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ment aujourd'hui circonscrit par la rue Saint- Antoine, la rue de Turenne, la rue Saint-Gilles et les boulevards. Vers le soir, Headdrigg et François s'enfoncèrent dans les épais fourrés qui longeaient le mur d'enceinte, et au pied d'un saule centenaire, ils creusèrent une fosse profonde. G^mme ils terminaient cette rude besogne, Marlôrat les rejoi* gnit; il était entré, en suivant le rempart, par une petite porte qu' Headdrigg avait entr'ouverte.
Tous trois revinrent alors au palais, et suivis de Jeanne, ils emportèrent, cousu dans un drap, le cadavre de Claude Aubry. Il était plus de minuit^ et le bruit de leurs pas, criant sur le sable des allées, troublait seul les
échos silencieux de la demeure où se mourait le roi de France. Le fardeau était lourd, et le groupe funèbre n^atteignit pas sans peine Textrémité du jar* din. On étendit le vieillard dans la fosse, puis Jeanne, Headdrigg et Fran* cois {M4rent place sur le bord , autour de Mariorat , qui venait de revêtir sa longue robe noire. Après avoir jeté la première pelletée de terre, il prononça, à voix basse, une prière et une courte allocution. En quelques mots, il retraça rhumble histoire de Claude Aubry, page intime et touchante , digne de grossir le long martyrologe qui composait alors toute rhistoire de T Église nouvelle. Trois mois auparavant, une famille vivait heureuse et tranquille. Son chef donnait l^emple
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d'une existence utile et laborieuse que couronne une vieillesse honorée. Dans la
douce paix du foyer, entre une femme et une fille bien-aimées, il employait ses dernières années à répandre en secret autour de lui une part de sa fortune péniblement acquise. Aujourd'hui , la -mère ^st morte, son cadavre insulté n'a pas même été enseveli; la fille est là, orpheline et sans abri; le père, on Ten terre la nuit, comme un criminel, pour dérober son corps aux outrages, et il ne sera pas permis de placer une croix sur sa tombe.
Marlorat termina en conjurant ses amis de persévérer^ eux aussi, dacns la même voie, un sort semblable diit-il les atteindre, .
La fosse fut bientôt comblée, et Head-
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drigg pressa Marlorat d^attendre le ;our avant de regagner son gîte.
— J'y consens d'autant plus volon-* tiers, répondit Mtflorat, que les nou« velles sont mauvaises pour nous depuis hier.
*^ J'ai traversé la moitié de Paris vers une heure, dit François, et Tacci^v dent arrivé au roi semblait avoir al># sorbe toutes les préoccupations de la ville.
— A une heure, oui. Mais, entre cinq et six heures , le président Mînard , revenant du palais sur sa mule, a été tué d'un coup de pistolet, à l'entrée de la rue Vieille-du-Temple.
François laissa échapper une exclamation de Joie.
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— Ne vous réjouissez pas trop de cet événement, reprit Marlorat. D'à-* bord, je doute qu'un crime puisse ja-* mais servir notre cause; ensuite, oit attribue le meurtre aux huguenots, aux amis de du Bourg, et je crains bien qu'après un tel éclat, nous ne devions abandonner tout espoir de sauver notre vénérable martyr.
— Vous vous trompez, Marlorat, dit Headdrigg en prenant le ministre par le bras. Si vous le voulez bien, nous allons conduire Jeanne dans la pièce que je lui ai destinée , et nous fini* rons tous les trois la nuit chez moi* La, je vous exposerai le plan que j'ai conçu pour délivrer du Bourg, Et puis , si vous
êtes curieux de voir le pistolet qui a tué le président Minard, Je vous le montrerai accroché à la muraille de ma chambre.
