RS. LA
154 AMÉLIE MANSFIELD, a Irahi tous ses devoirs; mais comme ge vois bien qu'il esbdéterminé à s’en passer, et que je
ne veux pas pourtant faire un éclat qui lui ôte.
toute la considération et les espérances d’ayañcement que l’ignominie desson mariage ne lui enlèvera que trop, dés ce soir je l’abandonne, je quitte ma maison, je l’en laisse maître absolu ; je ne ferai aucune démarche contre Lac-
complissement de ses vœux criminels; mais
qu'il n'ignore pas qu'en les pronon£ant, il déchirera le cœur de sa mère, et que, dans le couvent oùMelle va se retirer, elle déplorera jusqu’à sen dernier soupir le malheur d’avoir donné le jour à un tel fils.
Elle est sortie alors, nous laissant consternés d’un refus qu’il paraissait d’autant plus impossible de vaincre, qu’il n’en résultait plus d’obstacles. Ma mère s’est levée pour la suivre : Amélie a étendu les bras vers elle en s’écriant :
Partez-vous aussi en me haïssant, ma tante?
Madame, lui a répondu ma mère d'un ton froïd, vous êtes étrangement égarée, ct dans la situation où vous vous trouvez, la bienséance ne permet pas que je tente rien en votre faveur, Sans insister, Amélie a laissé tomber ses bras en levant doucement ses yeux au ciel, et ma“ mére s’est retirée. g peine a-t-elle été dehors que mon pére s’est avancé, ct prenant la main
ETES à F Sd ‘ Ne "LETTRE CII. M:
d'Ernest et d'Amélie , illeur a dit : Je n’entends rien à tous ces discours; mais je vois que le plus pressé est de vous marier. Si vous m’en … ni més enfants, ne perdez pas une minute; et aussitôt qu’Améliie aura le titre de comtesse de Woldemar, soyez sûrs que les dames les plus ficres se feront un honneur d'être présehtées chez elle. Amélie s’est jetée dans les bras de mon perce en pleurant. O mon oncle! il me le! Ernest lui RE -en ajoutant : Mon oncle, dans lacérémonie, ne consentirez-vous pas à servir de épouse, More nièce ? Ii a paru embarrassé de la proposition. Je le voudrais beaucoup, a-t-il répondu, mais je crains de me brouiller avec ma sœur, et de m'ôter ainsi tout moyen de vous réconcilier. Mon bon père, lui ai-je dit en le çaressant , il faut absolument que vous et moi soyons présents au mariage d'Amélie : ce n’est
reste donc un ami dans ma famil
a serré la main avec une vive rec
pire à mou
pas assez de l'approuver en secret, il faut le soutenir hautement, et montrer au public qu’elle a reconquis l'amour de ses parents, puisque le chef de la famille la protége. Mon +. voyez douc que c'est le meilleur moyen aiser le courroux de ma tanie, car votre opinion sera la règle de tous : nid on dira partout M. de Geysa pense ainsi, personne ne se croira le
156 AMELIE MANSFIÉLD, + oit de penser autrement ; "soutenu de votroil
opinion, Ernêst ne décherra dans celle de personne : à la ville, il pourta prétendreà la mê
estime; à la cour, aux mêmes hofheurs; ct quand ma tante sera bien convaincue que le
iage de son fils n'aura point contrarié ses prétentions ambitieuses , elle pardonnera sans peine : c’est à vous, mon bon 5ère, c'est à voire courage que nous dewrons @et heureux succès.—Mmable flatteuse! cor:me vous savez arranger les choses a otre fantaisie, et me fare vouloir eo: ce que vous voulez’ — Eh bien! mon père, vous y Conséät est-ce pas ? nous ne quitierons point à maison qu'Amélie ne soit mariée, afin que, quand Albert reviendra, il y soit reçu par la comtesse de Woldemar. O généreuseamie, ce n’est donc pas assez pour toi de mon bonheur, tu penses aussi à celui de mon frère, s’est écriée Amélie en m'embrassant avec ardeur, et tt veux quif ait a rougir le moins possible de sa sœur. Et savez-vous, ma fille, quand il sera ici, ma demandé mon père.— Mais dans quelques jours, je présume, — Voyez, chère Amélieÿ\c’est pour courir après vous pourtant que votre frère a abandonné ma Blanche. Mon oncie, luï a dit Amélie, prenez pitié de mor, st ne faites pas repasser dans mon cœur tous les maux que je
DT à 7
‘cause : hélas! je n’ai pas besoin qu'on me le rappelle.—Non, mon enfant, jeme veux point wous ne | si vous ayez l’âme bien placée, vous devez Soufrir assez du désordre qui règne dans votre famille, et que vous ne pouvez attri- Ne qu’à vous; un frère qui court sur les gran chemins, le mariage d’une amie reculée, un fils brouillé avec sa mère, voila bien assez de raisons pour vous désgler sans que j'ajoute a votre peine. Et eependant, tout en parlant amsi, il enfonçait de nouveaux traits dans le cœur d’Amélie ; la force passagère qe lui avait inspirée la présence de ue de Woldemar était épuisée ; je la voyais s'afflaiblir malgré tous ses efforts, et sur son visage décoloré la Souffrance physique se confondre avecAa douleur morale.
