‹ Amélioration de l'espèce humaineChapitre 9 sur 22 · INFLUENCE DU SEL SUR LES SÉCRÉTIONS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU SEL SUR LES SÉCRÉTIONS

SOMMAIRE

But des sécrétions, — Sécrétion des mucosités ou glaires. — Inconvénients des antiglaireux. — Dangers du remède Leroy. — Reproche fait aux médecins par Beaumarchais de ne pas guérir les rhumes. — Les sirops et le sel. — Sécrétion biliaire. — But de cette sécrétion. — Effet de la bile sur le moral et le physique. — Les maladies de foie ou le vautour organiqijti. — Le Proméliiée des temps modernes. — Comj)osiliî)n (Je la bile. — Ses usages — Soude dt- la bile.

— Sa nécessité pour la digestion. — Influence du sel sur cette sécrétion. — Sécrétion urinaire. — But de celte sécrétion. — Son principe ou l'acide urique. — Qualités des urines — Formation des calculs. — Le sel empêche ces formations. — La gravelie et la goutte.

— Fréquence de ces affections chez les riches. — Le système des compensations d'Azaïs — Bons effets du régime salé dans ces affections. — Le goutteux émérite. — L'uroscopie et les charlatans. — La femme hydropique de Gérard Dow. — Sécrétion cutanée. — Eut et nécessité de cette sécrétion. — Dépuration respiratoire par la peau. — Pourquoi îesKègres sont noirs.

— Sécrétion de la sueur. — Elimination des matières azotées. — Quantité de chlorure de sodium contenue dans la sueur. — Effets du sel sur la sécrétion de la peau. — Le sel est le fard naturel.

Les sécrétions sont des opérations par lesquelles certaines substances sont constamment séparées du sang, soit dans un but de dépuration, soit pour des usages spéciaux, tels que de lubréfier

les surfaces, de maintenir la souplesse des tissus, de servir à la formation et à la nutrition de l'être nouveau etc. Pour toutes ces sécrétions, la présence du sel est nécessaire, aussi le trouve-t-on en plus ou moins grande quantité dans les liquides excrétés.

Comme dans la digestion, le sel augmente donc l'activité, l'énergie des orgues sécréteurs et fournit une grande partie des élémens qui leur sont nécessaires.

Nous allons passer les principales sécrétions en revue.

Sécrétion des mucosités ou glaires.

Les glaires muqueuses constituent une espèce d'enduit servant à protéger les surfaces molles du corps ou les membranes muqueuses (ainsi nommées du chef de cette sécrétion, dont elles

constituent le champ, grâce aux glandules dont elles ont comme tapissées.) Ces mucosités, pour être saines, ne doivent pas être trop épaisses, ce qui les empêcherait de se détacher; d'un autre côté il ne faut pas qu'elles soient plus abondantes que l'exige le besoin de lubréfaction ; il faut enfin qu'elles soient sapides, c'est-à-dire assez pénétrantes pour exercer sur les organes qui les sécrètent une action qui facilite également leur excrétion.

C'est dans cette triple condition qu elles pèchent souvent, et on ne sait comment faire pour s'en débarrasser: de là tous ces élixirs antigiaireux dont là liste est interminable et dont aucun ne remplit complètement son but, parce qu'ils ne donnent point au mucus les qualités sapides voulues. Ces préparations ont

au contraire pour effet d'irriter les membranes muqueuses et de les enflammer.

On ne saurait trop s'élever contre ces prétendus remèdes ; la médecine Leroy a fait plus de victimes que la plus cruelle épidémie.

Par l'usage diététique, le sel remplit au contraire toutes les conditions physiologiques que réclame la sécrétion et l'expectoration des glaires muqueuses.— On n'est pas ainsi toussant et expectorant comme un vieillard. — C'est, en outre, un excellent moyen de prévenir les rhumes, que Beaumarchais reprochait aux médecins de ne savoir guérir; en eff'et leur traitement est plutôt diététique que médical.

Le sel est ici utile en donnant plus de sapidité aux mucosités tandis que

les sirops les rendent douceâtres.

Sécrétion biliaire.

Le foie, organe de la sécrétion de la bile , concourt à la formation et à la dépuration du sang en éliminant les matières grasses et résineuses; aussi tout le sang abdominal, celui qui tend le plus à se charger de ces matières, traverse-t-il ce viscère auquel est dévolu un système veineux spécial. Le sang faute d'être dépuré, reste poisseux, fuligineux, et au lieu de vivifier les organes, les engourdit; le moral même s'en ressent et en devient spleenatique. — Ce sont les Mue clevils des Anglais. — On a l'humeur noire et on est irascible sans savoir pourquoi.

