‹ Amélie Mansfield (volume 2)Chapitre 20 sur 28 · AAA A · texte numérisé non relu

AAA A

LETTRE CIIL

BLANCHE A ALBERT

Le 7 octobre, à midi,

Mes espérances se fortifient : Amélie est mieux qu'hier; je viens de passer chez ma tante pour le lui dire : cette nouvelle a paru lui faire plaisir. Retournez chez Amélie : vous pouvez lui annoncer que je la verrai bientôt... Ne la quittez point; je vous enverrai à diner dans sa chambre; j'ai à parler à vos parents en particulier ; vous ne viendrez point que vous ne soyez appelée. Ma mère a approuvé cet ordre d’nn signe de tête; et moi, le cœur tremblant d’espoir, J'ai été raconter à mes amis l’heureuse disposition où paraissait être madame de Woldemar. Ernest a regardé Amélie, et est resté en suspens comme n’osant faire éclater sa joie avant qu'elle eût marqué qu’elle la partageait; mais Amélie a baissé les yeux en soupirant, et une sombre douleur s’est répandue sur la physionomie d’Ernest. Votre sœur s’est aperçue de ce changement : nous étions seuls dans la chambre ; elle a tendu la main à Ernest, et le faisant asseoir près du canapé où elle était couchée,

LETTRE CII. 137 elle lui a dit : Pardonne-moi si je n'ose espérer; pardonne-moi de ne plus croire au bonheur, et que les larmes que je ne puis m'empêcher de verser ne me rendent pas importune à ton cœur. — O mon Amélie! que tes craintes me touchent ! au coniraire, il me semble que tu m'aimerais moins si tu pouvais te rassurer si vite; et cependant , quand je saisis avec tant d’ardeur la moindre lueur d’espérance, où en est la cause, sinon dans le plus ardent amour? Mais, écoute, mon Amélie, aujourd’hui que tu es plus calme , laisse-moi te parler de notre avenir. Elle a tressailli, ses joues pales se sont animées d’une vive rougeur ; elle a avancé la main pour repousser Ernest; mais voyantqu'eile l’'affligeait, sa main est retombée, et souriant avec une douce langueur : Parlez de notre

Mavenir, a-t-elle dit à Ernest, je vous écoute. — Ma bien-aimée, je me flatite encore que ma mère, puisqu'elle veut te voir, s’est adoucie, et je suis presque certain que, si elle te voit, elle ne résistera pas à ce charme qui captive tout ce qui t’approche; mais, si je me trompais, et qu’elle persistät à refuser son consentement à notre union, promets-moi, Amélie, de te résoudre à t'en passer; et moi je jure, ainsi que je lai déjà fait une fois, d'abandonner sans regret ma patrie, ma famille et ma mère. — Sans

| | à: | 129 AMEÉLIE MAN SFIELD, L regret, Ernest ! tu t'abuses : a cœur n’en est pas capable. Oui, je le jure, a-til continué d’un ion plus ferme encore. Peut-être Albert consentirat-il à nous suivre , et je suis sûr qu’en quelque “lieu que nous allions, ton oncle nous accompagnera; ton enfant ne sera plus orphelin, il sera mon fils; je n’existerai plus que pour toi et pour lui : dis, Amélie, n’y consens-tu pas? Et pendant que nous serons heureux ensemble, à répondu Amélie, ta mère vieillira sans soutien et mourra seule! Ernest s’est troublé. Et quand tu apprendras qu'elle n'est plus, tu n’auras aucun regret! Ernest a marché dans la chambre avec agitation. Et la nuit, quand son pâle faniôme viendra gémir aupr£s de la couche nuptiale, tu demeureras paisible et satisfait enire mes bras! Arrête! arrête, Amélie! s’est-1l écrié en se précipitant à genoux près du canapé, tu me déchires le cœur. Elle s'est soulevée; et, posant ses mains sur la tête de son amant, elle a ajouté avec une dignité mêlée de MERS £ C’est parce que je le connais bien ce cœur, c’est parce que je l'estime ce qu'il vaut, que je suis sûre qu'il ne se consolerait jamais d’avoir trahi un devoir sacré. —Et celui qui m’attache à toi, Amélie, crois-tu qu’il ne le soit pas? —Celui qui te lié à ta mère est le premier de tous. —jJe t'ai juré de m'unir à toi, —Je te dégage de tes

| 12 LETTRE CIILL. 139 serments. — Le ciel les a reçus.—Je t'en dégage , te dis-je; et, si c'est un parjure, c’est moi

qui me rends coupable, c’est moi que le ciel

puuira. À ces mots, Ernest a serré Amélie dans

puis il s'est arrêté tout a coup comme gêné par ma presence : alors je me suis levée, et j'ai passe dans la chambre à côté pour écrire a mon Alsert ce que je viens d'entendre.

