‹ Amédée Gréhan.- La France Maritime T2Chapitre 92 sur 123 · RECHERCHES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES HISTORIQUES

Ciat îr* la marine

AU COMMENCEMENT DU RÈGlfB DE J.OUI§ XVI.

Il existe peu de pays oh les plages et les populations maritimes offrent autant de principes de forces navales que eelles de la France. La preuve la plus puissante que l'on puisse donner de cette vérité est la rapidité avec laquelle notre marine s'est constamment relevée de tous ses malheurs.

En effe% dès que 1 on veut étudier notre passé, on ne voit dans l'histoire de la navigation en France qu'une longue suite de prospérités et de revers, où nos flottes renaissent sans cesse de leurs désastres pour disparaître sans cesse dans des désastres nouveaux. Nous nous élançons tout 'd'un coup au fatte de la puissance maritime, pour

retomber auçsitÀt et avec la ipéme rapidité que nous nous sommes élevés.

Ainsi, Philippe-Auguste envoie swr les cAtes de Flandre une flotte que les ehronjqneurs contemporains portent à quinze cents bâtimens ; ev cette flotte, tour-à-tour battue jpar (a tempête et défaite par l'armée navale anglaise, regagne les ports de France, où elle se dissout et s'anéantit.

Louis XII rénnk plus tard des forces maritimes si imposantes, qu'il domine les escadres ottomanes et italiennes sur la Méditerranée, et lutte sur TOpéan avec les flottes anglaises. Le combat de la Manche, où le vaisseau amiral français, le trofc-ponts la Cordelière, brûle avec l'amiral ennemi , porte un coup désastreux à la puissance navale qu'avait recouvrée la Fraaee.

Sous François Ier, une nouvelle flotte surgit soudainement dans le port du Havre. Cette armée, composée de deux cent soixante voiles, va, sous les ordres du connétable d'Annebault, attaquer les vaisseaux anglais jusque dans leurs ports; et, après avoir ravagé leurs côtes, rentre dans son port d'armement, où avec elle s'évanouit encore l'espoir qu'avait pu concevoir la France de ressaisir l'empire de la mer.

Nos flottes, si nombreuses et si constamment victorieuses sous le règne de Louis XIV, ne reparaissent-elles pas aussi formidables sous le règne de Louis aVI, après avoir été détruites par les revers constans du règne de son prédécesseur?

Cette succession constante de décadence et de renaissance n'a-t-elle ps également été le caractère de nos guerres sous la république et sous l'empire? Après les grandes catastrophes de prairial, d'Aboukir et de Trafalgar, ne voyonsnous pas notre marine, restaurée par vingt années de paix, ouvrir j>our notre pays qn nouvel avenir de puissance navale?

Il ne sera pas, nous l'avons pensé, sans intérêt pour nos lecteurs, de leur présenter, dans les circonstances où nous place la prépondérance maritime que nous reprenons chaque jour dans l'équilibre européen, le tableau qu'offraient les ports de France à une époque presque identique; de leur révéler, par un aperçu des développemens rapides que prirent nos forces navales au commencement du règne de Louis XVI, les espérances de prospérité qui peuvent aujourd'hui se réaliser pour nos flottes.

C'est par la description du port de Toulon, et par la statistique des bâtimens amarrés dans ses bassins et en construction sur ses chantiers, qui nous commencerons le tableau général de nos côtes et le dénombrement des forces qu'elles offraient alors.

T0CL0N e« 1778.

Le port de Toulon, à cette époque, ne le cédait ni en beauté ni en commodité au port de

Brest* Si, malgré son étendue et la facilité dè ses meuvemens, il fat peu occupé relativement à l'activité qui avivait sans cesse ce dernier, c'était à sa position sur une mer peu fréquentée par les flottes» et non au* désavantages de la nature, qu'il fallait s'en prendre,

A moins que des circonstances extraordinaires ne fissent du Levant le théâtre de Id guerre, la navigation douce et oourte de la Méditerranée n'exige jamais là présence d'arméniens oMsidé* rables. Ge n'était que dàns des cas extraordinaires qu'on y équipait des iottes pour des expéditions d'outre-mer. Le contingent de ee port était même alors moitié moindre que oelni que l'on armait à Brest) il n'y dépassait jàmtfs le nombre de 25 vaisseaux de ligne.

