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DEUXIÈME ANALYSE

Eau 906, 120

Matières organiques sèches. 88, 100

Chlorure de sodium. . . 1, 255

Autres sels minéraux fixes. 4, 547

On voit par l'analyse N'' 2, qu'en même temps que le chlorure de sodium a augmenté, le lait est devenu

moins aqueux et s'est enrichi en matières organiques ainsi qu'en sels minéraux fixes.

C'est le résultat que nous avons déjà constaté dans le sang ; or, le lait est un liquide qui est destiné à être converti presqu'entièrement en sang. Tout ce que nous avons dit du rôle du sel sur la sanguification est donc applicable à la formation du lait.

Nous avons fait des essais comparatifs en soumettant des femmes qui allaitaient, à un régime plus ou moins salé. L'une d'elles était d'une constitution lymphatique ; grâce au sel , elle s'est trouvée complètement transformée.

C'était une de ces nourrices telles que les voulait Molière : aux yeux vifs, aux couleurs vermeilles, aux chairs fermes.

Son enfant, qui était chetif, s'en est également bien trouvé, puisque ses digestions sont devenues régulières, tandis

qu'avant il était sujet aux aigreurs et aux coliques.

La première nourriture de Fenfant doit être le lait de femme, préférablement celui de la mère, comme établissant entre les deux êtres une idiosyncrasie plus complète (i). Le philosophe de Genève a eu raison de s'élever contre la mode qui existait à son époque d'abandonner les enfants à des nourrices.

Aujourd'hui , par suite de la faiblesse

(^) L'idiosyncrasie ou le tpmpérament propre, s'entend de rimpressionabilité de chaque individu. Le rapport intime qui existe entre la mère et l'enfant qu'elle porte dans son sein, permet d'admettre ici ce terme, puisqu'à tout prendre, ce sont deux existences en une seule. Qui ne sait que toutes les impressions de la première réagissent sur le second ? La vue d'un objet insolite ou de nature à frapper Timaj^ination d'une femme grosse suffit souvent pour produire des monstruosités. Après raccouchement ce rapport n'est pas complètement détruit, puisque la mère, par son lait communique ù Tenfanl jusqu'à ses qualités morales.

des constitutions, on est obligé souvent de recourir à cette extrémité ; cependant on se trompe quelquefois sur ce point, puisque la nature développe chez la femme qui a conçu un surcroit de forces qu'il s'agit seulement d'entretenir par un bon régime.

Les anciens recouraient souvent à une chèvre, ainsi que le prouve la fable de la chèvre Amalthée qui a nourri Jupiter. — Comme médecin, nous tenons à rappeler qu'Esculape fut également nourri par une chèvre. Près d'Epidaure se voient encore les ruines du temple bâti en l'honneur du demi-Dieu à l'endroit où la Nymphe qui lui donna le jour, et ne pouvant le nourrir, eut recours à une chèvre.

Heureux temps oii les Dieux avaient pour mère des nymphes et n'étaient pas exposés à sucer le lait souvent corrompu d'une mercenaire !

L'enseignement à tirer de ceci est grave :

C'est qu'il faut y regarder à deux fois avant de confier un enfant à une nourrice; aujourd'hui surtout que pour beaucoup d'entre elles cette condition est comme une prime de mauvaises mœurs.

Il vaut mille fois mieux une chèvre qu'une nourrice dont on n'est pas sûr.

C'est du reste une chose touchante que la manière dont là chèvre remplit ses fonctions ; rien ne saurait donner une idée de sa douceur et de sa sollicitude. Quand l'enfant dort, elle, d'ordinaire si folâtre , si turbulente , reste tranquille de peur de troubler son sommeil. S'il s'éveille et pleure, vite elle accourt et vient présenter ses mamelles pleines à son nourrisson. — On peut la faire coucher sur un coussin ou la faire placer à califourchon sur la corbeille dans laquelle l'enfant est

couché. Je ne crains pas que ces détails paraissent vulgaires; plus d'une lectrice y prendra un vif intérêt , et c'est à celles-là surtout que je m'adresse.

Du régime salé dans la deuxième enfance.

La deuxième enfance comprend l'évolution des premières dents.