CE jour-là les Parisiens, déjà qualifiés de badauds par Rabelais, étaient ravis. Non pas qu'ils approuvassent ce qui allait se passer, tant s'en faut, mais enfin c'était un spectacle. Aussi, tout le long des quai?^ depuis la Conciergerie jusqu'à l'hôtel de ville, une foule cornpacte se pressait derrière une double haie de soldats, arquebusiers , lansquenets , arb alétriers y
chargés de maintenir libre le milieu de la chaussée. Les abords de Thôtel de ville et la place de Grève, qui descendait en pente douce vers la Seine, étaient surveillés avec plus de soin encore. Le prévôt de Paris y avait massé les deux compagnies du guet à pied et à cheval, quatre compagnies de chevau-légers , et la garde suisse, dans les rangs de laquelle figurait un long canon monté sur des roues basses , massives et bardées de fer. Les mille bruits qui s'élevaient de la foule agitée et curieuse, le roulement des tambours, le son des cornets, le hennissement des chevaux, le cliquetis des armes, Téclat d'un blanc soleil d'hiver resplendissant sur Tacier des piques et des casques composaient un tableau ani-
mé et joyeux, qu'une scène dramatique allait bientôt assombrir.
Dans le bas de la place^ à l'endroit où commençait la Grève proprement dite , se dressait une croix de pierre assez élégante, et en face, les spectateurs les plus rapprochés pouvaient apercevoir une haute potence dont la corde pendait au-dessus d'un bûcher.
Cette corde reposait , à chaque extrémité de la poutre horizontale, sur une poulie, et en arrière tombait jusqu'à terre, parallèlement au montant vertical.
A un signal donné, des commandements transmis de proche en proche re* tentirent d'un bout à l'autre de la ligne occupée par les troupes; elles reprirent l'immobilité, et au sein de la multitude
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enfiévrée le tumulte cessa tout à coup.
La grande porte de la Conciergerie venait de s'ouvrir. On en vit sortir d'abord deux cents cavaliers en pourpoints de buffle, coiffés de morions et le pistolet au poing. Ils précédaient une lourde charrette attelée d'un seul cheval, et que conduisait, nonchalamment assis sur l'un des brancards, un homme vêtu d'un maillot et de chausses couleur sang de bœuf : c'était le bourreau de la prévôté de Paris. Derrière lui, une planche branlante servait de siège au conseiller Anne du Bourg. Il était en robe, mais tête nue et les mains liées; il semblait calme, résigné, et chantait un psaume à demi-voix.
Autour de la charrette se tenaient les valets du bourreau. Enfin, deux cents argoulets
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â cheval^ ccraveits de cottes de mailles, une iai^ êpée au câiié et une courte ar- <iuebu9e à Tépaule^, fermaient la marche.
Le cortège défilait l^itemeat, et contre Tordinaire, sur son passage, pas un cri ne sortait de la foule, en proie à une curiosité dévorante, mais presque respectueuse. O^est que l'excès même de la répression commençait à rendre odieux les persécuteurs et intéressantes les victimes.
Et puis, l'esprit mobile et impressionna- .ble de la population parisienne avait été irappé des singulières coïncidences si du- Jiement rappelées au roi mourant par le vieil Aubry. . Pour s'en convaincre, il .suffisait d'observer les groupes qui se formaient sur la chaussée, en arrière du
cortège, à mesure qu'il avançait. On y racontait qu'au milieu de ses souffrances Henri II ayant manifesté le désir de gracier du Bourg, le cardinal de Lorraine lui avait fort reproché cette pensée impie. Le roi s'était laissé persuader, mais il avait fallu enlever Tune des tapisseries qui garnissaient son lit et dont il ne pouvait détacher ses regards : elle représentait la conversion de saint Paul, et on y lisait en grands caractères les paroles de Jésus-Christ apparaissant sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me « persécutes-tu? » Les uns attribuaient au hasard seul ce fait bizarre, les autres y voyaient avec évidence la main des huguenots. Ceux-ci, disait-on, avaient partout des intelligences. En dépit des
emprisonnements, des confiscations, des supplices, leur nombre croissait sans cesse, et la police, secrètement avertie, redoutait l'explosion d'un complot depuis longtemps préparé; on parlait de six cents huguenots résolus à délivrer du Bourg pendant le trajet de la Conciergerie à la Grève. De là cette immense concentration de troupes; de la aussi les mesures exceptionnelles prises par le prévôt, qui, espérant tromper et diviser les conjurés, avait fait dresser un bûcher et une potence sur toutes les places^ ordinairement destinées aux exécutions.