Le même jour, à cinq heures.

Quaxp je suis rentrée, Amélie avait l’air plus calme ; on nous a servi le diner dans sa chambre. J'ai été enchantée du ton respectueux de tous lés domestiques avec elle, et du zèle avec tequel ils volent au-devant de ses moindres désirs. C'est uu ange, me disait il y à une heure ja lemme qui l'a veillée ceite nuit. Elle a l'air si

. M « . ; Lriste et si doux, ajoutait une autre, que, seu-

lement de la regarder, les larmes en viennent aux yeux. Pour moi, assurait à-son tour la vieille femme de-charge, il ne m'a fallu que jeter un. coup d’œil sur madame Mansfeld pour ne pas douter que, dès l’instant où madame la baronne l'aura yue, elle cédera à tout ce que veut M. le comte...

Mais je crois entendre sur l’escalfer la voix

. de ma tante... Il me semble qu’elle vient ici...

Oui, c’est elle-même; elle entre dans l’antichambre ; mon père et ma mère sont avec elle : quels sont leurs desseins ? Je cours près d’Amélie.

A minuit.

Comme demain matin je ne serai plus ici sans doute , je vais employer une partie de da nuit à vous rendre la scène qui vient de se passer : je laisserai le paquet à Ernest, afin qu’il vous le remette à votre arrivée.

À peine ai-je entrevu madame de Woldemar avec mes parents, que je me suis élancée dans l'appartement d'Amélie. « Voilà ma tante ! voilà votre mère, Ernest.» Amélie a pâli tout a coup si prodigieusement que nous en avons été effrayés. Au nom du ciel, calmez-vous, mon amie , lui a dit Ernest , rassemblez tout votre courage : n’avez-vous pas ici Blanche et moi pour vous soutenir ? Madame de Woldemar est entrée ; Ernest a couru au-devant d’elle. Voilà quatre jours que je ne vous ai vu, mon fils. Ah! madame, de l’indulgence, a-t il répondu en portant la main de sa mère à ses lèvres. Oui, madame, de l'indulgence, s’est écriée Amélie avec un accent douloureux, et en faisant quelques pas vers la baronne; mais elle était si faible et si tremblante que, hors d'état de se soutenir,

elle est tombée sans force aux piedsde son juge.

LETTRE CLII. tér

Levez-vous, madame, lui a dit la baronne d’une voix un peu émue ; ce n’est pas a vous a prendre cette attitude, car c’est moi qui viens vous implorer. Ernest l’a soulevée dans ses bras et l’a replacée sur le canapé. Madame de Woldemar a refusé de s’asseoir auprès d'elle, et s’est placée sur un fauteuil à quelque distance. Bonjour, Amélie, lui a dit mon père d’un ton assez amical. Ma mère l’a saluée froidement sans lui parler, et a été se placer près de la baronne. Ernest et moi avons fait asseoir Amche entre nous deux sur le canapé; et mon père, à qui j'ai fait un signe, a poussé son fauteuil de notre côté.

Il s’est fait un long silence; chacun paraissait troublé; on sentait que le sort, que la vie de deux personnes étaient attachés au sujet qu'on allait traiter, et nul ne se trouvait 2ssez de courage pour oser l’entamer. Je voyais madame de Woldemar détourner ses regards de dessus Amélie, dont le visage charmant portait une telle empreinte de douleur qu’on ne pouvait le fixer sans être prêt à céder à un attendrissement que redoutait ma tante; elle évitait aussi de regarder son fils, dont l'attitude suppliante, Vair d’anxiété, la figure altcrée, étaient faits pour porter le désordre dans l’âme d’une mére: elle a levé les yeux sur mon père et sur moi, et

143 AMÉLIE MANSFIELD, les a ramenés sur ma mère , Qui, par.son maintien froid et sérieux , l'a seule encouragée à commencer, Elle a débuté ainsi, avee un ton.

grave, lent, un peu solennel, sans gestes, et les regards attachés alternativement sur ma mère ou sur le parquet