Dès que l'enfant commence à prendre des aliments solides , c'est-à-dire dès qu'il est capable de les mâcher , il lui faut une alimentation complète, renfermant les matériaux plastiques et respiratoires nécessaires à l'énorme croissance qu'il va prendre. C'est le moment de développer le tempérament sanguin , afin que le tempérament lymphatique ou nerveux ne puisse prendre le dessus.

Le pain blanc et la viande lui offriront les substances azotées, en même temps que la fécule du premier, ou l'amidon , suffira à l'entretien du calorique animal, qu'il ne faut pas surexciter puisque l'enfant n'est que trop enclin à la fièvre. Pour légumes, il faut insister sur ceux qui rafaichissent.

En fait de viandes, il faut faire choix de celles qui fournissent le plus de phosphate calcaire albumineux , nécessaire au développement du système osseux (i). Le soir, il faut donner des aliments d'une digestion facile afin que le sommeil ne soit pas agité.

Quant aux condiments, tels que le sucre et le sel, ou sera sobre du premier et même on doit s'abstenir d'en

(1) Les tableaux suivants montrent la différence qu'ii y a sous ce rapport entre la viande de bœuf et de la viande de veau.

donner — surtout sous forme de friandises — puisqu'il s'en fabrique dans l'économie par la réduction des aliments féculents. Le sucre donné en trop grande quantité augmente le calorique

Tableaux comparatifs de la viande de bœuf et de la viande de veau.

Viande de Bœuf

Viande de Veau

Eau 771, 7

Fibrine, etc. . . 177, 0 Albumine, etc. . . 22, 0 Extrs alcool, et sels 18, 0 Extrs aqueux et sels 10, 5 Phosphate de chaux

Album 0, 8

Graisse » >^

Berzélus.

Eau 777, 0

Fibrine, etc. . . 160, 0 Albumine, etc. . . o2, 0 Extrs alcooL et sels 11, 0 Ex^rs alcool, et sels 10, 0 Phosphate calcaire Album 10, 0

Schlossberger. 1,000, 0

Il ne faut pas conclure des ce tableaux que le régime animal de l'enfant doive consister uniquement en veau; il convient de faire alterner ce dernier avec le jeune bœuf ou le mouton. Le veau sera rendu plus succulent en le salant.

et expose les enfants à la fièvre et aux inflammations exsudatives, dont beaucoup d'entre-eux deviennent victimes à cet âge.

Rien n'est donc plus pernicieux, puisque l'enfant perd ainsi le goût du sel qui lui est si nécessaire. En effet le sel domine la nutrition toute entière:

il entretient les sécrétions en donnant aux liquides élaborés les conditions de sapidité voulues. Nous ne pourrions que répéter ici ce que nous avons dit plus haut.

C'est à cet âge que se développe souvent le rachitisme. Cette affection, due à une nutrition vicieuse ou à une torpeur de tempérament, consiste dans le gonflement des os dont les extrémités sont comme nouées. Ces parties incapables de supporter le poids du corps et de

résister à la contraction des muscles, s'incurvent et produisent des difformités, les déviations de la taille ou gibbosités, l'arcuation des membres, etc; au moindre accident, à la moindre contusion, il se forme des caries (i).

Il existe souvent aussi des engorge-

(1) Le sucre ne nous semble pas étianger à cet état morbide, par suite d'une combustion incomplète oui lui permet de revêtir la forme acide, principalement d'acide oxalique. Nous avons constaté qu'il existe une grande quantité d'oxalate de chaux dans les urines des individus atteints de rachitisme, comme si les reins éliminaient à un moindre degré d'oxidaticn le carbone que le poumon malade ne peut conveitir en acide carbonique. Ce fait vient à l'appui de notre thèse que le sel marin, en activant indirectement la combustion prévient les dépôts d'oxalatcs. On croit généralement que le sel donne la jMorre ; c'est plutôt le sucre qu'il faut en accuser, surtout chez Us individus dyspe))siques, et qui al)ustnt de cette substance. Le sucre attaque les dents et les noircit pour le même motif que celui que nous \enons d'exposer, c'tst-ù-dire parce qu'il donne lieu à des acides. Il y a donc de

ments des ganglions du ventre, qui reste dur et gonflé ; lemaciation générale qui en résulte donne à l'enfant l'aspect d un vieillard anticipé. On comprend qu'il est du plus haut intérêt de modifier cet état ; pour cela il faut fortifier la constitution par un bon air, un exercice actif — quand déjà les os ne sont pas ramollis — un régime substantiel et salé et l'emploi de l'huile de foie de morue, panacée presque universelle dans les climats froids et humides.

