DESCENTES FAITES 00 TENTEES
"Bit ANGLETERRE.
Alfred le Grand, qui régnait vers le ixe siècle, est le premier roi d'Angleterre qui ait opposé quelque résistance aux ennemis qui ont traversé la mer pour attaquer cette île.
Edgar, vers la fin du x« siècle, devint plus puissant sur la mer. Depuis son règne, il y a eu vingt-quatre invasions ou tentatives majeures, sans compter quelques petites expéditions avec
succès variés» mais qui n'eurent aucurté &Uite très-fâcheuse*
Première. — Guillaume, duc de Normandie» part des côtes de ce duché» avec une flotte de neuf cents voiles. Il débarque toutes sés forces» sans opposition, à Pemsay» en Sussex, le 99 septembre 1066; et une seule bataille, qu'il gagne près d'Hasting» sans avoir aucun parti dans le royaume, lui en assure la conquête»
Deuxième. — Robert, fils ainé de Guillaume, et duc de Normandie, entre en Angleterre, en 1101, par Portsmouth» sans éprouver de résistance, et il v trouve un parti prêt à se joindre è lui. Cependant l'arche vôque Anselme harangue l'armée avec tant d'éloquencè» qu'il l'entraîne dans le parti de Henri I««\ frère de Robert» II porte les soldats à lui renouveler le serment qu'ils lui avaient déjà prêté» et l'entreprise de Robert échoue» Les deux frères font lë paix.
Troisième. — Maud» fille de Henri Iw, èt venté de l'empereur Henri V» arrive en Angleterre, l'an 1139, avec cent quarante hommes. Les barons, mécontens» la joignent avec Une foule de peuple. Une guerre civile s'allume; on exerce des deux côtés les plus Cruelles barbaries. La fortune» pendant sept ans» se partage et varie beaucoup s enfin le parti de Maud s'affaiblit» et elle retourne en Normandie» en 1146,
Quatrième. — Isabelle, femme d'Edouard II» débarque à Harwich, le 28 septembre 1336» avec une armée qu'elle y conduit du Hainaut; elle y est renforcée par les ennemis des Spencer. Elle se saisit de son mari, et le force de remettre là couronne à son fils» le 22 janvier 1327*
Cinquième. — Le duc de Lancastre ést rappelé en Angleterre, pendant l'absence de Richard II, qui était alors en Irlande. Il part avec trois vaisseaux, montés seulement de quatre-vingts soldats. Avec cette poignée d'hommes, il descend à Ravenspup, dans le comté d'York, au mois de juillet 1399, et il y est joint par un très-fort parti. Le roi revient, et ne 6e trouvant pas en état de lui résister, il lui remet 6a couronne le 30 septembre»
Sixième. — Sous le règne du malheureux Henri VI, les Français débarquent en Angleterre, le 28 août 1467. Ils prennent et pillent la ville de Sandwich, dans le comté de Kent, et s'en retournent chargés de butin. Jamais expédition de ce genre, au rapport des historiens, ne fut ni mieux concertée, ni mieux exécutée.
Septième. — La fèmmede Henri VI partde France , en 1462, avec un petit nombre de vaisseaux et cinq cents hommes. On l'empêche de débarquer à l'embouchure de la Tyne ; elle perd une partie de son monde» mais elle débarque enfin à Berwick, d'où, renforcée par les Ecossais, elle pénètre en Angleterre. Ses troupes sont défaites à Exham; et elle fuit avec son mari en Ecosse. Edouard IV conclut une trêve avec le» Écossais,
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ce qui oblige la reine * regagner le comment, Henri VI se cache en Angleterre; il y est bientôt découvert et renfermé dans la tour de Londres, en 1463,
Huitième. — Le comte de Varwck part de France, en 1470, à la tête d'une flotte bien armée ; celle du dun de Bourgogne, qui l'attendait à l'embouchure de la Seine, pour l'intercepter, est dispersée par la tempête, la veille du départ du qomte. Celui-ci débarque à Dartmouth, où il trouve du renfort. Il chasse Edouard IV d'Angleterre, et délivre Henri VI de sa captivité ; le 26 novembre suivant. Edouard (V est déclaré convaincu de haute-trahison.