« IT à été un temps de ma vie où je mettais tout mon orgueil dans ma famulle et tout mon bonheur dans mon fils; je me glorifais, je l’avoué, d’être alliée à une famille dont le sang était pur et sans tache; et la tendresse de mon Ernest, sa soumission, son respect, les grandes qualités qu'il promettait, remplissaient mon cœur maternel de la plus douce joie. Tous ces biens, je les ai perdus, tous m'ont été enlevés; vous savez par quelle main, madame, a-t-elle continué en fixant Amélie d'un ai imposant et sévere; vous savez quelle femme est devenue la honte de notre maison, nous a fait rougir de noire nom, a avil mon fils en Jui préférant un mistrable, et veut maintenant le déshonorer sans retour en le forçant à s'unir a elle! ... Madame, je ne souffrirai pas un tel langage, a interrompu Ernest avec véhémence. I] faut tout souilrir de votre mère, Ernest, a répliqué Amélie avec beaucoup de dignité; c’est ajouter à mes toris que de manquer, à cause de moi, au respect que vous lui devez; et, si mes prières

LETTRE CIIL. Re | peuvent avoir quelque pouvoir sur vous, vous écouterez en silence Îes reproches qu'elle n'adresse avec trop de justice, peut-être. Je vous suis obligée , madame, à repris la baronne trèsamèrement, de parler à mon fils en ma faveur, et de l'engager a vouloir bien écouter sa mère; mais c'est un devoir que vous n'auriez pas eu besoin de lui prescrire, si depuis long-temps vous ne lui eussiez fait oublier les siens. Ah! madame, s’il s'était nommé! si j'avais su qüi je recevais pres de moi! mais, helas'! tous mes malheurs sont venus de lavoir rezeté et de Favoir aimé sans le connaître. Et à présent que vous le connaissez, madame, a continué la baronne , à présent qu'il dépend de vous de consommer sa ruine et mon désespoir, que vous me voyez réduite à vous inplorer, vous qui m'avez fait plus de mal qu: mon plus mortel ennemi n'aurait pu m'en faire, quel sort nous réservez-vous à ious deux ? êtes-vous résolue à arracher Ernest à sa mère, à sa patrie, pour l’envelopper dans la honte dont vous vous êtes couverte? voulez-vous qu'il devienne l'opprobre ” de sa famille et mon assassin ?... Arrêtez, arrétez, ma mère, s'est écrié impctueusement Ernest; arrêtez, Amélie; avant de répondre, écoutez-moi : O mon Amélie! qu'une fausse géncrosité ne vous égare pas! Amélic! ne me

LÉ

sacrifiez pas! Ferez-vous moïns pour celurqui vous a donné son amour et son existence, que pour la femme hautaine qui veut sacrifier le hen sacré qui nous unit à de barbares préju- EST. Voilà donc comme je suis traitée par mon fils! a dit la baronne indignée. Vousdevez être contente, madame, des effets de l'amour que vous inspirez ; et la veuve de M. Mansfeld doit se complaire à voir humilier la baronne de Woldemar. En vérité, a ajouté ma mere d’un ton dédaigneux, je ne crois point qu'Ernest eût osé s’oublier jusque-là, s’il n’y était encouragé par de mauvais conseils. Hélas! a dit Amélie en joignant les deux mains vers le ciel, je sais trop que je suis la cause des torts d’Ernest, et de la division d’une famille que je respecterai jusqu'a mon dernier soupir; mais, madame, a-t-elle continué en s'adressant à la baronne, si vous pouviez lire dans ce cœur que vous déchirez, quelles sont les seules espérances qu'il ose concevoir, peut-être trouveriez-vous qu’elles expient assez l’erreur involontaire qui m'a rendue si coupable à vos yeux. Je ne sais, Amélie, quelles espérances vous nourrissez, lui a dit Ernest avec émotion; mais si elles sont autres que les miennes, si elles ne sont pas d’être à moi en dépit de toutes les oppositions, de tous les obsigeles, de toutes les volontés, je jure arr

