‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 49 sur 123 · VOYAGEUR ZOOLOGISTE · texte numérisé non relu

VOYAGEUR ZOOLOGISTE

Péron, qui a tant honoré, au commencement de ce siècle, le titre de naturaliste, naquit à Cérilly (département de l'Allier) en 1775, et succomba en 4810, miné par une affection de poitrine lente et douloureuse, au moment même où ses talens

FRANGE MARITIME

•liaient lui assigner un des premiers rangs dans la science. Dès sa jeunesse, Pérou manifesta une vive ardeur pour s'instruire, une activité d'esprit et une richesse d'imagination qui de» vaient caractériser ses écrits et leur donner un cachet durable. Cependant cet homme, que l'histoire naturelle revendique comme une de ses lumières , que la philosophie compte oomme un des voyageurs qui l'ont plus fructueusement servie, se destina d'abord au sacerdoce, et d'un sé* minaire passa aux camps, se fit soldat, perdit un œil sur le champ de bataille, et termina par la prison ces Dremiers essais de la vie d'homme. C'était n que Péron

renonça pour voler aux

frontières ae sa pairie luuuacee ; césta Kaiserslautern qu'il fut détenu jusqu'en 1795, qu'il revint en France, décidé alors à embrasser la carrière médicale.Vif, colérique, soumis à l'influence d'un système nerveux largement doté, Péron dut subir toutes les conséquences de cette organisation, se passionner vivement, et ses passions porter le cachet d'énergie et d'exaltation qu'il n'est donné qu'à quelques âmes fortement trempées de sentir. C'est alors qu'au milieu de ses études médicales vint se jeter à la traverse un sentiment dominateur qui exalta ses sens impressionnables, et qui décida de sa vocation pour les voyages. Péron ne pouvait aimer à demi; mais des obstacles vinrent poser une barrière insurmontable entre lui et l'objet de ses affeo tions, et c'est par suite d'un attachement contrarié qu'il résolut de chercher dans la science des consolations efficaces aux peines amères du cœur. Bonaparte venait d'ordonner une expédition destinée à explorer les côtes de la Nouvelle- Hollande, fort peu connues alors, et les deux vaisseaux chargés d'accomplir cette pénible mission armaient au Havre. Cette campagne de découvertes fixait l'attention publique par le luxe de savans qui devaient l'entreprendre, par la sollicitude apportée aux préparatifs, par le soin qui présidait aux approvisionnemens des batimens. Le capitaine Baudin, nommé au commandement des deux corvettes exploratives, semblait être un chef digne d'elles. Il paraissait s'occuper des sciences avec intérêt : il avait formé à Porto-Rico des collections que l'on avait citées ; enfin, chef et subordonnés, gouvernement et public n'avaient qu'une voix sur les succès non douteux d'une campagne où chacun espérait faire merveille. En général, ces exaltations au port sont de tristes garanties pour le succès de cette sorte de campagne; ce ne sont pas autant les périls dont est semée la route qu'il faut envisager, que l'usure du physique et par suite l'affaissement du moral qui en résulte : ce sont des volontés fermes et silencieuses qui doivent faire espérer le succès. Celles-là seules conçoivent la sainteté de leur mandat, et s'y dévouent

sans arrière-pensée. Leur nom brille moins sur les fouilles éphémères, il ne sort point de l'oubli même si la mort moissonne trop tôt celui qui le porte ; mais s'il résiste aux fatigues, le jour de la justice ne peut manquer de luire pour lui, car ses travaux surnageront sur les passions envieuses.

Pérou, dans une de ces phases de la vie où l'en reporte son regard avec tristesse sur le passé, où le présent est incomplet, où l'avenir parait sombre, mais préoccupé des services qu'il pouvait rendre, et sentant sa force, sollicita avec instance la place A9anthropologi$te9 la seule qui manquât dans la distribution des diverses branches de l'histoire naturelle que s'étaient partagées vingt-quatre «avan* ou artistes. Péron n'obtint nette sorte de faveur qu'avec des difficultés sans nombre, et cependant sans lui l'expédition eût été au retour ensevelie dans le plus profond oubli ; car, bientôt dégoûtés et mécontens, presque tous les naturalistes et physiciens, aigris, se plaignant, à tort sans doute, des procédés acerbes de Baudin, débarquèrent à l'Ilede-France après une courte traversée. Péron, alors, sentit redoubler son zèle, secondé qu'il fut par un jeune pilotin qu'il devait élever un jour au rang de naturaliste célèbre (M. Lesueur). Par son ardeur et par son activité, il suppléa à l'absence de ses anciens collègues; il se multiplia de telle sorte, qu'au retour les travaux d'un seul homme furent jugés une œuvre immense et sans analogue jusqu'alors : c'est qu'il faut l'avouer, le génie qui procrée ne se donne point par transmission de places ou en épousant la fille de tel savant en faveur; il grandit sous les entraves sans nombre dont on cherche à le garotter. Enfin, de ce jour, ni les privations, ni la mort qui moissonna ses compagnons, ne purent calmer cette soif ardente de travail qui devait bientôt marquer son rang dans la science ; car on ne peut se le dissimuler, par ses travaux Péron promettait à la zoologie un législateur du premier ordre : peut-être le savait-il, ce savant universel, si grand par ses travaux, si petit par son caractère, et qui ne déguisa jamais assez sa haine sourde et profonde pour la mémoire de Péron.

