INTRODUCTION
Conditions de longévité.
SOMMAIRE
Petit nombre de ceux qui atteignent le médium de la vie — Note sur la longévité — Elixirs de longue vie
— Paracelse et ses arcanes — Précepte d'Hippocrate
— Bacon et l'opium — Maupertuis et son enduit résineux — Note sur les vêtements imperméables — Danger de la sobriété absolue — Cornaro et les anachorètes — Refus de l'estomac. — Nécessité de la tempérance — Les songes légers et le cauchemar — Ce qui nous distingue des autres bêtes (Beaumarchais) — Le bon air est le premier aliment de la vie. —
Nos demeures , nos salies de spectacle, nos hôpitaux , nos prisons — Insuffisance de la ventilation — Besoin de réparation du corps — Le cheval doit mériter son avoine. — Nécessité de Texercice actif — Les péripatéticiens et les savants de nos jours — Dangers d'une vie molle — Longévité d'après les climats — Le régime rechauffant et le régime rafi-aichissant — Note sur la production du calorique animal — Les pays insalubres par incurie — Effets du déboisement et de l'absence de culture — Les marais pontins et nos polders — Influence du régime alimentaire sur la longévité — Le régime naturel, diaprés M. Michelet — Secte des légumistes — Pourquoi Lord Byron n'aimait pas la viande — Le régime de l'homme indiqué par sa structure intérieure — Rapports anatomiques et physiologiques entre la disposition de l'appareil digestif et le régime alimentaire des animaux — Etîets de la domestication — Régime des quadrumanes — Leur caractère moral et leur force musculaire — Régime des laboureurs — Causes de leurs forte constitution — Usage modéré des spiritueux — Terribles effets de leur abus — Ce qui constitue un aliment — Les bouillons économiques — Les aliments respiratoires et les aliments plastiques — Influence de l'alimentation sur la constitution — Le bœuf et le . cheval — Les coursiers arabes — Bon co^i n'est pas gras — Les populations se lymphatisent.
En parcourant la liste des décès que les journaux enregistrent chaque matin, comme un lugubre avertissement, on voit que peu d'individus dépassent le médium de la vie. L'âge de 50 à 70 ans est une sorte de défilé que le petit nombre seulement parvient à franchir. Les octogénaires sont rares, les nonagénaires bien plus rares encore , et quant aux centenaires , ils sont tellement exceptionnels, qu'ils semblent constituer, en quelque sorte , un oubli de la part de la mort.
Et cependant la nature nous a dispensé une somme de vie qui va bien au delà de ce terme, (i) Si notre existence est,
(1) Les recherches de Haller, de Buffonet de M. Fiourens sont trop connues pour que nous ai6ns à les rappeler ici Qu'il nous suffise de dire que la vie de rhomroe peul.
la plupart du temps, si brusquement interrompue , ce n'est donc qu a nous mêmes que nous devons nous en prendre.
Nous ne pouvons plus invoquer le destin inexorable. — Les Parques ne coupent ou n'allongent plus le fil de nos jours au gré de leur caprice. — La Providence, en vous donnant la vie, nous a laissé le soin d'en régler l'usage, afin de nous apprendre , par cette responsabilité même, à éviter les excès ou les imprudences qui en abrégeraient le cours.
Les moyens de prolonger l'existence
aller jusqu'à 140 ans. Cela résulte delà durée de sa croissance, qui est plus lente que chez quel animal que ce soit. Règle générale , cette croissance n'étant terminée que vers 20 ans, et la vie pouvant durer sept fois autant le calcul de Buffon serait juste, si mille circonstances ne venaient interrompre la régularité de notre développement.
jusqu'à son terme naturel doivent être empruntés à la nature. C'est dire qu'il faut repousser ces élixirs de longue vie , ces panacées plus propres à raccourcir la vie qu'à l'allonger. Paracelse promettait l'âge de Mathusalem à quiconque prendrait de ses arcanes, et il succomba sous la crapule, dans un cabaret, à l'âge de quarante sept ans.
La santé résulte de l'équilibre de toutes les fonctions. Quand la machine marche sans frottement, elle n'éprouve que peu d'usure.
