‹ Amélie Mansfield (volume 2)Chapitre 19 sur 28 · PA AA AA · texte numérisé non relu

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BLANCHE A ALBERT

6 octobre, à midi.

AMËLIE est mieux ce matin, et je commence a espérer que madame de Woldemar s’apaiseràa : ah! qu'il n’est doux, cher Albert, d’avoir quelque chose de consolant à vous marquer.

Cé matin, assise sur le lit d'Amélie, je causais avec Ernest de votre prochaine arrivée et de tous les heureux effets que pourrait produire votre présence; Amélie nous écoutait en silence et paraissait agitée d'un sentiment pénible : on est venu m'avertir que ma tante me priait de passer chez elle; ce message nous a troublés. Que peut-elle me vouloir? ai-je demandé à Ernest, —C'est pour vous parler d'Amélie. —

"A 134 AMÉLTE MANSFIELD, Assurément. — Mais que vous dira-t-elle, Blanche? Ah! mon Dieu! je n’en sais rien.

Nous étions tous deux si agités que nous mar-, chions dans la chambre comme des insensés ; Amélie était tranquille et souriait tristement. Va, Blanche, m'a-t-elle dit, ne te fais point attendre : à présent qu'il t'est permis de revenir, je te vois sorür avec moins de peine. Ernest m'a accompagnée -sur l'escalier, en me reeommandan: beaucoup de choses dont je n’ai pas entendu la moitié. J’ai trouvé ma tante avec mon père : après les avoir salués, j'ai demandé des nouvelles de ma mère; elle dormait encore: j'attendais qu'on me parlât d'Amélie, mais personne ne disait rien; à la fin mon père, après avoir fait quelques tours dans la chambre, est venu à moi, m'a regardée avec tendresse : Je te trouve changée, ma Blanche, a-til dit; tu as le cœur si sensible! tu t'inquiètes trop facilement ; iu auras veillé toute la nuit : voyez comme elle est pâle, ma sœur! En vérité, cetie vie ne ui vaut rien.—Tranquillisez-vous, mou frère, tout cela ne durera pas long-temps. Alors elle m'a fait approcher, et m'a questionnée sur les motifs qui ont engagé Amélie à quitter la Suisse ; je lui ai dit ce que je savais; et il m’a été aisé de lui prouver que les torts d'Ernest ct mes imprudences étaient la cause de l'extraordi-

LETTRE CU. N 135 naire démarche où Amélie avait été entraînée : elle ne m'a noint répondu et est tombée dans une profonde rêverie , dont mon père ni moi n'avons osé la distraire ; enfin elle s’est levée et m'a dit : Vous pouvez rétourner auprès d’Amélie, faites-la soigner avec zèle ; et, aussitôt qu’elle sera nmeux , ne manquez pas de me le faire savoir sur-le-champ. Alors, sans attendre de réponse, elle est entrée dans son cabinet.

Ah, mon père, me suis-je écriée, que peut -signifier un pareil intérêt? se pourrait-il que ma tante s’adoucit, et que le malheur G’Amélie eût

enfin touché ce cœur si vindicatif ? Mon père m'a reproché de parler trop librement sur Je compte de madame de Woldemar; cependant il à fini par être de mon avis, et par convenir qu'elle usait d'une rigueur excessive envers Amélie et Ernest ; il m'a même promis de parler pour eux ; mais Je compte peu sur son secours, et je crains bien qu’au premier mot de madame de Woldemar, tout son courage ne l'abandonne.

ÿ - 136 AMELIE MANSFIELD,

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