NT TUE
nélie; ses jeux étaient fermés$ÿ quelques gouttes de sueur coulaient sur son front päle ; sa respiration était courte et embarrassée. Ernest a jeté un coup dœilsurelle, s'estavancé pour recueil- Jir son haleine, et puis, se rasseyant à sa même place, il n’a dit sans changer de visage, mais avec un peu d’altération dans la voix : J'étais bien sûr qu’elle vivait encore. J’ai pris la main d'Amélie, elle a paru insensible a ce mouvement; et, quand j'ai retiré magmain, la sienne est retombée sans force sur le drap. Je me suis a proché davantage ; et, baissant ma tête près dla sicune , je lui ai dit très doucement : Madame... Amélie... je suis Adolphe... j'apporte le consentement , le pardon de madame de Woldemar. . .….. . Elle est demeurée immobile. Vous entend-clle ? m'a demandé Aïbert, qui était à l’autre bout de la chambre, dans l’attitude de la plus profonde douleur. Eh! pourquoi la réveillez-vous ? s’est écrié M. Grandson avec un ton si brusque et si élevé qu'Amélie en a tressailli; vous voyez bien que la pauvre enfant a besoin de sommeil. Mais 11 avait interrompu celui d'Amélie. Elle a ouvert les yeux et a regardé autour d'elle : j'ai cru déméler un peu d'inquiétude dans ce regard. Le rideau lui cachait Ernest ; elle à fait un effort pour l'écarters, et, en apercevant son amant, une douce Joie
ee
Le à LETTRE n 178 slest répandue sur tous ses traits. Ti me fais aimer la vie, lui a-t-elle dit ; il est affreux de te quitter. Pardonne aux faiblesses d'une mou- » rante! mais quand je crains que la mort ne nous sépare, je ne puis me défendre de sesterreurs!… et quand je regarde en arrière, Ernest, commentoser croire que ma vie sera récompensée d'un bonheur éternel?....... Que suis Je? une pauvre créature bien criminelle : je n’ai pas su résister à l'amour, et j'ai répandu sur toute une - famille l'opprobre et la douleur. Ma filie, a interrompu M. Grandson, ce n’est pas à vois à vous inquiéter de l'avenir, maïs à cet homme qui vous a trompée ( ct il a montré Ernest ); c’est lui seul qui a été coupable, c’est lui que Dieu punmira. Lui! s’est écriée Amélie, avec un cffroi qui lui a prêté des forces; lui! a-t-elle répété en jetant ses deux bras autour de son amant, comme pour le garantir de la colère divine : non, non, s'il est coupable, je le suis aussi. Dieu juste! si nous t'offensâmes par notre amour, je t'offensai comme lui, ei tu nous puniras ensemble ! À cet accent si tendre J'ai vu des larmes dans les yeux d’Ernest. Sois tranquilie, VAmélic , lui a-t-il dit, dans ce ciel qui nous attend, tout est bonté , tout est miséricorde; c'est là qu'un père veut pardonner, et nous ne serons pas séparés. Je Fai interrompu. Sur cette terxe 12,
LE à.