Modération en toutes choses, en nourriture, en travaux, en jouissances, en repos, ainsi le veut Hippocrate qui, joignant l'exemple au précepte, arriva à l'âge de 104 ans.
Il n'est pas nécessaire de ralentir le mouvement vital , par l'usage de l'opium, comme le voulait Bacon, et on enverrait où de droit, celui qui, comme Maupertuis , proposerait d'enduire le corps d'une couche résineuse, pour le soustraire aux déprédations de l'air. (Vi deprœdatrici.) (i)
La sobriété absolue n'est pas non plus une condition de longévité. On a cité l'exemple de Cornaro , ce noble vénitien qui fît l'éloge de cette vertu, comme Erasme celui de la folie. Pendant plus de quarante ans, Cornaro ne prit chaque jour que douze onces d'aliments et treize onces de boisson. Un jour que.
(') C'est ce que font h.'S vclemenls imperméables, si iiuisiMes en [irrèlaiit !a transpiration du corps.
sur le conseil de ses amis, il y ajouta une once, il faillit mourir d'indigestion. De même, dit-on, les anachorètes se trouvaient en péril de mort pour peu qu'ils augmentassent leur nourriture habituelle. — L'estomac réduit pas de longues privations, n'est plus en état de digérer ; c'est comme si on servait un repas copieux à celui qui aurait souffert d'une longue famine.
Mais la tempérance est nécessaire pour affranchir l'âme de l'esclavage du corps. Dans quel affaissement de l'esprit ne jette pas un excès ? Le sommeil, qui donne des rêves légers à ceux qui se contentent d'une table frugale, dégénère un lourd cauchemar quand on s'abandonne à ces appétits grossiers, que les
brutes mêmes ne connaissent pas. (i)
Parmi les conditions les plus générales de longévité il faut placer le bon air, puisque c'est l'aliment de la vie : pabulum vitœ, ainsi que disaient les anciens. Or, tandis que la nature a pris d'admirables précautions pour en maintenir la pureté (2), les hommes font tout pour l'altérer.
(1) Beaumarchais a dit : « Boire quand oh n'a pas soif et faire l'amour en toute saison, voilà ce qui noi.s distingue des autres bêtes. » Cette définition qui au premier abord paraît cynique, est aussi juste que philosophique.
(2) A l'état de pureté, la composition de l'air est constammment la même, puisqu'il compte 20, 81 ^/o d'oxygène, 79, 19 "/o d'azote — 1 "/o d'acide carbonique. La respiration des animaux lui enlève une partie de son oxygène, laquelle est remplacée par une certaine quantité d'acide carbonique, mais ce dernier est absorbé par les végétaux, qui exhalent en même temps
Dans nos demeures, dans nos spectacles, dans nos hôpitaux, dans nos prisons, partout où se déroule le drame ou la comédie de la yie, dans ce qu'elle a de plus public et de plus intime, la ventilation manque ou est vicieuse. MM. les architectes semblent ne pas comprendre que pour retirer l'air vicié d'un grand espace, il ne suffit pas de pratiquer des ouvertures, mais qu'il faut une force en rapport avec le cube d'air à déplacer. — Pourvu qu'ils aient satisfait aux exigences du luxe, qu'importe le reste?
une grande quantité d'oxygène, destinée à remplacer celui qui est absorbé par les animaux.
L'air après qu'il a servi à la respiration, ou l'air qu'on expire, ne contient plus que 13, 55 o/q d'oxygène, et il y a 4 o/o en plus d'acide carbonique. Sa température est augmentée et il est chargé de vapeurs d'eau tenant ne suspension des matières animales.
Dans les salles de spectacle trop encombrées, on voit la gène des spectateurs, augmenter et se répandre, comme par la contagion de l'exemple, à mesure que la température s'élève et, par conséquent, que Tair se dilate et se charge d'acide carbonique. On bâille, et on est tenté de s écrier, comme Nicette duPré-aux-Clers.
« A/i que je suis las de tant de plaisir! » Là où ces viciations se maintiennent, comme dans les casernes, les hôpitaux, les matières animales se décomposent et donnent lieu à ces terribles fièvres typhoïdes, fruits de l'incurie et de l'imprévoyance. Ces fièvres ont pour caractère la prostration des forces et la décomposition rapide du sang, (i)
(1) Le fait suivant fera voir la s'''T1<J<^ importance de la ventilation.