# à CT, è

ne x LE CIIT. 145 ciel; à ma mère, à vous-même, je jure que ces espérances serOnt déçues. Ma mère, vous savez a dai le droît de parler ainsi; vous savez que vous-même m'avez promis dene plus vous opposer à mon union avec Amélie : ou me trompiez-vous en le promettant , ou voulez-vous maintenant violer votre parole ?—Niais vousmême, Ernest, ne vous souvicent-il plus que vous m’aviez promis de renoncer à elle? Ah:

je ne l'ai pas oublié cet effort terrible qui a égaré ma raison , et qui m’eût coûté la vie si vous ne n’eussiez rendu un serment involontaire ; impie, que j'abjure, et que vous ne deviez pas me rappeler puisque vous l'avez annulé par le vôtre. O ma mèrc! c’est parce que vous vous étes attendrie sur mes maux queflexiste encore; ne me relirez pas vos Bienfaits, je vous le demande à genoux. Et, en parlant ainsi, 1l embrassait ceux de madame de Woldemar avec ardeür : Regardez mon Amélie, vous l’aimiez tant autrefois! une faute dont son extrême jeunesse fut l'excuse l’a-t-elle bannie sans retour de votre cœur? Regardez mon Amélie, ma mére, ét vous l’armerez encoré, et vous me pardonnerez de ne pouvoir vivre sans elle, et vous direz Oui, c’est encoe là l'enfant de mon cœur, la filé de mon adoption... Les sanglots ont

étouffé sa voix. O madame, a dit Amélie, en se 3. I

46 AMÉLIE MANSFIELD, #4 prosternant aux pieds de la Lo cêté de son amant, autrefois vous m’ouyriez vos bras ,* vous me pressiez contre votre sein, von nommiez votre fille, votre fille chérie; l'époux

que vous me destiniez, le voilà gémissant à VOS pieds, vous "His 0 ma main commeon demande la vie : 1l est l'idoie de mon cœur; nous ne pouvons exister qu'ensemble. Rose par vous, nous vous contemplerions comme la divinité suprême qui, d'un mot, retire de l’'abime « du . PRE pour donner la félicité du ciel. O madame! serez-vous insensible au pouvoir de dispenser tant de biens ? O ma tante! ma mère! pardonnez si l'amour qui remplit mon cœur m'enhardit à vous donner ce nom, ne me rejetez pas, n’accablez pas de votre haine celle que * vous avez tant aimée ,squi vous chérit, vous révère, que votre fils a choisie, et que vous ayez si long- temps regardée comme sonépouse. A ce tableau si déchirant , au# accents degeite pri ére si pénétrante , je n'ai pu retenir mes san- S: mon pèrc avait des larmes dans les yeux ; ma mère semblait émue. Amélie s’est tournée vers elle : Et vous, ma tante ; lui a t-elle dit, ne parlerez-vous pas en faveur de l'enfant de votre sœur? ne soutiendrez-vous pas votre sang ?

+ sang! a interrompu madame de Wolemar en Coté les yeux au ciel; oui, pour

4 ve) RE à | LETTRE CII. 147 n608 deu, vous en êtes. Mais, Amélie, at-elle ajouté avec quelque trouble, relevezous et écoutez-moi. Elle l’a fait asseoir prés d'elle , a pris une de ses mains entre les siennes, ef lui a dit : Je vous ai beaucoup aimée; et, en vous revoyant, quelles que soient ma colcre et votre impardonnable faute, je sens bien que.

vous m’êtes encore chère, et je gémis que vous

m’ayez mise dans l'impossibilité de vous donner pour é épouse a mou fs. Dans Pimpossibilite! à interrompu Ernest hors de lui.——C'est à Amelie que je parle, mon fils, c’est à elle seule à me répondre; et, quant'à vous, si vous osez m'interrompre une seule fois encore, je quitte à l'instant la chambre, et je ne vous verrai jamais ni l’un ni l’autre. Je ne dis plus rien, madame, a repris Ernest en se levant. Et il este demeure debout appuyé contre le fauteuil d’Amélie. ° «Vous aimez mon fils, Amélie, et je crois que c'est d'un amour assez noble, assez désintéressé, pour que son bonheur vous touche plus que le vôtre même : eh bien! croyez-vous, dites-moi, que cette union le rende heureux ?

quelques instants peut être; tant que le feu d’amour durera; mais ce feu ,'que le temps étcint toujours et que le mariage consume si vite, quand il aura disparu , que restera-t-il à Ernest,