Le sel active la sécrétion de la bile et lui fournit en grande partie la soude nécessaire à la digestion. (Voir cette dernière.)

Les individus atteints de maladies du foie finissent par succomber dans le marasme; ainsi mourût la plus grande gloire des temps modernes, nouveau Prométhée emprisonné sur un rocher , où un vautour, c'est-à-dire une hépatite , lui rongea incessamment le foie. Immortale jeciir. (i)

La bile est un liquide amer, dont une partie mise en dépôt dans un réservoir constitue la bile noire, laquelle est éliminée avec le résidu alimen-

(>) Le Martyr de St. Hélène n'avait pas seulement une hépatite, mais un caucer de l'estomac et des tubercuies pulmonaires. Il n'est i)as douteux que ces lésions n'aient été a.^ffîravées pir la capli\ilé.

taire dont elle favorise le cheminement par le gros intestin. Les personnes chez lesquelles cette excrétion n'a pas lieu régulièrement sont tourmentées de constipations opiniâtres, (i)

L'autre partie de la bile, qui est d'un beau jaune, sert à la chylification par la soude libre qu'elle contient et qui est destinée à saponifier la pâte chymeuse. Cet alcali lui est fourni tant par les aliments que par les condiments. Quand les premiers n'en contiennent pas une quantité suffisante, il faut y suppléer par les seconds. — C'est ce que fait le sel.

Presque toutes les substances de Forgaoisme renferment en plus ou moins

(^) Par son séjour dans îa vésicule biliaire la bile augmente en densité , devient plus amère et plus visqueuse ; elle exerce ainsi sur l'intestin une acîi3n irès pénétrante.

grande quantité de la soude combinée avec du chlore ou de l'acide phosphorique ; cependant la potasse y est quelquefois prédominante, comme dans les chairs ; elle se rencontre aussi d'avantage dans les végétaux, où il n'est pas rare que la soude manque complètement. Les plantes qui poussent au bord de la mer font seules exception.

Puisque les composés de soude sont si nécessaires à l'économie animale, il est indispensable qu'on ajoute du sel commun à la plupart des aliments. Une partie de ce sel entre en nature dans le sang , une partie rend possible la formation du phosphate de soude par la mutuelle décomposition du chlorure de sodium et du phosphate de potasse. De cette façon le sel commun possède , particulièrement dans une alimentation végétale, une

haute importance pour la formation du sang, (i) Cela explique comment l'emploi de cette substance a pu prendre une si grande extension sur tous les points de la terre et comment il se fait que toutes les nations, depuis les plus barbares jusqu'aux plus civilisées, la regardent comme étant de la dernière nécessité.

Sécrétion iirinaire.

La sécrétion urinaire sert spécialement à la dépuration du . sang en le débarrassant de l'acide urique, lequel est à la nutrition ce que l'acide carbonique est à la respiration. (Voir cette dernière.) (2)

(^) Nous rappelons ici la théorie de M. Liebig sur l'oxygénation et la décarbonisation du sang, (2) L'acide urique traité par le peroxide de plomb.

Pour que les urines soient saines, il faut qu'il n'y ait excès ni d'acides ni de bases, sans cela elles se chargeraient de dépôts ou sédiments.

La précipitation ou la cristallisation de ces dépots donne lieu aux calculs; dans l'ordre de fréquence , ce sont l'acide urique , l'oxalate de chaux , l'urate d'ammoniaque, le phosphate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien qui prédominent.

L'usage du sel commun empêche ces dépôts, d'une part parce qu'en activant la nutrition il laisse moins de matières azotées dans l'économie et , par conséquent , donne lieu à la formation d'une quantité moindre d'urée; d'autre part, parce qu'il neutralise

corps oxidant, donne de l'urée, de rallc'intoïne et de raeidc oxalique. Ce deniisr jjroduit indique que la sérn'linn uiÎMaire a^^it é^jalement siu* la conibusliou r:'Si»îia!oiiv.

l'acide urique par la soude libre introduite dans le sang.

Nous renvoyons aux analyses mentionnées plus haut ; on y verra que la somme de sels soluLles, surtout de phosphate de soude, est notablement augmentée dans le sang par un régime salé. Ainsi les acides urique, phosphorique ou oxalique ne peuvent s'amasser dans l'urine au point de produire des calculs par leur combinaison avec la chaux, l'ammoniaque, la magnésie, combinaisons qui toutes donnent lieu à des sels insolubles et, par conséquent, aux concrétions.

