DES POPULATIONS RIVERAINES DE LA MANCHE
(Historique.)
EOMAlfr.
Un matin du mois de juillet, lors de la pleine lune, c'était, comme on dit, grande mer, c'est-àdire que la mer, à chaque* marée , montait et descendait plus que de coutume. Il était trois heures du matin; le jour ne faisait que poindre; les nuées réflétaient les premiers rayons du soleil qui ne paraissait pas encore; se colorant, les nuées claires, de rose, les nuées sombres, de lilas.
Romain et Geneviève se rencontrèrent sous la falaise d'Ântifer, car la mer alors laissait le galet à découvert. Geneviève portait un filet à salicoques, à peu près semblable à ceux avec lesquels les en fans poursuivent les papillons dans les luzernes fleuries. Romain n'était venu là que pour rencontrer Geneviève.
c Ma pauvre Geneviève, dit Romain, le malheur s'acharne après moi. Je m'attends à voir un de ces jours les marins me fuir comme un chien fou, et refuser même, quelque matin, de boire le genièvre avec moi. Voici deux ans que je vais à la pèche du hareng, et deux ans que le bateau sur lequel je suis ne prend pas de quoi réparer les avaries des filets. Au lieu de gagner de l'argent pour nous marier, je m'endette et gâte mes affaires. J'ai résolu de risquer quelque chose. On arme à Fécamp un bateau pour le banc de Terre- Neuve. Ces voyages sont longs et chanceux; mais il y a tel bateau qui rapporte 11 ou 1200 francs à l'homme : nous serions riches tout d'un coup.
— Romain, reprit Geneviève, il n'y a guère d'années où il ne se perde quelques bâtimens en revenant du banc; songe aux mortelles transes dans lesquelles je passerais le temps du voyage; songe que je mourrais de chagrin si je ne devais plus te revoir. Si le malheur te poursuit, ne le brave pas; nous n'avons pas besoin d'être riches; les plus durs travaux ne me feront pas peur si je les partage avec toi; je sais faire et raccommoder les seines; je ne reculerai devant aucune fatigue.
— Non, dit Romain, j'aime à te voir brave et bien vêtue; je ne pourrais te voir exténuée par un travail au-dessus de tes forces. Il faut courir encore une chance : j'irai au banc; tu prieras pour moi, et le bon Dieu nous protégera tous deux. Ne cherche pas à me décourager; ma résolution est invariablement prise : je partirai. >
Geneviève savait que Romain ne revenait guèt re sur une résolution arrêtée ; elle leva les yeux
au ciel, lui serra la main, et tofcs deux reprirent le chemin d'Etrétat.
. Geneviève ne disait rien, mais elle était triste. Romain loi dit: t Je ne partirai pas seul; Samuel Aubry vtaat àtrec moi. •
Quelques jours après, Romain, revenant de Fécamp, dit à Genevtéfé i t Jè pars dans une semaine ; le bateau est paré* >
Samuel Aubry alla par hasard le soir fumer une pipe avec le père de Geneviève.
t Eh bien ! Samuel Aubry, lui dit Geneviève, vous fcartefc donc dans une semaine?
— Non pas moi, irépondît-il.
— ffailez*vous donc pas au banc avec Romain)1 reprit-elle.
— Je ûe suis pas si fou, f dit Samuel Aubry.
Il s'aperçut alors qu'il en avait trop dit, car il avait promis à Romain de né pas rapporter ce qu'on leur avait appris à Fécamp; mais Geneviève insista de telle sorte, qu'il lui avoua cè qui était arrivé.
« Je ne comprenais pas trop, dit-il, pourquoi Ton cherchait des mariné pour l'équipage du Triton, â Yport, â Etretat et partout, quand Fécamp, Dieu merci, ne marique pas de bons et solides matelots. Lorsque nous sommes allés, avec Romain, pour signer notre engagement, nous avons tout découvert : c'est qu'aucun marin de Fécamp ne veut monter le triton, et ils ont bien raison. Que m'offfit-onf trois pat-ts et un lot de filets; je n'y laisserais pas voyager même mon palletot.
