‹ Amélioration de l'espèce humaineChapitre 11 sur 22 · DES SENS · texte numérisé non relu

DES SENS

SOMMAIRE

Action du sel sur Tinflux nerveux. — Expériences de M. Claude Bernard. — Les mouches ressucitées — Obserservation de Fra;iklin. — Le cerveau. — Sa qualité et sa quantité. — L'homme , le mulot , le serin et la linotte. — Composition chimique de la substance cérébrale. — Le sel attique n'est pas seulement une figure d^ rhétorique. — Le siège de l'àme. — Desiartes. — Humeurs d^ l'œil —Présence du chlorure

de sodium dans ces humeurs. — La presbytie retardée. — Les liquides de l'oreille et les ondes sonores. — L'odorat et la pituite. — Le goût et la sapidité dj la bouche.

Action du sel sur les nerfs.

Le chlorure de sodium a une action extrêmement puissante sur les nerfs, même plus continue que celle du galvanisme. Un célèbre physiologiste, M.

Claude Bernard, vient de démontrer que parmi les substances neutres, le sel commun et la bile ont seules la propriété de déterminer des contractions dans des pattes de grenouille séparées du tronc et dont on plonge le nerf dans une solution de lune ou l'autre de ces substances. Cette action se continue pendant un temps assez long ; les muscles déjà flasques et décolorés, reprennent leur contractilité et leur couleur.

Une autre expérience, non moins curieuse, consiste à faire revivre des mouches noyées en les saupoudrant de sel. Franklin avait déjà fait voir combien la vie se conserve longtemps dans ces animaux.

Le chlorure de sodium serait donc un des excitants les plus énergiques du système nerveux. Sans aller jusqu'à faire revivre les morts, cette action peut donner lieu à de nombreuses applications en médecine.

Action du sel sur le cerveau.

En thèse générale, il est permis d'affirmer, sans être taxé de matérialisme, que le cerveau est l'instrument de l'intellect ou de l'âme. Mais il y a ici la qualité et la quantité. Ce ne sont pas ceux qui ont la plus grosse cervelle

qui ont le plus d'esprit. A ce compte beaucoup d'animaux l'emporteraient sur l'homme, (i)

D'après ce que nous avons dit plus haut, l'action du sel sur le cerveau peut se déduire de la composition chimique de cet organe, puisque nous voyons la soude y entrer dans une notable proportion. (2) — Le sel attique serait ainsi plus qu'une figure de rhétorique.

Nous ne dirons rien du rôle du cerveau en tant qu'instrument de l'ame,

(1) Parmi les maniinifères , le mulot a un cerveau plus grand, à proportion, que l'homme, puisque cet organe est à tout le corps dans le rapport de 1:31. — Parmi les oiseaux , le serin , la linotte ont également un cerveau proportionnellement plus grand que celui de l'homme, car il est chez le premier dans le rapport de 1:11 et chez la seconde, del:2i, tandis que pour l'encéphale humain, la proportionne dépasse guère 1:2S, 1:50, l:5u; d'après rà;;e. (CuviL-r.)

("^) D'après Fremy la composition du cerveau est comme suit :

pour la raison que c'est un point complètement ignoré — Un jour, il passa par la tête d'un philosophe de choisir pour siège du principe immatériel une partie du cerveau plus développée chez quelques mammifères que chez l'homme. Malgré l'estime où l'on tenait, à cette époque, l'âme de bêtes, l'idée de la loger mieux que l'âme humaine était au moins singulière, (i)

Eau - 88

Albumine . 7

Cérébrale de soude . . ." . \ ^ 1 Oléo-phosphate id

Oléate id.

'^' Margarate id. . .

Margarine

Oléine. ,

Cholestérine /

(1) Ce philosophe était Descartes et l'organe en question la glande pinéale, qui est surtout très développée dans le

Action du sel sur la vue,

La vue s'exerce à travers des milieux qu'on nomme les humeurs de l'œil, et qui font office de lentilles ou corps réfringents. Le sel entrant dans chacune de ces humeurs pour une notable quantité (i), il est permis de croire que

cerveau du mouton. Descartes se fondait principalement sur ce que c'est la seule partie de l'encéphale qui ne soit pas double, l'âme à son tour ne pouvant se diviser. Au reste, il était si con\aincu de ce qu'il avançait, que sa femme étant morte, il porta sa glande pinéale dans une bague. Pourquoi se moquerait-on de cette espèce de culte? Un culte est respectable quand il est sincère.

(1) D'après Berzelius l'humeur vitrée de l'œil est com- . posée de la manière suivante :

Eau 98-40

Albumine 0-16

Chlorure de sodium, 1-42

Substs. solubles dans re:iu. . . . 0-02

cette circonstance n'est pas indifférente, puisque nous voyons la force de la vue varier d'après la densité du milieu.

On a remarqué qu'en mer, la vue s'étend beaucoup plus loin que sur terre, sans doute à cause des molécules salines dont l'air est chargé. De même les animaux marins voient à des profondeurs énormes. Quelques-uns étant privés d'organes visuels semblent palper la lumière.

Le sel retarde la presbytie, qui commence d'ordinaire vers l'âge de 45 à 50 ans, et qui nous force à faire usage de lunettes. Il conviendrait moins aux myopes, s'il était démontré que cet état de la vue dépend uniquement d'une trop grande densité des humeurs de l'œil; mais une foule d'autres circonstances le déterminent.

Action du sel sur l'ouie.

L'oreille a également des liquides à travers lesquels les ondes sonores sont transmises au nerf acoustique. Nous connaissons trop peu la composition de ces humeurs pour affirmer que le chlorure de sodium y joue le même rôle que dans les humeurs de l'œil; on a cependant ici, comme pour le sens de la vue, l'exemple des animaux marins, dont l'oreille est moins complète que celle des animaux terrestres, et qui cependant ont l'ouie fort étendue.

Action du sel sur le sens de l'odorat.

Pour que ce sens puisse s'exercer, il faut que la membrane vsur laquelle s'épanouissent les nerfs olfactifs soit lu-

bréfiée par le mucus nasal ou ce que les anciens nommaient la pituite. Ce mucus, pour remplir parfaitement son but, doit contenir une certaine quantité de chlorure de sodium, comme les mucosités en général. On comprend ici l'utilité et même la nécessité du sel, quand on voit que tout ce qui suspend ou altère la sécrétion de la pituitaire, suspend ou altère en même temps l'odorat. Des maladies graves peuvent même en être la conséquence: nous citerons, entre autres, la morve à laquelle le cheval est surtout sujet, et qui est susceptible d'être transmise - à l'homme. L'efficacité du chlorure de sodium dans ce cas ne saurait être contestée.

Action du sel sur le goût.

Le goût est favorisé par la sapidité de

la bouche, par conséquent par tout ce qui est salé. Nous ferons remarquer que ce sens ne permet guère que la perception des saveurs amères, alcalines, acerbes, douces et sucrées; les autres, ou ce qu'on peut nommer les bouquets^ agissent plutôt sur l'odorat.

Les substances odorantes pour agir, doivent être dissoutes, aussi viennentelles se fondre dans une membrane molle, muqueuse, sur laquelle s'épanouissent les nerfs gustatifs. Ce n'est pas seulement la langue, mais toute la bouche et l'arrière-bouche qui sont le siège de ce sens; aussi nulle part les glandes muqueuses n'existent-elles en plus grande quantité.

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