Cependant la charrette atteignit la Grève sans qu'aucun incident se fut produit. Arrivé en face de la croix, le bourreau sauta à terre et fit descendre du
Bourg. Un greffier en robe noire s'approcha. L'illustre victime, appuyée contre le bûcher qui allait consumer son corps, écouta d'un air distrait la lecture de Tarrêt rendu par ses collègues. Le greflSer, fia: de l'importance que lui donnait sa mission et désireux d'en prolonger la duréd, lisait lentement, accentuant avec affectation chaque syllabe : « Vu par « la Cour le procès criminel et extraor- « dinaire fait à l'encontre de maître Anne « du Bourg, conseiller du roi en ladite « Cour. Elle a déclaré et déclare ledit du « Bourg hérétique, sacramentaire , per- « tinax et obstiné. L'a condamné et « condamne à être pendu à une potence <i qm sera mise et plantée en la place d^ 4< Grève, devant l'hôtel de * cette ville de
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« Paris, au-dessous de laquelle pottiKJt « sera fait un feu , dam leqfuJ JeJk « du Boui^ sera Jeté, hrilé et c//r.vjrr^ « en cendres. Seront en o^tre t^/»^t «r « chacun ses biens acquît et cr/r.fr/-* ^;^^ « suivant les cdits et ord'/r»r>;^ac^ 4-.
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Bout^. Un greffier en robe noire s'approcha. L'illustre victime, appuyée contre le bûcher qui allait consumer son corps, écouta d'un air distrait la lecture de Tarrêt rendu par ses collègues. Le greffier, fia: de l'importance que lui donnait sa mission et désireux d'en prolonger la durée, lisait lentement, accentuant avec affectation chaque syllabe : « Vu par « la Cour le procès criminel et extraor- « dinaire fait à l'encontre de maître Anne « du Bourg, conseiller du roi en ladite « Cour. Elle a déclaré et déclare ledit du « Bourg hérétique, sacramentaire , per- « tinax et obstiné. L'a condamné et « condamne à être pendu à une potence « qui sera mise et plantée en la place de ^ Grève, devant l'hôtel de* cette ville de
« Paris, au-dessous de laquelle potence « sera fait un feu, dans lequel ledit « du Bourg sera jeté, brûlé et consumé « en cendres. Seront en outre tous et « chacun ses biens acquis et confisqués, « suivant les édits et ordonnances du JK roi. »
Cette lecture achevée, le greffier se retira à regret, et, profitant de l'occasion, s'installa quelques pas plus loin, à une place d'où il pouvait suivre facilement tous les détails de Texécution. Sur un «igné du bourreau qui venait de lui délier les mains, le conseiller se dépouilla de tous se& vêtements et ne conserva- ^ue sa diemise. Il s'était engagé à garder le silence jusqu'au dernier moment, et, en échange de cette concession, il devait être
Bourg. Un greffier en robe noire s'approcha. L'illustre victime, appuj^ée contre le bûcher qui allait consinner son corps, écouta d'un air distrait la lecture de Tarrêt rendu par ses collègues. Le greflSer, ûgc de l'importance que lui donnait sa mission et désireux d'en prolonger la durée, lisait lentement, accentuant avec affectation chaque syllabe : « Vu par « la Cour le procès criminel et extraor- « dinaire fait à l'encontre de maître Anne « du Bourg, conseiller du roi en ladite « Cour. Elle a déclaré et déclare ledit du « Bourg hérétique, sacramentaire , per- 4< tinax et obstiné. L]a oondanmé et « condamne à être pendu à une potence <c qiû sera mise et plantée en la place de « Grève, devant l'hôtel de* cette ville de
« Paris, au-dessous de laquelle potence « sera fait un feu, dans lequel ledit « du Bourg sera jeté, brûlé et consumé « en cendres. Seront en outre tous et « chacun ses biens acquis et confisqués, « suivant les édits et ordonnances du a roi. »