“74 AMÉLIE MANSEIELD,
on pardgnne aussi, Ernest ; je vous ai déjà dit que votre mére ne s'opposait plus a vos vœux... Amélie, elle consent enfin à vous nommer sa fille; ne voulez vous pas vivre po la nommer votre mére? Je le voudrais, car je-suis sûre qu’elle se reprochera ma mort, et que cette idée empoisonnera ses jours; mais je ne le puis plüs. Cependant dites-lui bien que ce n'est pas sa rigueur qui me tue, le coup part de plus loin ; et, si je n’eusse pas éié coupable, j'aurais supporié mes adversités; mais, vivre sans inno- M. avoir perdu le contentement de moimême et l’estime d’Aïbert, c'était trop pour moi... O Ernest! pardonne si je n’ai pu me consoler de t'avoir tout sacrifié; mais la vertu ne m'était pas moins chère que ton amour; et, privée de l’une ou de l’autre, il fallait mourir. Elle s'est arrêtée pour reprendre haleine. Ne parle plus, Amélie, lui a dit son frère, tu vas cpuiser tes forces. — Ah! laisse-moi employer celles qui me restent à envoyer à ma tante des paroles de paix et de consoiation. ... Ne ditesvous pas, M. de Reinsberg, qu’elle consent à me nor1imer sa fille ? Quel sacrifice, et qu'il
dû lui coûter! Après un consentement qui prouve tant d'amour pour son fils, je serais bien ingrate si je ne mourais pas en la bénissant... Dites-lui bien que je w’accuse que mot
LETTRE CVL. 195
de mes malheurs; dites-lui bien que le souvenir de la tendresse quelle me prodiguait dans mon enfance est le seul souvenir que je conserve. Elle s'est arrêtée | une seconde fois.—— Si votre tante pouvait venir recevoir cet aveu et ce pardon de votre bouche, vous ne refuseriéz donc pas de la D et Éoluser de la voir! ah! sile spectacle de ma mort ne devait pas lui être trop pénible, qu’il me serait doux, avant de mourir, de me sentir pressée une fois contre le sein de la mère d’Ernest !
Ce mot doit vous décider, madame; je dé pêche un courrier pour vous porter ma lettre; je la suivrai de près : demain matin, à la pointe du jour , je vais vous chercher et vous x:mener iei : vous ne sauverez point Amélie ; mais peutêtre, en la bénissant, vous réconcilierez-vaus avec vous-même , et peut-être aussi arracherezvous Ernest aux Rés projets que jé ne suis que trop sûr qu’il médite.
mn
intense RSR k LETTRE CVIL- M a « ALBERT A PLANCHE. ;
Vienne, 22 octobre, sept heures du matin:
Îz y a quelque espoir : la nuit a été moins
mauvaise; et Adoïphe, en partant ce matin
pour aller chercher madame de Woldemar , la ramènera peut - étre a temps pour que ce consentement, refusé avec une obstination dénaturée, n'ait pas enfin été donné en vain : c’est sans doute à l'espérance de l'obtenir qu’Amelie doit le mieux qu’elle éprouve : elle a eu quatre heures d’un sommeil doux et paisible; en s’éveillant, elle paraissait ranimée, sa respiration était plus libre, et son teint moins décoloré : le médecin assure que, si la fièvre ne redouble pas ce soir, et que la nuit prochaine soit aussi bonne, il sera possible de la sauver. En entendant ces paroles, Ernest a éprouvé une commotion violente; des larmes sont sorties par torrents de ses yeux égarés; il est tombé sur le plancher, et, frappant sa tête dans un inconcevable désordre, ilarticulait des mots sans suite, parmi lesquels je n'ai pu distinguer que ceux-
FA
ci: Elle vivrait! elle vivrait! Jed'ai cour
LETTRE CVIL « 7 de se calmer. Amélie a besoin de vous voir près d'elle; et, si vous vous montrez dans cet état, lui ai-je dit, vous allez troubler le repos qui peut seul nous la conserver. À ce mot, l'émotion d'Ernest est rentrée tout entière dans son cœur, son extérieur est redevenu calme, et il a été reprendre sa place accoutumée auprès du chevet d'Amélie; mais, malgré lui, ses joues brülantes et ses regards étincelants décelaient le sentiment qui le dévorait, J'ai été obligé de faire sortir de la chambre M, Grandson, qui, moins maître de lui parce qu'il aime moins, ne pouvait contenir sa bruyante jcie; nous sommes restés seuls, Ernesf, la garde et moi. Amélie à voulu nous parler; mais le médecin nous ayant prescrit de l’en empêcher, nous lavons coujurée de garder le silence. «Pourquoi donc? at-elle dit, me croit-on mieux qu'hier? — Oui, ma sœur chérie; le docteur te trouve très peu de fièvre; il nous a rassurés : tu vivras ; nous espérons tous.—Æt toi aussi, Ernest? lui at-elle demandé avec un doux et triste sourire.—Mele défends-tu, Amélie ? je ne veux croire que toi. — Ne lui parlez donc pas, ai - je repris : quand on nous ordonne d'éviter tout ce qui peut lcmouvoir, est-ce Jà le sujet dont il faut l'entretenir ?» Amélie a souri encore; et, pressant ma main contre son cœur, elle a dit à Ernest:
Obéissons à mon frère, et ne parlons plus.