Cette huile est un excitant de la respiration, à laquelle elle fournit en grande quantité des éléments hydro-carbonés, îl est donc nécessaire quelle soit complètement brûlée, c'est-à-dire que

graves motifs de ne pas donner du sucre aux enfants, soit dans les aliments, soit dans les friandises. Les bonbons au sel seraient au contraire fort utiles. II y a là une réforme que nous recommandons aux pâtissiers et aux marchands de dragées.

son emploi exige le grand air ; sans cela, elle produit des surcharges et des infiltrations dans les tissus. On pourrait presque dire que Fhuile ne brûle pas parce qu'elle arrive en trop grande abandance.

Sous l'influence de l'huile de foie de morue les tempéraments froids et atones deviennent chauds et vifs. C'est ce que les peuples du nord désignent par ce mot caractéristique, Hetzig (En chaleur.) La combustion respiratoire étant en effet activée, il se produit plus de calorique animal. Mais l'usage de l'huile de foie de morue exige en même temps un régime salé , parce que sans ce dernier il resterait trop de gaz acide carbonique dans le sang (i).

(1) Nous avons vu que , selon M. Liebig le sel facilite réliminalion de l'acide carboniqne en converlissaiit en phosphate de soude le phosphate de potasse

Du régime salé dans l'adolescence.

L'adolescence est le printemps de la vie ; c'est le moment où la sève monte avec le plus de force pour gonfler ces bourgeons d'où sortiront des rameaux plus ou moins vigoureux, selon qu'on aura mis plus ou moins de soins à les développer.

Jusqu'à dix ans l'adolescent, à proprement parler, continue la deuxième enfance ; mais bientôt une voix intérieure commence à lui parler ; il éprouve de vagues désirs. Pourquoi cette fraîche fleur se flétrit-elle tout-à-coup ?

introduit dans l'économie par la digestion. L'affinité entre l'acide phospharique et la potasse étant détruite, le phosphate de chaux albuniineux se forme également plus facilement et rend ainsi aux os l'élénient organico-inorganique qui leur fait défaut.

D'où vient cette langueur? Pourquoi à la pétulance et à la vivacité de l'esprit succède tout à coup une stupidité morne?

L'enfant à peine adolescent, a connu le vice d'Onan ; c'est le danger de cet âge ; c'est là qu'il faut porter le remède.

L'activité du corps, la fatigue des membres peuvent seuls étouffer ce premier cri de la chair. Au lieu de laisser cette force s'épuiser dans l'inaction et le silence de la solitude , il faut la développer, la laisser s'épancher au grand air.

Les anciens avaient compris que pour faire de bons citoyens il fallait des hommes forts, et tous leur efforts tendirent à les former. La gymnastique constituait presque seule la première éducation ; les exercices intellectuels auxquels ils soumettaient l'adolescent, ne se séparaient point des exercices corporels.

Que faisons nous ? Nous élevons nos enfants en serre chaude ; à notre siècle de merveilles il faut des Prodiges !

Encore si la vigueur de l'esprit compensait la faiblesse du corps; mais, hélas ! nous produisons beaucoup de fruits secs et peu de germes féconds !

Nous nous trompons peut être, mais il nous semble que l'adolescent gagnerait à être laissé quelque peu à ses allures naturelles ; ce qu'il saurait, il le saurait plus tard, mais mieuxc Sa précoce gravité ne dédaignerait pas les exercices et les jeux de son âge.

Beau de sa jeunesse et de sa vigueur, il serait le jeune homme dépeint par Delille :

Par l'ardeur de son âge le jeune homme emporté Dévore le présent avec avidité

(L'imagination. Ch- VI-)

Ce qui distingue les jeunes gens de

nos jours, c'est un caractère vieilli par des études précoces ; ce n'est pas d'eux qu'on pourrait dire comme le bouillant Thomas :

Et sur leur front jauni qu'a ridé la mollesse Etalent à vingt ans leur précoce vieillesse.

. Mais les conséquences physiques et morales de cette éducation hâtive n'en sont pas moins funestes.