Lors de l'armement de l'escadre de M. de là Galissennière; en 1756, temps où il y eut le plus de mouvement à Toulon, durant la guerre navale que la France soutenait alors, le nombre des ouvriers employés dans le port n'était que de 2*540* et celui des ouvriers occupés dans les ateliers, de 13*7.

L'espèce de canal que forment» en se rapprochant, les rives de la baie au fond de laquelle Toulon est assis, offre Une rade spacieuse et saine aux bàtimens qtii viennent y cbereher m âbri. Ge mouillage n'est pas moins sûrement dé* fendu eontre l'ennemi pair le canon des dent plages entre lesquelles il faut ehenaler pour l'ut* teindre, que Montré lés tènts par les terres qui le protègent,

11 n'était pas sans exemple que cet accès difficile n'eèt été franchi par des escadres ennemiés*

Ën 1 788, latutral anglais Boscawen pénétra dans cette ft*4ë polir y braver la division de M. Delà* elUe, et essaya même de brûler deux navires mouillés stir la grande tade. Cette témérité faillit lui coûter ta flotte ; ses vaisseaux étant tombés en calme plat dans cette position critique, ils furent contraints de se faire touer pour se soustraire au feu des batteries, dont les boulets criblèrent leurs préceintes et qui lés eussent infailliblement eôulés.

Le port était divisé en" deux bassins. Le plus remarquable, soit par ses avantages naturels, soit par ses édifices, était exclusivement affecté aux vaisseaux et aux bàtimens du rot, comme l'on disait alors* L'autre était destiné à recevoir les bàtimens du commerce. La construction la plus remarquable parmi tous les monumens de Toulon était, sans nul doute, le quai pour les travaux de l'arsenal.

Les voyageurs, et surtout les savans, ne visitaient point avec une moindre admiration une machine, machine unique, dont, comme le fuit remarquer un écrivain anglais qui la visita à cette époque, il n'y avait point d'exemple dans le monde eonnu, et qui, n'eût-elle eu aueune utilité, n'en

eét pas moins fait honneur à l'artiste an gértifc duquel elle était due.

Nous empruntons à cet écrivain la description <}u'il en donne :

« On avait depuis long-temps le projet d'établir une forme, c'est-à-dire un bassin de pierres, communiquant avec des portes qu'on ouvre et qu'on ferme, dans le goût de celles de Brest; on n'avait jamais pu réussir; Fen le machiniste Laurent, envoyé par M. de Praslin, malgré tout son talent, avait échoué, à cause des sources jaillissantes à l'endroit choisi es des frais énormes qu'il en eût coûté pour les desséeber et les détourner. M. de Boynes, qui ne se rebutait pas aisément, donna ordrèauconstrueteur Groignardd enaminer de nouveau la possibilité de l'entreprise. Celui vit qu'il n'y aVait pas moyen de l'exécuter par la voie ordinaire ; il imagina de construire une forme en bois, de la lancer en mer comme un vaisseau, de l'arrêter en un lieu eonvenàble, de U revêtir ensuite de maçonnerie, et d'y fairé des portési

» On objecta que cette construction serait très-dispendieuse, qu'il y faudrait de bois de quoi •construire deux vaisseaux. M. de Boynes, ami des nouveautés, curieux d'illustrer son ministère par quelque invention brillante, ne fut pas touché de ces considérations, et adopta avec empressement l'idée de Groignard. Elle est déjà très-avancée ; elle fait l'admiration des marins des diverses nations qui viennent la visiter; elle sera, à ce que l'on espère, en état de recevoir au mois d'août un vaisseau de 74, qui a besoin d'un radoub considérable.

> Cette belle imagination doit nous faire envie, et ce Groignard était digne de naître Anglais.

> touloh, 1S mat 1778. >

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