Ce changement m'a point échappé à Ernest ; il lui a présenté quelques gouttes pour la ranimer, avec une inquiétude quil cherchait à dissimuler. Amélie, lui a-t-il dit, vous n'êtes pas
. bien : vous avez besoin de repos. — Vous avez
| raison, jen ai besoin; Mais, a-t-elle ajouté
avec un sourire forcé, le repos, il viendra. A ce moment, uBdomestiqué est venupavertir mon père que ma mère le demandait, J’y vais, a-t-1l dit. Non, mon père, non, vous n'irez pas que vous n'ayez donné votre parole à Amélie d’assister à son mariage. — Mais, puisque son
158 AMÉLIE MANSFIELD, ë frère revient , ne pourrait-il pas me remplacer ? Je ten'conjure, Blanche, n'insiste pas davan-
tage, a repris Amélie : la chaleur de ton amitié m'a fait tout le bien que je pouvaïs recevoir ; mais le consentement de ton père, et même
Jui de ta tante, viendraient trop tard à présent. Amélie! qu'as-tu dit ? a interrompu Ernest d’un air effrayé. Moi, Albert, a ces tristes paroles j'ai pleuré amèrement, et mon père ému a pris la main d'Amélie en lui disants Il ne faut point vous aflliger, mon enfant, ni désespérer de l'avenir : aussitôt que yotre frère sera ici,
épousez Ernest sans délai, je vous le répète... Comme il parlait, un autre domestique estvenu l'avertir Que madame de Woldemar défait lui parler un momentayant de partir : mon pére s'est précipité hors de la chambre, et Amélie, joignant les mains, a dit à Ernest : Laisseras-tu ta mère quitter sa maison? me laisseras=iu mourir avec le remords de l'en avoir chassée! O Ernest! je ten comjure, cours l’apaiser : si, pour y parvenir, il faut m'abandouner, n'hésite pas à le promettre : hélas! que gagnerais-tu à lui désobéing Ernest ton amour ne peut plus me sauver : mon cœur est blessé à mort, et je * suis perdue pour toi; que du moins mes dermiers regards te voient reconcilié avec ta mère; et si ma présence lui est odieuse, si elle ue peut * e
Prcrree cuir #
me souffrir près d'elle, assure-la, Ernest, que j'aurai la force de men aller. Qu'oses-tu proposer, Amélie? moi, je t'abandonnerais! que me faitila tendresse de ma mére, qe me fait la vie, si je ne dois pas les partager avec toi? .Laisse-la partir, cette femme imexorable, quia pu voir ta douleur sans en être attendrie, cette femme barbare qui a déchiré un cœur qui ne sut qu'aimer et pardonner... Mais, Amélie’, si tu ne peux vivre , je puis mourir : depuis que je porte dans mon âme la convition que je te suivrai, tu peux mé parler de ton dernier momént sans meflrayerg ce ne sera pas celui de notre séparation. Ernest, a-t-elle repris en pleurant, du jour que j'ai commencé à penseret à sentir, je n’ai jamais demandé awéciel d'autre bonheur que celui d’être aimée comme tu m'aimes: hélas!
comme il me punit aujourdhui de m'avoir.
