier moment, et qui avait été surprise tout à coup par tes angoisses de la terreur et du désespoir, s ciait précipitée vers la partie de la ville qui était à l'abri de l'attaque, pour s'y frayer un chemin dans la campagne. Ces malheureux, dans leur vertige, s'étaient lancés à travers ces pentes funestes sur lesquelles on ne peut plus s'arrêter. Les premiers flots arrivant aux bords de la cataracte, poussés par ceux qui suivaient, et ne pouvant plus les faire refluer ni les contenir, roulèrent dans l'abîme, et il se forma une avalanche humaine. Quand ta presse eut été diminuée par la mort, ceux des fuyards qui avaient échappé à ce premier danger, essayèrent de continuer leur route, en se laissant glisser le long des cordes fixées aux rochers ; mais, soit inhabileté ou précipitation, soit que les cordes se rompissent sous un poids trop lourd, bon nombre roula encore au fond des précipices.

Deux heures après l'entière soumission de la ville, le général Valée vint occuper le palais du bey, et donna des instructions rigoureuses pour assurer la sécurité des habitants et le respect des propriétés.

Un deuil public honora les restes du général Damrémont qui furent transportés à Paris et déposés dans les caveaux funèbres de l'Hôtel des Invalides.

Le général Valée fut promu à la dignité de maréchal de France, et nommé gouverneur de l'Algérie. Amédéc (« lU'.iuN.

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