Jfemième. — Le même Edouard IV part, eu 1471, avec dix-huit vaisseaux et deux mille hommes, que lui fournit le duc de Bourgogne. Il voulait débarquer à Norfolk; mais la côte étant trop bien défendue, il débarque a Ravenspur, et donne la bataille de Barnetfield, qui lui fait recouvrer la fouronnet
Dixième. La femme de Henri VI revient «ne seconde fois, avec une flotte et des troupes françaises. Elle débarque, en 1471, à Weyraouth, ftù elle apprend la défaite de Warvick, et se retire d'abord dans une abbaye» Ensuite son parti l'encourage à faire quelques tentatives» mais elle perd la bataille de Tewkesbury.
Onzième, — En 1484, le comte de Richmond s'embarque en Bretagne avec quarante bàtimens et cinq mille hommes. Sa flotte est dispersée par la tempête : son vaisseau est le seul qui aborde en Angleterre, dans le comté de Dor*set» et le comte a le bonheur de se sauver.
Dwtième, — • Le même revient Tannée suivante, avec assez peu de monde. Il débarque à Hiiford-Haven. dans le pays de Galles, sans y trouver d'opposition, parce que Richard UI en avait retiré sa flotte. Ricbmond se fait suivre par un nombreux parti. Il marche vers Londres, rencontre Richard IU à Bosworthfeld, remporte tur lui une victoire complète, et s empare de la •ouronne le sixième jour après son débarquement.
Treizième. — Lambert Simnell, gui prétend, comme comte de Warvick, être l'héritier de la maison d'York , est reçu comme roi en Irlande, l'an 1486. La duchesse de Bourgogne envoie à son secours deux mille hommes : il débarque, l'an 1487, à Towdray, en Lancasbire, Il se fait peu de partisans, et est défait h la bataille de Stock, près de Newark. Il y est fait prisonnier, et réduit à son premier état de marmiton.
Quatorzième. — - Perkin Warbeck, se disant duc d'York, fils d'Edouard IV, est reconnu comme tel à la cour de Bourgogne et par les Irlandais. Il fait ses premières tentatives du côté de KenU et ne peut y débarquer. En 1495, il entre en Ecosse, y est reçu par le roi Jacques, gui, l'année suivante, passe avec lui en Angle-
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terre. Comme personne ne se joint à eux, Us se contentent de piller, et regagnent l'Ecosse,
Quinzième. r~ Perkin, obligé de quitter l'Ecosse, passe en Irlande, où il est encouragé par les ennemis de l'Angleterre. En 14U7, il ose, avec cent quarante hommes et quatre petites barques, faire une descente à Cornwall. Son entreprise sur Exeter ne réussit pas ; il abandonne son armée, quoique forte alors de sept mille hommes, se réfugie à Beuly, et se rend au roi, Après avoir servi de jouet à toute la cour, il est mis au pilori, et pendu à Tiburn, en 1499.
Stfûtrfm*.— Philippe II, roi d'Espagne, rassemble, en 1588, une flotte de cent trente-quatre bêtimenSt et une armée de vingt mille hommes, à qui le due de Parme devait en joindre cinquante mille* Son projet, en rassemblant des forces si considérables, n'était pas moins que de conquérir l'Angleterre, La reine Elisabeth avait une flotte à Plymouth et une autre de quarante b&timens sur les côtes de Flandre pour s'opposer au duc de Parme. Vingt mille hommes gardaient les côtes, vingt-trois mille étaient campés à Tilbury, et trente~six mille étaient auprès d'elle pour la défense de sa personne. La flotte espagnole, après avoir essuyé une tempête, s'approche des côtes d'Angleterre, du côté de Calais. Howard et Seymour la suivent de près, avec cent quarante vaisseaux, et l'attaquent avec des brûlots d'une nouvelle invention. Les Espagnols sont obligés de se retirer précipitamment : dans leur fuite, ils sont encore battus par la tempête, et ne revoient les côtes d'Espagne qu'avec un tiers de la flotte avec laquelle ils étaient partis.