— Qu'est-ce donc? dît Geneviève,
— Peu de chose, feprît Samuel Aubry; seulement je ne parierais pas une mesure de harengs gays pour la vie de ceux qui partiront. Quand on a lancé le bateau dans le bassin, la proue s'est tournée du côté dTfport, et le bâtiment a présenté la poupe à la chapelle de la Vierge. Voue pense* hieû auSsî que tous les éûgagemens contractés à l'avance se sont trouvés rompus par ce fait, et qu'il a fallu que les armateurs se donnassent un peu de peine pour armer le bateau.
— Et Romain a-t-il donc signet demanda Geneviève toute pâle.
— Romain a signé, répondit Samuel Aubry. Vous savez comme moi que c'est un opiniâtre, et qu'on ne peut lui ôter ce qu'il a dans la tète.»
Quels que fussent, en effet, les conseils des amis de Romain et les supplications de Geneviève, Romain persista dans son dessein. La veille de son départ, Geneviève et ses amis raccompagnèrent jusqu'à Fécamp. Après la messe, on descendit vers la mer, le curé en tête, pour bénir le bâtiment. Arrivés an rivage, hommes et femmes entonnèrent à haute voix le cantique des marins, si connu sur toute la côte de Normandie, et dont retentissent depuis si long-temps les églises gothique* aux grandes fêtes :
■Ht
Viérgé sainte, <*aufcez*lo«i!
Notre espoir est tout en vomi ; Chère dame de la Garde»
Très-digue mère de Dieu, Soyez noire sauve-garde, Pour nous défendre en tout lien.
Si Vous daignez nous garder, Nous pourrons tout hasarder; Quelque effort que le *Turc fasse, Nous nous moquerons dé loi, En abattant son audace Par votre mvme&le aft>«1*
Qu'àucuh écumeur de mer Ne paisse nous alarmer.
Que nos vaisseaux, nos galères fit tout «titre bâtiment Poiasent, malgré les cmairaa.
Naviguer heureusement»
tfootamts aie voire bras
£t nus vergues et nos abats $
Fortifiez le cordage, Les câbles et les haubans, Pour faire tête à Forage Parmi la fureur des vents.
Consèrtet-ûous l'artimon, Lft boeesok et le timon.
Lorsque nous «oarou* fortuné, Au gre* des venta et des flou, Tendez la main, blanche texte.
Aux besoins de vos dévots.
Claire étoile de la mer, Montrez-vous dans le danger; Daus la nuit la plus obscure, Servez de J)hâre et de nord, A ceux qui sous Votre augure Espèrent de prendre port.
Conservés k t*** tnémetfs Tous nos pauVresib*ifMrtifce, Faites que pas an n'éfckoae, Qeand lee éoaeils et les flats Font trembler de poupe en prene Les chefs et les matelots.
ÉonaerYez-nou* la santé*,
Là vie et la liberté j
Soyez notre ancre mal tresse,
Si l'anere vient à chasser,
Et donnez-nous quelque adresse
Qui puisse nous préservé*.
Suppliez votre cher Fils Qu'il bénisse nos profits; Ajoutez au bon passage Un heureux et prompt retour, Et bous vous rendrons hommage Avec sentiment d'amour *
Puis tout le monde se mi à genoux, et le prêtre dit au bâtiment : Sois béni, toi et tous ceux fue
*à pwttêl p** U£* te signe de la erekx et jeta 4» r^nn WeUo sur te pont dent k cale etnr lu
Sis moto après tons les navires rentrèrent, & l'exeeptioe du fWfleti.
Un bruit sourd se répandit que h Triton salait perdu avant d'arriver au banc, car aucun praire bâtiment ne l'avait rencontré.
Un navire apporta au Havre une bouteille eacbetée onftl avait trouvée Rouant sur (a mer; elle eontemit ees mots i
« L'équipage du TWtoft, réduit à sept hom- » mes, sans espoir de secours, démâté, avec deux
* voies d'eau, se recommande aux prières des
• chrétiens.