178 AMELIE MANSFIELD, * A onze heures.
ELzE a voulu parler tête a tête au médecin nous attendions dans l'antichambre. Quand il est sorti, Ernest, éperdu, m’a dit d’une voix entrecoupée et en posant son bras sur le mien: ‘« Parlez-lui.. demandez-lui... —Eh bien! Docteur, comment est-elle? nous attendons ici notre arrêt. —Le moment est très - inquiétant; on n’a point assez ménagé l’état de cette dame; elle a éprouvé tant de secousses, que tout annonce une crise qu’elle n’aura pas, je le crains, la force de soutenir.» Ernest est tombé sur le parquet comme frappé de la foudre. Dans ce ‘premier moment je n'aurais pu le secourir; je ne voyais plus en lui que l'assassin de ma sœur... O justice suprême! pour un instant d’oubli, pour une seule faute, la mort de la coupable! Que dis-je ? hélas! la mort de tous deux; Ernest n’y survivra pas... O ma Blanche! que de remors dans mon âme! Non, je ne me suis pas acquitté des obligations que mon père m'avait imposées ; j'ai consenti qu’Amélie s'éloignât de moi; aû premier mot, qui m’a décelé le sentiment qui l’occupait, je n’ai pas volé à son secours; ne devais - je pas la connaître ? ne devais-je pas être convaincu que cette âme si tendre ne croirait avoir assez accordé à l'amour qu'en ne Jui refusant rien ? ñe savais-je pas que,
LETTRE CVIL 159
si elle était trop passionnée pour ne pas écarter -toutes les méfiances et manquer à ses princi- . eile était trop pure pour se consoler de sa faute et ne pas mourir du sacrifice 2... L'infortunée ! tous les hasards se sont réunis pour la trahir. J'entends du bruit dans sa chambre...
+ À quatre heures.
LE médecin ne quitte pas Amélie, et retire peu à peu l’espoir qu’il avait donné. Elle s’évanouit a tous moments; et, quand elle reprend connaissance, un nuage obscurcit sa vue, et clle ne nous reconnait plus qu’au son de la voix. Tout à l'heure elle vient de m'appeler : Je ne te distingue plus, mon Albert! m’a-t-elle dit avec une voix défaillante; mais mon cœur, qui bat encore, n'a pas cessé de t'aimer... Je vais te quitter. Adieu, mon frère. Je ne pleure que sur toi, car mon fils m'oubliera ; et je le laisse entre tes mains. Je suis tombé à genoux devant ce Lit de douleur sans avoir la force de répondre. Tu m'as pardonnée, mon frère, n'est-ce pas ?
À cetie question, Ernest est sorti de sa morne stupeur, et se prosternant à côté de moi, il ma dit : Pardomne-moi aussi, Albert; et, quoiqu'il en coûte à ton cœur, promets que je ne mourrai pas haï du frère d'Amélie... Non, je ne te hais pas, lui ai-je dit en sanglotafit. Amélie ne nous
fo AMÉLIE MANSFIELD,
entendaït plus; elle venait de perdre encore , connaissance. Nous nous sommes levés pour las secourir. Depuis une heure elle paraît micux ; eile est calme et s'endort par intervalle... O ma
Blanche! si cette dernière lueur d'espoir m'est. enlevée , si la mort de ma sœur... je n'ai pas la force de continuer; si je la perds, si me faut vivre, ah! ma Blanche! je ne le pourrai qu'à cause de vous.
LETTRE CVIIL
ADOLPHE À BLANCHE
Vienne, 3 novembre.
