‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 77 sur 123 · DES ENVIRONS DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

DES ENVIRONS DE LA ROCHELLE

Les communes d'Esnandes, de Charron et de Harsilly offrent l'aspect d'une industrie qui, pour être ignorée des grandes villes , n'en mérite pas moins toute l'attention des observateurs.

Les choses dont l'usage est le plus vulgaire ne sont pas toujours celles dont nous connaissons le mieux l'origine ; à ce titre les détails qui suivent trouvaient naturellement leur place dans la France Maritime.

La population de la commune d'Esnandes ( pour n'en citer qu'une seule ) se compose de boucholeurs, de pêcheurs, de cultivateurs, de marchands et artisans, de revendeurs, d'indn gens dont aucun ne mendie.

Les boucholeurs, si l'on peut s'exprimer ainsi, sèment, plantent, cultivent, chaque jour, et recueillent des moules, sur de grandes étendues de clayonnages fixés par des pieux sur les vases de l'anse de l'Aiguillon, dont Esnandes fait partie.

Le premier bouchot fut établi dans la partie sud-est de l'anse, en 1046, par un Irlandais, nommé Val ton, réfugié à Esnandes. Il existe encore des boucholeurs, descendant de cette famille, qui portent le même nom.

Entre autres procédés ingénieux pour la pêche et la chasse dont Valton avait enrichi l'industrie du port qu'il était venu habiter, il avait établi

Si

l'usage des filets d'alowret ^i)*t cpji $e placent sur la vasiére pour prendre, \^ puit, lorsque la lune n'éclaire pas l'horizon, des oiseaux de mer et de rivage. S étant aperçu aue les oîauets destinés à soutenir les filets au-dessus de la mer aux marées hautes* lorsqu'ils étaient abandonnés,

chargeaient, dans toute la partie submergée à çuaone parée, de végétation et de pelypier* fleybtes, sur lesquels venait s'attacher le frai <Jes> moules de la côte, que ces moules y prenaient un accroissement rapide, quelles d$xena{çat très-grosses, fort délicates au goût et qu'elle» se vendaient dIus facilement et plus çher que les moules de roche, nommées aussi moules de boucher, il multiplia le nombre dp ces piquets sue les vases. Mais souvent un coup de ven,t, une grosse mer, les glaces, un navire éçhoué enlevaient dans un jour le fruit dp plusieurs mois de travail. Cet homme industrieux pensa judicieusement qu'en offrant de plus grandes surlaces, sans trop de résistance, et les disposant de la manière la plus convenable, il obtiendrait des résultats plus certains, plus productifs, et obvierait aux accidens : il se mit à l'œuvre.

En 1046, il dessina sur la vase, au niveau des basses mers de Mortes-Eaux, un Y, lettre initiale de son nom, dont l'angle était tronqué et tourné vers la mer, et dont les côtés,, prolongés chacun d'environ {08 toises, ^tendaient, en s'écartant vers le rivage, de manière à ouvrir un angle de 40 à 45°; \\ planla, à 3 ou 4 ppçds de distance, selon la dureté du sol, le long de chaque côté de l'angle, de forts pjeus, de 10 k. 42 pieds de long qu'il enfonça dans la vase jusqu'à moitié de leur longueur; il clayonna leur intervalle avec des fascines, ou branchages, les plus longs possibles, de manière à obtenir des panneaux solides, capables de résister à l'effort des flots; il laissa à l'angle, formé par les- deux panneaux, ua espace libre de 3 ou 4 pieds d'ouverture pour y placer des bourne» et bouttronsj espèce de paniers carrés et ronds» faits en osier, et propres à, recevoir et retenir le poison qui se trouverait renfenpé entre les parois des palissades» à marée descendante; il peupla l'intérieur des clayonnagea de jeunes moules qu'il y fixa dans des sacs de vieux filets, et noinma cet appareil bouchot (2). Son invention obtint tout le succès qu'il en pouvait attenxke; dans la première année, il garnit les endroits restés vides, et les panneaux se trouvèrent couverts, dès le printemps suivant, de belles moules, d'un excellent goût, et qui, dès-lors, furent Recherchées dans les marchés. Paij précaution, et pour ne pas

%J»,Alfçowrat} expression dérivée du ceke mélangé avec l'ancien Irlandais : elle signifie fltet de nuit obscure, de allaow, nuit, et de rat, rét, filet.

(2) BoiUçhoat on boutcoat, expression dérivée de ran- CV"£ roe^anm dm celte et de L'irlandais, qui signiûe clôture en bols, de tout, clôture, et choat ou chof, de bois.

MAJUTIMB.

manquer de frai l'année suivante^ \\ %vaSt planté bien avant de son bouchot, du côté çte la nier, un assez grand nombre de pieux sans fascines, et cette manière lui réussit encore parfaitement; il recueillit des renouvelai^ en abondance.

