‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 85 sur 123 · DESSIN^ PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

DESSIN^ PAR LUI-MÊME

Dans lesdferniers jours d'octobre 1834, j'étais au palais duoal de Gênes, occupé ft dessiner quelques vaisseaux et gfclèrés du xvr* siècle > dV près les tableaux curieux qui ornent une des salles de la municipalité, quand ma bonne fortune m'adressa M. Bacigalupo, employé de l'administration décurionale de la ville. Il n'avait ja* mai* vu personne prendre intérêt à ces vieilles peintures nationales; il tte soupçonnait pas qu'on pût venir de France pour les voir, les étudier et leur emprunter des formes singulières de navires ; je crois donc qu'il fut touché du soin religieux que j'apportais à mon travail de copiste, et qu'il mé sut quelque gré de n'avoir point passé devant les vieux monumens de l'art naval génois comme font tous les étrangers, sans daigner y jeter un doup-<d'œil. Quoi qu'il en soit* èe jeune homme fort aimàble me fit un accueil plein de politesse, et quand j'eus achevé mon dessin, il me proposa de Visiter la salle où délibéré le conseil des sénateurs.

Cette galle n'est rien par elle-même ; sa décoration très-simple n'est point remarquable. Une grande table verte, des fauteuils, un cornet triple pour le scrutin, un buste assez médiocre du roi, et tyi petit monument élevé à Cristophe Colomb, composent l'ameublement et l'ornement de cette pièce.

C'était surtout la oolonne, et le buste de Colomb qu'elle supporte, que H. Bacigalupo voulait me montrer.

La colonne est courte* ornée de feuillages et Chargée d'une inscription latine élégamment tournée, qui apprend au lecteur que, dans un coffret servant de base à l'image de Christophe, sont conservés des papiers et des lettres importai pour l'histoire du mptitor foll' America.

La porte du coffret est en brome.

Le buste est en marbre commn la colonne.

L'effigie du grand homme a plus de lourdeur que de force réelle ; les traits de son visage sont gros et matériels, et je ne trouvai pas que cette tête, par M. le sculpteur Pcschièra» fût une bonne traduction de ces paroles de FWdinando Colombo , un des fils de Christophe; d'après lesquelles l'artiste génois a travaillé :

t Fu Homo di ben fomaH • pi*tk* médiocre

* statora ; di volt* longo * di ymtttcfo m pôûo ùfk; t senzu ckè d*6lin*êse a grosso, 6 maciiente ; dwv* i il naso aqutlibù, t gli ocehi bianthi; bianco $ aà+ » ceso di vit* colore . Nella sua tjiovmtù ebbi i » eapelli biondi) benchi giunto chêftia trente ami, » tutti gli dioennero bxanehi. — Il fut homme de > stature bien prise et au-dessus de la taille mé* » diocre ; de visage long et de joues un péu hautes;

* ni gras ni maigré t il avait le nez aquilhi et les

* yeux blancs (1); le teint blanc et ënfiammé » d'une vive couleur. t)ans sa jeunesse* il eut les

* cheveu* blonds; mais à peine eut-il atteint » trente ans, tous devinrent blancs* t

Il me semble qu'avec ces indièations, complétéés pal* celle-ci de Girolamo Beneone \ t /« » bocca un poco grande, la bouche un peu i grande, » on pouvait foire un portrait plein de caractère, fier, énergique, et portant quelquesuns de ces signes du génie que l'art sàit inventer quand il a une figure poétique à créer, en l'ab* sence de la nature. Sous plus d'un rapport* l'ou* vrage de Mi Peschiera est estimable, mais ce n'est point comme portrait idéal de Chris tophé Colomb.

M. Bacigalupo n'avait pafc ta cléf du coffret *. pendant qu'on l'alla chéreher, j'eritrai avec lui dans un petit salon, où je vis àvèc admiration les plus belles peintures d'Albert Durer et de Luc dfe Hollande què j'eusse encore rencontrées* Ce sont là des morceaux tout*à«fak rares. Quelque éloignement qtfoU puisse avoir pour le style et la manière des premiers maîtres allemands, on ne peut refuser à ces tableaux dont je parle un charme incroyable de naïveté > dé grâce même, et de coloris*

La clef vtenue, le trésor que renfermait le coffret fut mis entre més mainâ. C'est un volume dont je demande la permission de donner une description bibliographique, parce qu'il est unique et à peu près Inconnu, malgré l'excellente publication de M. t). G. Batista Spotorno. Le volume de M. Spotorno, tiré à un petit nombre d'exemplaires, se vend vingt francs, Cé qui l'a mis aux mains de peu d'amateurs de livres. D'ailleurs, le Codice diplomatie n'est point tin facsimile des caria», pritiileûs,*eduhi y otras ^trituras de don Critttoal Colon.