JE vous plains de vous être consumée dans l'attente d’une nouvelle qui ne pouvait être que funeste ; mais jugez , mademoiselle , s'il æ été possible au comte Albert de vous la donner, lorsque mobi, éprouvé dès l'enfance par l’adversité, moi, qui sais si bien que tous les hommes sont condamnés à souffrir jusqu'à ce qu’ils disparaissent de cette vallée de larmes, j'ai eu besoin de plusieurs jours pour me mettre en état de vous faire le rapport exact.de ce que j'ai vu dans cette eurce de désolation.
Vous avez su, mademoiselle; que j'étais allé,
s ' ; : , : é = à * LETTRE CVII. 187 chercher madame de Woïdemar avec de meiïl- “ieures espérances ; je la trouvai pleurant sur la lettre qu'elle avait reçue de moi, et prête à m'accompagner pour sauver ses enfants s'il en wétait temps encore. Je crus que, dans cette disposition, rien ne pouvait lui donner plus de joie que la nouvelle du mieux sensible d'Amélie; et, en effet, je dois avouer qu’en Fapprenant son premier mouvement fut un mouvement de plaisir; mais cependant, sous un prétexte assez plausible, elle retarda son départ jusqu'au surlendëmain ; elle me parut même tentée d'attendre, pour parür, d'avoir d’autres nouvelles d'Amélie; et, en se décidant à retourner à Vienne, elle ne céda qu'à mes instantes pritres. Pendant la route, je la questionnai, ef je ne m’aperçus que trop que ses idées avaient changé. Elle me laissa entrevoir que, si la mort d'Amélie n’entrainait pas celle d’Ernest, elle ne la regarderait pas long-temps comme un malheur; et il lui échappa même de me dire que, si sa nièce était hors de danger quand celle arriverait à Vieune, elle ne voyait pas ce qui Pobligerait à donner son consentement au mariage. Ce mot, mademoiselle, excita toute mon indignation ; et, me livrant à ce qu’elle m'inspifait 3 je dis à madame de Woldemar que, si elle étai: capable de m'avoir choisi pour être lorgane de Le, 16
» . ’ . Ain “ . . * ; son parjure, je dévoilerais Ceite iniquité aux
yeux du monde entier, et que je la couvrirais du juste mépris dû à son odicuse conduite. Elle me laissa parler sans m'interrompre, et à Ja fm,
levant les mains au ciel : O mon fils! s’écria-telle, voilà donc où tu m'as réduite, à employer pour te sauver de ta perte, de tels moye
qu'un homme obscur et sans nom ait le droit de me les reprocher sans que j'aie celui de n’en plaindre! Je ne répondis rien; et jusqu’à Vienne nous demeurâmes ensevelis, chacun de notre
côté, dans une sombre rêverie. Lorsque la voi- à
tura entra sur le Graben, je vis la baronne pâlir:
elle prit ma main. Je ne sais ce que J'ai, me ditelle, mais mon cœur se serre en arrivant dans ma maison. La voiture s'arrêta : on ouvrit la portière; la baronne hésitait à desceudre. Qu'allons-nous apprendre , Adolphe ? croyez-vous que mon fils nous ait entendus? croyez-vous qu'il vienne au-devant de sa mère ? Sans lui répondre, je frappai à la porte de l'hôtel ; un domestique accourut : il avait l'air consterné. Madame de Woldemar s'en aperçut, et voyant que j'allais l'interroger : Ne lui parlez pas, me dit-elle avec une brusque vivacité, je ne veux rien savoir. Elle entra, puis s'arrêta tout à coup, regarda autour d’eile d’un air inquiet. Je ne vois point mon fils! Adolphe ; allez chercher
Littré EN LE, +
és im.
