AU DÉSERT DE SAHARA
(Fin.)
Voir le comttcnccmeUt à la ptï& 275.
Après la lecture de la lettré de M. Quësnel, (citée plus haut), nous prévîmes les maux qui allaient nous accabler : dëux cetits pérsefinés étaient abandonnées Sur une plàge Stérile, et n'avaient pour toutes provisions, après deux jours d'abstinence, que trois barils d'eau.
Quelques-uns étaient d'avis de retourner au navire ; mais les femmes et les en fans étaient trop fatigués pour faire de nouveau la route, ils auraient infailliblement succombé en chemin ; d'ailleurs il eût fallu revenir au bout de quelques jours. Le second nous proposa d'aller luimême au camp du navire avec six hommes, pour y chercher des vivres; mais nous le suppliâmes de rester avec nous : son courage et son beau caractère nous inspiraient une confiance sans bornes, et notre malheur nous eût semblé plus
gm*à êfUt nous eût abandon***. Cinq hommes des plus robustes s'offrirent i lui pour ce voyages ils partirent «a promettant de revenir avec des vivres pt de l'eau pour soulager nos souffrances»
IU se mirent eu chemin an coucher du wletf, pour jouir de quelques momens de fraîcheur. L'un d'eux, nommé Hens, harassé de fatigue et épuisé par la soif, ne pouvant plus suivre ses compagnons, s'arrêta pour se reposer; las autres continuèrent à marcher, croyant qu'il ne tarde* rait pas à les suivre : mais on n'a pins revu cet homme, quelques recherches que nous ayons faites pour découvrir sa retraite. Égaré, il aura été surpris par les Maures, quoiqu'il fût armé d'un fusil à deux coups, ou bien il sera tombé dans un des précipices qui bordent la route.
La nuit se passa assez tranquillement; tout le monde était à son poste. Vers six heures du matin, on vint nous prévenir (ju'un enfant venait de mourir, d* faim sans doute. On Inhuma <Uqs un trou que nous avions fait inutilement dans le sable pour y chercher de l'eau.
La rosée du matin tombait afapndamment.
H. Caubrière nous fit étendre tout le linge que nous avions, afin de recueillir cette manne précieuse ; ce moy*n réussit, k notre grande satisfaction. Le nommé Pierre accourut vers nouf avec de l'eau qu'il avait extraite de son linge en le tordant. Cet homme avait donné la veille quelques signes d'aliénation, attribuée à une longue «position au soleil brûlant de cette contrée. Sa joie était si exaltée, qu'il devint fou sur-le-champ. Il fut pendant deux jours dans un état affreux et difficile à dépeindre. Nous pouvions à peine le contenir ; il avait déchiré tous ses vétemens, et, dans un état de nudité complète, il courait çà et là sur le rivage, en faisant mille extravagances. Plus de vingt fois il se jeta à la mer; il en fut toujours retiré par M. Caubrière. Enfin, le troisième jour, il nous échappa et disparut. Malgré toutes nos recherches, nous ne pûmes savoir ce qu'il était devenu; plusieurs passagers ont dit l'avoir vu s'enfoncer dans l'intérieur (1).
Toute eette journée se passa comme la nuit précédente, dans les tortures de la soif et de la faim.
Le lendemain, 96 octobre, fut p1u# pénible encore. Nous usâmes du même stratagème que la veille pour avoir de l'eau ; mais la rosée ne tomba pas. Il y avait déjà cinq jours que nous n'avions mangé, et les femmes et les enfans mouraient <f inanition!
Un chien, compagnon fidèle de nos infortunes, nous avait suivis du bord, et languissait étendu
(I) Un fait semblable est rapporté par M. Cochelet, dans le récit du naufrage de la Sophie. Un des passagers de ce uftfire se promenant le matin, à l'ardeur du soleil, tomba . subitement «n démence ; un égarement inconcevable s'empara de lui. Au milieu d'affreuses convulsions et de souffrances inouïes, ce malheureux, n'écoutant «rue son désespoir, échappa } **s eumarptfe*, et courut se Vtyer la tète •entre une muraille.
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sur le rivage j i* acaûfte qtf jl m fafot *W*gé nous fit résoudre à Je mer. À peine f<*H) P*ort, .qu'on le regard? aye£ des yeu* de cppvQitise. V. Caubrière le wup» en moreeau* ei le distribua à chacun de uou* ; erç un ipsiqnt il fut dévoré tout s^ngjftutl !!.... Mon pœur sp soulève en pensant h ee juet* exécrable.