exaucée! Faut-il que ton amoür, cet amour ardent, exclusif, qui seul me semblait le bien suprême, soit l'instrument fatah que Dieu ait choisi pour me frapper! Mais j'entends un bruit extraordinaire : c’est {a mère qui part... Oh! cours, cours donc au-devant d'eile, em- “brasse ses genoux , retiens-la. Ernest, éperdu restait à sa Pig ne répondait pas. Tu ne pif donc pas y aller? s'est-elle écriée : eh bien! laisse-moi remplir ton devoir. Alors elle s’est
Cr
4 à AMELIE M ANSEIESD, dégagée des bras de son amant qui voulait la retenir ; sa faiblesse à disparu, un sentiment . exalté lui prêtait une vigueur surnaturelle; clle s'est élangée hors de la chambre, et a volé sur l'escalier : nous pouvions à peine la suivre. Ma tante, criait-elle, ma tante ! au nom du ciel écoutez-moi! que je ne vous chasse point de votre maison! laissez-moi en sortir; je le veux, je le puis! Elle a atteint maäame de Woldemar comme celle-ci allait passer la dernière porteÿ s’est jetée au-devant d'elle, et se couchant sur
léseuil : Ma tante , a-t-elle ditid’un air égarée,
wvous ne passerez qu'en me foulant sous vos
pieds : non, il «@ sera pas dit qw une femme
criminelle vous ait forcée a fuir de che7#vous;
je mourrai sur cett@pierre#e le jure, plutôt que de vous laisser sortir. Diques mois qu’on n’a pas pu entendre ont suivi; ses forces l'ont abandonnée, et elle s’est évanouie. Ernest, croyant layoir expirer, a jeté uu cri affreux, et s’est préc pi r elle : moi, j airegardé madame de Woldemar, j'ai vu ses yeux se remplir de larmes, et J'ai cru que la pitié allait enfin l'emporter. Pendant qu'on donnait des secours
à Amélie, que chacun s’empressait autour d'e ‘sa tante la contemplait avec émotion et paraissait irrésolue ; à la fin, elle m'a dit à demi-voix : s L’honneur me commande ce dernier éflort, mais
| | + Ce D PRE il me coûte plus que je ne puis l'exprimer… Je m'éloigne, car je ne résisterais pas à une seconde scène comme celle-ci... Cette Amélie a des accents qui me déchirent….. Blanche, soignez-la, consolez-la ; dites-lui bien que je ne veux pas sa mort... dites-lui..….. Non, ne Jui dites rien, et laissez-moi partir. Aloÿs se détournant du touchant objet qu’elle avait devant elle, elle a monté dans la voiture qui l’atten- "ait, et est partie aussitôt. On a reporté Amélie dans son appartement. Je n’entrerai dans aucun détail sur les moments qui ont succédé à celuilà; ils seraient inutiles, et je n’en ai pas le tempsx qu'il vous suflise de savoir que votre sœur, en revenant à elle, et en apprenant que madame de Woldemar avait résisté à ses prières, n’a formé aucune plainte, n’a versé aueune larme , et est demeurée dans une morne tranquillité dont rien n'a pu la tirer jusqu’à
présent. k
Ma mére, faut - il avoir de pareils reproches à FER, à une mère! ma mère, plus in sensiblé que madame de Woldemar, s'il est possible, a vu Amélie sans pitié, elle m'ordonne de quitter cette infortunée : le départ de + tante est, dit-elle, un ordre de sortir d'ici; elle craindrait de l’offenser en ne limitant pas, et déstdcmain nous retournons à ne Mon père Ur. à
n’est point ici; on a éloigné mon bon père, de peur qu’il ne se laissât fléchir par mes prières... J'ai passé la nuit à écrire; je vois venir le jour : dans un instant il faudra partir, et partir sans revoir Amélie! Hélas! ne la reverrai - je jamais! O mon Albert! quelle était mon erreur en croyant que vous consacrer ma liberté c était la perdre! Sije vous appartenais, si je ne dépendais que de vous, je pourrais rester ici, suivre tous les mouvements de mon cœurzet, en secourant l'infortune, en m’élevant contre r'op-
pression, et en repoussant l'injustice, je serais sûre de votre approbation.
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MADAME DE WOLDEMAR A ADOLPHE
Melck, 10 octobre.
: A DOLPHE, que votre colère-cesse, et que mes injures soient oubliées; car je suis dansla peine, et J'ai besoin de vos services.
Partez sur le-champ pour Vienne, et allez trouver mon fils: il vous instruira de tout ce
qui s'est passé entre nous : vous verrez Amébe, fatal objet de son amour, et je puis ajouter, de
ma profonde pitié; mais ceci, il faut biéh se
ù À LÉŸTeE CI v. 163 garder de le léur dire, Adolphe, c’est un secref inviolable que je vous confie, et, malgré vos torts envers moi, je n’ai jamais craint votr@in- + discrétion : s'ils savaient la révolution qu'a opérée en moi la vue d'Amélie expirante, s'ils savaient Qu'il ne nie faut peut-être qu'un mot pour céder, ils forceraient à instant même mon consentement ; et, si je n’attendais pas à la dernière extrémité pour es à je serais inexcusable aux yeux du monde Comme aux miens.
Quoique vivement touchée de l'état d'Amélie et du désespoir de mon fifs, mon opinion sur leur mariage n’a point changé, je le regarde comme un très grand malheur, mais moindre pourtant que celui de les perdre tous deux. Je saïs bien qu'il y aurait plus de courage et de véritable grandeur à préférer la mort de son enfant à son déshonneur; mais, je l'avoue, je ne suis pas assez ferme our parti, et c'est inutilement que J'ai voulu l'adopier. Allez donc près d'eux, Adolphe, et informez - moi secrètement de ce que j'ai à craindre ou à espérer : je sais bien que le docteur m’a dit qu'une peine trop vive pourrait tuer Amélie; mais je crois qu'il était gagné ponr m'effrayer et m'attendrir. C’est vous seul que je veux croire, Adolphe; je connais, rotre respect pour la vérité; je suis sûre que, dans cette occasion- ci, il ne se démentiratpas. +