LETTRE CNIL. 183 mon fils. J'y vais, lui dis-je; mais vous êtes si émue , si tremblante ! tandis que je vais monter, reposez-vous dans la salle basse. Je pris sort : bras pour ly conduire ; j'ouvre la porte : quel
ectacle ! Au milieu de l'appartement était un cercueil, quelques cierges brûlaient autour ; M. Grandson sanglotait debout près de la croisée ; l'enfant d'Amélie, étendu sur la bière, se frappait la tête en s’écriant : Ma mère! lève-toi donc ; 6 ma mère ! lève-toi et me réponds. L'in= fortuné Albert, muet, immobile, les bras croi- : sés et la tête baissée, avait les yeux fixés sur la tombe et ne pleurait plus. À cette vue, madame de Woldemar se rejcta en arrière en poussant un ‘cri affreux. Albert leva la tête, et tressaillit . a son aspect. Amélie! 6 Amélie! s’écria la baronne. Elle est la, dit Albert d’un air farouche en montrant le cercueil; mais elle n’y est pas seule... — O mon fils! mon Ernest! Qu'a-ton fait de mon fils? où est mon fils? Albert montra le cercueil une seconde fois sans parler, et madame de Woldemar tomba sans connaissance à ses pieds. |
Je n’étais pas en état de la secourir : ce'que je venais d'entendre avait anéanti toutes mes facultés. Dans ce triste univers je n'avais atta-
ché mon cœur qu'à un seul être, et il m'était enlevé à la fleur de l’âge, sans que j'eusse pu
184 AMEUIE MANSFIEWD, Fembrasser une fois encore, €t lui dire un der-
nier adieu. Les gens de madame de Woldemar vinrent pour l’arracher de ce lieu de désespoir, :
et la transporter sur un lit. Je ne Ja suivis point. Fixé à la place où je venais d’être frappé, je ne pouvais détacher mes regards de ce cercueil qui renfermait mon ami, mon seul ami, et aucune larme ne venait soulager la douleur qui m'étouffait. M. Grandson vint à moi et me secouant la main : Ils l'ont tuée , me dit-il, ny a plus de joie pour moi au monde; et ce pauvre enfant, ses sanglots le feront périr aussi. Il voulut le prendre dans ses bras; mais Eugene re- " doubla ses cris. Laisse-moi, mon onele, laissemoi près d'elle; je veux la réveiller pour qu'elle se Iève et que je puisse la caresser... À ma mère ! pourquoi dors-tu si long-temps et ne réponds-iu pas à lon enfant ? Je m’approthai du cercueil, et me mettant à genoux, je dis à Albert : Puisque mon ami est là, ne pourrai-je pas Le voir une fois, une seule fois encore ? Sans me répondre , Albert dit à l'enfant : Ote-toi, je vais te le montrer, et il poussa le dessus de la biere. %. J'aperçus Ernest, pile, défiguré, recouvert du drap mortuaire et couché sans vie auprès de son épouse; cependant une sorte de sérénité paraissait répandue sur leurs traits, comme s'ils eussent encore senti le bonheur d’être ensem-
Mis. pétales. dt lt. s ÉSREl de
"LETTRE CVIIT. 185 ble, et qu'ayant quitté l'existence au même instant , m l’un ni l’autre n’eût connu le désespoir de se survivre. À la vue de sa sœur, le cœur d'Albert se brisa, et de profonds sanglots sor- “irent du fond de sa poitrine ; il baisa le front glacé de l'infortunée , en l’arrosant de larmes. Et maintenant, lui disait-1l, que tu es parmi les anges, excuse-moi auprès de mon 2 de t'avoir abandonnée..... Ame pure et généreuse!
tu as pardonné , tu as béni ton frère ; maisjamais, Jamais il ne se pardonnera. Hélas! si je
. ne t’eusse point quittée , tu vivrais encore, tu vivrais pour celui qui a voulu mourir avec toi. Mais du moins tes vœux ont été exaucés : vous voila unis pour toujours, couple tendre et malheureux. Ernest, tu ne quitteras plus ton épouse... O mon ami! me suis-je écrié avec un déchirement d'âme que je n'avais jamais éprouvé. La seule récompense de leurs longues douleurs, a repris Albert avec de nouvelles larnes, la voila : unis ensemble, unis pour toujours. À ces mots, je me suis baissé vers le cercueil, et posant mes lèvres sur la main glacée de mon ami : Adieu, adieu, lui ai-je dit;tues mort sans donner un souvenir à Adolphe, mais Adolphe conservera le tien jusqu’au dernier soupir : il n’aimait que toi dans le monde...