Le Codice ( recueil ) est écrit en espagnol, sur parchemin, format petit in-folio. Sa couverture

(t) C'était sans doute grts qu'à rotilû dire Ferfcâttd G#lomt. Benzone dit qu'il arait les feax Tift : vecrn c qui ne k§ wiplwaepéètrèa-pâlei.

de maroquin est garnie de deux agrafes d'argent de chaque côté. Un étui mou ou sac de parchemin l'enferme, lequel avait autrefois une serrure d'argent, ce qu apprend une des lettres autographes de Christophe Colomb jointes au manuscrit que je dépeins. Cette serrure s'est perdue ; on voit seulement la trace qu'elle a laissée sur le cuir.

Au commencement du Codice se trouve une lettre originale de Philippe II, roi d'Espagne, au doge de Gènes Octave Oderigo, pour le féliciter de son élection au dogat. La lettre est du 6 novembre 1566, signée Yo el Rey, et contresignée G°. Perez. — J'ai pris un calque de ces deux signatures, dont les caractères sont intéressans.

Après la lettre de Philippe II, est une feuille de parchemin, sur le verso de laquelle se lit une note de Lorenzo Oderigo, mentionnant le don que ce descendant de Nicolb Oderigo fit à la république, en 1669, du volume des cédules que Christophe Colomb avait envoyées, en 1502, à ton confident Nicolb. Cette note ne contient qu'une partie de l'histoire du manuscrit; je dirai l'autre ailleurs (1).

Vient ensuite le frontispice, en lettres noires et rouges, avec des arabesques à la plume : les lettres sont du genre gothique, médiocrement belles, comme le reste de ce volume, qui n'est pas un des plus beaux monumens de la bibliographie espagnole au xvie siècle. Derrière le frontispice se trouve le cachet de Colomb, celui dont il se servit lorsqu'après la découverte de l'Amérique il eut obtenu les dignités d'amiral, de vice-roi et gouverneur des Indes.

La table des documens compris dans le Codice précède immédiatement les documens euxmêmes qui remplissent 42 feuilles, numérotées seulement d'un côté. Les initiales sont chargées de miniatures et d'arabesques.

A vrai dire, le Codice finit au dos du 22e feuillet; mais on y a joint la bulle d'Alexandre VI, touchant la ligne de démarcation, cette ligne tirée au profit du roi d'Espagne, du pôle nord au pôle sud, pour attribuer à Sa Majesté Catholique toutes les terres, îles, villes, etc., découvertes ou à découvrir, du côté des Indes, dans toute mer distante de cent lieues du méridien des îles Açores et du cap Vert. Cette bulle, très-curieuse, et donnée à de singulières conditions, est datée du 4 mai 1493.

Quelques autres documens suivent ta bulle du pape ; et après eux vient un écrit de Christophe Colomb, dans lequel il défend ses droits, établis par les privilèges qui lui avaient été accordés ;

(1) Dans un ouvrage en 2 vol. in-8°, qui doit bientôt paraître chez l'éditeur Allardin, sous le titre : de paris ▲ MA.PLK8; recherches sur les marines anciennes et du moyen âge, études d'art et de mauirst portraits, anecdotes, irmditions, par A. Jal,

(Jf. du M. en chef.)

plaidoyer chaleureux, noble, où le marin répond quelquefois en avocat subtil aux chicanes des avocats du trésor.

Un second écrit marche à la suite de celui-là ; c'est un commentaire de la convention (capitulaçion) faite entre Ferdinand et Colomb, avant l'expédition d'Amérique. Cette pièce, comme l'autre, prouve que le grand homme entendait fort bien ses affaires, et qu'il était, quand il le fallait, procureur aussi habile que navigateur hasardeux.

Une lettre de Colomb à la nourrice du prince don Juan, l'héritier du trône d'Arragon, mort à l'âge de dix -neuf ans, en 1497, vient après; cette lettre très-longue contient, sur les entreprises et les misères de Christophe, des détails qui sont restés inconnus aux historiens et biographes de l'amiral de l'Océan. C'est le dernier, c'est-à-dire le quarante-quatrième document de ce manuscrit, dont chaque page est du plus haut intérêt.