» Jean Me^om, Pierrç Mlhom, Àudré Mautik,
> Onésime Romain, Nicolas Jean
> Morbau, Jérôme Toussaint- »
On dit alors des messes peur terependel'àme des p*uwes matelot* trépassés. En effet, le a** njstre avait eu lieu, comme la date l'annonçait, savent l'arrivée an bane.
C'est u*e ipart terrible que eille im marin ; ce v[m pKn celte mort à laquelle ont s'essaie tome la vie par te sommeil de chaqn* >û«r j oe n'est pt«s cette flrart qui consiste à s'endormir une fois de pte* sur IWilkr oè l'on s'enéasmait depuis oinqwnte ans. Ctestane mort m^èée de rage, ite ktfte de déseapfir, de blasphème; on n'est p*t préparé par l'affaiblissement snesessif des er* Bîftea» en n'arrive pas à la mort p*r tes transitions, imperceptibles ; ce n'est pas un dernier fit qui ferme* ee sent tonales liens qu'il font f*e&~ p*a 4* te fois s cm nmurt an milieu de la force, 4e la sensé» de ln we.
Un spirv il faisait un triste temps? le veut soufflait d* sndUooest, la mer mettait, tes lames VMnteet dn large et s'avançaient jusque dans las mon dTEteesat/On entendait au loin router te galet comme un bruit déchaînes; * Fberizon la mer s'enlait, et paraissait aussi hante que les falaises.
Tons tes. pèeheers étaient rentrés de bonne heure cl avaient hissé, à forée de bras et de «h besupp, leurs bateaux jusqu'aot-delà des premières maisons.
Geneviève pleurait, car depuis lu perte de Romain elle n'avait pas eu un moment de joie, et la tempête lui représentait sous les plus sombres couleurs fat cruelle fi» de son amont.
c Je plains en ce moment, dit Samuel Aubry, ceux qui se sont mie à ta mer sans obéir aux pressentimens que le Ciel ne manque jamais de donner aux chrétiens. Si mois pauvre cousin Onésime avait voulu m'écouter, il» serait, à l'heure qu'il est, twmqmttement assis près du feu avec nom, es j'aurais le ptateir de Choquer mon verre centre tester
*•>» Panvre Reniai* 1 Mi fcenetfèf* - < .
— Samuel Aubry, dit le père de Genetièvey ne vote*» pas que Geneviève 4tonMs de ehegrin,
et que les souvenirs que tu lui rappelles en sons cause?
•~Vou* atea raison, maître Jean, dit Samuel Aubry ; aussi vafe~)e boire oe verre de cidre A la mémoire de mon pauvre coetfn Romain et n'en plus perler.»
En ce moment un eeep de rent ébranla ta mal* son; tout le monde se rapprocha du foyer; m coup retentit sur la porte.
« C'est le vent, dit maître Jean.
— C'est le vent, dit Samuel Aubry.
~~ C'est te vent, » dit la mère de Geneviève.
Geneviève ouvrit la porte et s'écria 2 • Cest Romain! » Elle tomba sur le carreau.
C'était en effot Romain, recueilli seul de son équipage par un bèument chargé pour nne lointaine destination : il arrivait d'Amérique.
les Mme se seminr et se ressemblent.
Depuis le retour de Romain, ses affaires avaient pris nne meilleere tournure; il avait établi nn parc sur la plage. Ce sont des perches plantées circulairement dans le roc; sur ces perches on tend dés filets : à la marée haute, la mer couvre la plage et cache tes perches; mais en se retirant, elle laisse dans les filets des poissons de toutes settès qu'on va ramasser à la marée basse.
Le parc de Romain foi avait rapporté assez d'argent, et ton allait publier ses bans avec Geneviève, quand arriva l'époque de la conscription.
Plusieurs jeunes gens du bourg forent désignés, et entre autres Samuel Aubry et Onésime Romain.
