ADOLPHE À MADAME DE WOLDEMAR.M
Vienne, 21 octobre.
G; je n'avais trouvé Amélie qu’en danger, ma-, dame, je serais parti sur-le-champ pour vous en informer; mais, comme je la crois sans espuir, il n’est pas nécessaire que je me hâte autant : ma lettre vous préparera à la nouvelle que je vous apporterai sans doute bientôt.
Ernest ne se fait aucune illusion sur l’état d'Amélie, et attend cependant avec une sorte de tranquillité le moment qui va"la lui enlever. Qu’au moment de perdre l’objet d’un amour si violent, il supporte son malheur avec une telle constance, c'est ce que je ne puis pas comprendre, et ce qui me confirme dans l’opinion que les passions sont inexplicäbles.
Quoique j'apprenne qu’Amélie n’est pas sortie pure de l’épreuve qui la conduit au tombeau, quoique sa faute lui énlèv@lbien des droiïis à mon estime, 1 ya, je dois le dire, tant de repentir dans son cœur;'que je m'étonne que vous
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n'en ayez pas été touchée. PGur moi, qu’on a toujours accusé d’une inflexibilité exagérée, j'avoue que je n'ai point vu sans attendrissement ce lit de douleur où une malheureuse femme expire pour avoir trop aimé. Le souvenir des torts de celle qui s’accuse, qui se repent et meurt, est une barbarie qu'on n'aura jamais à me reprocher.
Le même jour, neuf heures du soir.
LE désespoir d'Albert déchire l’âme; il y a quelques instants qu'il me montrait sa sœur assoupie sur un canapé où on l'avait transportée avec peine, et Ernest à genoux près d'elle, la tête penchée sur la main de son amante, dans une muette immobiite. Les voyez-vous tous deux, me disait-il, s'approcher du repos qui les attend ? encore quelques jours, quelques heures peut-être, et ils ne se relèveront plus; et leurs cœurs, que l'amour brûle encore, seront glacés par la mort. Eh quoi! craignezvous aussi pour la vie d’Ernest ? Comment , m'at-il répondu, n’êtes-vous pas frappé de som changement ? ignorez-vous qu’une fièvre lente le consume, et ne voyez-vous pas sa résiguation ? En aurait-il s'il crgait quitter Amélie ?
Albert aurait-il raison, madame ? et faut-il attribuer ce courage quiMim’étonnait à la certi-
7 en , LETTRE OVL mu tude de ne pas survivre au malheur ? Il est sûr qu'il s'est fait dans le caractère d'Ernest une révolution étrange : non arrivée n’a paru lui faire ni peine ni plaisir : il m’a reconnu, c’est tout ce que j'ai obtenu de son amitié. Il a perdu son impétuosite ; le feu de ses regards est entièrement éteint ; il semble n'avoir plus de vie que pour suivre tous les mouvements d'Amélie; il ne la quitte ni jour ai nuit; il ne dort plus, il ne mañge point , ibne parle à personne, et à peine entend-il ce qu’on lui dit. J’ai voulu causer avec lui quelques moments en particulier : at'aché au chevet d'Amélie, il a refusé de s’en éloigner d'un pas, et m'a même prié de ne pas te fatiguer par de vaines pareles. Maïs, lui ai-je dit tout bas, si voire mère s’apaisait, si j'étais chargé par elle de vous assurer qu’elle peut céder enfin... ? [1 m'a regardé d’un œil de doute, puis il a ajouté : Je vous crois; ce n’est pas vous qui voudriez me tromper; mais a présent il est trop tard : regardez Amélie, et vous verrez qu’il n’est plus temps. Puis-je essayer de lui parler ? — Elle ne vous entendra pas; depuis un moment elle ne me répond plus.— Peut-être dort-elle ? Pas encore, m'a-til répondu avec un sang-froid effrayant. Je n'ai que trop compris le sens qu’il sattachait à ces paroles ; et, sans insister davantage, J'ai entr'ouvert doucement le rideau d’A-