Trois lettres autographes de Colomb sont jointes au Codice; la première, adressée à l'ambassadeur Messer Nicolb Oderigo, écrite de Séville, le 21 mars 1502 ; la seconde, écrite aussi de Séville, mais le 27 décembre 1802, est adressée au même, Oderigo; toutes les trois sont relatives à l'envoi qu'il fit du recueil de ses cédules et provisions royales à ce Nicolb, son ami. La signature hiéroglyphique adoptée par Colomb est apposée au bas de chacune de ces pièces, écrites en espagnol; cette signature, la voici :

X M Y XpOFERENS.

Une lettre des seigneurs de l'office de Saint- Georges ; une image coloriée des armes de Colomb et le croquis dont j'ai communiqué un calque très-fidèle à la France Maritime, complètent le volume que M. Bacigalupo eut la bonté de mettre si libéralement à ma disposition.

La lettre remercie Christophe de l'envoi qu'il a fait à l'office de Saint-Georges d'un billet où son amour pour Gènes se manifeste hautement. Les termes de cette épltre sont très-flatteurs. L'écrit contient des détails de mœurs qu'on chercherait vainement ailleurs.

Les armes de Colomb sont dans un écu partagé en quatre quartiers. Aux quartiers d'en haut sont un château noir et un lion d'argent, emblèmes parlans de Castille et de Léon. Au-dessous, des terres, des îles, la mer, au quartier de gauche; et au quartier de droite, cinq ancres noires sur un fond d'azur représentent l'océan. Dans la pointe de l'écu, en bas, se trouve un petit écusson inscrit, en forme de cœur, dont la pointe est en l'air ; cette pointe a un triangle rouge ; le fond du reste est de sable ou noir, ayant une bande diagonale de gauche à droite et de couleur bleue

FRANGE MARITIME

Parmi les nombreuses choses que je sais très-peu, une de celles que je sais le moins, c'est le blason; je n'ai donc donné pour les amateurs de la science héraldique qu'une incomplète figure des armes de Colomb ; je leur en fais mes excuses, et j'espère qu'ils me pardonneront de ne m'étre pas servi des termes consacrés, qui sont fort beaux sans doute, mais qui ont le malheur de n'être pas très-intelligibles pour tout le monde.

Quant au croquis, nos lecteurs peuvent le juger.

Mais un dessin de Christophe Colomb peut-il être authentique ? On ne savait pas que le capiton gênerai del mar dessinait, qu'il dessinait assez bien même, et qu'il avait dans les doigts ce que les artistes appellent chic; faut-il conclure de là que le croquis de son triomphe n'est pas de lui ? Non, et voici, selon moi, ce qui prouve l'authenticité de ce merveilleux autographe.

D'abord les caractères écrits, tracés sur le dessin à côté des figures, sont évidemment ceux de Colomb.

Ensuite, outre ces caractères, dans un encadrement que nous n'avons pu reproduire, parce que cela eût été difficile, cher et trop long au gré de l'impatience que nous avions de donner connaissance au public de ce monument précieux et tout-à-fait inconnu, se lisent plusieurs annotations toutes de la plume de Christophe.

Enfin, à l'angle gauche, est la signature que j'ai reproduite plus haut, suivie d'une observation constatant que c'est avec ces signes que Colomb donnait à tous ses actes et écrits l'authenticité de sa volonté et de son nom.

Ces preuves doivent suffire; mais, surabondamment, on en peut tirer une de la place que ce tehixxo occupe dans le volume.

Pourquoi se trouverait-il là, s'il était d'origine douteuse? Probablement ce dessin fut envoyé à Gènes par Christophe Colomb, dans l'espoir que sa patrie le ferait traduire sur la toile, ou par la fresque sur le mur du palais ducal ; et un jour peut-être dans les archives de l'office de Saint- Georges, M. Lobero, qui y a trouvé déjà la troisième lettre autographe écrite àOderigo, et jointe maintenant au Codice, trouvera la lettre d'envoi de ce croquis.

Quand ce dessin fut-il fait? Point de date ; mais on peut croire que ce fut à l'époque où Christophe, après tous ses travaux, trouva un repos doré àSéville.