L'adolescent étant dans toute la force de la croissance , il lui faut un régime substantiel; malheureusement la nourriture saine et abondante stéréotypée aux prospectus des maîtres de pension, l'attend et c'est une autre cause de non-développement.

D'après la doctrine de Plutarque, il semblerait que le régime salé ne convienne pas à cet âge, et que ce serait presque jeter de l'huile sur le feu ; mais il faut remarquer que le sel est un excitant des fonctions en général.

et non de tel ou tel organe en particulier.

Les exercices corporels et la fatigue salutaire qui en est la conséquence, suffiront pour tenir assoupis des organes dont l'action n'aurait encore aucun but ; la puberté sera ainsi retardée.

On observe, en effet, que plus l'organisation est frêle , plus le réveil des sens est accéléré; c'est le contraire dans les constitutions fortes.

On évitera, à cet âge, les aliments échauffants ; laisser participer l'adolescent aux excitations de la table est une grande imprudence dont les parents ne calculent souvent pas la portée. Sans vouloir pour lui le brouet noir de Lacédémone, nous pensons qu'il faut réserver ces stimulants pour l'époque où ils seront réellement nécessaires.

Un moyen qu'on ne saurait trop préconiser, ce sont les excursions ou voya-

ges pédestres. Qui n'a lu les voyages en zig-zag de Topfer ? Qui ne s'est associé aux élans de ces bandes joyeuses qui, secouant la poussière et la torpeur des bancs de l'école, vont demander aux sites pittoresques et aux spectacles grandioses de la nature un aliment à leur imagination naissante ? Le maître est lui même plein de confiance ; on ne le voit pas pousser devant lui, d'un air chagrin , un troupeau indocile , au contraire, il abandonne les jeunes voyageurs à leurs libres allures, persuadé que si l'un deux s'éloigne ou s'égare, la faim, cette fois bonne conseil- Hère (i), le ramènera au gîte.

Du régime salé dans l'âge viril

A vingt ans la croissance est terminée;

(t) Horace a nommé la faim -. mauvaise conseilUère: Mala suada famés.

il ne reste plus au corps qu'à se fortifier. Sous ce rapport on peut admettre dans l'âge viril deux époques; celle diinvig ovation ou la jeunesse, et celle de 'pondération où l'âge viril proprement dit.

Dans la jeunesse, l'homme est en possession de toutes ses facultés; il en use mais aussi en abuse souvent. Confiant dans ses forces, mais encore inexpérimenté , il est exposé à bien des désillusions. Si jeunesse savait ! dit le proverbe. Helas ! si elle savait , que deviendraient ses rêves dorés?

Le jeune homme étant dans toute la force de l'âge, il lui faut un régime complet et, partant, salé. L'exercice actif lui est nécessaire, comme moyen de dépenser ses forces surabondantes.

La jeunesse est l'âge ou l'on se marie,

parce que c'est l'époque où l'on peut inspirer les sentiments les plus désintéressés, qu'on a l'espoir de pouvoir élever ses enfants et de les diriger plus tard par son expérience. On ne saurait trop désapprouver les unions précoces ; l'âge de 50 ans pour l'homme et 25 pour la femme, sont fort convenables. C'est, en quelque sorte, l'époque de la floraison ; en deçà ou au delà, les fruits risquent de n'être pas vigoureux. On comprend cependant qu'il faut ici une certaine marge.

Dans l'âge de pondération ou viril (40 à 60 ans) l'homme est arrivé à sa maturité. A la Jeunesse qui avait imprimé à la respiration et à la nutrition une activité extraordinaire, a succédé une époque de contention, tant du corps que de l'esprit. Le besoin de la dépuration du sang force le foie à déployer une activité supplémentaire ; le système

veineux, principalement le système abdominal , prend un grand développement et l'on commence, comme on dit, à faire du ventre. C'est pour beaucoup d'individus l'époque des hémorroïdes, des engorgements viscéraux, tournant quelquefois à l'hypocondrie, aux congestions veineuses, aux apoplexies. Tous ces accidents pourront être évités par un régime salé, qui permettra en outre de bien se nourrir et même de jouir raisonnablement des plaisirs de la table. On évitera avec soin de s'habituer à ces prétendues Pilules de santé, ces Ëlectiiaires, ces Elixirs stomachiques par lesquels on cherche à réveiller l'activité des fonctions digestives.