A riio.s|)i('(! (In la maternité, à Dublin, il monrui dans
D'après les lois de la physiologie, il faut que la réparation du corps soit en rapport avec ses pertes. Celui qui fait peu de fatigue a besoin de peu de nourriture, (i) Il faut, comme on dit vulgairement, que le cheval mérite son avoine. — C'est pour cela que l'exercice actif est si nécessaire.
L'Anglais doit sa nature vivace autant à son activité qu'à son régime sub-
l'espace de (fiiatre aus, 2944 enfants sur 7650, dans la première quinzaine après la naissance. On pensa que celte effrayante mortalité pouvait provenir ue ce que les salles ne contenaient pas assez d'air, en conséquence on y multiplia les ventilateurs dans une proportion convenable, et la mortalité fut réduite à 270. [I résulte de ce fait que, sur 2944 enfants qui étaient morts dans les quatre années précédentes, 2054 avaient péri par Tinsuffisance de Tair ou l'air vicié.
(') C'est souvent le contraire qui a lieu. Mais c'est là un terrible talion dont celui qui l'aifronte
slantiel, qui pour lui est une nécesité du climat.
Lexercice actif à ceci de bon qu'il provoque l'activité de l'esprit. Les péripatéticiens avaient mis cette règle en pratique. Beaucoup de savants de nos jours feraient bien d'imiter cet exemple, afin de s'afiFrancJiir de ces infirmités précoces, suites d'une vie trop sédentaire.
Ceux qui se livrent à une vie mo^^^ en subissent les conséquences. Ce n'est certes pas se donner de l'exercice, que se laisser traîner le long des promenades publiques, et continuer ainsi en
subit la peine. Si les privations abréffent l'existence, l'excès (lu bien-être lue éj^alement, et peut être d'une manière plus prompte. Combien y en a-t-il qui comprennent qu'il faut enlever ù ses propres jouissances ce (|ui p3Ut diminuer ou soulager les privations d'autrui ?
— 25 -n plein air la vie indolente des salons.
L'homme peut arriver à une verte vieillesse dans tous les climats — nous entendons une vieillesse relative.— L'habitant des pays tropicaux vit moins longtemps que celui des pays froids, parce que chez lui la vie est plus précoce. Rarement son existence se prolonge au delà de 70 ou 80 ans, tandis qu'en Russie il est fort commun de voir des vieillards de 110 et même de 125 ans. On en a vu arriver à l'âge de 150 ans.
C'est que chaque peuple a son genre de vie auquel l'instinct l'a conduit.
Les habitants des pôles recherchent les chairs huileuses des cétacés et parviennent ainsi à braver l'intensité du
froid, (i) Les habitants des pays chauds auraient horreur de ce régime : il leur faut des fruits rafraîchissants et acidulés, que la nature, en bonne mère, leur a donnés en si grande abondance.
L'insalubrité des pays dépend souvent de notre incurie. Telle contrée qui était autrefois saine, est devenue meurtrière:
nous citerons les marais pontins. — Le déboisement et l'absence de culture sont pour beaucoup dans ce résultat.
En effet, les végétaux ont la propriété d'absorber les miasmes. Dans nos pol-
(1) \.a production du calorique animal est le résultat d'une combustion. Les éléments carbonés ou hydrocarbonés introduits dans le corps par Talimentation, sont brûlés par l'oxygène de l'air. Dans l'état de santé ou physiologique, cette combustion est constante et donne lieu k une température égale, quelle que soit la température du milieu ambiant. C'est ainsi que l'homme peut afFron- Uv les lcmi)ératiircs les plus extrêmes.
ders, les fièvres intermittentes apparaissent après la rentrée de la moisson, et disparaissent dès que le sol se couvre d'une végétation nouvelle. La nature vient ainsi en aide à l'homme, qui tant de fois s'efforce pour ainsi dire de la contrarier.
Le régime alimentaire de l'homme influe-t-il sur sa longévité et quel doit être ce régime? Quant à cette dernière question, on peut répondre que ce régime est indiqué par la nature ellemême.
