‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 86 sur 123 · ET V AFRICAINE · texte numérisé non relu

ET V AFRICAINE

Une division de frégates fut armée, en 1800, dans la rade de Rochefort, pour porter des secours à Tannée d'Egypte ; elle fut confiée au commandement du capitaine Saunier, qui montait la frégate l'Africain». Bientôt séparé de la flotte par la violence des vents, le capitaine Saunier, à la vue du cap Laroque, aperçut un brig et deux frégates anglaises, mais il parvint à leur échapper. Toujours poursuivie, l'Africaine fut forcée de traverser le détroit de Gibraltar avant la nuit. Le 90 mars, elle aperçut au loin, sur la côte d'Espagne, deux b&timens, dont l'un lui fit des signaux auxquels elle ne répondit pas : cependant le vaisseau ennemi chassa avec tant de vitesse, qu'il devint facile de le reconnaître pour une frégate anglaise. Afin de presser sa marche, Saunier fait jeter & la mer d'énormes caisses d'armes et de munitions de guerre; mais l'ennemi ne lui laisse pas le temps de déblayer l'entrepont; on place les grappins d'abordage, et l'on attend le signal du combat. Saunier ordonne à chaque chef de pièce de pointer à démâter, afin de rester maître de combattre ou de pouvoir échapper à un ennemi infiniment supérieur à l'Africaine9 chargée de munitions et de troupes, plutôt armée en transport qu'en guerre. A peine était-il jour, que le vaisseau anglais envoya sa première volée; l'Africaine reçoit l'ôrdre de faire feu. Le calme était parfait; l'ennemi tirant toujours en plein bois, tua beaucoup de monde sur le vaisseau français. L'inégalité du combat fit bientôt naître au capitaine Saunier l'idée d'employer la valeur des troupes de terre qu'il avait à son bord ; en conséquence, il commande l'abordage. Le capitaine anglais, qui redoutait l'effet de l'impétuosité française, parvint à l'éviter : il arrive une seconde fois en envoyant une décharge de canons et d'obus. Plusieurs pièces de l'Africaine sont démontées ; ses voiles et ses gréemens sont endommagés. Enfin la plupart des marins sont rempla-

cés par des grenadiers, des chasseurs et des

canonniers de l'armée de terre. Ces nouveaux et valeureux combattans donnaient et recevaient la mort avec un sang-froid admirable. Le feu redouble, il n'est plus d'intervalle entre les coups de canon. Enfin, après quinze heures d'un combat meurtrier, le capitaine de la frégate française, voulant terminer une affaire qui coûtait tant de sang, tente un second abordage ; l'ennemi l'évite en étendant un filet au-dessus de son bord, et en envoyant une volée à mitraille. L'Africaine, entièrement désemparée, ne gouvernait plus; tous les canonniers avaient été amputés par des boulets : les ponts et les gaillards étaient couverts de morts et de blessés, lorsque le feu prit dans le vaisseau. Alors les officiers et les soldats redoublèrent d'efforts dans ce pressant danger, et parvinrent, sans le secours de la pompe, brisée par les boulets, à éteindre l'incendie. Cependant les pertes de l'Africaine augmentaient & chaque minute; le général Desfourneaux, frappé d'une balle à la poitrine, refuse de descendre dans l'entrepont; cinquante officiers de mer, dangereusement blessés, continuent de combattre. Le capitaine de frégate Magendie, mntilé par un éclat du mât d'artimon qui lui ouvrit le crâne, ne quitta son poste que sur l'ordre précis de son capitaine. L'intrépide Saunier continuait de commander et la manœuvre et le combat avec le sangfroid qui distingue les héros, quand un boulet le renversa sur le pont ; quelques soldats accoururent vers lui, lorsqu'il respirait encore ; à peine le descendaient-ils de l'échelle du dôme, qu'une grêle de balles fit une seconde blessure au brave Saunier. On tremble pour ses jours : c'en est fait, en traversant l'entrepont, il est frappé du coup mortel. Tous les marins avaient péri glorieusement : les vergues et les mâts étaient brisés; plus de $ix mille coups de canon avaient été tirés ; une seule pièce répondait encore an feu de l'ennemi ; le sang coulait à flots dans la batterie ; des cris plaintifs; des morts, des mourans, des crânes, des lambeaux sanglans, tel est le hideux tableau qu'offrait l'Africaine. Les flancs entrouverts de cette frégate menaçaient à chaque instant d'engloutir quelques malheureux échappés à la fureur du combat. Le lieutenant Lafitte, qui venait de prendre le commandement de la frégate française, voulait imiter le généreux dévoùment de son capitaine, et s'abimer dans les flots plutôt que de se rendre ; mais cédant enfin au cri de l'humanité, il amena un pavillon qui avait été défendu avec une gloire immortelle. Le capitaine anglais, pour honorer la mémoire du brave Saunier, prit le sabre dont il s'était si bien servi, et jura de le porter toute sa vie. Il voulait lui rendre les plus grands honneurs funèbres en Angleterre ; mais, contrariés par les vents, il fut forcé d'ensevelir les restes du héros dans le vaste sein des mers!

