‹ Amélie MansfieldChapitre 24 sur 25 · LETTRE XXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE XXXVI

Amélie a Albert.

a mai.

Mon tendre frère, que ta lettre m'a af-

iî4o AMÉLIE

fligée ! i\x me montres toute Pëtendue de la faute de madame de Simmeren , comnia si ta croyais nécessaire de me prémunir contre elle; tu me peins la différence du lien qui a fait mon malheur avec celui que la vertu réprouve, comme si tu avais pu craindre.... O mon frère! qu'un si honteux soupçon me déchire le cœur ; m.n's sans doute je l'ai mérité , car je connais Albert, et s'il a fait rougir sa sœur, c'est qu'il a cru devoir le faire. Cependant l'Éternel , témoin de nos plus secrètes pensées, sait si j'en ai jamais formé une que l'honnêteté ne pût avouer. Hélas ! aprè* avoir souffert dans la partie la plus sensible de mon âme, je m'étais retirée du monde, n'emportant de bonheur au-dedans de moi qu'une conscience tranquille, et n'en demandant d'auti e aux hommes que l'estime d'Albert : ces seuls biens me seront-ils refusés , mon frère ? tous deux dépendent de toi ; si tu m'accuses , mon innocence même ne me rassurera pas ; et si tu m'ôtes ton estime , je croirais avoir mérité mon sort. Cependant, avant de me juger, relis ma lettre.

et vois si tu ne prends pas pour une maxime énoncée froidement , un sentiment exagéré que m'anache le souvenir de mes maux. Je rejette le mariage, Albert, mais je crois que tout amour qui secoue sou joug n'est ni pur , ni heureux. Que ce lien sacré fasse donc le destin du monde; qu'il enchaîne tout ce qui aime, tout ce qui respire ; qu'on voue au mépris la femme hardie qui oserait chercher le bonheur hors de lui, mais qu'il soit permis à l'inforluqe'e qui fut sa victime, d'y renoncer à jamais; et si des sentimens trop tendres se réveillent dans son cœur, elle saura les reporter vers le ciel , et offrir à Dieu un amour qui n'a plus d'aliment sur la terre. Adie«, mou frère, je n'ai rien à te raconter aujourd'hui : quand je suis affligée de ton amitié' , je n'ai plus une pensée à donner au reste du monde.

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