DE LA COMPAGNIE DES INDES
(VoirI" vol. p. 161.)
L'empire mogol, qu'Aureng-zeb, par la gloire de ses conquêtes, avait élevé à un si haut degré de puissance et de grandeur, se trouvait divisé en grands gouvernemens ou soubabies: le souba était toujours nommé par le souverain, et amovible à sa volonté; il nommait à son tour, mais avec la confirmation de l'empereur, des nababs, qui commandaient dans des provinces particulières. Le devoir de ces nababs était de percevoir les revenus, de les envoyer à Delhy (ville qui portait le nom de la province dont nous parlons plus haut, et qui était la capitale de l'empire), après avoir fait la défalcation des sommes nécessaires au paiement des troupes et à l'administration.
Telle était la forme de ce gouvernement, dont Nizam-ul-MalIecb, ministre ambitieux, était par* venu à saisir les rênes pendant que Mahomed, descendant dégénéré d'Aureng-zeb, était plongé dans la mollesse de son harem, lorsque, en 1745, une escadre anglaise parut sur la côte de Goromandel.
Dupleix commandait alors à Pondichéry : son génie était à l'étroit dans le cercle rétréci d'opérations mercantiles. Déjà il méditait le vaste projet d'élever, sur les débris de l'empire mogol, dont il prévoyait la chute, la puissance de la France, et d'assurer ainsi à sa patrie les immenses
avantages que les Anglais se sont procurés depuis en marchant sur ses traces. Trop faible, à cette époque, pour attaquer, ou même pour se défendre, il eut l'adresse d'engager le nabab d'Arcor à ordonner aux Anglais de s'abstenir de toute hostilité dans l'étendue de son gouvernement, dans lequel Madras et Pondichéryse trouvaient situés.
Le conseil de Madras, accoutumé jusqu'alors à respecter les ordres des gouverneurs mogols, et ne se croyant sans doute pas assez fort, malgré l'escadre qui le secondait, pour réduire Pondichéry en dépit du nabab, consentit à demeurer dans l'inaction; ces négociations donnèrent le temps d'arriver à Labourdonnais, qui vint bientôt dissiper l'escadre anglaise, et mettre le siège devant Madras.
Le jour même de la reddition de la place,
10 septembre 4746, un courrier du nabab arriva dans le camp français, porteur d'une lettre d'Anaverdikhan, dans laquelle il se plaignait amèrement de l'infraction des ordres qu'il avait donnés pour assurer la paix de son gouvernement. Dupleix entra en négociation avec lui ; mais peu satisfait des offres qui lui furent faites, il envoya ses deux fils investir Madras, qu'ils tentèrent d'emporter d'assaut. Dupleix fit preuve, en cette circonstance, d'une haute capacité militaire : avec des forces bien inférieures, il parvint à repousser les assiégeansqui, après avoir éprouvé des pertes considérables, furent d'abord obligés de se replier sur Saint-Thomé : le lendemain, Paradis, à la tête d'un seul bataillon français, défit l'armée entière des deux frères, qui s'enfuirent vers Arcor.
H y avait plus d'un siècle qu'aucune nation européenne n'avait remporté d'avantage décisif sur les Mogols ; le souvenir de quelques échecs reçus, joint au pende connaissances militaires des employés des différentes compagnies, avait fait prendre au peuple une haute idée de la valeur des troupes et de la science militaire de ses généraux, quand cet événement vint rompre le charme de l'opinion* Dupleix, pour profiter de la réputation que les armes françaises venaient d'acquérir, se prépara à attaquer immédiatement Saint-David. Le nabab du Deccan, furieux des pertes que ses deux fils avaient éprouvées, se mit lui-même à la tète d'une armée nombreuse pour Tenir au secours des Anglais.
Dupleix eut encore une fois besoin d'avoir recours à la manœuvre adroite qui lui avait déjà si bien réussi ; il chercha à détacher Anaverdikhan du parti des Anglais, pour une somme d'argent.
11 obtint effectivement de lui qu'il les abandonnerait à leurs propres forces, et se retirerait surle-champ avec ses troupes.
Le succès le plus brillant était sur le point de couronner d'une manière éclatante les efforts de Dupleix; Saint-David venait d'être conquis par