‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 80 sur 123 · HAUTS FAITS EN TOUS GENRES DE SAMUEL AUBE T · texte numérisé non relu

HAUTS FAITS EN TOUS GENRES DE SAMUEL AUBE T

Samuel Aubry menait cependant une vie joyeuse ; outre les lauriers, il cueillait aussi des myrtes.

Dans les villes de garnison, une foule de femmes négligeaient leurs enfants et leurs maris; leurs maris, beaux, probes, estimés; leurs maris, qui travaillaient durement pour leurs besoins et leurs caprices, elles les oubliaient souvent pour ce soldat médiocrement bâti, n'ayant de propre que ce qui est exposé à la vue du sergent ou du maréchal-des-logis, parfumé d'eau -de -vie et de mauvais tabac. Car les femmes, en général, aiment à justifier ce lieu commun mythologique de la tendresse de Vénus pour le dieu des combats.

Un jour, l'escadron de Samuel Aubry reçut Tordre de charger sur un bataillon carré; mais, * selon l'usage, ils devaient faire un demi-tour à gauche dès qu'ils seraient à portée de fusil. L'officier qui commandait l'escadron avait un cheval Tome IL

rétif et emporté ; il s'enivra du Droit des trompettes et de l'odeur de la poudre, se lança le nés au vent, et son cavalier ne put réussir à lui faire faire le demi-tour à gauche. Les autres chevaux suivirent le premier. Samuel, se croyant mort ou au moins dangereusement blessé, embrassa le col de son cheval et s'abandonna au hasard. Le bataillon fut enfoncé. Trois croix d'honneur furent données à l'escadron. Samuel en eut une.

'v GEIfEVIÊVU*

Cependant Geneviève fuyait toute société. Elle produisit un écrit de Romain par lequel il lui donnait ses seines, ses applets et tous ses filets. Geneviève les mettait sur les bateaux pécheurs lors de leur départ, et à leur retour elle avait droit à un ou deux lots, selon qu'elle avait confié à tel ou tel bateau plus ou moins de filets.

Elle fit réparer sa petite maison; elle acheta une vache et eut une domestique. Tous les garçons la courtisaient et la voulaient épouser. Mais elle répondait sérieusement qu'elle ne se marierait pas. Il n'était bruit que de sa sagesse ; même à la fontaine, où se contaient toutes les histoires du pays, on ne lui prétait aucune intrigue. Cependant on finit par voir que Geneviève était enceinte. Elle accoucha, et ne trouva qu'à grande peine un parrain et une marraine pour son ea« fant, qui tut baptisé sous le nom d'Onésime, fils de Geneviève, père inconnu... — Le père de Geneviève lui-même ne la voulut plus voir. Néanmoins Geneviève ne se désespérait pas.

Arriva 1814. Le corps d'armée où servait Samuel Aubry fut licencié. Samuel Aubry revint dans ses foyers avec deux ou trois camarades, seuls vivans d'une douzaine qu'ils étaient partis d'Etretat. Leur retour fit la plus vive sensation. Samuel, surtout, chevalier de la Légion-d'Hontneur, fut incroyablement fété. Tous les honneurs furent pour lui. Son morceau de pain bénit, à l'église, n'était pas de beaucoup moins gros que celui du dépositaire de l'autorité municipale

Une amnistie fut proclamée dans le même temps pour lesdéserteurs et pour les réfractaires. Un matin, Onésime Romain conduisit Geneviève à la messe et lui donna son nom. Onésime était bien changé, il avait tant souffert pendant quatre ans!

Cependant le bonheur ne tarda pas à rétablir sa santé; il travailla avec courage et succès.

Quand on sut que Romain était le père de l'enfant de Geneviève, et que, s'il ne l'avait pas épousée plus tôt, c'est qu'il ne pouvait se montrer sans s'exposer à être pris et fusillé, personne n'eut plus rien à dire sur la vertu de madame Romain.

MADAME EOMAIR.

Samuel Aubry vivait de sa croix et d une petite ferme que lui avait laissée son père.

PRAKCE maaitimê.

Itôfuàiidt ét CéHèviètë tivàiènt dë lèUl1 travail.

