‹ Amélioration de l'espèce humaineChapitre 10 sur 22 · ACTION DU SEL SUR LES FONCTIONS GÉNÉRATRICES · texte numérisé non relu

ACTION DU SEL SUR LES FONCTIONS GÉNÉRATRICES

SOMMAIRE

Opinion de Plutarque sur la vertu génératrice du sel. — Pourquoi le shI était interdit aux prêtres Egyptiens. — Expériences des éleveurs modernes.

— Ces expériences sont-elles applicables à l'hoffime?

— Nécessité de fortifier la génération actuelle.

— Système de Mallhus. — Vices de ce système.

— Moyen d'avoir Hes populations moins nombreuses mais plus fortes.

L'action du sel sur les fonctions génératrices a été reconnue dès la plus haute antiquité. Plutarque à placé dans ses Symposiaques (i), à la dixième question, une dissertation sur le sel, où on lit le passage suivant, assez curieux pour que nous le rapportions ici dans le vieux et cru langage d'Amyot.

« Florus nous demanda un jour que nous soupions en son logis, qui sont ceulx que l'on appellait en commun i^ro- \erhe, autour du sel et du cwmin? Apollophanes le grammairien, qui estoit en la compa-

(1) Les Symposiaques étaient des conversations à la Me ou, comme on dit , entre la poire et le fromage. Les anciens auteurs affectionnaient cftt>^ forme moins sèche que la forme didactique.

gnie, solut la question ^^^ le champ : car ceulx, dit-il, qui sont si amis et si familiers, qu'ils souppent de sel et de cumin, sont désignez par ce commun proverbe.

« Mais nous demandions davantage, dont procédoit que Ion honoroit tant le sel, parce qu'Homère dit tout ouvertement: Il respandit du sel divin dessus.

ce Et Platon dit que le corps du sel par lex lois humaines est très sacré et sainct ; et augmenta encore la doute que les prebstres ^Egyptiens qui sont chastes, et vivent sainctement, s'abstiennent de tout sel, de sorte qu'ils ne mangent point de pain salle, car s'il est sainct et divin, pourquoy l'avaientils en abomination ? Florus doncq nous pria de laisser là les façons de faire des /Egyptiens, et de dire quelque chose (les Grecs sur ce subject : et adoncq je

dis, que les ^Egyptiens mesmes n estoient point en cela contraires aux Grecs, car la saincteté de chasteté défend l'usage de faire des enfants , le rire, et le boire vin, et plusieurs autres choses semblables, qui autrement sont choses bonnes et non point à rejetter: mais quand au sel, ceulx qui veulent mener une vie saincte et impollue s'en abstiennent, à l'adventure pour ce qu'il provoque par sa chaleur ceulx qui en usent à luxure et à se mesler avec les femmes, ainsi comme quelquesuns tiennent, et si est vraysemblable qu'ilz s'en abstiennent, comme d'une trop délicate viande: car Ion peult dire, que c'est la saulse et l'assaisonnement de toutes les autres viandes. Et pourtant y en a il qui l'appellent les grâces, parce qu'il rend ce qui est nécessaire pour notre nourriture, doulx et agréable. »

« En cest endroit ayant fîny mon propos, Philinus prenant la parole : Et ce qui est generatif et a puissance d'engendrer, dit-il, ne te semble il pas estre divin, attendu que Ion estime que Dieu est le principe et l'origine de toute chose ?J'advouay qu'il estoit ainsi. Et l'on tient que le sel aide et sert beaucoup à la génération, comme toy mesme en a faict mention en parlant des prebstresiEgyptiens. Et ceulxqui nourrissent des chienes pour en faire race , quand il vient qu'elles ne devienent point chaudes, ils excitent et réveillent leur vertu generative qui est endormie, tant par autres viandes chaudes que par leur faire manger des chairs salées et confîttes en saumure : et les vaisseaux et navires où l'on mené du sel, produisent une multitude innumérable de souris, parce que quelques uns tiennent que les femelles en gros-

sissent sans la conjonction du masle, quand elles ont lesché du sel. Mais il est plus vraysemblable que la saleure imprime quelque démangeaison es parties naturelles des animaux, et les provoque par ce moyen à se joindre le masle et la femelle, et s'assembler ensemble. C'est pourquoy, à mon avis, nous appelons la beauté d'une femme salée et assaisonnée de sel, qui n'est point fade ny morne, ains accompagnée de grâce vive et émouvante. Et c'est aussi pourquoy, à mon advis, les poètes appellent Vénus àiiytvq, c'est-à-dire, engendrée de la mer, et en faignent une fable qu'elle ait pris sa génération de la mer, donnans par cela couvertement à entendre la vertu generative du sel. »

Ailleurs, dans les Causes naturelles.

Plutarque en réponse à cette question : ce Pourquoy est-ce que les bergers bailîent du sel à leur moutons? donne pour l'une des raisons: » Il pourrait estre aussi qu'ils le font pour les rendre plus enclins et plus habiles à engendrer ; car les masles et les femelles en deviennent plus chauds et en appetentplus à s'assembler: car les chienes mesmes deviennent plus tost chaudes, et conçoivent plus tost, quand elles ont mangé quelques salures, et les batteaux où Ion porte le sel, pour la mesme raison produisent plus de souris, d'autant qu'elles se meslent plus souvent ensemble. »

Cette influence du sel sur les facultés génératrices a été confirmée en tous points par les éleveurs modernes. Tous ont constaté que la froideur de tempérament

remarquée chez les animaux qui n'ont pas reçu une quantité de sel suffisante, contraste avec l'ardeur, la vigueur des individus élevés dans les conditions contraires. En est-il de même chez l'homme? On peut le croire; il serait du moins à souhaiter que les races chétives qu'on voit se succéder aujourd'hui, fussent améliorées. Autrefois, quand un peuple s'abâtardissait, il y avait pour le régénérer des races plus fortes. Plus d'une fois, le Nord est venu retremper le Midi. Aujourd'hui, tout est subordonné à la civilisation ; mais est-il dit que celle-ci ne puisse produire le progrès qu'en affaiblissant l'espèce? Beaucoup de causes destructives entourent les populations ; raison de plus pour chercher à les fortifier quand ce ne serait que pour empêcher cette pullulation à laquelle Malthus a voulu mettre une barrière, quoiqu'il ait eu tort de vouloir obtenir par des

mesures administratives ce qui doit venir de la nature seule, (i)

(0 Maltlius voulait qu'on refusât les secours de la bienfaisance aux indigents ayant une famille trop nombreuse, et qu'on développât dans les masses les principes d'ordre et de prévoyance. A la bonne heure pour cette dernière idée ; mais la première était évidemment malheureuse , et conduisait tout droit aux désordres qu'elle avait pour but d'empêcher. — Quelle est la loi de la nature ? C'est que les espèces se reproduisent en raison inverse de leur force. En suivant cette loi, on obtiendra des populations moins nombreuses mais plus vigoureuses, en un mot, des hommes taillés sur le patron de nos ancêtres, ces hommes forts par excellence.

Page 1