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son cœur, et l’entourer de tant de tendresse, que l’idée qu'il est des êtres inhumains qui la » repoussent ne puisse pas l'approcher. —Je re- “yiendrai, Ernest, soyez-en sûr.
Ilétait près de cinq heures quand je me suis ; ne chez madame de Woldemar; ma mère était toujours la, et j'ai trouvé mon père auprès d'elle : on venait d'annoncer le diner. Je n’ai pas pu parler à ma tante; mais je l'ai priée, en sortant de table, de m’accorder un moment en particulier. On vous a donc chargée du rôle d'ambassadeur ? m'a dit mon père en ricanant. Et les propositions ne peuvent pas se faire devant nous? a ajouté ma mère du même ton.
Blanche , m’a dit ma tante très gravement, prenez garde à ce que vous allez faire : j'ai permis, jai approuvé même que vous alliez soigner cette femme : a votre âge, la pitié doit lemporter sur le ressentiment, et vous ne deviez pas la laisser périr sans secours; mais maintenant, si vous osiez parler en sa faveur et tenter de la justifier, je crois que vos parents feraient sagement de vous éloigner d'ici, pour vous garantir des mauvais conseils et du pernicieux exemple que vous pourriez y recevoir. C’est bien notre intention , a répondu ma mère en regardant son mari; mest-il pas vrai, M: de Geysa ?—Assrrément, ma-chère; et, si notre présence n’est
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pas nécessaire à notre sœur, Je veux que, dès
ce soir, nous enfermions Blanche à la maison jusqu'à ce que toute cette affaire-ci soit finies J'ai vu tous les esprits si aigris, que je n’ai pas cru devoir les 1rriter davantage; et > rapportant. ei les paroles d’Ernest, j'ai seulémeut dit : Si j'ai 5x dû la permission de voir Amélie à l'idée que sa vie est en danger, pourquoi me la refuserait-on maintenant ? Le danger existe ; et, si le docteur a bien vu, Amélie est même sans ressource.
N'a-t-il pas dit qu'une impression de peine la tuerait ? Il ne me semble pas qu'on soit disposé à la lui éviter. Ceci me regarde, apparemment, mademoiselle ? m'a demandé ma tante avec hauteur.— Quand cela serait, madame, vous
aurais-jé offensée ? £i-je fait autre chose que de répéter ce que vous ne cessez de dire ? Car enfin, lorsque la passion de votre fils et le triste état d'Amélie n'ont pu afhaiblir votre haine, que toutes vos paroles, tous vos gesies l'expriment , que vous voulez en accabler cette infortunée ; n’ai-je pas lieu de penser que vous ne lui éviterez pas les impressions qui peuvent la tuer? Mais où a-t-elle donc pris tout ce qu'elie dit aujourd’hui? a reparti mon père en regardant ma mère d’un air étonné. Auprès du lit d'Amélie, a répliqué ma tante. —Il faut donc bien se donner de garde de l'y laisser re-
tourner. Je suis tombée à ses genoux. « Écoutez, . mon père , Amélie est fort mal; peut-être ne vira:-elle pas demain; elle est loin de son frère, abandonnée de toute sa famille : me défendrez- . vous de recueillir son dernier soupir, et de passer cette seule nuit auprès d’elle ? Si elle est mieux demain, je me soumettrai sans murmure a tous vos ordres. » Il m'a relevée en m'embrassant. En vérité, ma fille, vous faites de moi tout ce que vous voulez. En vérité, ma sœur, je ne: puis pas refuser Blanche, Ma tante s’est promenée dans la chambre sans répondre ; J'ai bien vu que, sans son consentement, je n’obtiendrais point la faveur que mon pére venait de m'accorder : je me suis approchée d’elle d'un air suppliant : Ma tante, lui ai-je dit, Amélie est si mal, que dans ce moment Ernest n’est pas en état de vous éntendre; tant qu’elle sera en danger, il est résolu à ne la quitter ni jour ni nuit : serait-il donc convenable que votre nièce restât seule avec votre fils qui l’aime, et des domestiques quidépendent de lui ? Jugezvous, ma tante, que ce soit décent, même pour vous? Elle s’est arrêtée tout à coup, comme frappée de ce que je lui disais : Vous avez raison, Blanche; oui, en effet, il ne faut pas les laisser seuls..... Quelle imprudence! Je vous remercie de votre avis, Blanche; retournez-y,
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et ne les quittez pas. Quoi! ma sœur, vous voulez que ma fille reste la ? vous ne craignez plus pour elle la société d’Amélie ? lui a demandé ma mère.—Non, non, Blanche a raison, il n’est pas décent qu'ils soient seuls; et puisque mon fils est décidé à rester là... Écoutez, Blanche, . at-elle ajouté, vous voyez que, quand j'ai un tort, j'en conviens sans peine ; mais aussi, quand la justice et l'honneur sont pour moi, je ne cède jamais... Vous pouvez dire cela à Amélie. — Vous me permettez donc de retourner près d’elle ?— Oui , allez-y; et annoncez à Ernest que, puisqu'il refuse de venir vers sa mère, sa mère ira vers lui : quand Amélie sera en état de m'entendre , c’est a elle que je parlerai. — Quoi! vous consentez à la voir ?— Oui, j'y suis résolue : il m'en coûtera beaucoup; mais n’importe, l'intérêt de mon fils me demande encore ce sacrifice. — Ah! madame, ce ne peut être que pour lui pardonner que vous voulez la voir. Pour lui pardonner ? a-t-elle interrompu... Elle s’est arrêtée tout à coup, a paru réfléchir, et puis a ajouté en me regardant fixement : Oui, Blanche, c’est pour lui pardonner que je veux la voir ; il dépendra d'Amélie de se réconcilier avec moi. Et quel sera le prix de ceite faveur ? ai-je demandé en tremblant.— Quand je croirai devoir l’en instruire , vous l’apprendrez :