Quelques heures après ce repas, qui nous parut délicieux, nous aperçûmes une embarcation qui venait le long de la côte, et qui se dirigeai); vers nous. D'abord pous crûmes que c'étaiept des naturels du pays qui venaient k la pêche daus la baie; nais, eu approchant, nous reconnûmes que c'était le eauot d'une goélette espagnole, Le capitaine Quesnel avait repaoutré ce navire le soir même de son départ de la baie, et il avait prié le capitaine de nous procurer des vivres; fidèle à sa promesse, il nous envoya douze liyreç de poisson salé, dont exact* di^tribu^ fyt faits à l'instant même.
Les matelots espagnols rerartiwf 46 suite pour aller à bord de rOlywptf wais, eu arrivant, l'embarcation chgvirq à deux eucâblures du navire, et il* eureut bearçcpup de Pe*W à gagner la terre.
Quelques hommes furent envoyé* k la déçon* verte dans l'intérieur pour chercher de feau : ils Arent inutilement plusieurs trous ; le sable était brûlant à plus d'un pied de profondeur.
Ils aperçurent dans le lointain la butte d'uu sauvage, quj prit la fuite à leur approche ; cofume le jour était sur son déclin, ils résolurent de passer la nuit dans cette cabane, où ils ne trouvèrent pas même de l'eau. Le lendemain nfatin, Us eu repartirent, emportant avec eux quelques ustensiles de chasse et une vieille marmite. En arrivant au camp, le second leur conseilla de reporter ces objets, qui ne nous seraient d'aucune utilité, et dont la soustraction pourrait exciter I3 colère des naturels; ils obéirent à cet ordre. Ces excursions furent sans résultat, car on ne vit que des loups et des chèvres sauvages dont on ne put s'emparer.
Vers le soir, cinq hommes arrivèrent du pawp de rOlympt, apportant du pain et deux bidons de vin. Ils nous apprirent la perte de Hens, et la désunion qui régnait au camp du navire.
Tandis que nous étions en proie aux horreurs de la faim et de la soif, ceux de uos compagnons qui ne nous avaient pas suivis se battaient pour se rendre maîtres des vivres et du vin que le maître d'équipage était chargé de surveiller, et se livraient à tous les excès de l'intempérance.
Le 27 au matin , nous reçûmes encore des vivres du bord; ceux qui s'étaient chargés du vin Favaient bii en chemin. Ce secours nous fut iuutile. Nous primes alors le parti le plus sûr; ce fut d'aller nous-mêmes chercher du vin et de Peau. M. Caubrière partit vers onze heures du matin avec douze hommes; Us arrivèrept ?u
camp de V Olympe avant le coucher du soleil.
Ils rendirent compte de la position où nous nous trouvions, ce dont on fut très-é tonné, attendu la quantité de vin et d'eau qui nous avait été envoyée. On remplit des bidons et des barils, et on repartit sans délai. M. Caubrière revint au camp à une heure après minuit; son arrivée fut pour tout le monde un vif sujet de joie.
Au point du jour, on lit une distribution de pain, de vin et de fromage ; il nous arriva encore de l'eau et du vin, ce qui nous permit de faire «ne seconde distribution vers le soir.
Le 39 se passa sans événement remarquable.
Le 50 fut le jour de notre délivrance. Le second monta sur une petite hauteur qui dominait la mer, à l'extrémité de la pointe où nous étions eampés ; il découvrit bientôt à l'horizon quatre goélettes mouillées au large. U descendit promptement nous apporter cette nouvelle. Tout le inonde courut sur la hauteur; nous vîmes sept embarcations qui se dirigeaient de notre côté, et nous reconnûmes le capitaine Quesnel.
Lorsqu'elles furent arrivées à terre, on concerta sur les moyens les plus prompts d'embar-
Juement; et, tout étant disposé, on expédia, ans un premier voyage, les femmes et les enfans. Le capitaine resta à terre jusqu'au retour des embarcations, qui ne tardèrent pas à revenir, et qui prirent encore des passagers et le capitaine. Huit hommes seulement et le second ne purent s'embarquer; ils se mirent en route pour retourner au camp de l'Olympe, où les goélettes devaient les recevoir avec le reste des passagers.