Ceci nous rappelle ce beau passage du livre de M. Michelet — La femme — où il dit :
« Le grand jeu de la nature, la superbe et splendide transformation de la terre s'est accomplie. La voilà vêtue de sa robe verte, aux plis immenses, qu'on
appelle des montagnes, des coteaux.
Crois-tu que ce soit seulement pour te donner des marguerites qu'elle a versé de son sein cet océan d'herbes et de fleurs? Non, la grande nourrice, la mère universelle d'abord servi ce bouquet à nos humbles frères et sœurs par lesquels elle nous nourrit : la bonne vache, la douce brebis, la sobre chèvre, qui vit de
si peu et fait vivre le plus pauvre
Du lait virginal de la terre elles vont combler leur mamelles, te donner le
lait, le beurre Reçois le et remercie.
A ces aliments frais et doux va se joindre la fraîcheur des premières plantes potagères, des premiers fruits. Avec la chaleur apparaît, à point nommé, la groseille, la petite fraise des bois, qu'une autre petite gourmande découvre à son exquise odeur. L'aigrelet de la première,
le fondant de la seconde et la douceur de la cerise, ce sont les prévoyants remèdes qui nous viennent aux jours brûlants où l'été s'exalte, où commencent sous un soleil accablant les grands travaux de récolte .........
ce Mais voici l'œuvre souveraine de la grande maternité. Elles arrivent celles qui doivent nourrir les populations entières , les vénérables tribus des légumineuses. Elles arrivent, les graminées, les pauvres du règne végétal, qui en sont aussi, dit Linné, la vaillance, la force héroïque! Qu'on les maltraite et qu'on les foule, elles multiplieront d'avantage! Leurs deux feuilles nourricières ou cotylédons sont des mamelles. (i) Cinq ou six pauvres graminées du trop plein de leurs
(*) Les graminées sont monocotylédos.
mamelles nourrissent l'espèce humaine.
« A l'âge printanier des prairies et du lait a succédé l'âge substantiel et fort du froment , et celui-ci est à peine coupé et battu, que l'humble vigne prépare son breuvage divin. »
Les céréales, les fruits, le laitage, l'eau pure des fontaines, tel est donc le régime naturel de l'homme. C'était celui des pasteurs dans ces heureux jardins de la terre où fut placé l'Eden de nos premiers parents. Leur vie s'y écoulait lentement, exempte d'intempérance et aussi de maladies. — Le breuvage divin de l'humble vigne , pour parler comme M. Michelet n'est venu qu'après. Hélas î ici également allait se placer le mal à côté du bien ;
mais devons nous être moins réconnaissants envers Dieu pour ses libéralités parce que nous en abusons ?
Le régime primitif a encore ses partisans parmi nous. The Vegetarian Society, dont le siège est à Londres, est une secte qui ne se nourrit que de végétaux. Sur le continent on la nomme Secte des légicmistes. Elle ne mange ni viande, ni rien de ce qui provient des animaux. Le lait n'est autorisé que pour les nouveau-nés. (Quelques dissidents en font cependant usage comme provenant d'animaux herbivores et n'ayant rien de commun avec la viande.) Le sel et les épices sont interdits. L'eau pure pour boisson est seule permise, à l'exclusion de la bière, du vin, des spiritueux, même du thé et du café.
Les vêtements sont simples et en dehors des caprices changeants de la mode.
La gymnastique ou les exercices corporels font la base de l'éducation pour les deux sexes.
Le fondateur de cette société fut un certain J. Newton qui, en 1811, publia un livre sous le titre de : Retour à la nature ou apologie du régime végétal (en anglais,) et créa, l'année suivante, une association qui se composa d'abord d'une centaine de' membres à peine. Le premier rapport parut en 1814. On y voit que, pendant un laps de trois années, soixante personnes avaient uniquement vécu de végétaux et d'eau claire et jouissaient de la santé la plus florissante.