139 AMÉLIE MANSFIELD, 4 jusque-la, Blanche, dispensez-vous de m'interroger. Je n’ai pas répliqué; et, après l'avoir saluée, ainsi que mon père et ma mère, J'ai couru prompiement chez Amélie. |
- Etleavait de la fièvre, et était beaucoup plus animée que le matin : Ernest avait obtenu d’elle de prendre les potions du docteur. Quoi! ils t’ont permis de revenir, Blanche? a t-elle dit en me voyant ; leur colère est donc suspendue ? Je ne sais, lui ai-je répondu, quelle est l’intention secrète de madame de Woldemar ; mais c’est de son aveu que je viens ici, et elle compte même y venir elle-même cuand tu seras assez bien pour la recevoir. Qu'entends-je ? s’est écrié ” Ernest; quoi! ma mère veut voir Amélie? O changement inattendu ! 6 ravissante espérance! Mon Amélie! si ma mere veut te voir, ce n’est que pour te nommer sa fille. Ah! qu’elle hâte ce fortuné moment. Non, non, quelle ne le hâte point, a interrompu Amélie.—Pourquoi, ma bien-aimée , t’effraierais-tu du bonheur ?— Ge bonheur, a-t-elle dit tristement, ce bonheur ne vaudra peut-être pas tes espérances : Croismoi, Ernest, ne les échange contre lui que le plus tard que tu pourras. —Ainsi, Amélie, tu refuses absolument de croire que nous serons heureux ? Heureux! s’est-elle écriée en pleurant; nous étions destinés à l’être, et c’est moi
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qui ne l'ai pas voulu : il fut un temps où ta mère n'aurait pas dédaigné Amélie ; tu m’aurais nommée ton épouse sans rougir; mon frère ne serait pas errant et désespéré , depuis long-temps Blanche lui appartiendrait; ce pauvre orphelin que J'ai abandonné ne pleurerait pas sur sa cou pable mère ; enfin, a-t-elle ajouté en cachant sa tête danse sein d'Ernest, ce qui fait aujourd'hui ma honte et ma misère ferait mon orgueil et ma félicité... Les larmes ont étouffé sa voix. Après une assez longue pause, elle m'a parlé de vous : je lui ai dit que j'avais envoyé un courrier vous avertir qu'elle était à Vienne, afin que vous hâtassiez votre retour. Ah! m’a-t-elle dit, que je puisse le revoir encore une fois, que j'obtienne son pardon, que le généreux Aïbert recoive le repentir et l’adieu d'un cœur que l’orage des passions wa pu distraire de l'amitié! O' ma Blanche! tu feras le bonkeur de mon frère, tu répareras tout le mal que je lui ai fait : tu as beaucoup à réparer. Je lai embrassée ei: silence. | j;
Quand elle a vu que je voulais la veiller ainsi qu'Ernest, elle s’y est vivement opposée : pour la satisfaire, nous avons feint de nous retirer; et, laissant une des femmes de la baronne auprès d'elle, nous sommes passé lapièce voisine. Aussitôt que j'ai été seule avec Ernest #
je lui ai demandé si Amélie lui avait dit quels motifs l'avaient déterminée à quitter la Suisse ; ses réponses n’ont été ni claires ni précises; cependant elles ont suffi pour me prouvèr que j'ai mérité vos reproches, et qu'en cherchant à vous inquiéter en vous laissant croire que je pouvais plaire à Ernest, j'ai contribué à l’infortune de votre sœur. Ne croyez pas, Albert, que, pour m'excuser, je me rejette sur la pureté de mes intentions; assurément j'étais bien loin de prévoir les suites terribles de mon étourderie; mais J'aurais dû sentir que, même pour augmenter votre amour, je n'avais pas le droit de vous peindre l'amitié qu'Ernest me témoignait comme un sentiment plus tendre. O mon Albert! quand je suis frappée des conséquences funestes que peut avoir ce que j'appelais une innocente coquetterie, s'il était possible que dans le cours de ma vic entière vous en ayez un seul mouvement à me reprocher, il faudrait me repousser loin de vous comme une créature indigne de l'estime de tous les cœurs honnêtes.
Deux heures de la nuit.
JE viens d'entrer doucement chez Amélie; elle sommeille : on m'a préparé un lt près d'elle je vaisgdormir jusqu’à ce qu’elle s’éveille. Ja obtentd d'Ernest qu'il prit quelques heures
s LETTRE CII. 133 de repos; mais il ne veut point quitter l'antichambre d'Amélie ; c’est même avec peine qu'il a consenti à sortir de la pièce où nous allons reposer toutes deux : il s'étonnait que j'insistasse, et moi je trouvais assez simple qu’il s’obstinât, tant il y a dans les grandes douleurs quelque chose de grave et de pur qui permet de braver la décence sans blesser la modestie!