Cette lecture achevée, le greffier se retira à regret, et, profitant de Toccasion, s'installa quelques pas plus loin, à une place d'où il pouvait suivre facilement tous les détails de l'exécution. Sur un signe du bourreau qui venait de lui délier les mains, le conseiller se dépouilla de tous ses vêtements et ne conserva-que sa chemise. Il s'était engagé à garder le silence jusqu'au dernier moment, et, en échange de cette concession, il devait être
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Bourg. Un greffier en robe ndre s'approcha. LUllustre victime, appuyée contre le bûcher qui allait consumer son corps , écouta d'un air distrait la lecture de Tarrêt rendu par ses collègues. Le grcfiicr, fier de Timportance que lui donnait sa mission et désireux d'en prolonger la duréé^ lisait lentement, accentuant avec aifectation chaque syllabe : « Vu par « la Cour le procès criminel et extraor- « dinaire fait à rencontre de maître Anne « du Bourg, conseiller du roi en ladite « Cour. Elle a déclaré et déclare ledit du « Bourg hérétique, sacramentaire , per- 41 tinax et obstiné. L'a condamné et « condamne à être pendu à une potence « qui sera mise et plantée en la place de « Grève, devant Thôtel de ' cette ville de
a Paris, au-dessous de laquelle potence d sera fait un feu, dans lequel ledit ^ du Bourg sera jeté, brûlé et consumé « en cendres. Seront en outre tous et « chacun ses biens acquis et confisqués, « suivant les édits et ordonnances du M roi. »
Cette lecture achevée, le greffier se retira à regret, et, profitant de Toccasion, s^installa quelques pas plus loin, à une place d'où il pouvait suivre facilement tous les détails de Texécution. Sur un €igne du bourreau qui venait de lui délier les mains, le conseiller se dépouilla de tous ses vêtements et ne conserv'a -que sa chemise. Il s'était engagé à garder le silence jusqtfau dernier moment, et, en échange de cette concession, il devait être
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étranglé avant d'avoir senti le feu. Il monta sans prononcer une parole les quatre degrés qui conduisaient à la plate* forme du bûcher. Mais arrivé là, quand il aperçut derrière lui la potence, et aussi loin que s'étendait sa vue les milliers de regards dirigés vers lui, un sentiment de honte s'empara de son cœur, et il ne put retenir ces mots :
— Mes amis, je ne suis point ici comme un larron ou un meurtrier, mais c'est pour l'Évangile.
Le bourreau lui mit la main sur Té* paule :
— Je me tais , reprit-il , et il ajouta tout bas : Mon Dieu, ne m'abandonne point, de peur que je ne t'abandonne.
En ce moment, une violente détona*
tion retentit et un nuage de fumée s^ éleva du centre de la place. A ce signal, un grand mouvement se produisit dans les rues environnantes ; une multitude d'hommes, spectateurs jusque-là paisibles et indifférents en apparence, se trouvèrent tout à coup armés et, fendant les flots de la foule épouvantée, se ruèrent dans la direction de la Grève. Les troupes rangées devant Thôtel de ville se divisèrent aussitôt en deux corps, dont Tun entreprit de déblayer la place, tandis que Tautre se repliait vers le bûcher pour le protéger. Pendant quelques minutes d'une inexprimable confusion, des coups de feu s'échangèrent entre les soldats et les conjurés ; puis la cavalerie s'ébranla, et balayant tout sur son passage, resta mai-
tresse de l'espace qui sVtendaîr de la rue de la Tixeranderie à la Grève. Là^eîie dut Si'arrêter. Conjurés et curieux.^ refoulés pêle-mêle jusqu'à la rivière, ne pouvaient plus reculer, et cette masse compaae et profonde, réduite à Timmobilité^ formait une muraille vivante devant laquelle les chevaux résistaient en se cabrant. Mais le but était atteint. En effet, soit que les hu* guenots se fussent divisés, soit qu'à la vue des mesures prises par le prévôt la plupart d'entre eux eussent renoncé à poursuivre l'aventure, il était évident que le complot avortait.