148 AMELIE MAXSFIELD, | sinon des regrets, et à vous du repentir Dans

la plus Dahioute saison de la vie, dans celle de Fambition, avec la fierté qu'il a dits lâme et nom qu'il porie, se consolerast-il d’avoir perdu toute consiäération dans son pays, de n’oser prétendre à aucune dignité, et d’être regardé avec mépris par ses égaux ? Et vous, Amélie, vous consolcrez-vous jamais d’avoir amassé de pareils malheurs sur sa tête ? Oh! non, jamais! jamais! s’est écriée l'infortunée en cachant dans ses mains son visage inondé de DRE UNE nlest pas tout : ces tourments qui le déchireront, il vous les reprochera : il dira aique non à

présent que la passion l’égare ; mais nele croyez pas, n’en croyez que la nature, qui nous porte toujours à nous plaindre de ce qui nous nuit. Et puis, Améhe, lors même que vous remph- Mez si bien le cœur de votre époux, qu'il n’y resterait de place pour aucune gspèce de regrets, croÿeZ-vous que ce Cœur si sensible à lamour soûterait long-temps un bon qu'il aurait obtenu sans 1e consentement ère ?

et ce consentement, ne l’espérez pas, je me le donnerai jamais au déshonneur de mon fils.

Ah! jen étais bien sûre, a répondu Amélie; et gend Je vous ai adressé mes prières, madame, Je n'avais pas l'espoir qu’elles pussent vous toucher. Avez-vous tout dit, madame, a ajouté

Le

de.” LETTRE CIII. 149

Eros! en contenant à peine sa bouillante imspatience ? elpuis - je paie mon four ? Pas . encore, a répliqué la baronne; attendez que je

yous le permette. Et vous, Amélie, vous qui elque ascenoila ie mo-

êtes la seule ici qui conserviez dant sur l'esprit de cet insens ment d’en user dignement, et de vous rétablir par un grand sacrifice dans l'opinion du monde ne” et les bontés de votre famille; montrez - lui ses devoirs en suivani les vôtres; rappelez-le à la yeriu par voire courage;ayez la grandeur d'âme de renoncer à lui, et aussitôt mes bras vous sont ouverts, je vous rends mon amitié, et Je vous prends sous ma protection. Si la vie religieuse vous plait, nommez le couvent que vous préférez, et sur-ie-champ je vous en fais nommer abbesse. Li Votre fils... Elle ®c: est arrêtée en faisant u geste de mépris. Votre fils, quoique portantile Es nom de Mansfeld, je vous le promets, Amélie, a. un étranger pour moi; je reportcai sur la reconnaissance du bien que vous m'aurez fait; et ce sentiment , en remplissant tout mon cœur, en effacera pour jamais le souvenir de votre conduite passée. Elle s’est tue, Avez-vous fini, ma mère, a demandé encoëe

Ernest avec une colère concentrée ?—Oni, je L'ai rien à ajouter ; mais, comme ce n’est poiut 1H nd 2 2 x

‘iÿe AMÈLIE MANSETELD, 4”

à vous que j'ai parlé, ce n’est point à soi âme

répondreW: qu'Amélie s'explique” Et moi, madame, je ne le lui permets pas; car je sens bien que je ne lui pardonnerais point d'hésiter dans sa réponse. —Et si je vous ordonne de l'attendre ? ‘oserai braver les ordres d’une

__ mère qui viole les engagements qu’elle a pris.

”. O Amélie, a-t-il Git en la serrant étroite

dans ses bras, pourrais’je te pardonner jamais

de désavouer nos nœuds, et d’être infidèle à tes

sermen!s ? Que ma mère le soit aux siens, elle

en répondra devant Dieuÿ mais nous mourrons plutôt que d’être parjures : je suis ton époux, tu m’appartiens, tu es à moi. Vous êtes à lui, vous lui appartenez! s’est écriée la baronne en pälissant d’effroi.— Oui, je le déclare déVant Nous, devant toute ma famille assemblée, Amé+ lie est mon épouse , et quiconque tenteraït de nous désunir commettrait un sacrilége. —Je . ne veux croire que vous, Amélie : êtes-vous réellement son « pouse ? Ose dire quenon! \ 4 terrompu Ernest. Ah! je ne puis mentir, Jui a répondu douloureusement Amélie. — Quoi ! tu n’es pas à moi ?—Je suis à toi, Ernest, mais je ne suis pas ton épouse ; et le ciel saït que, si j'avais cru faire ton bonheur en dévoilant ma honte, je ne l'aurais pas cachée si long-temps. À cet aveu, ma mère s'est couvert le visage, -

LETTRE CIIL. LT ve

mon père s'est levé, lasbaronne à paru satisfaite, et j'ai laissé échapper un cri de douleur. / A ce cri, Amélie s’est retournée vers moi, et m’a dit avec cet accentiqui perce le cœur : O compagne du vertueux Albert! rougis-tu de moi, et ne suis-je plus ta sœur ? Je n’ai répondu qu'er mesctant dans ses bras, mais non sans gémir

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