Aucun des adhérents n'était mort dans cet espace de temps. Dix sept personnes, tant de la famille du fondateur que de
celle du D' Laube, qui succéda à Newton, suivaient , depuis sept ans , ce régime , et bien qu'il y eût parmi elles des enfants en bas âge et un infirme, aucune maladie grave, aucun cas de mort ne s'étaient manifestés parmi elles. On attacha alors beaucoup d'importance à cette statistique, et l'on parlait dans les salons de Londres des enfants de Newton comme de modèles accomplis pour la statuaire, et aussi bien doués sous le rapport moral, ayant les sentiments les plus doux et les plus tendres , ce qu'on attribuait au genre de nourriture auquel ils étaient assujettis.
Parmi les partisans les plus célèbres de ce système , on comptait alors le poëte Skelly, qui lança un manifeste éloquent pour la défense de la Vegetariau Society. La société avait aussi essayé de
s'implanter en Allemagne, et il y eut, en 1844, des essais tentés en ce genre à l'Institut de Hofwyl; mais après s'être abstenus de Fusage de la viande pendant quelques semaines, les néophytes n'appréciant que fort médiocrement l'excellence de ce système d'alimentation, réclamèrent vivement le retour à l'ancien régime.
Des essais de prosélytisme furent également tentés en Belgique et en Hollande. Les légumistes trouvèrent quelques adhérents dans la Gueldre ; quant à la Belgique, l'insuccès de la nouvelle secte fut complet et il est fort douteux qu'elle parvienne jamais à s'y créer beaucoup de partisans.
Ce fut en 1847 que la société se réorganisa sur les bases qui existent actuellement. Cette transformation eut
lieu par suite de l'établissement des sociétés de tempérance que le fameux D' Matthew venait de fonder au mois d'avril 1858, à Cork, en Irlande. Depuis lors a lieu, tous les ans, à Londres, un repas de corps, où l'un ne mange que des végétaux. Tous les ans aussi, on publie un rapport où sont énumérés les progrès de la société et démontrés les avantages du système social. Le règne végétal, aux termes de l'un d'eux, offre une si grande variété, surtout si on y joint ce que fournissent les climats étrangers, que les produits, soit dans leur état naturel, soit dans leurs transformations culinaires, peuvent satisfaire amplement l'estomac le plus difficile. Malheureusement ces ressources si variées se perdent pour les carnivores, au milieu des rôtis et
des beefsteaks de leur table, ou bien sont consommés par le bétail et soustraits ainsi à un emploi plus rationnel. Le blé, le seigle, l'orge, le riz, le sagou, le tapioca, le maïs, les pois sous toutes les formes, les fèves, procurent une nourriture substantielle dans toutes les saisons de l'année. Avec les pommes, les poires et, en général, tous les fruits qui se conservent, on peut avoir en tout temps une table copieuse et élégante, qui réjouit l'œil et le palais, l'esprit et le corps. On y vante beaucoup la pomme de terre, les tartes aux fruits, les confitures qui remplacent le beurre, et enfin les conserves de légumes pour ceux qui habitent loin des centres et ne peuvent se procurer des légumes frais.
La société a aussi pénétré en Améri-
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que, où ses principes ont été adoptés surtout par les Quakers. A Cincinnati on avait même fondé un collège médical d'où étaient bannies toutes les substances animales et minérales ; on n'y utilisait que les végétaux. Dans la Nouvelle- Angleterre (partie N: E: des Etats-Unis), bien que le climat y soit beaucoup plus froid , le même système est suivi par les Gra/iami^es, ainsi nommés du nom de leur chef. Sylvestre Graham. On y a même fondé des restaurants légumistes, les Graham-Houses, Que le thermomètre tombe au-dessous de zéro, ils n'en suivent pas moins leur régime, ne mangent que des végétaux et ne boivent que de l'eau.
Parmi ces sectaires on compte des savants , des négociants , des agriculteurs , des femmes de tout âge, et il parait qu'ils se trouvent bien de ce genre de vie.