Dix-septième. — Charles II s'embarque, le 12 juin 1650, avec une petite flotte, sur les côtes de Flandre. Il échappe à tous les vaisseaux qui l'attendaient, et débarque, le 93 du même mois, au nord de l'Ecosse, qui se déclare pour lui; il y rassemble une armée d'environ vingt mille hommes. Cromwell, général des troupes parlementaires, vient au-devant de lui, force son camp & Dumbar, le l*r septembre même année, et s'empare d'une partie de l'Ecosse. Charles II veut essayer ses forces en Angleterre, et passe par Stirling. Cromwell le suit avec une armée trèssupérieure, et remporte sur lui une victoire complète à Worcester. Le roi, au travers des plus grands dangers, regagne son vaisseau à Shorcham, et débarque le même jour, 18 octobre, sur les côtes de Normandie.
Dix*huitième. ~- Le duo de Monmouth part du Texel, le 34 mai 1685, avec un seul vaisseau de guerre de trente-deux canons, deux allèges et quatre-vingt-deux soldats. Il trompe la vigilance des vaisseaux ennemis qui épiaient son passage; il débarque à Lyme, le 11 juin, y rassemble du monde et y apprend avec douleur la défaite du comte d'Argyle, qui était de son parti. H va au-devant de l'armée royale, l'attaque à Sedge-
more, le 6 juillet, est battu, fait prisonnier, et décapité le 15 du même mois.
Dix-neuvième. — Le prince d'Orange part de Briel, le 49 octobre 1688, avec une flotte de cinquante vaisseaux de guerre, vingt-cinq frégates, vingt-cinq brûlots, et près de quatre cents bâtimens de transport, pour quatre mille chevaux et dix mille soldats qui l'accompagnaient. Us sont dispersés par une tempête, mais ils se rassemblent à Helvoetsluys, et se remettent en mer. Quoique cette flotte formât une chaîne de sept lieues de long, et que le trajet fût de plus de six heures, elle passe, à la faveur des brouillards, au travers d'une flotte anglaise de soixante-et-une voiles ; le môme vent qui la conduit à Torbay em-
Eêche la flotte anglaise de la poursuivre. Les [ollandais débarquent, le 4 novembre, sans trouver aucune résistance. La plus grande partie de l'armée du roi Jacques l'abandonne, et Guillaume monte sur le trône, sans avoir essuyé de combat.
Vingtième. — Jacques II part de Brest, le 12 mars 1689, sur une flotte française composée de quatorze vaisseaux de guerre, de six frégates et de trois brûlots, et prend terre à Eingsale, en Irlande; ses partisans se réunissent à lui, la France lui envole un secours de quarante mille hommes. Ce prince perd beaucoup de temps aux sièges infructueux de Londonderry et d'Enniskillen. On envoie contre lui une armée fort inférieure en nombre. L'année suivante, 1690, le roi Guillaume passe en Irlande, à la téte d'une autre armée, et gagne la fameuse bataille de la Boy ne, le 1er juillet. Le roi Jacques fuit vers Dublin, et se retire en France sur un vaisseau de cette nation.
Vingt-unième. — En 1692, ce même prince se rend à la Hogue en Normandie, où il trouve une nouvelle armée d'environ vingt mille hommes, qui devait s'embarquer sur quarante à cinquante vaisseaux de guerre, et trois cents bâtimens de transport prêts pour la descente. Les vents contraires les retiennent au port pendant un mois. A peine sont-ils en route, que l'amiral Russell vient au-devant d'eux, à la tête des flottes d'Angleterre et de Hollande réunies, ce qui faisait environ le double des forces françaises. Le roi Jacques est battu; les Anglais prennent sept vaisseaux français, et en brûlent quatorze dans la baie même de la Hogue. Le roi Jacques, après cet échec, retourne, pour la dernière fois, à Saint-Germain.