Cotofoe te savent tous les pécheurs, ta pêche du harehg manque tons lés aus depuis fa déchéance de l'empereur Napoléon ; ce n'est main- Ifch&ht que par petites colonnes qu'ils passent sur nos côtés. Les vieux pécheurs normands racontent avec enthousiasme que, sous le règne de Napoléon, on ne se donnait pas toujours la peine de tendre les apptets; qu'on prenait les harengs avec des seaux; que les marnes flamandes, grandes mauves blanches aux ailes noires, qui suivent lès bancs de harengs, étaient si nombreiftes, Qu'elles venaient prendre les harengs jusque éur les bateaux, ét que pour les écarter en émit forcé de les abdttre i coup* dé bâtori. * Ah 1 ajoutent* Ue, quaUd nous revenions le matin au soleil Jetant, nos palletots étaient tout couverts d'écaillés de harengs» véritables pitoêê d$ diœums, Aujourd'hui les kim /chiens dé tner) nous ihangent les harengs et les seiies. II est impossible de leur faire admettre k ce changement de route des harengs d'antre raison que l'exil de l'Empereur. Il n'y a rien d'égal k leur Vénération pour sa mémoire, si cé n'est leur haine pour les chiens de mer i il y a dans leui1 manière de prononcer le tnot kienê quelque chose dé féroce à la fois et de dédaigneux. Il faut dire qfcé les chiens de mer teur font un grand tëtt. Rien n'est si simple que les.applets destiééè à ta pêche du hareng t ce Sont île longues pièces de Met tendues, tirées en bas pfcr des pierres, soutëiraes en haut par des barriques vides. Lé poisson qui marche étt colonnes serrées trouve nn obstacle èt veut le forcer * sa tête passe è travers les mailles, mais lé ventre 1 arrête ; il tente alors de reculer et se trouve pris par les ouïes. Les ékiem qui tes poursuivent n'ont qu'à choisir, et ils choisissent Si bien, que tes pécheurs friands ne mangent que les poissons fen partie dévorés qu'ils appellent bôtafom. Quelques bien* se prennent dans les seines* et alors chaque homme de l'équipage vieut à son tour prendre le captif par la quetie et lui frapper la tête sur le bordage; ensuite un pécheur lui ouvre le ventre et en tire, avéc deux ou trois petits MeHs tivans, des harengs entiers et à moitié mangés.

Cependant Romain, que plusieurs pêcheurs d'Etretat ont parfaitement connu plus audacieux "et plus aventureux que ses compagnons, trouvait toujours moyen de faire bonne pèche : il lui eut été si pénible de voir Geneviève supporter la moindre privation. Plusieurs fois il s'exposa à une mort presque certaine en sortant seul, par un gros temps, parce que Geneviève désirait un bonnet neuf.

La pèche finie, dans les longues soirées d'Mver, on se rassemblait quelquefois pour fumer et cJUnger db* rôties au cidre, tantôt chez Romain, tantôt cheç un autre. Dans les oommencemens on aimait k faire raconter à Romain tout ce qu'il

avait souffert et ttsè pottf échappé* I » WttcMp*

tiori.

Les plus audacieux marins s'étonnafctti, ét Geneviève était flère et heureuse éU pensant <pie c'était pour elle que son mari avait fait dé tell prodiges.

Mais venait ensuite le tour dé cent qui avalent èérvi. ils étaient on ne peut plus enorgueillis dé la gloire qu'on tes avait forcés d'acquérir; ehacutt d'eux croyait avoir gagné la bataille où il avait en peur. Lès exagérations les plus grotesques trouvaient de crédules auditeurs. Pouf Samuel Àubry, il affirmait que son portrait était sur la colonne de la ptace Vendôme, formé d*tin canon qu'il avait éhlevé tout seul.

Les anciens militaire* s'arrogeaient entré eut une incontestable supériorité sur ceux qui U*a* Valent pas servi; ils avaient la parote daUs lei assemblées, désignaient lès santés, prenaient des airs séducteurs avec les femmes, et gognenafds avec les maris; ils ne permettaient à personne la moindre contradiction ni le moindre douté.