Les corvettes le Géographe et le Naturaliste sortirent des ports de France le 19 octobre 1800, et Péron n'y rentra que le 25 mars 1804, après une absence d'environ trois ans et six mois. Rien n'abattit sa constance, ni les dangers et les tempêtes des côtes de fer du sud de Y Australie, ni la dyssenterie de limon, ni cette fatigue sourde qui affaisse le moral dans l'entre-pont étouffant d'un navire que ballottent les flots. On porta à 100,000 individus, renfermant plus de 2,500 espèces nouvelles, le total des êtres récoltés par ce voyageur, qui parvint à détruire les préventions défavorables que le gouvernement d'alors manifestait contre la campagne de Baudin. C'est aux

chaleureuses sollicitations de Pérou qu'est due la publication du Voyage aux terres australes, et c'est à sa plume que fut confiée la rédaction de la partie historique. Toutefois, au milieu des immenses travaux qu'il préparait, et qui sont perdus pour toujours, Péron détacha de temps à autre quelques fragmens qui appelèrent sur eux l'attention générale, tant les faits qu'ils apprenaient étaient neufs, tant il y avait de charme et de grâces, de piquant et un cachet original dans le style coloré de ce naturaliste! Péron abusa cependant du pittoresque trop riche d'images de son style pompeux. Peut-être oubliat-il, dans quelques circonstances, que le langage consacré à peindre les productions de la nature ne perd point à être sévère et dydactique même, et que l'imagination entraîne souvent au-delà du but que veut atteindre un esprit sage et consciencieux. C'est ainsi qu'il s'est égaré parfois en tirant des conclusions générales ou des lois de faits isolés, légèrement vus, et que les recherches subséquentes ont prouvé avoir été exceptionnels.

Le caractère de Péron parait avoir été dominé par une bonté de cœur unie à une grande vivacité ; il poussait la franchise jusqu'à la rudesse, et cependant ses amis n'en parlent encore qu'avec le plus vif regret. Que de fois à son souvenir M. Keraudren, ami dévoué et constant, nous a paru ému ! Certes, il conserve la mémoire de Péron avec un soin religieux ; et il dut avoir de grandes qualités, celui qui a pu faire naître des sentimens aussi durables et aussi profonds,

On a reproché à Péron le silence obstiné qu'il a gardé sur Baudin, qu'il ne nomme jamais dans la partie historique du Voyage aux terres australes; mais nous ne pouvons blâmer cette manière grave et solennelle de réprobation envers un homme que la généralité de ses officiers a dit être bien au-dessous de sa mission, Baudin, qu'ils ont peint comme un type d'ignorance présomptueuse. Certes, Péron avait de ce commandant une autre opinion, quand il fit imprimer, au bas du portrait qu'on publia alors, des vers à sa louange.

Péron a publié :

1° Observations sur l'anthropologie;

2° Voyage de découvertes aux terres australes, fait par ordre du gouvernement, sur les corvettes le Géographe, le Naturaliste et la goélette le Casuarina, pendant les années 4800 à 4804 (historique);

3° Mémoire sur le nouveau genre Pyrotoma;

4° Mémoire sur la température de la mer, soit à sa surface, soit à des grandes profondeurs;

5° Sur la dyssenterie des pays chauds et sur l'usage du bétel;

6° Notice sur l'habitation des animaux marins, par Péron et Lesueur ;

7° Fragment dfun Mémoire, de MM. Pérou et

Lesueur, sur l'Art de conserver Us animaux dans les collections zoologiques;

8° Sur les tabliers des femmes hottentotes ou bochismanhes;

0° Mémoire sur l'hygiène navale;

40° Histoire des Méduses (Ann. du Mus.).

Péron espérait écrire une histoire de l'homme, pour laquelle il avait recueilli de nombreuses notes, qui ont été éparpillées et perdues après sa mort.

Lessoh, Membre de l'Institut de France.

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