Les goélettes appareillèrent dans la nuit, et vinrent mouiller à deux lieues au large de V 0lympe. Dans la matinée, les embarcations abordèrent à la roche où le capitaine s'était embarqué la première fois. Les Espagnols ne voulurent pas nous laisser emporter les effé'ts que nous avions sauvés; ils forçaient les passagers, au fur et à mesure qu'ils s'embarquaient, à laisser leurs paquets, de crainte, disaient-ils, de trop charger les embarcations. Mais ce n'était qu'un prétexte pour s'en emparer; car tout ce qui avait été sauvé du naufrage fut mis dans la dernière chaloupe, et, malgré toutes nos réclamations en arrivant à bord, ils ne voulurent pas nous le rendre.
Les embarcations ne poftvant prendre tout le monde dans un seul voyage, quarante-deux hommes restèrent sur le rivage. Dans la nuit, deux goélettes firent voile pour les lies Canaries.
Le lendemain, 1er novembre, vers sept heures du matin, les chaloupes revinrent à terre. Ceux qui les montaient se mirent en chemin pour venir nous trouver; mais à peine eurent-ils marché pendant cinq minutes, que nous les vîmes retourner en toute hâte à leur bord et prendre le large. Cette fuite était causée par l'arrivée d'une bande de Maures, qui s'avançaient vers notre camp.
Arrivés à l'endroit indiqué, nous fîmes signa aux Espagnols de venir promptement nous chercher; ils abordèrent enfin. Là une altercation très-vive s'éleva entre M. Caubrière et le capitaine Antonio, qui ne voulait pas laisser embarquer avant qu'on eût été chercher, pour lui être remis, un hunier qui nous avait servi de tente auprès du navire. Le second , voyant l'obstination et la rapacité de cet Espagnol, se détermina à y aller avec quelques passagers, malgré le danger qu'H courait en s'exposant au milieu des Maures, qui étaient déjà en grand nombre sur le rivage : c Allons, mes amis, — dit M. Caubrière, — mar- » chons : il vaut peut-être mieux périr de la main » d'un Maure, que d'être sauvé par celle d'un Es- » pagnol ! » Ces mots, prononcés avec un ton fier et le sentiment d'une vive indignation, décidèrent le capitaine à nous laisser embarquer.
En abandonnant cet affreux désert, nous avions à déplorer la perte de huit de nos compagnons d'infortune.
Arrivés à bord des goélettes, on appareilla et on fit route pour l'île de Ténériffe, où "nous arrivâmes le 8 novembre.
Le consul français pourvut à nos premiers besoins. Il fréta un navire anglais pour nous transporter à Marseille, où nous fûmes débarqués dans un état complet de dénùment.
La nouvelle de notre naufrage se répandit bientôt dans la ville ; tous les habitans s'empressèrent de nous tendre une main secourable. M. le maire nous fit donner des vivres et des logemens, et ouvrit, en notre faveur, une souscription qui, en deux jours, s'éleva à 4,000 fr. Cette somme fut distribuée avec une grande équité.
Je ne terminerai pas ce rapport sans me justifier auprès de mes lecteurs de la prévention défavorable qu'un moment d'exaltation a pu faire naître dans leur esprit contre le capitaine Antonio.
Le capitaine Antonio s'est montré généreux en envoyant son canot à notre secours, et en nous donnant des provisions. La manière amicale avec laquelle il accueillit le capitaine Quesnel et les enfans qui furent envoyés à bord de sa goélette, sont des titres assez grands à notre reconnaissance pour nous faire oublier un moment d'erreur.
L'empressement que je mets à lui rendre la justice qu'il mérite est le plus sùr garant de la sincérité de ma narration.
Quant au brave et généreux Caubrière, je puis me dispenser de faire ici son éloge ; il est écrit dans chacune des pages que je viens de tracer.
Le gouvernement lui a accordé une médaille d'or; M. Caubrière méritait mieux... Des hommes de ce caractère savent trouver, dans la conviction intime d'avoir fait plus que leur devoir, le prix d'un généreux dévoùment. Mais pour quels services sont donc instituées les hautes récompenses nationales, si l'étoile de l'honneur ne brille pas sur la poitrine d'un Caubrière ? X.
FRANGE MARITIME
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