Cq>endant les chefs espéraient encore.
Par la rue de la Mortellerie, qui débour chait sur la Grève derrière le bûcher^ une troupe nombreuse et bien armée s'a-
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Tançait en bon ordre; à sa tête marchaient Headdrigg et François, accompagnés de Jeanne qui tenait un pistdet dans chaque main. Une compagnie de lansquenets, postée à Fextrémité de la rue, reçut les huguenots par une décharge terrible, qui mit une vingtaine d'hommes hors de combat ; Jeanne^ atteinte d'une balle en pleine poitrine, tomba sans pousser un cri. Les hiigue-r nots ripostèrent presque à bout portant, et les lansquenets décimés firent un mou?vement de retraite qui permît à quelques-uns des conjurés de trouer la foule et d^arriver jusqu'au bûcher, Headdrigg et François s'élancèrent l'un à droite, l'autre à gauche, sautèrent ensemble sur la plate-forme, et le pisto-
let au poing se précipitèrent vers le bourreau.
— Ne le tuez point, s'écria du Bourg en arrêtant lesf deux amis.
— Descends alors, drôle, dit Headdrigg au bourreau.
Celui-ci se baissa comme pour obéir ; mais, arrachant du bûcher une forte pièce de chêne, il se redressa, bondit en arrière, balança cette massue, et d'un coup vigoureux fracassa la tête de l'Écossais, qui alla tomber à terre sanglant et inanimé. Un second coup broya le pistolet que François dirigeait contre le bourreau et envoya l'écolier rouler sur le sol tout étourdi. Il parvint cependant à se relever et se perdit dans la foule.
Le bourreau, craignant peut-être une
nouvelle attaque, ne perdit pas de temps.
D'un regard, il s'assura que ses aides, restés au pied de la potence, tenaient toujours Textrémité de la corde, puis il passa lestement le nœud coulant au cou du condamné, que six bras robustes élevèrent aussitôt dans l'espace. Cinq minutes après, le bûcher était en flammes.
Bourg. Un greffier en robe noire s^approcha, L^illustre victime, appuyée contre le bûcher qui allait consumer son cc»:ps, écouta d'un air distrait la lecture de Tarrèt rendu par ses collègues. Le greffier, fier de Timportance que lui donnait sa mission et désireux d'en prolonge la duréd, lisait lentement, accentuant avec affectation chaque syllabe : « Vu par « la Cour le procès criminel et extraor- « dinaire fait à rencontre de maître Anne « du Bourg, conseiller du roi en ladite « G)ur. Elle a déclaré et déclare ledit du « Bourg hérétique, sacramentaire , périt tinax et obstiné. L'a condamné et « condamne à être pendu à une potence « qm sera mise et plantée en la place d^ « Grève, devant Fhôtel de * cette ville de
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« Paris, au-dessous de laquelle potence « sera fait un feu, dans lequel ledit ^ du Bourg sera Jeté, brûlé et consumé « en cendres. Seront en outre tous et « chacun ses biens acquis et confisqués, « suivant les édits et ordonnances du i( roi* »
Cette lecture achevée, le greffier se retira à regret, et, profitant de Toccasion, s'installa quelques pas plus loin, à une place d'où il pouvait suivre facilement tous les détails de l'exécution. Sur un signe du bourreau qui venait de lui délier les mains, le conseiller se dépouilla de tous ses vêtements et ne conserva-que sa chemise. Il s'était engagé à garder le silence jusqu'au dernier moment, et, en échange de cette concession, il devait être