Des cris se sont fait entendre, la porte s’est ou-
186 AMÉLIE MANSFIELPD, »
verte : c'était madame de Woldemam pâle, échevelce, dans un désordre effrayant. Jeveux voir mon fils! répétait-elle ; mon fils est à moi, c’est mon bien, on ne me l’étera pas. M. Grandson s’est avancé vers elle pour la faire sortir; elle la repoussé d’un air égaré , en reprenant, d’une voix terrible : Mon fils! mon fils! je veux voir mon fils; qu'on me rende mon fils!
Alors M. Grandson l’a prise rudement par la main , et la faisant tomber à genoux près du cercueil : Tu le veux , le voila : si on te le rend ainsi, n'en accuse que toi; contemple tes deux victimes, et jouis du fruit de ton implacable orgueil. C'est lui!..... c’est lui! je reconnais mon fils, s'est elle écriée dans un trouble toujours croissant ; il est mort, et je ne l'ai pas vu! il est mort! et il a maudit sa mère! Du moins il l'aurait dû, a interrompu M. Grandson. Non’, a dit Albert avec dignité, vos victimes sont mortes en vous pardonnant., En expirant, Amélie s’afligeait de vous avoir offensée., et vous demandait de l'aimer du moins après sa mort.
Ernest, loin de vous reprocher ses maux, me comurait de consoler sa mère, et de lui dire qu'il mourait en l’aimant : maintenant tous deux intercèdent pour vous auprès du juge suprême : allez donc, espérez en leurs prières, repentezvous, et, s'il se peut, vivez et mourez en paix:
Elle eshdemegrée un instant immobile ; puis, levant les mains au ciel, elle a dit : Dieu! je ne
; me plains point; ma peine est bien grande, mais je Vai méritée! Mon fils... Amélie... saintes et douces victimes! vous n'avez point appele «la colère divine sur ma tête ; mais le remords qui s’est placé là, a t-elle continué en posant les mains sur son cœur, ce remords qui me fait frémir à l'idée d’une éternité que je sens être inséparable de lui, ce remords vous vengera
assez... En finissant ces mots, ses yeux se sent fermés , et il a fallu l'emporter une seconde M dans son appartement.
Je me suis retiré aussi; j'ai cherché à me rendre mattre de mon afllietion, afin de la supporter en homme : il ne m'a pas été possible; l'idée de ne plus revoir Ernest me jetait dans des accès de douleur que je ne pouvais vaincre, et J'errais comme un forcené qui, dans sa rage insensée , croit pouvoir lutter contre la main de. femdu destin. Cependant J'ai fini par me sou- » mettre ; mais J'ai juré, sur les cendres de mon ami, que désormais mon cœur déchiré serait inaccessible à tous les sentiments doux et tendres qui ne servent qu’à affaiblir homme, en doublant cette portion de douleur que le ciel l’a condamné à porter.
Pour fuir la tâche si Zeuloureuse que vous
e . j - » - 1 m'avez. imposée, mademoiselle al me reste encore à vous dire ce que j’ai appris hier.
Vers le milieu de la nuit qui a précédé jour. de mon arrivée, Albert était absorbé dans des pensées de mort; le médecin et les deux gardes, accablés de fatigue, sommeillaient ; Ernest étaient sous les rideaux; la lueur.d’une lampe n'’éclairait que faiblement une partie de la chambre ; tout à coup un bruit sourd s’est fait entendre; chacun est accouru; on a apporté D” : Amélie ne vivait plus; son amant s'était jeté sur elle, l'embrassait étroitement, et serrait avec tant de force ce corps inanimé, quon n'a pu l’en détacher. Il est resté à peu près-trois heures dans cette agonie; il a enfin été saisi d’un mouvement convulsif, a- poussé un Cri... C'était le dernier,