Geneviève elle-même, à force d'entendre chanter des refrains plus bu moins guerriers et patriotiques, tels que : Àh! au* (M est fier d*être Français, auand on tegardê lu Colonne, OU Frafi çais et militaire, ou Français et fier de Vitre, etc., Geneviève se surprit par momèns k regretter que son mari n'eût pas fait comme tout le monde et n'eût pas été soldat.

Romain finit aussi par ètré honteux dé s'être dérobé au service militaire; il prit son prodigieux courage et sa résolution pour une lâcheté.

Un jour d'été il partit §>our la pèche du maquereau ; il n'avait qu'une petite barque, et deut hommes seulement l'accompagnaient. A peine eurent-ils gagné le large, que le vent tomba tout-àcoup. Le maquereau se prend avec des lignes qii*on laisse traîner k l'arrière du bateau, tandis qu'on court des bordées à toutes voiles. Pour la pèche du maquereau, on sort d'ordinaire par un vent d'est, parce qu'il se soutient mieux que tout autre, et qu'un vent un peu frais est indispensable pour le succès de cette pèche. 11 fut obligé de virer de bord et de revenir ; mais il avait à relever ses filets qu'il avait tendus la veille pour le* homars; l'occasion était d'autant meilleure que le vent d'est par lequel il était parti l'avait fait naturellement dériver en aval du côté du Havre. C'était presque au-dessous de la Courtine, vieille fortification ruinée au-dessus de la falaise » que Romain avait tendu ses derniers filets ; la mer était basse ; il suivit le chemin sous la falaise, relevant ses filets, et donnant le butin k ses deux oempagnoos oui conduisaient la barque à une demi-portée de fusil du bord. Quand il eut relevé le premier filet, il laissa sés hommes continuer le chemin par la mer, et lui suivit la falaise. Il faisait un soleil dévora tu. Arrivé k une profonde caverne, k laquelle une tradition

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FRANCS MARITIME

a donné le nom de Trou à l'Homme, il y entra pour se reposer un moment.

Il n'y a rien de si beau que ces grottes que l'on trouve à chaque instant dans les falaises. Le bas est revêtu d'une roche blanche semblable au plus beau marbre; la voûte est toute tapissée d'une sorte de mousse d un lilas rouge, qui dans l'ombre semble, par ses riches reflets, une immense tenture de velours violet; des angles des roches pendent des algues et des warecks, sombre verdure de l'Océan, qui paraissent d'abord noirs, et, vus en transparent, sont des plus belles nuances de vert, de violet et de pourpre.

Romain tira sa gourde et but un peu de genièvre, puis il se disposa à se remettre en route.

Mais au fond de la grotte il entendit un murmure singulier.,.; il avança, ce bruit indiquait une causerie intime et tendre.

t Partons, dit-il, voici deux amans que je gênerais.» Cependant il s'arrêta encore au bord de la grotte, la fraîcheur était si agréable I H tira sa pipe, battit le briquet et fuma.

Le temps passe vite pour les fumeurs. Si vous m'accordez ceci, vous admetti ez qu'il passe encore plus vite pour les amans. Le soleil descendit derrière la haute aiguille placée presque devant le Trou à l'Homme. Romain resta à le regarder coucher. Néanmoins la mer montait, et comme il s'était élevé un fort vent de S.-O., les lames venaient par moment jusqu'à l'entrée de la grotte. 11 allait partir, mais une pensée le fit rentrer dans la grotte.

• Oh la, eh ! — cna-t-il, — mes tourtereaux. la mer monte. »

Mais à sa voix répondit un cri d'effroi et d'angoisse.

Romain se précipita au fond de la grotte. Une lutte s'engagea dans l'ombre, puis Romain sortit avec Geneviève. Tous deux étaient horriblement pâles. Personne ne sortit derrière eux. Romain jeta son couteau à la mer.

Le lendemain, Romain avait disparu. La mer apporta sur le galet d'Etretat le cadavre de Samuel Aubry.

Plus en amont, non loin d'Etigues, au-dessous de l'endroit où Romain avait autrefois soutenu le siège, on trouva encore ses sabots et sa blouse; mais cette fois il y avait dans la blouse un corps brisé et en lambeaux.