Les deux cousins forent également désespérés. Romain surtout se voyait enlever à. un bonheur qu'il allait atteindre après tant de traverses et de chagrins. Il fut écrasé et anéanti.
c Encore, dit-il, si Ton nous. menait sur la mer : c'est une vie, ce sont des dangers auxquels nous sommes habitués; mais faire de nous des soldats, nous faire manœuvrer avec de lourds fusils, avec des habits serrés et incommodes; nous entasser daps des casernes malsaines, nous, accoutumés à vivre dans le vent : c'est pour nous foire mourir. Et puis quitter Geneviève ; Geneviève que j^û eu le bonheur de revoir après un naufrage auquel j'ai échappé seul de tout un équipage. Quitter Geneviève!... Et si je reviens, revenir avec une jambe ou un bras de moins, et une balafre sur let visage. Me battre pour, des querelles dont jfignore la cause, et dont les résultats seront pour d'autres!» 1
Samuel Aubry formulait ses plaintes â pet^ près de la même panière; seulement la conclusion pour tous deux était différente.
c C'est bien triste d'être soldat, disait Samuel Aubry.
— Je ne serai pas soldat,» disait Onésime Romain.
A cette époque, c'était sous l'Empire, on ne laissait pas vieillir les jeunes soldats dans leurs foyers. On ne tarda pas à envoyer l'ordre de rejoindre le corps auquel chacun était attaché.
Romain était le plus triste de tous, et cependant seul il ne pleurait pas. Pendant que tout le monde était allé à la mairie prendre chacun sa feuille de route, Romain était allé attendre la nuit chez Geneviève. Au crépuscule, il gagna la falaise par des détours, descendit par une avallure taillée à pic dans la falaise, puis attendit dans une grotte que la mer fût tout-à-fait basse. Quand elle fut basse, il put passer au pied d'une partie de falaise qui s'avançait dans la mer; puis on n'entendit plus parler de lui.
Pour Samuel Aubry, i) fut soldat comme tout le monde : on le mit dans la cavalerie. Longtemps il ne pouvait s'empêcher de se retenir au pommeau de sa selle, à la crinière ou aux oreilles du cheval; puis il prit un peu d'aplomb. D'abord le bruit du canon le frappa de torpeur; s'il avait été seul, il se serait affaissé à la place où il était, sans avancer ni reculer ; mais son cheval suivait les autres, et les autres le poussaient. Puis l'odeur de la poudre et le bruit le grisèrent ; il tira son coup de mousqueton au hasard et en fermant les yeux.
Il finit par s'accoutumer à tout cela, et son colonel le prit pour son domestique; il pansait trois chevaux, cirait les bottes, astiquait le fourniment, et était exempt de service ; de plus, il ne sortait pas sans avoir la poche garnie.
Laissons-le cueillir des lauriers.
SIÈGE DE LA F Ai, M SE.
Un soir, des marins, en revenant de la pêche, aperçurent une flamme qui sortait de la falaise, à peu près à une distance du sol de 200 pieds. La flamme s'éteignit avant qu'ils eussent atteint la plage, et il leur fut impossible de reconnaître de quel endroit elle partait. Mais ils parlèrent de ce qu'ils avaient vu; d'autres pécheurs se rappelèrent avoir vu la même chose : on en causa ; les douaniers pensèrent que ce devait être un signal pour les contrebandiers; ils profitèrent du premier quartier de la lune, époue où il y a une marée basse vers dix heures u soir, pour observer sous les falaises. Plusieurs nuits se passèrent en observations mfructueuses.
Un matin, on vit un homme "sortir, avec de grandes précautions, de la maison de Geneviève, puis courir et disparaître par l'avallure qui conduisait sous la falaise d'amont.
On surveilla la maison de Geneviève, et plu-
sieurs fois on en vit sortir le même homuiey uri jour, on reconnut que cet homme était Onésime Romain. On sut bientôt que c'était également lui qui allumait du feu dans la falaise, où il s'était réfugié dans une grotte depuis le départ des jeunes soldats ; on envoya un exprès au sous-préfet pour savoir quelle conduite on devait tenir à son égard.
