‹ Amélie Mansfield (volume 2)Chapitre 23 sur 28 · FT · texte numérisé non relu

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164 AMÉLIE MANSFIELD, à

J'ai dû, pour la mémoire de mes aieux, recourir à tous les moyens capables de faire re- … noncer leur petit-fils a une union honteuse, et * endurcir mon cœur contre les prières et les larmes; mais, à la première apparence d’un wéritable danger, sans changer d'opinions sans me croire exempte de reproches, je céderai : ainsi,

Adolphe, au moment où vous jugerez que ce danger existe, venez me chercher au couvent des Ursulines, AMelck , où je me suis retirée, et je reviens avêc vous rétracter mon refus.

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ALBERT A BLANCHE

Vienne : 18 octobre.

IL y a une demi-heure queje suis arrivé ; je n'ai pas encore pu voir ma sœur; on me dit qu repose. Vos letires, l'air si tfiste de tous les gens de la maison, et surtout l’abatiement d’'Ernest, m'ont porté les plus sensibles coups. Je mai pas osé interroger le médecin; je trefñble de voir ma sœur, et je ne me sens point de courage r reccvoir la confirmation de Parrêt que, je redoutc. Il y a eu dans tout ceci une

étre ALES : Mile Léa LETT RE CV. " 162 fatalité ef ante. Les lettres d’Adolphe, qu'on

m'a remises en arrivant, m'apprenaient qu'Amélie avait passé à Dresde; il me croyait ici sans doute, puisqu'il me les y a adressées; s’il await su où j'étais, j'aurais pu revenir plus tôi; si mon départ de Dresde eût été moins précipité, J’aurais pu rencontrer ma sœur ; je l'aurais accom-

À pagnée, soutenue ; et peut-être que la voix d’un - frère outragé aurait eu quelque force auprès de madame de Woldemar.... Maïs qu'aurais-je pu dire de plus que les larmes d’Amélie et l'amour d'Ernest ?.... Pauvre victime! comme tu t'es égarée ! Mais qui pourrait penser a tes torts en voyant tes douleurs? O ma Blanche! j'ai le cœur navré ; il n’y a plus de jo:e pour moi au monde, et les malheurs d'Amélie sont les seules peines

dont vous ne puissiez pas me consoler.

Je ne suis pas venu seul ; j'aitrouvé M.Grandson à Constance ; äl était comme mo: sur les traces de ma sœur, et avait amené avec lui ce pauvre enfant qui deviendra votre fils, ma Blänche , si son infortunée mère lvi est enlevée. J’ai trouvé votre courrier à Ingolstadt, et nous avons couru jour et nuit pour nous rendre ici. Que dira mon Amélie à son réveil en apprenant que son fils, que son frère ei son oncle sont près d'elle ? Ah! si le plaisir d’être entourée de tout ce qu’elle aime pouvait la rendre à la vie,

si tant d'amour pouvait lui faire PA bfiér tant de haine! Mais puis-je avoir des espérances ? Je la connais si bien! On ne sait point combien Amélie a de fierté; si elle paraît peu, c’est que dans ce cœur si tendre jamais elle ne tourne en ressentiment contre les autres, mais en blessures profondes que personne ne connaît, hors l’infortunée qui les souffre. Amélic n’endurera pas D un regard de mépris; elle croit que tout ce qui lentoure a le droit de la faire rougir ; et, du moment qu'elle a dévoilé sa honte, elle était sûre de mourir... Ernest vient m’avertir qwelle est éveillée ; il va la préparer à me recevoir. Elle est si faible, qu’on ne lui annoncera encore que mon arrivée ; pas un mot de son fils; on me prie même de lui fort peu parler. Mon amie, je serais moins inquiet si je voyais Ernest plus agité ; mais sa tristesse est morne, son abattement sans intervalle. Le médecin m’a dit qu’il avait la peau brûlante, que la fièvre ne le quittait pas... Il le croit si malade, qu'il l’a conjuré de faire quelques remèdes; mais il a refusé; en Jui disant avec douceur qu'il n’en avaït pas besoin... Il sait pourtant que les jours d'Amélie sont en danger : est-il donc résolu à ne pas lu: survivre ?....

Amélie désire me voir... Adieu, je vais quprès d’elle.

Le même jour, dix heures du soir.

Je n’ai plus d'espoir : la mort est empreinte dans tous ses traits, et, pour l'éternel tourment de ceux qui l’aiment, il semble que, pour leur faire mieux sentir l’étendue de leur perte, son angélique douceur et sa tendre sensibilité s’augmentent encore à ses derniers moments. Que de larmes j'ai versées sur ses mains froides et décolorées! que de larmes j'ai dérobées à son inquiète amitié! J’affecte un air serein; ce tendre cœur ne pourrait supporter ma peine, et mourrait de ma douleur autant que de son mal. De combien de bénédictions elle m'a comblé!

que de franchise , d'humilité dans son repentir! Oh! comme celle qui pleure ainsi sur ses fautes savait aimer la vertu ! Quoique atteinte par la mort , combien cette âme aimante a su retrouver de chaleur pour cousoler son frère! avec quelle touchante onction elle a calmé le chagrin de son oncie Grandson, qui sanglottait tout haut en entrant dans sa chambre ! En le voyant, elle a demandé son fils; on n’a pas pu lui cacher qu'il était ici ; elle a voulu le voir. Le médecin a craint un trop fort attendrissement, et a parlé même de me faire retirer; mais elle s’y est opposée. Non, a-t elle dit en me retenant, ne m'ôtez pas encore ce qui m'est cher; tl-me

reste si peu de temps pour aimer ! La vue de son

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fils l’a troublée beaucoup; cllele pressait contre son sein avec une sorte d’agitation convulsive ; on eût dit qu'elle se reprochait intérieurement de l’abandonner. A la fin, elle l’a remis entre mes bras. « Garde-le près de toi, Albert, et promets-moi qu'il ne te quittera jamais.» Je Vai juré. Pauvre enfant ! at-elle ajouté avec un doux sourire, ne pleure plus maintenant ; quand la mort de ta mère t'acquiert un tel protecteur, elle n’est pas un malheur pour toi. À ce mot de mort, l'enfant a jeté des cris si percants, que J'ai été obligé de l'emporter de la chambre ; il se débattait entre mes bras pour rester; et, s’adressant à Ernest, il lui a dit ; Mon bon ami Semier , empêche Aïbert de m’emmener. Ce non fatal de Semier, qui a réveillé tant de divers souvenirs, nous a tous atterrés. Hélas! c’est lui qui a perdu Amélie, chacun la senti en même temps; et, pour la première fois depuis mon retour, j'ai vu Ernest changer de visage : Amélie s'en est apercue, et j'ai entendu qu’elle Jui disait tout bas : Pourquoi t'afiliger? à présent tout cela est égal, et tu sais bien que tu m'as promis d’être calme. Blanche, ces paroles jointes à la tranquillité d’Ernest et awbsilence qu'Amélie garde avec lui, tandis qu’elle s’occupe sans cesse de moi, ne me prouXent que trop que ces infortunés sont d'accord, et que,

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résolus à mourir ensemble, ils n’ont ni regrets ni consolations à se donner.

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