Les affections graveleuses sont aussi prévenues par là ; il en est de même de la goutte , affection si commune chez les personnes aisées et, au contraire, si rare chez le pauvre. Le système

des compensations d'Azaïs trouve ainsi une nouvelle application , puisque si le pauvre a moins de jouissances que le riche, il est également moins exposé aux affections occasionnées par une alimentation trop excitante.

Afin de mieux faire ressortir l'influence du régime salé sur les affections goutteuses , graveleuses ou calculeuses , nous dirons que ces affections ont singulièrement diminué depuis que ce régime est mieux compris. Nous connaissons un goutteux émérite qui s'est singulièrement bien trouvé de ce régime. Déjà toutes ses articulations étaient chargées de concrétions d'urate de chaux, ses membres endoloris ne lui permettaient plus le moindre mouvement, en un mot, la goutte s'était installée chez lui en maîtresse. Au bout de quelque temps d'un régime salé, il

s'est trouvé comme retrempé et a repris sa souplesse.

On a reproché au sel de produire la pierre ; ce reproche tombe évidemment devant le moindre examen. En effet, aucun des éléments qui constituent les calculs, n'existe dans le sel ; ni acide urique , ni oxalate de chaux, ni urate d'ammoniaque , ni phosphate de chaux, ni phosphate ammoniaco-magnésien. Nous avons vu au contraire qu'il empêche la formation de ces composés ; les acides urique, oxalique, phosphorique sont neutralisés par la soude, tandis que l'acide chlorhydrique attaque les sels d'oxalate de chaux, d'urate d'ammoniaque, de phosphate de chaux ou de phosphate ammoniaco-magnésien , de manière à les empêcher de former des sédiments ou des calculs.

Les urines démontrent l'état de santé ou de maladie ; c'est sur leur examen que repose Viiroscopie^ science sérieuse que le charlatanisme a convertie en une honteuse simagrée afin de mieux tromper la crédulité publique.

Tout le monde connaît le beau tableau du peintre hollandais, Gérard Dow, la femme hydropique : avec quelle anxiété la pauvre malade suit l'inspection de l'empirique ! comme on lit dans son regard humide l'espoir d'une prochaine guérison ! Hélas ! cette guérison tant désirée, elle ne l'obtiendra pas, car ce que le charlatan voit au fond de la bouteille, ce sont les écus et non la maladie de la patiente.

Mais ce charlatanisme ne doit pas détruire la confiance que mérite l'uroscopie; dans des mains savantes, elle est au contraire le moyen le plus sûr de reconnaître la nature d'un grand nombre de maladies.

Sécrétion cutanée.

La peau est une vaste surface de sécrétion et d'exhalation ; d'une part, comme nous l'avons déjà dit, elle laisse dégager l'acide carbonique, produit de la combustion respiratoire , de l'autre, elle sécrète des substances grasses et onctueuses pour maintenir sa souplesse, et un principe colorant, caractère distinctif des races. Ces sécrétions peuvent être considérées comme dépuratrices, puisqu'elles débarrassent l'économie d'une grande quantité de matières hydrocarbonées.

C'est là un des motifs de la couleur Ivoire du nègre. Au risque de lui faire absorber une plus grande quantité de calorique ambiant, la nature lui a donné cet enduit foncé , presqu'entièrement formé de carbone, afin

d'empêcher ce dernier de surcharger le sang.

Plus la température extérieure est élevée et moins la respiration est complète, à cause de la raréfaction de l'air; cela explique cette abondance de carbone qui se produit chez le nègre. Les peuples des climats tempérés sont blancs pour des motifs contraires ; ceux des régions intermédiaires sont bistrés ou jaunes, nuances qui diffèrent d'après le plus ou moins de carbone contenu dans le pigmentum ou la couche colorante de la peau.

Indépendamrnent de ces exhalations respiratoires, la peau sécrète la sueur. Cette humeur essentiellement azotée, sert à la dépuration nutritive du sang, comme les urines ; à ce titre cette sécrétion est également active.

Les considérations que nous avons émises sur l'emploi du sel pour maintenir l'intégrité des fonctions urinaires, s'appliquent donc également ici.

La matière de la transpiration est très riche en chlorure de sodium, qui entretient sa fluidité et empêche ces rougeurs ou boutons qui sont loin d'être le signe d'un excès de santé, ainsi qu'on le dit communément.

Nous reviendrons sur ces considérations quand nous traiterons de l'emploi du sel dans les constitutions morbides ou les dyscrasies.

Page 1