Geneviève prit le deuil. Ce deuil extérieur pour Romain lui permettait de pleurer Samuel Aubry.

Il y a tant de morts qu'on pleure comme le lierre qui, après avoir étouffé un arbre, pare sa tete morte de vertes guirlandes.

Alphonse Kami.

TRAIT D'AUDAGQ

PU ÇOMTE ftE FORBJW ,

DAMS LE GOLFE DE VENIS£.

Le comte de Forbin , an des marins les plus célèbres du règne de Louis XIV, avait déjà rendu d eclatan* services à la France, lorsqu'il fat promu au grade de capitaine de vaisseau. Décoré de ce titre, il ne songea plus qu'à se couvrir de lauriers, et nous le voyons dans plusieurs circonstances faire admirer son courage et son habileté. La Hogue et une foule de petits combats contribuèrent beaucoup à l'illustrer; mais ce sont surtout les beaux faits qui le distinguent dans l'expédition du golfe de Venise, qui l'ont rendu fameux et lui font occuper, à juste titre, un rang éminent dans l'histoire de la narine française.

En 1701, les prétentions de Louis XIV à la succession d'Espagne avaient aimé contre la France, l'Autriche, l'Angleterre et la Hollande. Forbin reçut l'ordre de prendre à Toulon le commandement d'une frégate de 12 canons, et d'aller croiser dans le golfe Adriatique. Le prince Eugène avait fait passer une armée en Italie, pour s'opposer aux troupes françaises dans le Milanais; et comme il tirait principalement ses vivres des villes de Fiume , Trieste et Bucari , Forbin devait empêcher les vaisseaux vénitiens d'approvisionner ces villes. La France était en paix avec la république, aussi n'avait-on envoyé au chevalier de Forbin que des instructions trèa-restreinjes. Hais la perfidie des Vénitiens augmentait de jour en jour, et Forbin se décida à brûler tous les vaisseaux qu'il rencontrerait. Les succès qu'acquérait chaque jour l'illustre marin, le blocus de Trieste, qui retenait un convoi considérable, inspirèrent une telle frayeur au prince Eugène et aux Vénitiens, que l'ambassadeur de l'empereur, à Vpqise, se décida à faire travailler en secret à l'armement d'un vaisseau anglais de 50 pièces de canon. Ce bâtiment devait attaquer le chevalier de Forbin, et par cette diversion donner le temps au convoi de sortir de Trieste.

Forbin en fut averti. En vain représenta-t-il au maréchal d'Estrées que ce vaisseau ferait un tort considérable au service du roi (car que pouvait-il faire contre nn vaisseau aussi puissant avec deux petites frégates de 8 et de 16). Ses avis furent méprisés; les Vénitiens obtinrent même que Ton fit retirer Forbin dn golfe Adriatique. Cependant Louis XIV, satisfait des services du comte, préparait à Toulon un armement cônsi" dérable pour le secourir. Forbin né demanda'

qu'un vaisseau de 80 pièces» l'obtint, et renvoya à Toulon les deux frégates qu'il commandait. Avec des forces aussi imposantes, Forbin ne tarda point à faire dans le commerce des Vénitiens un ravage affreux. Un vaisseau de 50 pièces tomba en son pouvoir et fut brûlé. Bientôt les Vénitiens n'osèrent plus sortir; le vaisseau anglais lui-même resta dans ce port de la république, et Forbin, désespérant de le rencontrer jamais, conçut l'audacieux projet d'aller le brûler dans le port de Venise, à la barbe de ses babitans.

L'entreprise était hardie. Il fallait de la diligence, de la discrétion et un courage à toute épreuve ; mais aucune de ces vertus ne manquait au chevalier, et une attaque aussi périlleuse n'était pour lui qu'une action ordinaire. Forbin communique son dessein à ses officiers qui l'approuvent, et bientôt il arrive devant Venise. Entrer dans le port avec un vaisseau de 80 eût été une imprudence; aussi notre habile marin se contenta-t-il de faire mettre à la mer ses deux chaloupes et un canot , y fait descendre les meilleurs hommes de son équipage, leur fait mettre au chapeau des cocardes blanches pour les reconnaître dans l'obscurité, et se dirige vers le vaisseau anglais avec trois embarcations qui ne portaient que cinquante hommes, mais valeureux et capables d'un coup hardi.