Ce que nous avons dit du régime salé en général, s'applique à la période de la vie dont nous nous occupons.

— Ainsi on facilitera les fonctions et on entretiendra les for.ces corporelles.

La presbytie qui commence d'ordinaire de 45 à 50 ans, sera retardée, la densité des humeurs de l'œil restant à peu près la même que dans l'âge précédent. L'homme devra en outre, à ce, moyen, de conserver cet attribut d'où dépend sa force, et à l'abstinence duquel les prêtres Egyptiens devaient leur vertu. Grâce à lui, la femm^e conservera cette fraicheur de tempériament qui faisait dire à Plutarque que sa beauté salée, ains remplie de grâce, nest ni morne ni fade. Enfin l'homme trouvera dans ce régime une grande puissance cérébrale. Le cerveau a besoin d'être excité par un sang pénétrant afin qu'il ne s'allourdisse point. Combien la pensée vive, brillante chez les uns, n'est-elle pas lourde, terne chez ]es autres ? Voyez la fin d'un gai repas, à ce moment où l'animalité satisfaite cède ses droits à l'esprit : les sucs généreux qui sont passés dans le sang

Font rendu plus pénétrant ; avec l'Aï, l'esprit pétille et les gais propos s'échangent d'un bout de la table à l'autre. Sans doute nous n'avons pas besoin de ces •excitations continuelles; mais il faut que le cerveau soit tenu en éveil ; c'est un paresseux qui sans cela rêve ou dort.

Jusqu'à quel âge cette deuxième virilité peut elle être conservée? Nous répondrons qu'elle n'a point de limite frxe. — Il y a des gens qui sont vieux toute leur vie ; nous voulons parler de ceux qui vivent d'une vie torpide , car le corps est comme les machines qui s'usent d'avantage par le repos que par l'action. — La paresse est la rouille ,du corps; malheur à qui s'y livre ! — Voyez l'Angleterre , cette terre de l'activité industrielle et politique ; ses hommes d'état arrivent à un â^^e fort avancé ;

quand dans d'autres pays ceux auxquels sont confiées les affaires du pays, sont déjà cassés et cacochymes, eux tiennent encore d'une main ferme le gouvernail du vaisseau de l'Etat et, habiles timoniers, savent le guider à travers les brisants. — Robert Peel ne mourut point, il se tua. — A quoi tient cette force de résistance ? Sans doute à la forte constitution du peuple britannique — qui semble constamment se retremper aux brises de l'océan qui l'entoure — mais aussi à la vie active qu'il mène. L'exercice du cheval est pour lui un besoin ; la chasse, une passion. Au lieu de se confiner dans les villes pendant les longs mois d'hiver, l'Anglais reste à la campagne pour se livrer à ses exercices favoris. Dans la vie habituelle il est toujours pressé ; le temps est pour lui le véritable argent, puisque c'est l'étoffe de la vie ; il ne

connait pas la flânerie. AU Read ! voilà son cri !

Comment, sans cette vie active, l'Anglais résisterait-il à son régime substantiel et échauffant? Sans doute il pourrait modérer ce dernier, mais à la condition de restreindre son énergie. Vivre moins, pour vivre plus longtemps, cela ne ferait pas son affaire.

Du régime salé dans la vieillesse.

La vieillesse est pour l'homme un temps d'arrêt, par lequel il se prépare à ce repos qui l'attend dans une vie meilleure.

A quel signe reconnait-on qu'on entre dans cette dernière période de l'existence? Au ralentissement de toutes les fonctions, à ce calme intérieur qui ne laisse plus de place aux passions ; à

cette sérénité d'esprit qui nous fait juger les hommes et les choses, non avec indifférence, mais avec bienveillance.

M. Flourens a tracé de la vieillesse un tableau plein de grâce et qui rappelle, en quelques endroits, l'ouvrage de Cicéron : De Senectute, ouvrage qui donnait à Montaigne appétit de vieillir. Ce n'est pas cet âge morose que l'on croit communément; si l'imagination s'éteint, s'il n'y a plus de place pour les illusions décevantes, la raison, la bonté de cœur persistent. La bonté, cette grâce de la vieillesse, se rencontre souvent sous des dehors graves et sévères, car la raison part du cœur, et la sévérité de l'être physique qui s'est affaibli.