La société cite parmi ses ancêtres, dans l'antiquité, Pythagore, Porphyre, Plutarque, Epicure ; — au moyen âge, Th. Tryon ; — vers le milieu du xviii"*' siècle, le D' Cheyne ; — et plus tard, Linné, Bernardin de S*. Pierre, Franklin. — Elle pourrait y ajouter Lord Byron, qui n'aimait pas la viande, parce que, selon lui, elle rend cruel, opinion que nous trouvons également exprimée par M. Michelet, dans le livre cité plus haut. « Une révolution s'est faite : nous avons quitté le sobre régime français, adopté, de plus en plus, la cuisine de nos voisins, appropriée à leur climat bien plus qu'au nôtre. Le pis, c'est que nous infligeons ce régime à nos enfants. Spectable étrange, de voir une mère donner à sa fille, qu'hier encore elle allaitait, cette grossière alimentation de
viandes sauglantes, de dangereux excitants: le vin, l'exaltation même, le café ! Elle s étonne de la voir violente , fantasque, passionnée. C'est elle qu'elle en doit accuser. »
Par sa structure intérieure ou sa constitution anatomique — qui indique le genre de vie propre à chaque animal (i)l'homme est plutôt herbivore et frugivore que Carnivore , et sous ce rapport il
(!) Nous demandons pardon de nous servir de ce terme à propos de Phomme, mais cela était nécessaire ici. De la disposition de l'appareil digestif dépend le régime alimentaire. Que les dents canines soient acérées, que les incisives manquent, que les molaires soient armées de pointes aiguës, que Festomac soit peu volumineux, les intestins grêles et courts, et l'animal sera nécessairement Carnivore. Dans les conditions contraires, il sera herbivore. La domestication ne peut avoir lieu qu'à la condition de modifier ces caractères d'organisation, comme cela a eu lieu, en partie, pour le chat.
se rapproche beaucoup des singes. Mais une preuve que le régime n'influe pas autant sur le moral qu'on l'a prétendu, c'est que certains quadrumanes , tels que Papion et surtout le Gorille dernièrement découvert en Corée, (i) quoiqu'essentiellement légumistes, sont des animaux féroces et lubriques. Ils ont aussi une force musculaire extraordinaire, ce qui démontre que le régime végétal peut suffire aux plus rudes travailleurs, les laboureurs, par exemple.
Il est vrai qu'ils sont presque toujours au grand air, et qu'ils se livrent à une vie active, deux circonstances prépondérantes daïis la nutrition. Ils sont
(I) Le Gorille est la plus grande espèce de singes connue el qui se rapproche le plus de rhomme, même moralement, puisque, comme ce dernier, il fait soU' venl le mal pour le mal.
secs, musculeux ; rarement la graisse les incommode. C'est qu'en même temps qu'ils s'assimilent les substances azotées: l'albumine, la fibrine, la caséine, ils brûlent les matières carbonées, de sorte qu'il se fait chez eux un grand dégagement de calorique animal ; aussi résistent-ils facilement à la rigueur des saisons. Eté et hiver on les voit vêtus à peu près de même. De temps à autre, ils prennent une goutte d'eau-devie ou de genièvre, soit pour se remettre de la torpeur où jette une température trop élevée, soit pour contrebalancer le froid extérieur par la chaleur interne. Les liqueurs spiritueuses ou alcooliques, presqu'exclusivement formées de carbone, brûlent facilement et d'une manière presque complète. Aussi voyez les
terribles ravages que détermine leur abus: A la moindre approche de la flamme, on a vu des ivrognes périr dans une combustion dite spontanée, parce que le corps saturé d'alcool brûle lentement, comme une espèce de pudding au rhum.
Même quand il n'arrive pas à ce terme fatal, l'abus des alcooliques donne lieu à des conséquences non moins tristes: L'être moral tombe dans l'abrutissement le plus complet, en même temps que le corps agité d'un tremblement convulsif, devient incapable de tout mouvement régulier.
L'estomac se ramollit et se refuse à digérer ; le corps s'infiltre, parceque le sang appauvri se change en eau. Terribles exemples qui devraient détourner de cette honteuse passion ! Qui
n'a lu sans frémir le tableau tracé par un de nos romanciers les plus populaires, M. Henri Conscience, dans son Fléau du Village ?
Nous nous sommes souvent demandé comment il se fait que le fisc facilite cet abus auquel le peuple n'est que trop enclin? Pourquoi les boissons salutaires, comme la bière, le vin, sont chargées de taxes exagérées, tandis que par son bas prix l'eau-de-vie (ainsi nommée par dérision) est à la portée du plus misérable ?