C'est sa gloire que le grand homme voulait consacrer; sans doute un jour qu'il était content de lui, il esquissa son triomphe avec la même plume qui, au bas d'une lettre à Nicolb, venait d'écrire les superbes titres dont l'avaient décoré Ferdinand et Isabelle : vanité bien pardonnable au marin courageux qui avait doté l'Espagne d'un monde nouveau; joie bien innocente qui devait suffire à peine à compenser tant de maux souf- Ton II.

fera, me de chagrins, tant d'humiliations, tant de refus, tant d'injustes cabales 1

Le dessin de Christophe Colomb n'est pas grand , il est enfermé dan» un encadrement de

10 pouces de largeur environ, sur 8 pouces de hauteur. Au milieu de la composition est le héros, assis sur un char dont les roues à palettes tournent dans une mer clapoteuse, où des monstres, représentant sans doute l'Envie et l'Ignorance dont il fut poursuivi, se montrent à peine, — moètri super ati, comme dit l'annotation. — A côté de Colomb, la Providence; devant le char, et le traînant comme feraient des chevaux marins, la Constance et la Tolérance; derrière le char, et le poussaut, la Religion chrétienne; en l'air, au-dessus de Colomb, la Victoire, l'Espérance et la Renommée.

Ainsi, voilà huit figures placées, combinées, disposées pour le sens que Colomb veut donner à sa pensée ; et de peur que l'on ne doute de ses intentions, il écrit à côté de chaque figure le nom du personnage ; il charge la marge de son tableau d'indications pour le peintre, futur traducteur de cette pensée, et dans un angle il appose sa signature!

Tant de précautions me semblent prouver combien Colomb tenait à son idée. Il ne doutait pas qu'un jour ce croquis ne fût retrouvé, et il espérait qu'on exécuterait le monument dont il venait de donner la composition, si, de son vivant, Gènes ne l'exécutait point.

Quand j'ai calqué soigneusement ce dessin, je l'avoue, j'ai conçu l'espoir que la France n'hésiterait point à donner satisfaction à la volonté .de cet illustre marin. Je l'ai rapporté afin que le Triomphe de Colomb servit d'ornement à une des salles de notre musée naval; et je ne doute point que le roi des Français, quand il connaîtra cette espèce de clause testamentaire, restée sans exécution, n'ordonne que le Louvre prête le plafond d'une de ses salles au tableau de la gloire de l'almirante mayor del mar oceano.

C'est au zèle religieux d'un des grands peuples navigans, que Colomb a légué le soin de consacrer par la peinture le souvenir de ses découvertes : Gênes s'est rendu justice en s'abstenant ; Gênes n'a plus rien à prétendre de l'empire des mers. L'Espagne maritime ferait pitié à Colomb.

11 n'y a donc que la France, l'Angleterre ou l'Amérique qui puissent se porter exécutrices de ce codicile pittoresque. Et pourquoi l'Amérique? pourquoi l'Angleterre plutôt que la France? Je réclame pour la France!

Voici les annotations explicatives dont Colomb accompagne son croquis. Elles sont en italien et non point en espagnol, malgré l'habitude qu'il avait prise d'écrire presque toujours dans la langue de sa seconde patrie.

D'abord les noms des personnages : Colomb, Tolérance, Constance, Religion chrétienne, Provi-

FRANGE MARITIME

ienèe, Tietoïré, Èspêrmce, Mtoummée; la Renommée a deux trompettes, non qu'elle ait celle que Voltaire prête à la déesse par une indigne supposition; ces trompettes ont leurs étendards. Sur l'un desquels est écrit Gtnoa, sur l'autre, fama Colombie Le Gmoa qu'on lit ici ne suffiraitil point à décider la question du lieu de la naissance de Christophe, si elle était encore incertaine?

Maintenant, les indications des attributs :

— Je traduis fidèlement, et je commente de mon mieux.

i Tolérance : vieille, coiffée d'un bonnet, » sera dans Fattitude de quelqu'un qui porte sur

• l'épaule un poids de pierre ou autre chose semi blable. » — On voit que toleranza, comme l'entend Colomb, n'est pas l'indulgente vertu recommandée par la loi chrétienne, mais quelque chose qui ressemble à la force ; allusion, je pense, aux fatigues qu'il dut supporter (tolerart) pour arriver à son noble but.

t Constance : avec une haste à la main gauche, % et dans l'action de s'appuyer dessus; la main » droite élevée avec le doigt indicateur arrivant » jusqu'au front ; sera posée sur une base carrée. »

— Cette base sur laquelle Colomb établit la Constance, c'est son inébranlable fermeté à poursuivre les plans long-temps mûris sous son front. La pique au repos, c'est sa constance à rester armé et prêt à combattre pour ses projets sans cesse attaqués, et toujours debout.