Cette entreprise reconnue lucrative et trèsavantageuse par tes habitans du littoral de l'Anse de l'Aiguillon, ne tar^a pas à être imitée a^ point qu'aujourd'hui on compte trois cent trente et quelques bouchots sur la vasière.

Pour se rendra à leurs bouchons, souvent distans de plus d'une lieue, les boucholeurs se servent d'une petite nacelle nommée acon ou poussepied, formée de trois planches. La rnanœuvre de cette petite embarcation, est assez singulière paur mériter d'être décrire. A marée baise, le bouchoteur trahie façon, qui était à s$c sur les galets de la côte, jusque sur la vase il se place dedans, appuyé au fond sur un genou, et bien au milieu -% if saisit des deux mains les bords de l'esquif, et ayant ainsi bien pris l'équilibre* il se sert de la jambe libre qui est en dehors, armée d'une botte à triple semelle de cuir imperméable, et assez longue pour remonter jusqu'au hput de la cuisse» pour plonger le pied obliquement d'avant en arrière, et l'appuyer au fond de la vase quoique celle-ci soit molle à sa surface, elle offre cependant assez dç résistance pour lui fournir, un point d'appui; il pousse, retire sa jambe, la çeplonge, et, par cette manoeuvre répétée, façon avance» surtout eu descendant, avec une vitesse telle q^e souvent, lorsqu'il se rend, a vide en bouchot, uft cheval au trpt aurait de la peine à le dépasser, et il le dirige en plaçant son point (f appui plus ou moins en dehors; mais en remontant auec V charge de moules, la marche est moins rapide^ et souvent lorsque l,a mer est belle^ le boucholeur attend quelle revienne, remonte avec elle, et se sert de sa pelle de bois conxine d'une pagaie; alors il est. entièrement assis dan* le fond.

Les moules commencent à être dans leui; ét^ de bonté depuis juillet jusqu'en janvier; cependant, quoique moins bonnes, U s'en vend tovue l'année, tant cet aliment est devenu nécessaire à la classe indigente.

Le travail des boucholeurs est trèsrfatigaqt : comme ils ne peuvent s'en, occuper qu'à marée basse, ils profitent de toutes lea njarées de jour et; de nuit, et presque par tous les teniçs; leurs feu*mes partent chaque nuit, soit à cheval, soit dans de petites charrettes, pour arriver aux portes ouvrantes à La Rochelle, et se trouver au. marché, au moment dé la vente.

Il y a, daqs les trois communes de Marsilly, Esnandes et Charron, (rois cent trente bouchots, dont l'établissement a coûté 676,170 fr. ; la dépense annuelle est de 374,880 fr., et te produit annuel de 495,000 fr.

Les indigens infirmes, et ce sont les seuls V Esnandes, ne mendient pas aux poriesr* ils sont

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t de k ihanièfe ht plus géaerewe et lé plus délicat é»

£t*énn'Àst pèus intéressant pour l'ebsfehMeur, qne d'assister m moment de l'arrivée de* bbucfcfcHéurs et pécheurs an débarquement de la pèéèe* wêl cours de «orale ne vaudrait pas cette leçon «ë'bntnanité fraternelle. Que ce «bit dé pmr mk de «tt, ces mêmes indigent rangés sur une file et munis de paniers, près dn débarcadère , réopèrent tie chacun dfenk, 4 mesure qu'il débarque, les prémices de sa pêche, une poignée de moules, née autre 4e menu ptiissen ; ce 4on est aecomynguri tf-éfc«frh> dé questions qui dëmontrétit Pfatérftt «pe «ttoun p*rie m infortuné* qu'il connaît, qui peut-êir% *ti sent pare!» 5 H craindrait dë cJMiitt dBfc • ift&iltfnîiSy én le« reftisah t , en tas Wtt^pft^ %o%*e#t ntttoe il $e charge <te foire Wftfrfe 4MHèèW ^ 4e febétftl OU là cbarreWifieW fcttW» a M ôoitt d'àinfcnëi' aù port pour «ÉttMr l*Jp**é. Là f révision dé patti -suffit à la «absisttftW; là %urt^nd*ncë du ptâfcdn et des meutes éèt Vendue, èt le f»r*dait sert à procurer tout ce €pA est rtéote&airè au* àntrès bésohw dotoéfetkjueé.

Cétte population toutë eatlielique offre l'aspect dè ces grands étàblissertte&s ée frères Mbravee dé l'Àtaérique du Bord et de l'ÀHemagné. Partout le travail, lés bonnes fntenra, la galté, le bonheur ; on n'y voit qué d'hëtifënx ttiénages, rafremefct dés disputés ét dé rivrogiierie; l'hospitalité y est ëousidëréé éémiafre ùh devoir rdigietix, la probité fttt lé fo*d dé Téducàtion, enfin lé vbyagettt* ttoftfcé ttrëit $ Mvër un rneîlleur àidndé.

d'Orbigny.

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