FRANGE MARITIME

GEOGRAPHIE

Collioure, dans les Pyrénées-Orientales, est une ville assez forte, très-ancienne, mais dont il est impossible de fixer l'origine. Les Romains l'avaient nommée Collibéris ou Illibéris, nom que portait aussi le Tech, rivière de ce département. Située au pied de plusieurs collines qui la séparent d'une chaîne des Pyrénées, elle compte au nombre des places de guerre, quoiqu'elle ne soit entourée que d* une simple muraille de forme elliptique et d'un fossé. Deux forts, dont le premier, construit très-irrégulièrement, s'appelle le Château, et dont le second, beaucoup plus important, couronne l'amphithéâtre où se développe la ville, et le fort Saint-Elme, complètent l'ensemble des défenses de Collioure.

La population de la ville et de son faubourg s'élève à trois mille âmes. Cette population parait considérable lorsqu'on la compare à l'espace resserré qui couvre les habitations dont le génie maintient sévèrement les étroites limites : aussi voit-on quelquefois des familles entières de la basse classe n'occuper qu'un seul appartement.

Le commerce de Collioure comprend des vins, des thons et des sardines péchés sur la côte ; des laines, des lièges, etc. Les hâbitans, dont on ne saurait d'ailleurs vanter l'industrie, cultivent cependant la vigne avec succès. Les vins de Grenache et de Rancio, qui se conservent dans le pays pendant vingt-cinq et trente ans, jouissent d'une réputation méritée.

Parmi les curiosités du département des Pyrénées-Orientales, on cite particulièrement le Canigou. Cette montagne, qu'on aperçoit à gauche, sur le dernier plan de la gravure, est trèshaute et reste couverte de neige pendant la moitié de l'année. Les curieux qui la gravissent pendant la saison favorable, accompagnés de guides sans lesquels il serait dangereux de la parcourir, y admirent de fort belles grottes.

À droite, en arrière de la ville, se trouve le fort Miradou, qui défend Collioure par terre et par mer. Il a été presque entièrement reconstruit depuis 1818, époque où le tonnerre, en tombant sur le magasin à poudre, fit sauter les anciens ouvrages. L'autre extrémité présente, au pied des montagnes, le faubourg, qu'on appelle port A'Availly ou d'en bas; ensuite parait le Châ teau. D'anciennes traditions en font un établissement de l'ordre des Templiers, auquel on a joint de nouvelles bâtisses qui composent un ensemble privé de toute régularité.

Une grande muraille blanche protège la ville du côté de la mer, et se prolonge depuis le Châ-

teau jusqu'au clocher, qui fat bâti, ainsi que l'église à laquelle il appartient , dans le xVu* siècle. Cependant ce clocher, de sa base à la moitié de sa hauteur, est d'une construction beaucoup moins récente. U formait jadis une tour qui, avec celle du fort Saint-Elme et une autre située sur la plage du portd'Availl, figure les antiques armoiries de Collioure.

L'Ile qui s'élève au milieu du port, à droite, a reçu le nom de Saint-Vincent, patron de Collioure. Une chapelle à son sommet, dont on ne peut indiquer l'origine, renferme l'image du saint. Chaque année, le 17 août, troisième jour de la féte de la contrée, vers huit heures du soir, une multitude de barques, illuminées de flambeaux portent à cette Ile des habitans de tout âge et de tout sexe. C'est le moment de cette promenade maritime que l'artiste a représenté. Une des barques, que l'on remarque entre toutes les autres à son dais élevé et aux rubans de toutes couleurs dont elle est pavoisée, conduit des prêtres et un certain nombre de jeunes gens vêtus de blanc ; ils vont chercher l'image vénérable. Cet embarquement terminé, la procession nautique parcourt, à la clarté des flambeaux et au son des instrumens qui accompagnent les cantiques sacrés, un circuit d'un quart de lieue en dehors de la rade, et reprend ensuite le chemin de la côte. Pendant ce temps-là, ceux qui accompagnent l'image de saint Vincent abordent vis-à-vis d'une vue à laquelle communique une porte' représentée un peu à droite d'un monticule, vers le milieu de l'estampe. Dès qu'elle est parvenue en cet endroit, deux ou trois cents marins attachés à une longue corde emploient toute leur force à tirer la barque d'honneur, qui arrive d'un seul trait au bout de la vue; on voit alors les prêtres descendre avec l'image que l'on conduit en cérémonie à l'église où l'on célèbre un service divin en son honneur, et le lendemain elle retourne sans aucune pompe extérieure dans sa chapelle maritime.

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