« Religion chrétienne : vêtue d'une robe de

• lin sur laquelle serait posée une chape ; la

• tête voilée ; sur la tête le Saint-Esprit, figure » de colombe ; dans une main, un calice avec lTios-

• tie et un livre ; dans l'autre, s'il se peut faire,

• une croix.» — L'artiste aura à choisir entre les attributs trop nombreux dont Christophe a doté ce personnage.

c Providence : deux tètes comme Janus, avec '• deux clefs, et à la main le timon ; sous ses pieds, » un globç. » — Je ne comprends point les deux clefs, à moins que ce ne soient celles de l'ancien monde et celle du nouveau. Quant à la double tête, c'est une idée analogue à celle des poètes, <jui avaient donné <rent yeux au vigilant Argus : la Providence voit également derrière et devant elle. Le timon qu'elle tient de sa main gauche, c'est celui du char naval où est Colomb ; elle gouverne le navire dont son bras droit livre la voile au vent. C'est Christophe qui tient l'écoute de cette voile, aidant ainsi, par son expérience et son savoir, aux vues de la Providence.

t Colomb : vêtu à la civile, avec un manteau

• autour du corps; tenant d'une main le bâton de » général, et de l'autre la corde de la voile; sous

• ses pieds, un globe où il sera écrit : les Indes; » l'œil attentif dans la directiou où marche le » char. > — Pourquoi vêtu à la civile ? Je ne l'ai pas deviné. Serait-ce parce que le costume civil

est plus humble que le costume gtiéfrtéf 1 11 flut

remarquer que Colomb n'a point dit t t vêtu à l'espagnole ; > c'est qu'il aimait Gênes, et qu'étant attaché au service de Ferdinand, il n'avait point oublié qu'il était Génois. D'ailleurs, c'était pour la gloire de sa patrie autant que pour la sienne propre qu'il voulait élever ce monument, sur lequel le mot Genoa est inscrit au-dessus de cet autre : Colombo.

t Victoire j jeune, vêtue de blanc, avec une

> chlamyde jaune ; de sa main droite elle tiendra » une couronne de laurier ; dé la gauche, une

> palme. Elle a des ailes. »

« Renommée : jeune, couverte de vêtemens M- » gers et diaphanes, sonnant d'une ou de deux » trompettes, couronnée d'olives. Elle a deux » grandes ailes toutes pleines d'yeux, d'oreilles, t de bouches et de langues. » — Ce dernier détail embarrassera probablement le peintre ; H est plus poétique que pittoresque, et j'y aurais trouvé une nouvelle preuve de l'authenticité de cet autographe, si, après y avoir regardé plus d'une minute, j'avais pu conserver quelques doutes. Colomb a dû avoir cette idée Dantesque ; un artiste qui pense, en créant, à l'effet qu'il veut produire, l'aurait tout de suite repoussée. Vous voyez la Renommée jeune, et jeune la Victoire; cette intention me parait jolie : victoire récente et fraîche renommée. Colomb ne voulait pas se flatter.

t Espérance : très-jeune, vêtue de vert, cou- § ronnée de fleure ; tenant une ancre <f une main » et de l'autre montrant le chemin à Colomb. • — Aucun de ces symboles n'est nouveau ; mais Christophe n'avait rien à inventer ici. Cette figure accessoire, il l'a prise à l'ancien formulaire allégorique, afih d'être entendu de tout le monde ; Il se serait bien gardé de raffiner ; il n'en était pas è courir après les petites finesses des faiseurs de sonnets.

Avant d'en finir avec le croquis de Christophe Colomb, il est bon que je donne l'interprétation des caractères mystérieux dont se compose la signature du grand homme. Cette interprétation, très-ingénieuse assurément,si elle n'a pas été puisée dans quelque lettre contemporaine d'un familier de Colomb, ou de Colomb lui-même, la voici. Si je me rappelle bien ce que m'a dit làdessus M. Bacigalupo, elle est de M. Antonio Lobero, archiviste de l'office de Saint-Georges.

S. — SupUwy S. A. S* — Sermsaltissimi salvatoris X M Y Christi, Mariœ, Josephi, XpOFERENS. — Chriêtofermê.

Christophe, changé en Christoferens (portant pour le Christ, trope mystique difficile à traduire), est une transformation tout-à-fait dans le caractère pieux de celui qui alla chercher -un monde

FRANGE MARITIME

•l des peupiôl inconnus, pour leur porter la loi du Christ. Je ne sais si le peintre Stradano, dont j'ai vu à la bibliothèque Laurentienne de Florence an dessin représentant Colomb sur son vaisseau, connaissait la signature de Cri$toffùro> mais il a placé l'amiral debout, sur le pont, au pied de son château d'avant, ayant les yeux levés au ciel, et appuyé sur un étendard que décore le crucifix, Christum fercm.

BIOGRAPHIE

St capitaine Saunier

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