Vingt-deuxième. — Le prétendant s'embarque àDunkerque, le 17 mars 1708, sur une flotte française de vingt-six vaisseaux de guerre, la plupart de 40 canons, avec six mille hommes. L'amiral Georges Byng était sur les côtes de Flandre, avec une flotte de quarante voiles, pour observer les mou vemens des Français; ceux-ci veulent prendre le large ; Byng va les attendre devant Edimbourg, ou ils se rendent. A l'aspect de sa formidable flotte, les Français reculent; Byng les poursuit, et leur
prend un vaisseau. Les vents contraires les empêchent de se retirer à Inverness ; ils sont obligés de revenir à Dunkerque, après avoir essuyé beaucoup de mauvais temps, et avoir perdu quatre mille hommes.
Vingt-troisième. — Le comte de Marr passe en Ecosse, dans l'automne de 1715, pour y exciter une rébellion; elle éclate bientôt après. Le prétendant y est proclamé, ainsi qu'au nord de l'Angleterre. Cependant les Ecossais sont battus à Dumblaine, le 13 novembre, par le duc d'Argyle. Les rebelles, enfermés dans Preston, se rendent au général Carpentier. Le prétendant arrive incognito en Ecosse, sur un petit bâtiment, avec six personnes de sa suite ; il se rend à Peterhead, entre dans Perth, et, après avoir été poursuivi, il se retire en France, sur un vaisseau de cette nation, au mois de février 1716.
Vingt-quatrième et dernière. — Le fils atné du prétendant part de Bretagne, sûr une frégate de 18 canons, le 14 juillet 1745. Il est ensuite joint par un vaisseau de guerre de 66 canons, qui est rencontré et combattu par le capitaine Brett. Le prince arrive, sur la frégate, en Ecosse : son parti se grossissant à mesure qu'il avance, il entre dans Perth le 4 septembre, et dans Edimbourg le 17; il défait Jean Gope à Preston le 21 ; il assiège le château d'Edimbourg le 1er octobre, et est forcé de lever le siège le 5. Le reste du mois, il n'arrive rien de considérable. Le prince passe le mois suivant la Tweed; il prend Garlisle, et pénètre jusqu'à Derby, le 4 décembre. Le duc de Gumberland et le général Wade vont au-devant de lui, avec des forces beaucoup plus considérables; il est obligé de quitter Derby, et de se retirer en Ecosse, où il rassemble ses partisans. Le 8 janvier 1746, il met garnison dans Stirling; le 17, il gagne Falkirk ; le duc de Gumberland se met en marche le 25 janvier, fait fuir devant lui l'ennemi, et entre dans Stirling le 2 février. Les Ecossais tentent vainement le siège du fort Guillaume, et sont totalement défaits à Gulloden le 16 avril. Dans cette dernière tentative de la maison de Stuart, le peuple prit la fuite à la vue d'une poignée de braves ; et une troupe de montagnards écossais marcha sans obstacle, et pénétra jusqu'au centre du royaume. Dans une guerre où l'on craignait une descente des Français, un particulier fit cette déclaration naïve : t Quant à » moi, je ne suis pas soldat, ainsi je ne risque » rien d'avouer que je ne suis pas brave. Voici » ma bourse pour le service de ma patrie ; si les » Français viennent, je paierai; mais bien fin qui » m'obligera à me battre. »
On voit que, de vingt-quatre entreprises, il y en eut huit ou neuf où l'ennemi a débarqué sans trouver de résistance ; deux, où l'ennemi, nonseulement n'a pu aborder, mais encore a été battu (ce sont la seizième et la vingt-deuxième ),
FRANGE MARITIME
une autre, où les troupes débarquées ont été repoussées; une, où les vents seuls s'en sont mêlés, et ont Gombattu pour les Anglais. A l'égard des dix ou onze autres expéditions, ceux qui les ont entreprises sont des téméraires qui se sont glissés avec un ou deux bâtimens, et qui n'ont introduit que peu de monde en Angleterre.
Nous ne parlerons point ici de l'expédition qui fut tentée en Irlande, sous le Directoire, pour, de là, faire une invasion en Angleterre; cette expédition échoua par un concours de circonstances malheureuses.
VARIÉTÉS