D'après des analyses chimiques, il parait que c'est par le cœur que nous

mourons, c'est-à-dire à cause des matières inorganiques ou terreuses qui envahissent ses fibres et lui enlèvent sa souplesse et son élasticité. Il faut donc entretenir aussi longtemps que possible l'activité organique.

Comment s'assurera-t-on que cette activité existe encore ? Par ses effets mêmes ; c'est-à-dire, une bonne digestion la liberté des excrétions, la fraîcheur du teint, la souplesse de la peau, la vigueur des mouvements, la régularité du pouls, le maintien de la chaleur animale, la netteté des sens et des perceptions, en un mot, par tous les signes d'une vitalité persistante.

Afin d'entretenir le mouvement organique, le régime salé est nécessaire, et c'est ainsi que Stahl, croyant dans la vieillesse la plupart des médicaments dangereux se contentait d'administrer quelques grains de sel marin. îl est

certain que beaucoup des maux qui affligent la vieillesse peuvent être écartés ainsi.

A mesure que les forces baissent, il faut diminuer l'alimentation , car il est un terme au delà duquel le mouvement organique s'arrête. Insensiblement la vie se retire des organes, mais comme ce retrait se fait sur tous les points à la fois, le vieillard ne s'en aperçoit pas. Insensiblement s'abaisse sur lui comme un voile impénétrable ; il ne vit plus que dans le passé, mais l'affection de la famille l'environne ; il aime instinctivement ses petits enfans, car son intelligence est devenue également enfantine.

Enfin le moment arrive où il faut se séparer des siens ; mais ce moment n'a rien d effrayant; c'est un sommeil paisible.

La mort dans ces conditions n'a rien de terrible; elle ne l'est même pas à la fin de la première vieillesse, quand l'homme meurt, encore dans la plénitude de ses facultés. Qui ne se rappelle ces beaux vers de Delille ?

c( Jlais c"cst la mort surtout dont les touchants tableaux

Placent l'homme au-dessus de tous les animaux.

Là, dans tout l'intérêt de sa dernière scène

Parait la dignité de la nature humaine.

Dans leur stupide oubli les animaux mourants

Jettent vers le passe des yeux indifférents.

Savent-ils s'ils ont eu des enfants, des ancêtres?

S'ils laissent des regrets, s'ils sont chers à leurs maîtres ?

Gloire, amour, amitié, tout est fini pour eux .

L'homme seul, plus instruit, est aussi plus heureux.

Pour lui, loin d'une vie en orages féconde.

Quand le monde finit, commence un autre monde,

Et du tombeau qui s'ouvre à sa fragilité,

Part le premier rayon de l'immortalité.

Son âme se ranime, et dans sa conscience

Auprès de la vertu retrouve l'espérance.

Le loin il entrevoit le séjour du repos,

De ses parents en pleurs il entend les sanglots ;

11 voit après sa mort leur troupe désolée

D'un long rang de douleurs border son mausolée.

Au sortir d'une vie où de maux et de biens, La fortune inégale à tissu ses liens, 11 reprend fil à fil cette trame si chère Dont la mort va couper la chaîne passagère. Le souvenir lui peint ses travaux, ses succès, La gloire qu'il obtint, les heureux qu'il a faits. Aussi sur les confins de la nuit sépulcrale L'aflfreuse mort, au fond de la coupe fatale Laisse encore pour lui quelques gouttes de miel. 11 touche encor la terre en montant vers le ciel. Sur sa couche de mort il vit pour sa famille ; Sent tomber sur son cœur les larmes de sa fille ; Prend son plus jeune enfant qui sans prévoir son sort. Egayé encore sa vie et joue avec la mort. Recommande à l'aîné ses domaines champêtres, Ses travaux imparfaits, l'honneur de ses ancêtres ; Laisse à tous en mourant le faible à secourir , L'innocent à défendre et le pauvre à nourrir. De ses vieux serviteurs recompense le zèle Jouit des pleurs touchants de l'amitié fidèle. Reçoit son dernier vœu, lui fait son dernier don ; De ses ennemis même emporte le pardon, Et dans l'embrassemcnt dune épouse chérie Délie et ne rompt pas les doux nœuds de la vie.

Les trois rèîïncs, Ch : Mil.

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