Romain, averti par Geneviève, passa trois nuits à entasser des vivres dans sa caverne, puis à rompre le chemin presque impossible qui lui avait permis de monter jusque là. Le jour où arriva l'ordre de s'emparer de Romain, il s'enferma dans sa retraite et n'en sortit plus. La nuit, Geneviève, au moyen d'une corde, allait lui descendre d'en haut de la falaise du pain et de l'eau. Mais on ne tarda pas à surveiller la pauvre fille de si près qu'elle lut obligée de cesser ses voyages nocturnes.
On fit avec des porte-voix plusieurs sommations à Romain de descendre : il répondit qu'il ne voulait pas être soldat ; on lui dit que s'il ne voulait pas descendre, on le prendrait et on le fusillerait : il répliqua qu'il aimait mieux mourir que d'être soldat. On tenta l'escalade, mais il n'y avait pas moyen d'arriver avec des échelles à une hauteur de 200 pieds; quelques soldats tentèrent de descendre avec des cordes du haut de la falaise ; mais Romain secouait les cordes et les exposait à se rompre les os. On fit avec la pioche quelques degrés dans la falaise pour la pouvoir gravir; mais Romain faisait tomber sur les travailleurs une grêle de pierres qui les décourageait. On en référa encore au sous-préfet, qui répondit qu'il fallait, pour éviter qu'un si dangereux exemple eût des imitateurs, s'emparer de Romain mort ou vif, à quelque prix que ce fût. On fit encore des sommations à Romain, puis on lui tira des coups de fusil. Romain, à chaque décharge, s'enfonçait dans sa caverne, puis ripostait par des pierres et des morceaux de roche. Il soutint ce siège pendant quatre jours.
Au bout de quatre jours, il manquait tout-àfait d'eau ; son palais et sa gorge étaient desséchés; une fièvre ardente l'épuisait; il songea qu'il fallait profiter de ce qui lui restait encore de forces pour aviser aux moyens de s'échapper; que s'il attendait encore un jour, il mourrait de faim et de soif, ou que la vigueur lui manquerait. On était à la pleine lune ; la mer, basse vers quatre heures, était à sa plus grande hauteur à dix heures ; il passa tout le jour à amasser des pierres.
Il faut ici que je vous fasse bien comprendre la
falaise.
En cet endroit, elle s'élève à 300 pieds de haut, c'est-à-dire à la hauteur de quatre des plus hautes maisons de Paris superposées, droite et lisse comme un mur. Une roche, haute à peu près de i 00 pieds, appuyée sur la falaise, s'avance de
10 à 4S pieds ters 1* mer. Quand Romain jetait des pieif es, les soldats se réfugiaient derrière eette roche.
Quand la mer commença à monter, Romain ne leur permit plus de séjourner en dessous de sa caverne; ceux qui s'y exposaient recevaient d'énormes pierres. Bientôt les lames vinrent frapper jusque sur la roche. Romain, alors, épuisa le reste de son artillerie ; on lui riposta par quelques coups de fusil, mais l'obscurité dégoûta bientôt les soldats de tirer au hasard ; ils se réfugièrent derrière la roche. La mer, alors, était arrivée à sa plus grande hauteur, c'est-à-dire qu'elle battait la roche et rendait le passage impossible. Romain, alors, descendit, s'aidant des pieds et des mains, profitant de la moindre pointe et de la plus petite anfractuosité, suspendu à 200 pieds d'élévation au-dessus des pointes de rochers ; marchant où les oiseaux seuls avaient pu marcher avant lui. Les soldats l'aperçurent ; mais la mer, qui venait jusqu'à la roche, ne leur laissait aucun moyen d'aller l'attendre au-dessous uc &<t uaverne; ils lui tirèrent des coups de fusil; Romain, avec un incroyable sang-froid, continua son chemin. Après quelques minutes, il disparut pour eux derrière la roche qui seule les séparait. Les soldats, éloignés de lui seulement de quelques pieds, ne le virent plus.
A peu près à la même heure, on vit dans l'ombre un homme se glisser dans la maison de Geneviève, puis en sortir presque aussitôt. Le lendemain, on trouva sur le galet la blouse et les sabots de Romain, que la mer avait rapportés. Depuis ce temps, on ne le vit plus. Quelques per-
Juisitions que l'on fit dans le pays, on ne put le écouvrir.