On nous pardonnera, en faveur de son but, cette digression à l'occasion de la goutte que le campagnard frugal se permet de temps en temps, sans en ressentir les mauvais effets , dus plutôt à l'abus qu'à l'usage.
Pour déterminer exactement le réaime
alimentaire qui convient à l'homme, il faut se rendre compte de ce qu'on doit entendre par aliments et de leur besoin selon le genre de vie qu'on mène. C'est ce que nous allons tâcher de faire.
Il n'y a pas longtemps, on considérait comme aliment tout ce qui se mange. Ainsi on croyait que la gélatine était nourrissante et même qu'elle fortifiait.
Ce fut l'époque des bouillons économiques. La vapeur appliquée à l'alimentation , réduisit en gelée des crosses de parapluie et jusqu'à des boutons de guêtre (Qu'on ne croie pas que ce soit une plaisanterie.) Ce fut surtout dans les hôpitaux et les prisons que ce régime fut mis en pratique. On s'aperçut bientôt que les individus qui y étaient soumis tombaient dans le marasme. Les
Administrations, quoique renonçant à regret aux économies ainsi réalisées, furent obligées de changer de système culinaire.
Un aliment ne peut-être réputé tel, qu'à la double condition de servir à la respiration et à la digestion. De là la distinction des aliments en respiratoires et plastiques (Liebig). Les premiers sont le sucre, la gomme , la graisse, l'huile, substances composées en grande partie de carbone , et qui étant brûlées dans l'acte de la respiration, sont rejetées du corps sous forme d'acide carbonique.
Les aliments plastiques sont essentiellement azotés, c'est-à-dire qu'ils se rapprochent par leur nature des organes dont ils sont appelés à renouyeier la substance.
Indépendamment de ses éléments respiratoires et nutritifs , un aliment pour être complet , doit contenir les substances terreuses ou inorganiques nécessaires à la consolidation des tissus locomoteurs, tels que les os(i), et les éléments indispensables aux opérations de la chimie vivante, tels que le chlore, la soude, le manganèse, le fer, etc.
Or, toutes ces parties constitutives dune alimentation complète existent dans les aliments végétaux et animaux, et cela dans les proportions des besoins de ceux qui s'en nourrissent.
(1) On comprend comment les éleveurs sont parvenus à fabriquer des machines animales vivantes, mais la plupart tellement difformes, qu'elles ne rapellent plus en rien Tœuvre du Créateur. Ce sont des masses de graisse qui semblent avoir pour but de faire voir jusqu'où la peau d'un animal peut se laisser étendre.
Ainsi l'herbe des prairies suffit au tempérament calme des ruminants, tandis qu'à la constitution plus sèche , plus ardente du cheval, il faut l'avoine. On prétend que les Arabes, pour donner plus de sang à leurs coursiers, ajoutent à leur pitance de la viande de chameau séchée et broyée.
Ce que nous venons de dire s'ai3plique à l'homme. - Ceux qui font usage d'aliments renfermant beaucoup d'éléments carbonés et qui ne font pas assez d'exercice pour les brûler par la respiration, sont d'un tempérament froid et ont de la tendance a engraisser, tandis que ceux qui usent d'aliments azotés, sont maigres et pleins d'ardeur. On dit : Bon coq n'est pas gras; nous pouvons faire que ce proverbe soit une réalité ou un mensonge, selon la destination
donnée à ce noble animal. S'agit-il de l'engraisser , qu'on l'enferme 'et qu'on lui donne des pâtées renfermant peu de gluten, comme les pommes de terre, la farine de Sarazin. Yeut-on au contraire l'élever pour la reproduction ou les combats, l'exercice actif et une nourriture substantielle peuvent seuls faire atteindre ce but. — Nous sommes également coqs de ce côté.
Qui oserait, après cela, nier l'immense influence que l'alimentation exerce sur les populations ? En voyant les masses se lymphatiser, qui oserait dire qu'il n y a pas là manque de régime? Chose triste à dire ! les races humaines se maintiennent dans leur vigueur native jusqu'au moment où la civilisation vient
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émousser ce qu'elles ont d'anguleux, mais d'énergique, comme ces statues sorties d'un moule vierge , dont une main maladroite efface les bavures.