La mer était calme, l'air pur, et la lune promenait sa lumière argentée sur les flots : il était à peu près minuit lorsque le comte entra dans le port. Tous les Vénitiens n'étaient point plongés dans le sommeil ; quelques-uns veillaient encore, et c'est alors qu'il fallait redoubler de ruse et de discrétion. Forbin rencontre d'abord une petite barque, dans laquelle deux hommes péchaient; ils auraient' pu trahir l'expédition. Pour n'être point reconnu, le chevalier feint d'être de la suite 1 du vaisseau anglais, assurant qu'il avait été dépouillé par les Français, c Ah ! le chien de chevalier de Forbin, > lui répondirent-ils. Deux ennemis avaient été trompés, mais on ne découvrait point encore le vaisseau anglais. Plus Forbin avançait, plus les barques vénitiennes semblaient se multiplier ; mais le profond silence que gardaient les Français ne leur inspirait aucun soupçon. Bientôt le comte reconnaît le vaisseau anglais à un grand lion doré qui ornait l'arrière de sa poupe; il l'aborde et ne répond point aux cris de la sentinelle, puis, apercevant que deux sabords de la Sainte-Barbe étaient ouverts, il donne ordre à cinq ou six hommes de s'y précipiter ; ceux-ci donnent l'alarme les premiers. Forbin s'élance sur le pont, la baïonnette au bout du fusil: tTuez! tuez! » s'écrie-t-il. A ce signal, tous ceux que l'on rencontre sont massacrés. Forbin, qui sent le besoin de se signaler, se précipite sur le gaillard d'arrière, s'empare de la grande chambre et de celle où étaient déposées les armes. Quelques malheureux accourus à demi vêtus tombent sous

ses coups, et bientôt l'entreprise de Forbin va

être couronnée de la victoire.

Cependant un vaisseau aussi vaste, un colosse aussi immense n'était point encore vide de soldats ennemis; il fallait poursuivre la conquête; mais rien ne pouvait résister à des Français. Déjà les chambres étaient prises et plusieurs Vénitiens massacrés; une seule partie du vaisseau n'avait point encore été parcourue : c'était la chambre du conseil, dans laquelle s'étaient barricadés le capitaine du vaisseau, son gendre et ses deux fils, en s'y défendant avec vigueur. Déjà plusieurs soldats de Forbin étaient tombés sous leurs coups; mais il était important pour les Français de les contraindre au plus tôt à se rendre, de peur qu'un des bâtimens qui encombraient le port, ne vint porter du secours. Le chevalier sm dirige aussitôt vers la chambre, suivi de quelques soldats, envoie chercher une hache, des grenades, etbientôt une ouverture est pratiquée dans la cloison. Le capitaine, épouvanté par l'explosion des artifices, se rend à discrétion, et Forbin est maître du vaisseau.

Cette brillante expédition n'était point encore entièrement accomplie. Pour en retirer une satisfaction entière, il ne restait plus au chevalier qu'à mettre le feu au vaisseau. Des planches de coffre furent rompues ; trois feux furent préparés avec des chemises soufrées, et Forbin y mit lui-même l'incendie. Bientôt le vaisseau fut tout embrasé; les flammes, se réfléchissant sur les flots, jetaient la consternation dans Venise. Le trouble et l'effroi y augmentèrent, car, le feu ayant gagné l'intérieur du vaisseau, les canons qui s'y trouvaient chargés commencèrent à partir de tous côtés avec un horrible fracas. Enfin le feu prit aux poudres, et l'explosion, en mettant en pièces cette masse énorme, fit jouer au milieu du port la plus épouvantable mine qu'il soit possible d'imaginer. La mer fut bientôt couverte de débris, et le comte de Forbin se retira avec vingt-sept prisonniers, le capitaine et ses fils. Tel fut le trait de courage, par lequel s'illustra le comte de Forbin dans la mer Adriatique , trait de courage qui seul mériterait de lui faire occuper un rang distingué parmi les grands hommes de mer.

Àlfred-Elie Lefebvre.

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